Khelil-Saadani, le ticket gagnant du quatrième mandat

Sauver Khelil, plaire au président, éliminer Ouyahia et affronter l’opposition : alors que l’Algérie bien-pensante le méprise, Amar Saadani donne le tempo. Sans arrière-pensée.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 31 mars 2016)

De manière méthodique, Amar Saadani continue de désigner les têtes qui doivent tomber. Après s’être frontalement attaqué à des hommes proches du président Abdelaziz Bouteflika, comme Abdelaziz Belkhadem, ou à des hommes réputés puissants, tel Toufik Mediène, le patron du FLN a, cette fois-ci, pointé du doigt le chef du RND Ahmed Ouyahia et le gouverneur de la Banque d’Algérie Mohamed Laksaci. Dès lors, pour les analystes, le doute n’est plus permis : le sort des deux hommes est scellé. M. Ouyahia est sommé, au mieux, de revenir à son pré-carré, le RND, s’il n’est pas mis au placard comme M. Belkhadem, et Mohamed Laksaci doit rentrer chez lui.

M. Saadani ne se limite pas à ce rôle de corbeau. Il indique aussi le sens du vent, pour définir les prochaines étapes politiques. Même s’il n’a pas fait preuve de la même précision sur ce terrain, avec notamment des ratés sur l’article 51 de la constitution et sur le remaniement du gouvernement, il a toujours donné les grandes lignes des initiatives du pouvoir. Pendant que ses adversaires le raillaient, mettant en avant ce qu’ils considèrent comme le côté rustre du « drabki, lui-même avançait tranquillement ses pions, jusqu’à devenir le principal porte-voix du pouvoir, à défaut d’en devenir le porte-parole. Ce jeu dure depuis une décennie. L’Algérie bien-pensante considérait M. Saadani avec mépris, le réduisant à un personnage folklorique, estimant qu’il ne représentait rien, et que son seul mérite était d’être obéissant, sans se rendre compte que le chef du FLN organisait de manière méthodique sa participation à la partition qui se jouait.

Partitions

Aujourd’hui, M. Saadani est au carrefour des décisions. D’autres acteurs l’accompagnent dans cette aventure. Abdelmalek Sellal, Ali Haddad, Abdessalam Bouchouareb, Ahmed Ouyahia, tous sont partie prenante de la partie qui se joue en ce moment. Mais visiblement, aucun d’entre eux n’en connait tous les détails. Chacun se contente donc d’accomplir sa mission, avec zèle, en tirant des dividendes dans l’immédiat, tout en essayant de préserver l’avenir.

Et pour M. Ouyahia, précisément, cet avenir immédiat se présente sous de mauvais auspices. Tout laisse entrevoir qu’il va rapidement être éjecté de la présidence de la république, où son poste de ministre, directeur de cabinet, le place au coeur de la décision.

Pourquoi M. Saadani insiste tant pour l’en déloger ? Le fait-il pour satisfaire une demande venant d’ailleurs ? Estime-t-il qu’en restant à la présidence, M. Ouyahia bénéficie d’un avantage indu dans la perspective des prochaines élections, ou même de la succession ? Ou bien, comme l’avancent ceux qui murmurent à l’oreille des journalistes, s’agirait-il d’une préparation du terrain pour installer M. Chakib Khelil a poste de directeur de cabinet, ce qui donnerait à la présidence de M. Bouteflika un cachet encore plus marqué ? En tous les cas, une éventuelle installation de M. Khelil à la présidence ne serait qu’un détail supplémentaire, après qu’il ait été blanchi et réhabilité par Amar Saadani, qui ne peut agir de son propre chef sur un sujet aussi sensible.

Enjeux économiques

Quant à M. Laksaci, les critiques qu’il subit sont plus simples à décoder. Le gouverneur de la Banque d’Algérie se trouve au cœur du dispositif qui doit faire face à la crise. Partisan, de par son poste, de l’orthodoxie budgétaire, il a tendance à agir de manière très classique, pousser le gouvernement à rogner sur les dépenses, et à améliorer les recettes pour faire face à l’écroulement des revenus de l’Etat. Depuis une année, le discours de M. Laksaci va clairement en ce sens. Il a d’ailleurs beau jeu de tirer la sonnette d’alarme, après avoir accompagné, sans trop de problèmes, la frénésie dépensière de la dernière décennie.

Côté gouvernement, où les mesures envisagées ne peuvent couvrir le déficit budgétaire abyssal qui s’annonce, la tendance est de recourir à la création monétaire, annoncée à partir de la mi-avril. L’affrontement entre les deux visions était donc inévitable.

Agendas convergents

Les acteurs de cet affrontement, dont M. Saadani n’est qu’un porte-étendard, sont derrière le rideau. Ils veulent coller à l’agenda du président Bouteflika. Pour le chef de l’Etat, maintenir une forte disponibilité de liquidités, tant que les réserves du pays en devises le permettent, est vital pour préserver la paix sociale. C’est aussi ce que veulent les milieux d’affaires qui gravitent autour du pouvoir, et qui sont pressés de tirer profit de la situation tant que les vents sont favorables.

A l’inverse, d’autres veulent amorcer au plus vite un virage pour tenter de heurter l’iceberg de front. M. Laksaci en fait partie, ce qui heurte Amar Saadani, qui demande son limogeage. Au profit de Chakib Khelil? Là aussi, les pistes se recoupent, pour nous rappeler le côté insondable du quatrième mandat.

