Le retard numérique est alarmant: Nabni propose une feuille de route sur trois ans pour numériser l’Algérie

 

Toutes les analyses convergent. Le retard numérique de l’Algérie ne se justifie pas. Nabni propose une feuille de route sur trois ans pour rattraper le retard.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 15 mars 2016)

C’est un véritable tir croisé que subit le secteur des TIC en Algérie, en raison du retard qu’il accumule et de l’incapacité manifeste à trouver les bonnes méthodes pour favoriser l’essor du secteur. Redouane Hamza, PHD en informatique installé au Canada, Malik Si Mohamed, professeur des universités, et le think-tank Nabni, ont dressé un constat alarmant, tout en avançant des propositions pour sortir de l’impasse. La lecture de ce que préconisent ces spécialistes montre une large convergence entre leurs visions et leurs analyses. Curieusement, les idées avancées se recoupent parfois avec celles des officiels, en premier lieu avec ce qu’énonce la ministre de la communication, Mme Houda Feraoun.

Sur le bilan du secteur, le constat est unanimement partagé. Malik Si Mohamed reconnait que des résultats ont été obtenus, certes, comme la mise en place d’un réseau de câble en fibre optique, la forte poussée de la téléphonie mobile, et le succès partiel de l’accès internet. Par contre, des pans entiers restent très arriérés, mettant l’Algérie en queue de file dans les classements internationaux. Il cite notamment le faible développement du contenu local pour l’internet, la pauvreté du domaine dz, le côté encore archaïque des services postaux, la stagnation de la téléphonie fixe et l’ADSL, ainsi que le faible développement des centres d’appels et la voix sur IP.

Ramdane Hamza avoue ne pas comprendre comment le e-paiement ne s’est pas développé en Algérie. Il met en cause une « rigidité meurtrière », qui empêche d’innover. Pourtant, affirme-t-il, catégorique, « sans changement, pas de croissance, c’est impossible ».

Une autre manière de faire

Comme Malik Si Mohamed, Nabni remet en cause l’approche du secteur des TIC. M. Si Mohamed souligne qu’il y a « une autre manière de faire », et insiste sur la « tranversalité » des TIC. Nabni rappelle qu’une « politique de transformation numérique ne se pose plus en termes de construction d’infrastructure et d’équipements informatiques uniquement. Son enjeu principal est le développement des composantes nécessaires à l’émergence d’une économie du savoir qui crée des emplois qualifiés, et améliore la productivité de l’économie dans son ensemble ».

Nabni en tire un constat, qui sonne comme un cri d’alarme : « une transformation numérique pour l’Algérie est une urgence nationale ». Rappelant que « l’Algérie a réussi à démocratiser l’accès à la téléphonie mobile grâce au dynamisme relatif créé par la concurrence entre trois acteurs », le think tank  note que cet acquis, qui se situe « au niveau des économies les plus avancées, contraste avec le faible niveau d’adoption des services numériques ».

Toutes les données disponibles confirment ce retard. L’analyse du World Economic Forum classe l’Algérie à la 147ème position pour l’adoption des technologies dans les entreprises, alors que la Tunisie est 70ème et le Maroc 95ème. En matière d’indice de développement des TIC, l’Algérie est à la 113e place mondiale sur 167 dans le classement de l’Union Internationale des Télécommunications (ITU) derrière la Tunisie et le Maroc. L’Algérie exporte moins de un dollar par habitant en produits et services high tech, alors que la Tunisie et le Maroc en exportent respectivement 57 dollars par habitant.

Skype, WhatsApp et le télex

Dans sa tradition de proposition d’alternatives concrètes, Nabni décline une feuille de route détaillée, sur trois ans. Ce plan, baptisé « DIGIT-Algérie », s’articule autour de cinq  axes principaux : le développement des usages dans le privé et le public, l’innovation pour favoriser l’émergence d’un tissu de sociétés numériques locales, la gouvernance modernisée du secteur, l’infrastructure TIC nécessaire à l’essor du numérique, et les talents à développer en formant des ingénieurs et gestionnaires de la nouvelle économie.

Le plan de Nabni, très élaboré, est centré sur l’action publique, mais aussi sur les acteurs privés économiques publics et privés. Il met en relief le rôle des pouvoirs publics pour mettre en place la réglementation nécessaire et pour insuffler une dynamique favorisant le numérique. Comme souvent, Nabni suggère de mettre en place une structure dédiée à cette tâche. Il s’agit, cette fois-ci, de mettre « en place une unité de pilotage pour la mise en œuvre du plan digital », car « la transformation numérique nécessite une feuille de route multisectorielle, un cadre légal approprié et des investissements lourds à piloter. Les enjeux de cette transformation transcendent les ministères ».

Nabni s’attaque aussi volet gouvernance, en préconisant notamment de mieux répartir les rôles entre centres de décisions, acteurs économiques et régulateurs. C’est le volet le plus lourd, le plus complexe. Il reste à Nabni à trouver le moyen de faire parvenir ce message au commandant du Titanic. Selon des informations convergences, Nabni a utilisé skype et whatsAapp, alors que le commandant du Titanic ne dispose que d’un télex.

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