Facile victoire de Raouraoua contre Gourcuff

 

Gourcuff a refusé de livrer une bataille qu’il considérait inutile, offrant à Mohamed Raouraoua une nouvelle victoire remportée sans périls.

Abed Charef

Dans une guerre à fleurets mouchetés, Mohamed Raouraoua a encore gagné. Il a réussi à avoir la peau de Christian Gourcuff, poussant l’ancien entraineur de l’équipe nationale vers la sortie, sans jamais apparaitre en première ligne. A aucun moment, le président de la FAF n’a donné l’impression d’être en conflit avec Gourcuff. Des porte-flingues ont rempli la tâche, avec succès. Ils ont empoisonné la vie de l’entraineur de l’équipe nationale, faisant en sorte que son maintien soit impossible.

Le reste était une simple question de timing, et d’une mise en orchestre qui préserve les intérêts des uns et des autres. Pour Gourcuff, il fallait choisir le moment favorable, pour sortir la tête haute. Eviter surtout d’être remercié, ce qui ne contribue jamais à soigner un CV. Pour le président de la FAF, il fallait éviter d’avoir à décider un licenciement, qui aurait imposé de payer des indemnités de départ. Ce fut donc une séparation à l’amiable, qui permet à chacun de dire qu’il a gagné, et de maintenir son propre agenda. L’image est sauve.

Gourcuff avait compris le manège depuis des mois. Il avait décidé de préparer sa sortie, en se préparant notamment un point de chute plus adapté à ses ambitions. Il serait pourtant erroné de penser que Gourcuff préférait tout lâcher pour reprendre un club. Sa véritable ambition était autre. L’équipe nationale lui offrait un véritable challenge : jouer une seconde phase finale de la coupe d’Afrique des Nations, avec une sérieuse chance de la remporter, et espérer disputer une phase finale de coupe du monde avec l’équipe nationale d’Algérie. Peu d’entraineurs cracheraient sur une telle opportunité.

Pressions

Ce qui signifie que la pression sur Gourcuff était très forte. Trop forte. Alors qu’il avait jusque-là bénéficié d’une chance insolente. Le groupe qu’il avait à sa disposition est en effet, très probablement, le meilleur que l’équipe nationale ait jamais possédé. Cinq joueurs de cette équipe sont titulaires dans des formations de haut niveau en Europe (Brahimi, Slimani, Mahrez, Goulam et Feghouli), ce qu’i n’était jamais arrivé auparavant. Au moins deux d’entre eux peuvent ont de sérieuses chances de terminer champion, en Angleterre et au Portugal. Les autres titulaires sont de solides professionnels, capables de faire le boulot.

Après avoir commencé laborieusement avec eux, Gourcuff a su planifier son travail pour une montée en cadence remarquable. Et c’est là qu’il a révélé une grosse erreur de Raouraoua. Celui-ci avait en effet des doutes sur Gourcuff, et préparait le terrain en vue de lui faire porter le chapeau en cas de coup dur. Mais Gourcuff a terminé son parcours par deux victoires tonitruantes, inscrivant deux fois sept buts. Ceci place l’équipe nationale tout en haut de la hiérarchie africaine.

Il a aussi montré que sa méthode portait ses fruits. Gourcuff fait partie d’une catégorie d’entraineurs méthodiques, portés sur la pédagogie et la réflexion. Ce n’est pas un homme qui va révolutionner le football, comme Johan Cruyff ou Pepe Gardiola, ni un homme venu du terrain, à l’image de Rachid Mekhloufi ou Didier Deschamps. Il est plutôt proche de Rabah Saadane, avec des convictions bien arrêtées sur le jeu, avec du caractère en plus.

Seconde erreur de Raouraoua

En se séparant de lui, Raouraoua commet sa seconde grande erreur d’appréciation. A la veille de la coupe du monde 2014, il avait commis le même impair, en se préparant à sacrifier Vahid  Hallilodzic bien avant la compétition. Là encore, il avait soigneusement savonné la planche de l’ancien sélectionneur, allant jusqu’à inviter Gourcuff à visiter le centre des équipes nationales de Sidi-Moussa pendant que l’équipe nationale était en regroupement sous la direction de Hallilodzic ! La précipitation de Raouraoua à se débarrasser du bosniaque avait contraint le président Bouteflika à faire une nouvelle offre à Hallilodzic, alors que la rupture était consommée.

Aujourd’hui encore, la présence d’un entraineur à succès risquait de lui faire de l’ombre. A l’inverse, le départ de Gourcuff permet à Raouraoua de rester seul maitre du jeu. C’est lui qui fixe les échéances, se préparant à récolter les louanges, mais aussi à fournir des explications en cas d’échec. Si l’équipe nationale remporte la prochaine coupe d’Afrique, Raouraoua dira qu’il a eu du flair avec le futur entraineur. S’il échoue, il pourra toujours dire qu’il lui faut du temps, et que le véritable objectif reste la coupe du monde. Dans l’intervalle, des perspectives nouvelles s’offrent à Raouraoua au sein de la CAF et de la FIFA, particulièrement après le séisme qui a secoué l’instance internationale et les déboires qui guettent Issa Hayatou. Ce qui prouve que la gestion du football est une affaire d’intrigues et de gros sous, mais qu’à la fin, c’est toujours Raouraoua qui gagne.

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