Un peu de tenue, général Mediène!

 

Généraux, moudjahidine, anciens hauts responsables, ont une fâcheuse tenace à se laisser entrainer dans des batailles absurdes. Un peu de tenue, messieurs !

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 11 février 2016)

 

Général Toufik Mediène, garde-à-vous!

Vous avez dirigé les services spéciaux algériens pendant un quart de siècle ; vous avez incarné le pouvoir ; vous l’avez exercé ; vous étiez, à tort ou raison, crédités du droit de vie et de mort sur les Algériens ; vous avez, par votre action, prétendu sauver l’Algérie, vous avez fait la fortune des uns et ruiné les autres. Vous avez fait de votre silence un symbole fort de la gestion de votre image et de votre puissance.

Quand vous avez quitté vos fonctions, on pensait que votre parole serait rare, et en or. On attendait que vous produisiez des analyses de haute teneur sur la sécurité du pays, sur les menaces potentielles qui pèsent sur l’Algérie et sur son environnement géostratégique. Votre carrière, votre formation, votre profil, votre statut de moudjahid, tout plaidait en ce sens.

Mais vous avez tout gâché. Vous avez rompu votre silence à deux reprises, pour dire des banalités effrayantes, une fois pour défendre un membre de votre premier cercle, et une seconde fois dans le cadre d’une polémique indigne, après des propos tout aussi indignes de l’ancien premier ministre Abdelhamid Brahimi.

Réveillez-vous, général. Un peu de tenue. Vous avez été général de corps d’armée de l’armée algérienne. Vous avez été élevé au plus haut grade de l’armée algérienne, et vous avez obtenu la plus haute décoration de l’Algérie. On attend d’un officier général qui atteint ces fonctions et ces honneurs qu’il reste droit dans ses bottes, qu’il reçoive les balles sans broncher, et qu’il ne se rende même pas compte qu’on parle dans son dos, pour le dénigrer. Ce genre de détail ne doit pas avoir de prise sur lui.

Civils et militaires

Un peu de tenue, M. Abdelhamid Brahimi! Vous avez été officier de l’ALN, et premier ministre de l’Algérie indépendante. Vous êtes économiste, vous avez fait des études poussées et vous enseigné dans de grandes universités. Vous vous présentez comme un adepte de l’éthique dans la gestion des affaires du pays. Vous avez été exilé pendant un quart de siècle à cause de vos convictions.

A votre retour, on attendait de vous des analyses sur la morale en économie, sur l’éthique politique, sur les institutions et les mécanismes à mettre en place pour assurer une bonne gouvernance, peut-être un discours novateur et un plaidoyer en faveur de l’économie islamique. Mais vous avez, vous aussi, choisi, pour votre première déclaration publique, de descendre très bas, pour abaisser tenter d’abaisser un homme supposé vous avoir fait du mal.

Réveillez-vous, Monsieur Abdelhamid Brahimi. L’Algérie mérite mieux que ça. Elle attend de ses hommes politiques, anciens ou actuels, une attitude à la hauteur des fonctions qu’ils ont assumées.

Le général-major Kamel Abderrahmane a lui aussi été entrainé dans une dérive similaire. Ancien patron de la fameuse DCSA, la Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée, ancien chef de région militaire, gravement blessé en 1988 déjà, il a été trainé dans la boue par une presse aux ordres, dans le cadre d’une cabale visant à le détruire. Aujourd’hui à la retraite, il a décidé de parler parce qu’il se sent de nouveau visé.

Patron de la DCSA, le pays attendait de lui, après une carrière de près d’un demi-siècle, qu’il livre des réflexions sur la manière dont le pays pourrait améliorer sa sécurité dans les années et les décennies à venir, sur la nature des menaces qu’il a eu à affronter et celles qu’il entrevoit.

