Sellal explose le concept de bonne gouvernance

 

Un gouvernement est supposé apporter des solutions. En Algérie, il crée des problèmes. Echantillons.

Abed Charef

Il y a deux ans à peine, les entreprises et administrations publiques étaient destinataires d’une circulaire du premier ministre Abelmalek Sellal, les sommant de mettre à la retraite le personnel qui a atteint l’âge de 60 ans. Pour le gouvernement, qui nageait alors dans l’abondance financière, il s’agissait de pousser vers la sortie le personnel en fin de carrière, pour dégager des postes de travail en faveur des jeunes, dont une partie importante se plaignait du chômage. Une analyse simpliste, pour ne pas dire primaire, voulait qu’un mouvement mécanique au sein de la population -faire sortir les uns du tunnel du monde du travail pour en faire entrer d’autres- pouvait atténuer la pression qui s’exerçait sur l’offre d’emploi.

L’application mécanique de cette décision, selon une méthode bureaucratique, a débouché sur trois dérives majeures. Elle a d’abord mis à la retraie forcée de nombreux travailleurs qui n’avaient pas atteint 32 années de cotisation et qui voulaient poursuivre leur carrière professionnelle. Ceux d’entre eux, qui étaient près de la retraite et avaient un salaire correct, s’en sortaient relativement bien, mais d’autres se sont retrouvés avec des pensions misérables.

Les entreprises ont aussi brutalement perdu une partie de leur encadrement, alors qu’il s’agissait précisément d’un personnel qui avait cumulé un maximum d’expérience. Les chefs d’entreprises ne s’y sont pas trompés. Beaucoup n’ont pas hésité à reprendre ces nouveaux retraités sous une autre forme, notamment comme consultants.

La caisse de retraite menacée

Une autre faute managériale a été commise : les caisses de retraite se sont brutalement retrouvées avec un gonflement considérable du volume de pensions à verser aux retraités. Un pétrole à plus de cent dollars offrait des ressources financières pour répondre à cette demande, mais le retournement du marché pétroler a brutalement plongé le gouvernement dans une situation inextricable. Il n’a plus les ressources pour financer le déficit des caisses de retraite.

Il fait aussi un autre constat d’échec : la mise à la retraite forcée d’une partie du personnel n’a pas permis de dégager des postes de travail en nombre suffisant. Pour deux raisons. Les entreprises et administrations, en sureffectif, ont simplement profité de l’aubaine pour dégraisser. Ensuite, le personnel à recruter n’avait pas la qualification et l’expérience de ceux qui quittaient l’entreprise ; d’où une dégradation de la qualité d’un management qui était, dès le départ, approximatif.

Face à cette dure réalité, le gouvernement tente un rétropédalage, alors que sa marge est très étroite. Il veut, cette fois-ci, agir dans deux directions, mais toujours dans la précipitation. D’une part, il veut supprimer la retraite proportionnelle, et d’autre part, il veut retarder l’âge du départ à la retraite. L’inverse de ce qu’il faisait il y a peu.

Légèreté

Dans l’absolu, ce nouveau choix sur l’âge de la retraite peut être défendu, avec quelques aménagements. Mais est-il possible de faire confiance à un gouvernement qui fait une chose et son contraire ? Comment les mêmes hommes peuvent-ils prendre des décisions aussi graves avec tant de légèreté, sans rendre de comptes ?

Sur le fond, cet amateurisme du gouvernement constitue, désormais, un danger et une menace pour le pays. Ses décisions à l’emporte-pièce, non étudiées, non réfléchies, prises sous la pression de la conjoncture, avec une légèreté qui frise l’irresponsabilité, discréditent des choix qui, en d’autres temps, auraient parfaitement tenu la route.

Détruire ses propres atouts

C’est l’occasion d’évoquer de nouveau les hydrocarbures non conventionnels, une carte que le gouvernement a lamentablement détruite à cause d’erreurs graves à ce niveau de la décision. Cette affaire avait été déclenchée par trois constats simultanés : la production algérienne d’hydrocarbures semblait inexorablement vouée au déclin à partir de 2008 ; un boom du gaz de schiste était enregistré aux Etats-Unis ; et l’Algérie était créditée des troisièmes ou quatrièmes réserves mondiales. Comme l’Algérie avait besoin d’une forte production pour assurer la poursuite des exportations et la satisfaction d’une demande interne en plein boom, l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels apparaissait comme une option à envisager, indépendamment de la polémique qui entourait la question.

Comment le gouvernement s’y est pris ? Par le mensonge et la dérobade. Il a alterné dribbles, mépris, manipulation et menaces. Au total, une série de fautes qui ont transformé l’exploitation du gaz de schiste en une sorte de menace majeure pour le pays. C’est, du moins, ainsi que l’opinion l’a perçue. L’inévitable s’est alors produit : un vaste mouvement de contestation s’est développé dans la région de In-Salah, bénéficiant de la sympathie ou du soutien de nombre d’Algériens.

Façade apparente

Les manifestants avaient raison de se méfier. Ils avaient été suffisamment bernés pour perdre con fiance. Ils ne considéraient plus le gouvernement comme assez crédible sur une question aussi cruciale. Le pouvoir lui-même a fini par le reconnaitre et d’abdiquer: les interlocuteurs traditionnels de la population -ministère de l’énergie, personnel politique, wali, etc.- étaient tellement discrédités qu’ils ont été éconduits. Et c’est l’armée qui a été chargée de ramener la sérénité. Le chef de la 6ème région militaire lui-même s’est déplacé sur les lieux pour prendre langue avec les manifestants et tenter de désamorcer la crise.

Mais cela n’efface pas la faute. Bien au contraire, ces deux exemples montrent que le gouvernement est devenu source de problèmes, comme le montre l’affaire des retraites ; et quand il dispose de certaines solutions, il s’y prend de telle manière qu’il détruit ses propres atouts, comme il l’a fait avec le gaz de schiste.

Une précision tout de même : ce n’est pas le gouvernement qui est en cause, auquel cas il suffirait de le changer. En fait, c’est le système de gouvernement qui est en cause. Et même si M. Sellal a réalisé des miracles en termes de mauvais choix, il n’est que la façade apparente de cette machine destructrice qui gère le pays.

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