Sellal impose un modèle économique débridé et sans balises

Le remaniement du gouvernement a accéléré l’émergence du nouveau modèle économique promis par le premier ministre Abdelmalek Sellal.

Abed Charef

Abdelmalek Sellal n’a pas exposé son nouveau modèle économique devant la tripartite, mais il est en train de le décliner, par bribes, à travers des actes et des décisions qui mettent l’Algérie sur une nouvelle trajectoire économique. Et ce que promet le premier ministre relève d’un modèle débridé, sans règles, sans encadrement et sans arbitrage.

M. Sellal avait annoncé son nouveau modèle économique pour avril, avant de reporter sa décision pour mai. En fin de compte, il a choisi d’en donner la primeur à la réunion de la tripartite, qui devait se réunir le 5 juin. Entretemps, un nouvel agenda s’était imposé. Le remaniement du 11 juin a bouleversé la donne, avec notamment le départ de deux hommes essentiels dans la gestion économique du pays, le ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa et celui de l’énergie Salah Khebri. Auparavant, M. Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie, avait été remercié. C’est donc toute la gouvernance économique du pays qui change de main.

Parmi ces trois personnages qui quittent la scène, M. Khebri était transparent, et M. Benkhalfa vendait des idées qui ne marchaient pas. Restait M. Laksaci. Sans être un Che Guevara de la finance, l’homme avait une connaissance des dossiers qui le poussait à attirer régulièrement l’attention sur les dérives à éviter, et les dangers qui guettaient le pays. C’était un bouton rouge qui s’allumait à chaque accident. Il fallait l’éliminer. M. Laksaci est donc la cible principale du remaniement.

Lobbying

Face à lui, le monde des affaires s’impatientait. Avec la baisse des recettes extérieures, une certaine inquiétude commençait à percer. Qui serait sacrifié ? L’expérience des licences d’importation de véhicules avait fait des victimes. Elle a montré que le pouvoir peut être amené à arbitrer en faveur des uns contre les autres. Il fallait donc éviter de voir le scénario des licences s’élargir à d’autres secteurs. Le pire, ce serait de voir se mettre en place un nouveau système, plus rigoureux, économe, rationnel, couvrant toutes les importations.

Le lobbying des milieux d’affaires a payé. Un banquier conventionnel a été désigné à la tête de la Banque d’Algérie. A la Banque Extérieure d’Algérie, l’homme a géré les devises des hydrocarbures. Il sait comment procéder avec les monnaies étrangères.

Cette victoire a donné des ailes aux milieux d’affaires, qui veulent aller plus loin. Faire sauter deux autres digues : celle du 51/49, et celle du droit de préemption. L’auteur de ces mesures, Ahmed Ouyahia, fait partie de la liste rouge dressée par Amar Saadani. Tous les hauts responsables pris à partie par M. Saadani ont été limogés. Ce qui fait dire à la plupart des analyses que le tour de M. Ouyahia va venir, probablement à la faveur d’un remaniement plus vaste, à la rentrée. Entretemps, les dos d’âne administratifs qu’il avait érigés auront sauté.

Bureaucratie archaïque contre capitalisme débridé

Au total, tout cela débouche sur une nouvelle donne économique : un système totalement ouvert, débridé, sans garde-fous ni barrière, avec des facilités encore plus grandes pour l’accès aux ressources du pays en devises. Le monde des affaires se réjouit, pas l’économie du pays, qui se retrouve sans protection.

Dans ce parcours, la bureaucratie traditionnelle, incarnée par Ahmed Ouyahia, a perdu. Tatillonne, paralysante, arborant un comportement totalitaire sous l’habit du nationalisme, elle n’a pas compris qu’il fallait changer de méthodes, pour mettre en place de nouvelles règles, avec des institutions indépendantes, crédibles, capables de réguler le marché et de permettre aux forces sociales de s’organiser librement. En maintenant en place des pratiques inadaptées, la bureaucratie a empêché l’investissement et freiné la croissance. Elle sera contrainte de quitter le terrain en laissant une économie sans règles.

Les partenaires étrangers sont eux aussi rassurés. Non seulement il n’y aura pas de restrictions sur les devises, mais le marché algérien est désormais ouvert. Plus de 51/49, plus de droit de préemption. De nouvelles facilités sont à envisager, avec le nouveau code des investissements.

Défaillance interne

Dans l’absolu, l’ouverture n’est pas un mal en soi. Bien au contraire. Faciliter les investissements étrangers, attirer les grandes firmes internationales est un gage de solidité de l’économie et une garantie sur de nombreux terrains, comme le transfert de savoir, la modernisation de l’économie, le renforcement de la concurrence, etc.

Mais cela serait valable dans un pays où existent des institutions crédibles, viables, transparentes, capables d’édicter et de faire respecter des règles.  L’inverse, dans un pays où les deux nouveaux ministres qui viennent de faire leur entrée au gouvernement ont été cités dans de graves affaires de détournements, aucune garantie n’est offerte.

Ce n’est pas de la langue de bois : l’économie algérienne est menacée, par des prédateurs internes et externes. Le ministre du commerce lui-même a déclaré que 30% des devises exportées le sont de manière illicite et injustifiée. Les scandales à répétition ont montré que les services de sécurité ne sont pas en mesure de protéger l’économie. La Banque d’Algérie est désarmée par son manque d’indépendance. Les organisations politiques et sociales susceptibles de protester ont été laminées. Pire : quand elles arborent des intentions de révolte, elles le font selon des méthodes éculées et inefficaces.

Le nouveau modèle économique de M. Sellal est en marche.

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