Engrenage fatal

Mais lui aussi, il a été tiré vers le bas, par des histoires de délation et des propos indignes. Il est alors entré dans un engrenage destructeur, où on parle de diffamation, de trafic de drogue, de tribunaux et de faux témoignages. Et qui parlera de batailles, de champs de bataille, de stratégie, de tactique militaire?

Avant lui, d’autres généraux-majors avaient avait été mis en cause dans un cadre professionnel. Le général Hassan, d’abord, le général Mejdoub ensuite. Celui-ci a été démis de ses fonctions. Sa famille était alors montée en première ligne pour dénoncer une cabale, vraie ou fausse.

Non, général Mejdoub! Ce n’est pas ainsi qu’un officier général de l’armée algérienne réagit. Il doit rester debout, droit dans ses bottes. Il doit subir les coups sans broncher. En période de tempête, il doit être en première ligne pour recevoir les balles en pleine poitrine et protéger son pays, son armée, son unité, sa famille.

Faut-il encore parler de ce qui est supposé opposer Yacef Saadi et Zohra Drif, Amar Benaouda et Khaled Nezzar, et tant d’autres encore ?

Que vous soyez civils ou militaires, en poste ou à la retraite, appartenant à la première ou à la troisième génération, secouez-vous. Relevez la tête. Mettez-vous au garde à vous si vous êtes militaire. Faites un dernier effort pour léguer aux Algériens un modèle de fierté, de dignité, d’orgueil! Les querelles Nezzar-Betchine, emportez les avec vous dans vos tombes. Laissez aux Algériens des modèles dont ils peuvent être fiers. L’Algérie vous a honorés en vous confiant de hautes responsabilités. Elle vous a donné de la grandeur. Que vous méritiez ces responsabilités ou non, préservez cette grandeur. Faites un dernier geste pour l’Algérie : regardez vers le haut, ne vous laissez pas tirer vers le bas.

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7 Commentaires

  1. Haoudji Ana

     /  10 février 2016

    Un general ne doit jamais se rendre ! Même pas à l’évidence!
    C’est la devise de nos généraux.

    Réponse
  2. Ghellal

     /  11 février 2016

    une lettre grandeur nature. svp epargnez la nation algerienne et conservez la grandeur de notre revolution. Grand MERCI

    Réponse
  3. Bouchakour farid

     /  12 février 2016

    En période de tempête, il doit être en première ligne pour recevoir les balles en pleine poitrine et protéger son pays, son armée, son unité, sa famille.

    Réponse
  4. bernou

     /  12 février 2016

    Oui, d’accord sur l’ensemble de l’article, mais pourquoi attendre qu’il s’en aille pour lui tomber dessus ?! votre article perd de sa valeur maintenant .

    Réponse
  5. Hassane

     /  19 février 2016

    Honnêtement Abed, si j’en crois ce que je lis dans la presse algérienne, peu, même très peu, de nos gouvernants actuels, qu’ils soient militaires ou civils, ont des comportements de Haut-Cadre de la Nation (peut-être parce qu’ils ne sont pas bi-nationaux ?). Walis qui insulte devant les caméras des cadres inférieurs, ministres qui disent n’importe quoi sans aucune retenue ni élégance, insultant d’éminents capitaines d’industrie quand ils ne font partie du même clan ou de la même « régence », mentant honteusement sans ciller à tout va. Même les chefs de parti politique, FLN, RND et autres se jettent des insultes à la face, comme s’ils étaient au stade… Mais bon, l’histoire nous a appris que celà n’est pas nouveau… au Congrès de Tripoli déjà, Ben Bella, futur président de « notre » pays, se permit d’insulter et d’abreuver de grossierté, devant tous les congressistes présents un Monsieur comme Ferhat Abbas, président du GPRA. Finalement, Rab Edzair, présent, passés et futurs ne sont poudre aux yeux au service du chef de la mafia.

    Réponse
  1. Un peu de tenue, général Mediène! | Fenni-dz

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