Cette logique meurtière s’est installée dans le pays. Mais elle peut aller plus loin, et écraser M. Saadani, alors que c’est lui qui, aujourd’hui, donne le tempo. Il suffit de quelques rappels: Abdelaziz Bouteflika a mis vingt ans pour revenir ; Chakib Khelil, Athmane Tartag et Saadani lui-même ont mis moins de cinq ans pour se remettre en selle. Combien mettra Toufik Mediène pour revenir ?

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L’Algérie maitrise la langue de bois, mais n’attire pas les IDE

L’Algérie est peu attractive pour les investissements étrangers. Elle n’est pas entrée dans le top 10 africain dans ce domaine.

Abed Charef (Le quotidien d’Oran, mardi 29 mars 2016)

Les investissements directs étrangers sont tellement prisés qu’ils ont fini par développer une véritable langue de bois chez leurs promoteurs et chez ceux qui les recherchent. N’importe quel ministre algérien, n’importe quel chef d’entreprise publique, parfait bureaucrate par ailleurs, n’importe quel dirigeant syndical, est en mesure de servir le discours idéal pour attirer les IDE.

Quant aux organisations patronales et aux chefs d’entreprises privées, ils ont développé un discours très élaboré sur le sujet. A force de buter sur les blocages bureaucratiques, ils ont fini par connaitre la question sur le bout des doigts. Ils connaissent les lois, les règlements, les pratiques en vigueur, ils savent où ça bloque et ont une idée, parfois erronée, de ce qu’il faut faire. Les think-tanks, comme Nabni ou Care, ont également planché sur la question. Eux aussi préconisent des démarches alliant politique et technique.

Pourtant, l’Algérie reste à la traine dans ce domaine. Elle ne figure toujours pas dans le top 10 des pays africains attractifs pour les IDE, alors qu’avec son potentiel et ses ambitions, elle devrait figurer dans les trois premiers. Elle est largement devancée par les mastodontes que sont l’Afrique du Sud et l’Egypte, mais aussi par des pays plus modestes, comme le Mozambique, l’Ethiopie et le Kenya. Elle ne tient pas la comparaison avec le Maroc, qui a largement bénéficié de l’image de stabilité qu’il entretient alors que le reste du monde arabe subissait le contrecoup de transitions ratées.

Des recettes simples

Il suffit pourtant d’assister à une rencontre organisée par le Cercle d’Action et de Réflexion sur l’entreprise (Care) pour retrouver les fondamentaux nécessaires en vue d’attirer les IDE. Des experts du cabinet EY (Ernest & Young), devaient y présenter, lundi, une communication sur « l’attractivité de l’Afrique ». Que disent Noureddine Hadji, directeur général du cabinet EY pour la Tunisie, et Ahmed Lateb, directeur associé pour l’Algérie, et dont les écrits sont disponibles sur Internet?

Ils parlent d’abord sur la nécessité de réformes, « pour capter les opportunités qui s’offrent ». Ils affirment que l’Afrique présente une véritable opportunité, et que « certains fondamentaux sont là pour le confirmer », même s’il y a un « fort décalage entre la perception positive de ceux qui opèrent en Afrique et ceux qui n’y sont pas présents », ceux qui sont éloignés étant « plus sceptiques ».

Ils soulignent que « la corruption est le deuxième facteur de blocage des IDE », et que « l’économie informelle est perçue comme un facteur bloquant pour les IDE », même si elle peut constituer une opportunité. Ils rappellent aussi que «la stabilité de l’environnement politique ainsi et du doing business est déterminante pour déterminer l’attractivité d’un pays ».

Libéralisme collatéral

Toutes ces mesures ne sont pas forcément neutres, comme veulent le suggérer leurs promoteurs. Elles sont enveloppées dans une pensée libérale soft, très séduisante. Fortement imprégnées d’une pensée dominante dans la finance et ceux gravitant autour du FMI et de la Banque Mondiale, ces recommandations ne manquent pourtant pas de bon  sens. A un point tel qu’il est erroné d’y voir des recettes typiques de l’ultralibéralisme triomphant.

En fait, il y a une imbrication entre mauvaise gouvernance et faible attractivité. Les pays qui refusent de mettre en place ces dispositifs, ou n’arrivent pas à le faire, ne sont pas des modèles de gestion de gauche. Ils sont le plus souvent bureaucratisés, avec une économie bloquée. Ils sont aussi minés par la bureaucratie et souffrent d’absence de règles de droit.

Leurs dirigeants, comme en Algérie naguère, peuvent être amenés à développer un discours sur le « patriotisme économique ». Mais c’est une posture, destinée à occulter une incompétence crasse, ou à camoufler une corruption rampante. Quand au fond, il ne change pas : être peu attractif pour les investissements étrangers, c’est également avoir un système qui freine l’investissement local. Se montrer nationaliste sert d’abord à justifier l’autoritarisme interne. Se montrer sélectif sur les secteurs ouverts à l’investissement étranger sert juste à expliquer pourquoi on n’a abouti à rien en termes d’IDE. Avec ce résultat pitoyable auquel arrive l’Algérie : elle attire moins d’investissements que le petit Kenya, alors qu’une abondante littérature sur la question et une vaste expertise sont disponibles gratuitement.

L’emprunt obligataire a tué l’amnistie fiscale

Une initiative chasse l’autre. En parlant d’emprunt obligataire, le gouvernement a tourné la page de la conformité fiscale. On ne se contente pas d’offrir une amnistie fiscale, on rémunère l’argent informel.

