Quel prix payer pour sortir de la crise ?

La crise est là. Il reste simplement à savoir comment l’Algérie en sortira. De manière volontaire et organisée pour atténuer le coût ? Ou dans la violence et la douleur ?

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 février 2016)

Peut-on attendre un rebond du prix pétrole ? Dans quels délais ? Et à quel niveau? La réflexion économique en Algérie ne dépasse guère cet horizon. Elle reste concentrée sur le baril, une véritable obsession pour le gouvernement, son ministre des finances et ses prévisionnistes. Tout est passé au crible : les raisons de la chute des prix, les hypothèses de rebond, les arguments qui pousseraient l’Arabie Saoudite à changer de cap, l’impact du retour de l’Iran sur le marché, la baisse de la croissance en Chine, les retombées d’une paix éventuelle en Libye et en Irak, et les moyens dont dispose l’Algérie pour passer l’étape difficile qui se dessine, quand les réserves de change seront épuisées.

Ces questions sont abordées sous tous les angles, avec une recherche désespérée d’hypothèses optimistes. Un geste saoudien, une baisse de rentabilité du pétrole de schiste américain, un retour de la croissance en Chine, un boom économique en Inde, qui prendrait le relais de la Chine, un hiver froid en Europe et en Amérique du Nord, rien n’est oublié.

Dans tous ces facteurs qui pourraient avoir un impact sur le prix du pétrole, une évidence s’impose : l’Algérie ne dispose d’aucun levier pour changer le cours des choses. Elle n’a pas le moyen d’influer sur quoi que ce soit. Ce qui donne ce sentiment d’impuissance face à l’adversité : face à un montage économique qui s’écroule, le gouvernement se trouve désarmé, se demandant par quel bout entamer le redressement.

Indicateurs au rouge

L’année 2016 accentue ce sentiment d’impuissance. Avec la sécheresse qui s’installe, des difficultés supplémentaires se dessinent pour l’agriculture, avec des importations supplémentaires en perspective, alors que les ressources financières diminuent. Les incantations des uns et des autres n’y feront rien. La saison agricole est d’ores et déjà compromise, et tout le monde se prépare des plans pour limiter les dégâts.

S’agirait-il d’une volonté délibérée de noircir le tableau, comme le suggère le premier ministre Abdelmalek Sellal, quand il évoque les critiques de ceux qui s’inquiètent de la situation actuelle? A l’évidence, non. Ces clignotants constituent en faut une description banale d’une situation économique que connait aussi bien le gouvernement que le FMI, le FCE, Nabni, les syndicats, les experts et les simples citoyens. Il y a simplement une différence de perception de la situation: pendant que les uns cherchent les moyens de dribbler, pour passer entre les gouttes et survivre à la tempête, d’autres tentent de regarder les choses telles qu’elles sont, pour essayer d’ébaucher de vraies solutions, avec les ressources dont dispose le pays.

Enjeux

La langue de bois gouvernementale ne fait guère illusion. Le discours sur la nécessité d’encourager les investissements pour diversifier l’économie, sur les partenariats « Rabah-Rabah », sur l’essor de l’industrie, le renouveau de l’agriculture et le formidable potentiel dans le domaine des services ne tiennent pas face aux blocages multiples qui empêchent le pays de décoller.

C’est là que situ le nœud du problème : comment dépasser ces blocages, et comment ensuite construire un édifice viable ? Ce n’est ni une nouvelle constitution, ni des lettres du président de la république, ni des circulaires du premier ministre qui vont offrir en issue. Cela commence par un changement de perception de la crise, de ses causes, de ses effets et de ses enjeux.

Pour l’heure, quelques certitudes émergent. Le dispositif politique et économique actuel ne peut mener à une sortie de crise : c’est lui qui y a mené le pays, en l’entrainant dans une frénésie de cigale quand il fallait être fourmi. Aujourd’hui que l’hiver est venu, il est tout aussi dangereux de croire que l’été reviendra vite et avec lui l’abondance : un nouveau rebond du prix du pétrole ne résoudra pas la crise, il ne fera que provoquer de nouvelles illusions.

La crise est là. D’une manière ou d’une autre, le pays devra faire l’effort pour en sortir. Il reste simplement à savoir comment, et à quel prix. La sortie de crise se fera de manière volontaire, organisée, en acceptant de payer un prix raisonnable, en matière de pouvoir d’achat, de confort, de bien-être ? Ou bien se fera-t-elle au prix d’une sérieuse récession économique, dans la douleur, la violence, l’affrontement? Ou encore, et ce serait le pire, auprès d’émeutes violentes, de troubles, avec leurs répercussions incontrôlables?

Savoir si le gouvernement sera remanié après l’amendement de la constitution, qui y fera son entrée et qui en sera exclu n’a aucune importance. Savoir quel chemin empruntera l’Algérie pour sortir de la crise, qui contribuer à en atténuer le prix, constitue le grand enjeu du moment.

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