La baisse des importations, un signal controversé

La baisse des importations peut signifier que le pays maitrise mieux ses importations. Mais à la longue, elle peut devenir un sérieux handicap.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 9 février 2016)

Faut-il se féliciter de la baisse des importations? Le gouvernement répond par l’affirmative. Il en est même très heureux, car pour lui, c’est, avec la hausse du dollar et la baisse des prix des produits alimentaires sur le marché international, l’une des meilleures nouvelles d’une année 2015 plutôt difficile. La baisse des revenus extérieurs du pays impose des restrictions, que le gouvernement tente de concrétiser par tous moyens. Et c’est de bonne guerre, pour un gouvernement sans cap, dont le souci principal est de tenir la baraque sans trop dégâts, en attendant un retournement de conjoncture avec un hypothétique rebond du prix du pétrole.

En 2015, les importations ont fortement baissé. Sur les neuf premiers mois pour lesquels les chiffres sont disponibles, on est à -11%, encore loin des 40% de baisse des exportations. La balance commerciale demeure donc fortement déficitaire, ce qui pousse le gouvernement à augmenter la pression sur les importations, pour obtenir de meilleurs résultats en 2016. Il a recours à différentes formules, très classiques : baisse du dinar, ce qui provoque un renchérissement automatique des importations, mise en place de système de licences, etc.

Pour le reste, il doit se contenter de discours et d’incantations. Ainsi, le gouvernement évoque régulièrement la hausse de la production nationale qui se substituerait aux importations. Mais il n’a pas de leviers pour influer réellement sur ce volet.

Les mains liées

En signant des accords de libre échange tous azimuts, notamment avec l’Union européenne, le gouvernement se retrouve les mains liées. Il s’est privé de la possibilité d’agir sur les taxes douanières pour favoriser le produit algérien. Le pays ne dispose pas non plus d’une base industrielle significative susceptible de constituer une alternative à l’importation.

Car même avec une croissance à deux chiffres, il faudrait une décennie pour que la production industrielle double sa part de marché en Algérie. C’est dire l’ampleur du rattrapage qui reste à faire, et que le pays n’est visiblement pas en mesure d’assurer, si on s’en tient aux chiffres de la croissance durant les dernières années, et des difficultés liées à l’investissement. Avec la baisse des recettes de l’Etat, qui assurait le gros des investissements durant la dernière décennie, l’objectif semble encore plus difficile à atteindre.

L’investissement extérieur n’est pas en mesure de prendre le relais. D’ailleurs, l’Algérie fait comme si elle n’en voulait pas. Avec la règle du 51/49, c’est tout un pan de l’investissement qui est abandonné. Il est en effet difficile d’envisager que des firmes étrangères performantes prennent risquer de s’installer en Algérie pour mettre leurs fonds à la disposition de bureaucrates qui passent le plus clair de leur temps à attendre les instructions du leur tutelle.

A côté de ces handicaps, l’Algérie doit subir les conséquences de deux erreurs d’appréciation. La première est liée à cette vision selon laquelle il faut investir pour substituer le produit local à l’importation. Cette perception ne tient pas compte d’une donnée fondamentale : les frontières ont virtuellement disparu, et il n’est plus possible de tout fabriquer pour un marché fermé, tel qu’on envisageait les choses à la moitié du siècle passé.

Dérives

Une telle démarche conduit à une multitude de dérives: on s’installe dans un  monde hors concurrence, on n’évalue pas l’évolution des coûts et des prix à l’international, on se prive des progrès extraordinaires que permettent les innovations techniques et, au bout du compte, on procède à des investissements qui meurent à courte échéance parce qu’ils ne sont pas connectés à l’économie mondiale.

La seconde erreur est de croire que la baisse des importations est un bon  signal. Certes, cela peut être vrai dans un premier temps : cela signifie une baisse des gaspillages, une meilleure maitrise des transferts de devises, une élimination partielle des transferts illicites, ainsi que la fin du rattrapage pour certains produits. Mais cela est conjoncturel, car sur le fond, la machine industrielle est très dépendante de matières premières et de produits-semi-finis importés. Une baisse des importations signifie dès lors un ralentissement de l’activité économique.

Pour l’économie algérienne, le signe le plus probant ne serait donc pas la baisse des importations, mais l’augmentation du volume des échanges extérieurs, avec une balance équilibrée ou excédentaire. Importer pour 100 milliards de dollars n’est pas dangereux quand on exporte autant ou plus. Mais cela, le gouvernement ne peut le faire. Ne pouvant mener une action de fond qui assure une montée en cadence des exportations, il se contente de fabriquer les produits primaires (ciment, rond à béton), et de multiplier les entraves et les difficultés à l’importation, pour les ramener à un niveau proche des exportations d’hydrocarbures. Dans un tel scénario, la baisse des importations, si elle devait durer, deviendrait une nouvelle source d’inquiétude.

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