Abed Charef

L’offre d’amnistie fiscale, lancée en grand pompe par le gouvernement, est virtuellement abandonnée. Le relais obligataire prend désormais le relais, confirmant que l’exécutif se contente se réaliser des coups, quitte à saborder sa propre démarche.

La conformité fiscale volontaire, lancée en aout 2015, après validation de la loi de finances complémentaires, offrait aux détenteurs d’argent informel la possibilité de l’introduire dans le circuit bancaire contre une amende forfaitaire de sept pour cent.

Le ministre des finances Abderrahmane Benkalfa visait plusieurs objectifs à la fois : attirer vers les banques une partie de l’argent informel, évalué à 40 milliards de dinars ; trouver ainsi de nouvelles sources de financement de l’économie ; donner aux banques un rôle accru dans le financement de l’économie algérienne, pour rendre le relais des financements publics ; atténuer la baisse des liquidités qui se profilait avec la baisse des recettes extérieures du pays.

Désillusion

Malgré le scepticisme qui accueillait cette  initiative, M. Benkhalfa restait optimiste. Il a déclaré à plusieurs reprises que la démarche donnait des résultats encourageants.

Six mois plus tard, c’était la désillusion. Le Directeur général des impôts, Abderrahmane Raouia, a révélé, en février 2016, que seules 250 personnes avaient souscrit à l’offre de conformité fiscale. Il n’a pas donné de montant récolté, confirmant implicitement que le résultat était très faible.

Entretemps, le gouvernement continuait à plancher sur des formules destinées à capter l’argent informel. Le premier ministre Abdelmalek Sellal a révélé, début mars, qu’il s’agirait cette fois-ci d’un emprunt obligataire, toujours en vue d’attirer l’argent « dormant » vers les réseaux bancaires.

Avant que les détails ne soient définitivement arrêtés, le gouvernement a indiqué que le prêt serait à cinq pour cent. L’emprunt devrait être lancé à la mi-avril, sans aucune condition de justification des fonds, comme pour la « conformité fiscale ». Echaudé par l’expérience antérieure, le ministre des finances n’a toutefois voulu fixer aucune barre à atteindre. Mais avant l’été, il sera possible d’en estimer l’impact.

Blanchiment

« Avec l’amnistie fiscale, tu paies sept pour cent et tu blanchis ton argent. Avec l’emprunt obligataire, tu as gagnes cinq pour cent et tu blanchis ton argent. Le choix est clair », commente, acerbe, un économiste, pour qui le ministère des finances « a décidé d’enterrer l’offre de conformité fiscale sans le reconnaitre publiquement ». Il ajoute que « le gouvernement perd sur tous les plans. Il donne même raison à ceux qui ne lui font pas confiance, et qui attendent un maximum de concessions. Ceux qui ont eu recours à la conformité fiscale vont le regretter », dit-il. « Il suffisait d’attendre ».

Pour le gouvernement, une initiative chasse l’autre. Les mauvaises appréciations débouchent sur des résultats décevants, mais personne n’est comptable des échecs répétés. En attendant, le temps passe, et la crise s’aggrave.

Manque de souplesse

Un homme d’affaires d’Alger se montre très sceptique quant à l’emprunt obligataire. Selon lui, le gouvernement se trompe quand il pense que l’argent informel « est stocké dans des sachets noirs et enfui dans la cave. C’est un argent vivant, qui circule à une vitesse que ne soupçonnent même pas nos ministres », dit-il.

Il relate lui-même une mésaventure qui lui est arrivée deux jours auparavant. Il avait besoin de quatre millions de dinars cash pour une transaction, « une excellente opportunité qu’il fallait saisir tout de suite ». A la banque, on l’a informé qu’il devait patienter 48 heures. « 48 heures pour prendre possession de mon propre argent, alors que j’avais la possibilité de gagner trois pour cent sur une opération de sept millions de dinars en une semaine. Vous vous rendez compte ! », dit-il.

Système bancaire et monétique

Un jeune homme analyse la situation sous un angle totalement différent, celui du bénéfice de l’emprunt obligataire. Il relate sa propre expérience. « J’ai acheté une Seat Ibiza en 2014 à 1.2 millions de dinars. J’ai roulé deux ans, et je l’ai revendue il y a deux semaines à 1.4 millions de dinars. Ça me donne un gain légèrement inférieur à dix pour cent, mais nettement mieux que les cinq pour cent de l’emprunt obligataire», dit-il pour prouver le peu d’attractivité de l’emprunt.

Pourtant, le gouvernement insiste : cinq pour cent, c’est beaucoup plus élevé que le taux d’inflation officielle. En fait, l’attrait principal de l’emprunt est la garantie qu’il offre. Pour les bénéfices envisagés, Biopharm propose des actions qui assurent plus de dix pour cent.

Bruxelles, Sabra, Falloudja

Abed Charef

Je suis Bruxelles. Oui, je suis Bruxelles. Pendant des années, j’ai été Ramallah, Falloudja, Tripoli. J’ai aussi été Charlie, Rakka et Palmyre. Mais rappelez-vous ma grande douleur : j’ai été Bentalha, Smaïl Yefsah, Oued El-Had.

Pourtant, le choc de ma vie, c’était Sabra et Chatila. A l’époque, on ne brandissait pas encore ces slogans, mais je m’identifiais totalement aux victimes. Et avant, bien avant, j’ai été Ouled Ryah, et toutes ces tribus que les troupes de Bugeaud ont massacrées pendant des décennies. Connaissez-vous les Hadjout ? C’était probablement la plus grande tribu de la Mitidja, la grande plaine qui entoure Alger. Des milliers de tentes, autant de guerriers. Elle a pratiquement disparu, massacrée par l’armée coloniale. Il en reste une poignée héritiers, et le nom d’un village, dont personne ne descend des vrais Hadjouts.

J’ai trop ressenti la douleur des uns pour ne pas comprendre celle des autres. Un enfant qui meurt de mort violente à Bamako, à Molenbek, à Kaboul, au nord du Nigéria, en Syrie ou au Sud-Soudan, c’est toujours une victime de la violence des adultes. Et rien ne pourra empêcher un être humain, où qu’il soit, de dire : je suis Aylan.

Pourtant, pendant des années, face à ces crimes, l’émotion a dominé, immédiatement relayée par la propagande, qui exploitait le ressentiment et la colère légitimes des proches des victimes. Les pros de la com, épaulés par les politiques, ont appris à créer des symboles, pour donner une orientation à nos drames, et les exploiter à leur profit. On ne cherchait pas à comprendre, mais à canaliser l’émotion, pour en tirer profit. Tintin n’y pas échappé. Marion non plus.

Après Bruxelles, il n’est même pas nécessaire de reprendre ce discours creux sur la nécessité de ne pas faire d’amalgame, de ne pas confondre islam et islamisme, de discerner entre message divin et ce qu’on en fait.

Après ce crime contre cette Belgique si attachante, il s’agit juste de rappeler deux ou trois choses : les victimes des islamistes en Occident sont mille fois moins nombreuses que les victimes des Occidentaux dans les pays dits musulmans, mille fois moins nombreuses que les victimes dites musulmanes des bourreaux dits islamistes.

Les démocraties occidentales ont tellement pillé, tué, assassiné, chez les autres, qu’il n’est pas possible que cela ne laisse pas des traces sur des décennies. La différence, c’est que tant que cela se passait loin, ça pouvait, comment dire, ça pouvait être supportable. Qui connait Oued El-Had? Personne. Pourtant, il y a eu autant de morts à Oued El-Had en aout 1997 qu’au Bataclan !

Et puis, il faut bien rappeler que l’acte de naissance du jihadisme a été signé par les Occidentaux en Afghanistan. Les ténors du jihad étaient des héros, salués par Rambo lui-même : l’Amérique de Reagan n’a-t-elle produit un film où Rambo était un compagnon de lutte des jihadistes? Daech et le Front Ennosra ne sont que, en ce sens, que les héritiers naturels du brave commandant Massoud et du terrible Hekmetyar. Toutes ces expérimentations menées par les occidentaux, et dont les autres servaient de cobayes, devaient se payer tôt ou tard. Et ce n’est pas Nicolas Sarkozy, responsable de la destruction de la Libye, qui paiera le prix. Ce sont les innocents de Bruxelles qui en seront victimes.

Enfin, il y a une évidence que les Occidentaux ne veulent pas, ou ne peuvent pas comprendre : la Palestine. C’est un fossé d’incompréhension qui semble infranchissable. C’est  vrai que pour de nombreux gouvernants musulmans comme pour des jihadistes, c’est juste un prétexte, un alibi. Mais la Palestine est aussi un symbole qui cristallise tout, absolument tout : les Occidentaux semblent sourds, aveugles, et incompétents quand il s’agit de droits des Palestiniens.

Pourtant, quand tout sera réglé, quand il n’y aura plus d’arguments, plus de ressentiments, la Palestine suffira, à elle seule, à produire autant de violence que ce que redoute l’Occident. Tant que les Palestiniens n’auront pas un pays, un vrai. Les Occidentaux peuvent appeler cela terrorisme, fanatisme, jihadisme, peu importe. La Palestine est présente avec tellement de force en nous qu’elle génèrera ce que nous, nous appellerons résistance. Jusqu’à la fin des temps.

Obama ne viendra pas à Alger

Le retour de Chakib Khelil en Algérie a créé un choc. Mais il a surtout confirmé que la justice indépendante n’existe plus.

Abed Charef

Au moment où Barak Obama atterrissait à La Havane, Chakib Khelil atterrissait à Oran. Dans ce mouvement contradictoire, où se croisent le grandiose et le grotesque, chacun allait dans le sens de l’histoire qu’il voulait pour son pays. Avec toutefois une différence notable : les uns font l’histoire, ils en établissent le sens et le contenu, ils en définissent les dates et les virages, ou du moins tentent-ils de le faire ; alors les autres se laissent entrainer par les flots, surfant sur les vagues quand les vents sont favorables, avant de sombrer dans la déchéance quand la roue de l’histoire tourne, mais sans jamais se rendre compte de la signification de ce qu’ils font pour leur pays, ni prendre conscience de la déchéance qui guette leurs sociétés et leurs Etats.

M. Obama, qui a partiellement raté ses projets sur le plan interne (réforme de la santé incomplète, échec sur l’environnement), et externe (Proche-Orient, Irak, Guantanamo), a entamé la dernière ligne droite de sa présidence. Comme de tradition, il fera donc peu de choses en cette année 2016. Il se concentrera essentiellement sur la communication, pour améliorer l’image qu’il veut laisser à la postérité.

En ce sens, son voyage à Cuba entrera doublement dans l’histoire. D’abord, ce sera le premier déplacement d’un président américain dans l’ile de la liberté depuis que Cuba a décidé de se libérer de l’emprise américaine, il y a un quart de siècle ; ensuite, ce sera le début d’un nouvelle ère, celle où les plus forts se rendent compte que la force et l’argent ne règlent pas tout, et que le dialogue avec le petit frère peut offrir une meilleure issue.

Y a-t-il un dernier geste à attendre de Barak Obama avant qu’il ne quitte la Maison Blanche ? Peut-être. Il lui reste deux grandes options pour faire une sortie aussi marquante que le fut son arrivée à la Maison Blanche : baliser le terrain à Hilary Clinton pour la mettre sur orbite en vue d’une éventuelle victoire à la prochaine présidentielle, et oser un geste spectaculaire sur la Palestine. Un geste fort envers les Palestiniens est d’autant plus attendu que Benyamin Netanyahou a commis un affront en annulant un voyage à Washington, ce qui montrait clairement le mépris qu’il avec lequel il considérait Barak Obama. Celui-ci ne peut quitter la scène sur un tel échec. Et comme la dernière année de sa présidence sera marquée par les symboles plus que par les décisions politiques, il est tenu de rétablir la situation.

A chacun ses symboles

En Algérie aussi, il est question de symboles. Enfin, de ce qu’il en reste. Car Novembre, Ben Boulaïd, El-Djorf, Oued Chouli, Soummam, Bouzegza, tout ceci a été remisé au placard. Le symbole du jour, c’est Chakib Khelil.

Avant d’aller plus loin, une précision s’impose : il faut reconnaitre, avec El-Moudjahid, que M. Khelil « n’a jamais été ni jugé ni condamné par la justice », et qu’à ce titre, il devrait bénéficier de la présomption d’innocence. L’existence d’un dossier à charge ne signifie pas que Chakib Khelil est coupable. L’Algérie a suffisamment condamné sur la base de faux dossiers pour qu’il soit nécessaire de se méfier.

Mais ceci ne peut occulter une autre réalité : Chakib Khelil a été cité par une autre presse, plus crédible, se basant sur des documents, des déclarations, des témoignages, avec des virements datés et précisés. Il y a suffisamment de faits pour, disons, susciter de sérieux doutes. Le fait que la justice algérienne n’ait pas jugé nécessaire de le convoquer en se basant uniquement sur ce qui est public est un symbole fort : M. Khelil est au-dessus de la justice. Il fait partie d’un monde qui peut se passer de la loi, et n’hésite pas à le faire.

Chakib Khelil devient alors coupable. Il fait partie d’un pouvoir qui a tué la justice algérienne. Ou bien M. Khelil est innocent dans les affaires de commissions, et dans ce cas, il fait partie d’un système qui a permis de monter des dossiers contre des innocents comme lui; ou bien il est réellement impliqué, et dans ce cas, il montre que le fait d’appartenir à ce système offre une impunité totale : on peut détourner, piller, gérer comme on l’entend, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit.

Saadani, Bedjaoui et la justice

Chaque algérien a son opinion sur la question. Même M. Amar Saadani a le droit d’avoir sa propre opinion. Mais l’opinion de M. Saadani ne sera défendable que si un juge indépendant peut convoquer M. Chakib Khelil, l’interroger sur les 198 millions de dollars versés par Saïpem à M. Farid Bedjaoui, lui demander d’expliquer sa présence à des rencontres auxquelles participait M. Bedjaoui, lui demander aussi des précisions sur la provenance de virements reçus en Suisse et rendus publics par la presse suisse et italienne ; l’opinion de M. Saadani sera défendable lorsque le dossier sur lequel s’était basé l’ancien procureur de la république sera repris en toute transparence, épluché, pour vérifier s’il était fondé et poursuivre les investigations contre M. Khelil, ou, à l’inverse, en prouver le caractère préfabriqué et, dans ce cas, mener une enquête sur les mécanismes qui ont débouché sur une telle forfaiture.

A défaut, l’histoire retiendra que M. Khelil et ses amis auront méthodiquement démoli les institutions algériennes, en particulier la justice ; la responsabilité s’étend à ses amis politiques mais aussi à ceux qui participent à la gestion des affaires du pays et acceptent de cohabiter avec ces dérives. En attendant, leurs comportements légitiment toutes les réactions, y compris les plus répréhensibles en temps normal.

Benkhalfa, héros de l’ère de la décadence

S’endetter pour investir relève du bon sens. C’est ce que dit M. Benkhalfa. Est-ce suffisant pour en faire un Nobel d’économie ?

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 17 mars 2016)

« La dette n’est pas une maladie ». En prononçant cette sentence, mardi dernier, le ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa, n’a pas innové. Il a simplement rappelé un principe de bon sens. Investir massivement quand un pays dispose de revenus financiers importants ne révèle pas d’exploit, c’est à peine une utilisation efficiente de l’argent. Par contre, trouver de l’argent quand la liquidité se fait rare, mobiliser l’épargne en temps de crise : c’est là que se révèle la gestion performante.

Car investir, réaliser des performances, prendre des risques, c’est travailler avec l’argent des autres. C’est ce que font les entreprises américaines qui ont fait le grand bond du pétrole de schiste par exemple. Elles produisent quatre millions de barils par jour, grâce à des investissements dont une part très réduite provient de fonds propre. Le reste provient de prêts bancaires. Ces entreprises ont réussi à convaincre les banques de les suivre sur un créneau qui semblait peu attrayant il y a cinq ans à peine.

Il en est de même de la consommation. En Europe, aux Etats-Unis, au Japon ou en Australie, personne n’achète une maison ou une voiture en payant cash. Le crédit est la règle. Est-il nécessaire de rappeler tout ce que cela offre d’avantages économiques, pour le producteur comme pour le consommateur ? Est-il nécessaire de réinventer les concepts de base de l’économie ?

Mauvaise question

Faut-il donc emprunter ou pas? That is not the question, répond M. Benkhalfa, qui parait décalé par rapporta aux membres de l’exécutif. Le ministre des finances parle de la nécessité de regarder les choses autrement. Plutôt que de s’engager dans une polémique inutile sur la nécessité d’emprunter ou pas, il préfère poser la question autrement : que faut-il faire pour assurer un bon niveau de croissance?

Il faut donc convenir avec M. Benkhalfa que la dette n’est ni une maladie, ni un tabou. Ce qui ne fait pas pour autant du ministre des finances un grand innovateur en matière économique. Au mieux, on peut lui concéder qu’il tient un discours ordinaire, de bons sens. Il a même admis que le prix du pétrole est une donnée « exogène », et a proposé de l’oublier. Mais devant à l’indigence de la pensée économique dominante, et les méthodes rudimentaires prônées par ailleurs, cela suffit pour le présenter comme un champion du changement : il y a peu, le gouvernement mettait en exergue le paiement anticipé de la dette, le présentant comme un haut fait d’armes, avant d’affirmer aujourd’hui que s’endetter n’est, tous comptes faits, pas si mauvais!

Pensée rudimentaire

Dire qu’en période de disette, il faut élargir l’assiette fiscale, mieux mobiliser l’épargne, envisager d’emprunter pour faire face au déficit budgétaire, et maintenir ainsi un taux de croissance acceptable, ne suffit pas pour faire un candidat au Nobel d’économie. Cela montre seulement à quel niveau était arrivé la pensée et la pratique économiques au sein d’un pouvoir auquel appartient M. Benkhalfa depuis de longues années.

Ce pouvoir a-t-il changé, pour laisser apparaitre quelques idées apparemment novatrices? En fait, la pression de la conjoncture a ramené M. Benkhalfa, et poussé à ce discours qui se veut nouveau. Mais le fonds est intégralement main tenu. Le pouvovoir a toujours recours à des recettes typiquement bureaucratiques, comme l’augmentation des taxes et impôts, auxquelles il ajoute un discours de circonstance. Dans son élan, M. Benkhalfa n’a pas hésité à dire que son objectif est de transformer l’Algérie en Mecque des investissements étrangers. L’or, l’immobilier et les devises achetées au noir constituaient jusque-là les placements favoris des Algériens. Il se propose de changer cette situation, pour orienter résolument les Algériens vers l’investissement. Quelles mesures a-t-il engagé pour porter aussi loin les ambitions économiques du pays ? Mystère.

Décalage

M. Benkhalfa ne se rend pas compte d’une autre réalité, beaucoup moins souriante : à part des mesures bureaucratiques, il n’a prise sur rien. Il peut augmenter une taxe, mais il ne peut faire fonctionner une administration. Sa politique est une suite d’effets d’annonce.

Dès sa nomination, il avait promis un bond en avant spectaculaire de la monétique et du paiement électronique. Le secteur n’a pas avancé d’un pouce. La mise en conformité fiscale, une amnistie à 7%, a donné des résultats décevants. L’emprunt obligataire qu’il envisage de lancer en avril ne devrait guère faire mieux. Il redoute d’ailleurs un échec, et il a refusé d’avancer un objectif : pourquoi les Algériens prêteraient-ils à l’Etat quand ils peuvent obtenir beaucoup plus ailleurs ? Concrètement, entre mars 2016 et mars 2017, par exemple, l’euro devrait largement dépasser les 200 dinars, et pourrait même atteindre 250 dinars. Pourquoi gagner cinq pour cent auprès de l’Etat, avec une inflation qui est proche de ce seuil, quand on peut en gagner deux à quatre fois plus?

Cela ramène M. Benkhalfa à sa véritable dimension : un homme qui sait faire des discours de circonstance, et adopter des postures séduisantes. C’est suffisant pour en faire un héros, quand la pensée économique est au niveau zéro.

Kamira قاميرة

هاتو لي دالة يالخاوى هاتولي دالة هاتو لي دالة ونروحو للجبل قبالة

في جبل بوزقزة يالخاوة في جبل بوزقزة

في جبل بوزقزة

كي جات فرنسا تتستهزى (تزهزى)

حسبتنا خبزة وطحنا عليها بالرافال

هاتو لي دالة يالخاوى هاتولي دالة هاتو لي دالة ونروحو للجبل قبالة

في واد المالح يالخاوة في واد المالح

في واد المالح سي لخضر بجنودو فارح

يقتل ويذبح

عسكر هاربة بلا نظام

هاتو لي دالة يالخاوى هاتولي دالة هاتو لي دالة ونروحو للجبل قبالة

في جبل اللوح يا الخاوة في جبل اللوح

في جبل اللوح قاميرة تبكي وتنوح

قلبها مجروح

عبدالعزيز كواها كية

Oued Chouli واد الشولي

 الله يهديك يا واد الشولي

خايف على خويى اللي باعوه  دارو لو قمباص وقبضوه

شق الجبال حرر لوطان   فرنسا ما بقى لك احكام

 الله يهديك يا واد الشولي

قاري العلم وزياد النظام   خويا طويل ويجي عليه اللثام

 الله يهديك يا واد الشولي

Le retard numérique est alarmant: Nabni propose une feuille de route sur trois ans pour numériser l’Algérie

 

Toutes les analyses convergent. Le retard numérique de l’Algérie ne se justifie pas. Nabni propose une feuille de route sur trois ans pour rattraper le retard.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 15 mars 2016)

C’est un véritable tir croisé que subit le secteur des TIC en Algérie, en raison du retard qu’il accumule et de l’incapacité manifeste à trouver les bonnes méthodes pour favoriser l’essor du secteur. Redouane Hamza, PHD en informatique installé au Canada, Malik Si Mohamed, professeur des universités, et le think-tank Nabni, ont dressé un constat alarmant, tout en avançant des propositions pour sortir de l’impasse. La lecture de ce que préconisent ces spécialistes montre une large convergence entre leurs visions et leurs analyses. Curieusement, les idées avancées se recoupent parfois avec celles des officiels, en premier lieu avec ce qu’énonce la ministre de la communication, Mme Houda Feraoun.

Sur le bilan du secteur, le constat est unanimement partagé. Malik Si Mohamed reconnait que des résultats ont été obtenus, certes, comme la mise en place d’un réseau de câble en fibre optique, la forte poussée de la téléphonie mobile, et le succès partiel de l’accès internet. Par contre, des pans entiers restent très arriérés, mettant l’Algérie en queue de file dans les classements internationaux. Il cite notamment le faible développement du contenu local pour l’internet, la pauvreté du domaine dz, le côté encore archaïque des services postaux, la stagnation de la téléphonie fixe et l’ADSL, ainsi que le faible développement des centres d’appels et la voix sur IP.

Ramdane Hamza avoue ne pas comprendre comment le e-paiement ne s’est pas développé en Algérie. Il met en cause une « rigidité meurtrière », qui empêche d’innover. Pourtant, affirme-t-il, catégorique, « sans changement, pas de croissance, c’est impossible ».

Une autre manière de faire

Comme Malik Si Mohamed, Nabni remet en cause l’approche du secteur des TIC. M. Si Mohamed souligne qu’il y a « une autre manière de faire », et insiste sur la « tranversalité » des TIC. Nabni rappelle qu’une « politique de transformation numérique ne se pose plus en termes de construction d’infrastructure et d’équipements informatiques uniquement. Son enjeu principal est le développement des composantes nécessaires à l’émergence d’une économie du savoir qui crée des emplois qualifiés, et améliore la productivité de l’économie dans son ensemble ».

Nabni en tire un constat, qui sonne comme un cri d’alarme : « une transformation numérique pour l’Algérie est une urgence nationale ». Rappelant que « l’Algérie a réussi à démocratiser l’accès à la téléphonie mobile grâce au dynamisme relatif créé par la concurrence entre trois acteurs », le think tank  note que cet acquis, qui se situe « au niveau des économies les plus avancées, contraste avec le faible niveau d’adoption des services numériques ».

Toutes les données disponibles confirment ce retard. L’analyse du World Economic Forum classe l’Algérie à la 147ème position pour l’adoption des technologies dans les entreprises, alors que la Tunisie est 70ème et le Maroc 95ème. En matière d’indice de développement des TIC, l’Algérie est à la 113e place mondiale sur 167 dans le classement de l’Union Internationale des Télécommunications (ITU) derrière la Tunisie et le Maroc. L’Algérie exporte moins de un dollar par habitant en produits et services high tech, alors que la Tunisie et le Maroc en exportent respectivement 57 dollars par habitant.

Skype, WhatsApp et le télex

Dans sa tradition de proposition d’alternatives concrètes, Nabni décline une feuille de route détaillée, sur trois ans. Ce plan, baptisé « DIGIT-Algérie », s’articule autour de cinq  axes principaux : le développement des usages dans le privé et le public, l’innovation pour favoriser l’émergence d’un tissu de sociétés numériques locales, la gouvernance modernisée du secteur, l’infrastructure TIC nécessaire à l’essor du numérique, et les talents à développer en formant des ingénieurs et gestionnaires de la nouvelle économie.

Le plan de Nabni, très élaboré, est centré sur l’action publique, mais aussi sur les acteurs privés économiques publics et privés. Il met en relief le rôle des pouvoirs publics pour mettre en place la réglementation nécessaire et pour insuffler une dynamique favorisant le numérique. Comme souvent, Nabni suggère de mettre en place une structure dédiée à cette tâche. Il s’agit, cette fois-ci, de mettre « en place une unité de pilotage pour la mise en œuvre du plan digital », car « la transformation numérique nécessite une feuille de route multisectorielle, un cadre légal approprié et des investissements lourds à piloter. Les enjeux de cette transformation transcendent les ministères ».

Nabni s’attaque aussi volet gouvernance, en préconisant notamment de mieux répartir les rôles entre centres de décisions, acteurs économiques et régulateurs. C’est le volet le plus lourd, le plus complexe. Il reste à Nabni à trouver le moyen de faire parvenir ce message au commandant du Titanic. Selon des informations convergences, Nabni a utilisé skype et whatsAapp, alors que le commandant du Titanic ne dispose que d’un télex.

Benguerdane, c’est en Tunisie ou en Algérie?

L’encerclement de l’Algérie continue, de manière méthodique. Il ne reste plus qu’un Etat islamique à la frontière est pour parachever le travail.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 9 mars 2016)

Benguerdane sera-t-elle, pour la Tunisie, ce qu’a été Tiguentourine pour l’Algérie ? L’attaque lancée lundi 7 mars contre cette ville de l’est tunisien présente nombre de similitudes avec celle de janvier 2013 contre Tiguentourine. Comme pour l’assaut lancé contre le centre gazier situé près d’In-Amenas, la cible de l’attaque attribuée à Daech en Tunisie est une ville située près de la frontière libyenne, ce qui laisse supposer que la préparation technique de l’opération a pu avoir lieu de l’autre côté de la frontière, dans le chaos libyen.

Le nombre d’assaillants est du même niveau, entre trente et cinquante. Les deux attaques se sont également soldées par l’élimination presque complète du groupe terroriste. Si les services de sécurité algériens n’avaient pas déploré de pertes à Tiguentourine, on avait tout de même enregistré la mort de tous les étrangers pris en otage par les terroristes, alors qu’à Benguerdane, les victimes sont à déplorer parmi les civils (sept), les policiers et les militaires (onze).

A Tiguentourine, les terroristes, liés à Al-Qaïda, voulaient prendre des otages ou, à défaut, frapper un grand coup, en touchant un site gazier qui fournit près de 18% de la production algérienne. La riposte algérienne a été en conséquence : fermer toute possibilité de concession ou de négociation, quitte à sacrifier tous les otages.

A Benguerdane, la Tunisie a perdu ses dernières illusions. Le pays est définitivement installé  dans l’insécurité. Certes, il s’agit d’un terrorisme d’intensité relativement basse, avec un nombre de victimes inférieur à cent pas année, mais c’est suffisant pour à la fois ralentir l’activité économique, réduire sensiblement la part du tourisme dans le PIB tunisien, altérer gravement l’image du pays, et le forcer à consacrer une part de plus en plus importante de ses ressources à la sécurité, sans jamais être sûr d’arriver à des résultats probants.

Abcès de fixation

A Tiguentourine comme à Benguerdane, la même doctrine a dominé dans l’organisation de la riposte : mobilisation massive de moyens, fermeté totale, affichage d’une volonté de ne strictement rien céder. Plus que la riposte elle-même, c’est le message qui l’accompagne qui compte : fermeté totale. Les deux pays n’ont rien à céder face au terrorisme. Ils paieront le prix nécessaire pour en venir à bout. Mieux : la Tunisie, qui entre dans le tourbillon du terrorisme alors que l’Algérie est supposée en sortir, a fait bloc, et ses institutions sécuritaires ont fait preuve d’une efficacité insoupçonnée.

Tous ces facteurs vont naturellement pousser à un rapprochement entre les deux pays. La coopération sécuritaire, déjà étroite, devrait s’intensifier. Ceci a déjà conduit les deux pays à adopter la même approche face aux mêmes menaces, et à développer le même argumentaire face aux pays occidentaux, tentés par de nouvelles aventures.

Pour tout le monde, il y a aujourd’hui un abcès de fixation Daech en Libye. Comment l’éliminer au moindre coût ? Les occidentaux ont affirmé leur préférence : ils veulent bombarder, pendant que les pays de la région enverraient des troupes au sol. Ils n’ont trouvé aucun partenaire susceptible de les accompagner dans ce scénario. L’Algérie s’est blindée derrière le principe de non-ingérence, la Tunisie n’a pas les moyens d’une telle politique, et l’Egypte gère ses propres difficultés.

Fait accompli ?

En bombardant un des fiefs de Daech, les Américains ont-ils tenté d’imposer un fait accompli, comme le suggèrent certains analystes? Benguerdane est-elle une réponse de Daech à ce bombardement? A défaut de réponses précises, le doute s’installe. Et pendant ce temps, Daech renforce son fief en Libye, au risque d’y installer un embryon d’armée, avec notamment des transfuges tunisiens : il y aurait plus de 5.000 tunisiens dans les rangs de Daech en Irak et en Syrie. Un cessez-le-feu de longue durée au Machrek risque de les amener à se replier à Syrte, qui deviendrait alors une plateforme pour se lancer à la conquête de différentes régions de Libye, voire pour essaimer en Tunisie et en Algérie.

C’est ce qui provoque cet éternel malaise avec la position algérienne. Sur le principe, l’analyse algérienne était solide; elle était d’autant plus convaincante que l’Algérie est probablement un des pays qui connaissent le mieux la violence, ses engrenages, ses conséquences, sa dynamique et la difficulté d’en maitriser les résultats.

Mais cette analyse sert, parfois, d’alibi à l’inaction, voire même à cacher des échecs. Ce fut le cas au Mali ; cela peut devenir le cas en Libye. Car il ne faut pas s’y tromper : des créations de type Daech peuvent connaitre une formidable dynamique d’expansion. On l’a vu en Syrie-Irak. Rien ne dit qu’un mouvement similaire est exclu en Libye. Particulièrement depuis que l’Algérie a refusé de se laisser enrôler dans les conflits entre sunnites et chiites au Moyen-Orient. Vue du Moyen-Orient, l’Algérie est considérée comme proche de l’axe Iran-Syrie. Quoi de mieux qu’un Etat islamique à ses frontières est et sud pour la ligoter? Ce qui amène à se demander qui a été attaqué à Buenguerdane, et si cette ville se trouve en Tunisie ou en Algérie.