Le patronat algérien, un handicap pour l’économie

 

Le patronat alimente la chronique politique, en jouant Bouchouareb contre Sellal. Mais sur le fond, il patauge. Derrière un vernis de modernité, il n’est pas sorti de la rente et des privilèges.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 6 octobre 2016)

Le patronat algérien s’impatiente. Il ne veut plus attendre. Il veut aller plus loin, mais, surtout, plus vite. A travers son organisation phare, le FCE, le patronat montre que le rythme actuel de l’économie algérienne ne lui convient pas. Et il le dit, dans un langage qui frise la rébellion.

S’agit-il d’un divorce avec le gouvernement de M. Abdelmalek Sellal, ou d’une simple brouille destinée à obtenir plus, plus rapidement? Les mots utilisés par les patrons pour exprimer leur impatience, lors de l’université d’été de leur organisation, à Constantine, ont été remarqués. Abdelmalek Sellal, qui a pourtant satisfait toutes les revendications du patronat, n’est plus le favori. Son statut est en train de changer. Le patronat ne voit plus en lui l’homme qui a demandé aux milieux d’affaires : dites moi ce que vous voulez et je le ferai. Il est plutôt l’homme qui raconte des histoires salées avant de diriger la campagne électorale du président Bouteflika, mais reste fondamentalement inefficace quand il s’agit de parler économie et entreprise.

Est-ce suffisant pour dire que le FCE a un nouveau candidat au poste de premier ministre, en la personne de M. Abdelssalam Bouchouareb ? La tentation serait grande. Particulièrement quand on sait qu’Alger bruisse de rumeurs sur un remaniement imminent du gouvernement, et que la proximité avec le cercle du président Abdelaziz Bouteflika constitue la meilleure garantie pour figurer dans la prochaine liste.

Divergences

En tout état de cause, le FCE veut se donner l’image d’une organisation plus moderne, plus dynamique, aspirant à plus de liberté pour jouer un rôle plus grand dans l’économie du pays. Mais cet aspect visible des aspirations du FCE occulte d’autres réalités, beaucoup moins glorieuses.

D’abord, le patronat algérien est fortement divisé. Entre ceux qui ont intérêt à rester collés au pouvoir, parce que dépendants fortement de la commande de l’Etat ou jouissant de privilèges exorbitants, et ceux qui fonctionnent dans une logique purement économique, il y a un monde. Ce sont les premiers qui tiennent aujourd’hui le FCE.

Ensuite, le patronat algérien, du moins la partie la plus visible, ne veut pas changer de modèle économique, il veut seulement un parrain plus efficace. Rien ne prouve que M. Bouchouareb le sera, mais qu’importe. Le patronat n’en est pas à sa première erreur, M. Bouchouareb est un ami, et à défaut d’être plus efficace, il accordera encore plus de faveurs.

Enfin, les milieux d’affaires sentent peut-être le besoin de participer à la nouvelle phase qui se prépare. Abdelmalek Sellal a déjà bouclé quatre années à la tête du gouvernement, et tout ce qui pouvait en être tiré l’a déjà été. Un nouveau premier ministre serait le bienvenu : ce serait l’occasion de taper sur le manque de résultats de Sellal, pour occulter tous les privilèges obtenus.

Incohérence

Mais quel que soit le discours du FCE, il sonne creux. Car ce n’est pas au milieu d’un calamiteux quatrième mandat qu’on découvre les vertus de l’économie. Le patronat a collé au pouvoir depuis des décennies ; il a même réalisé un coup de force pour destituer l’ancien président du FCE et adouber un nouveau patron réputé plus proche du pouvoir du moment. C’est un jeu dans lequel le FCE excelle. Il sait dans quelle direction va souffler le vent, et il a de grandes aptitudes pour prendre le bon train. C’est son principal mérite.

Mais sur le fond, le FCE constitue lui-même un sérieux handicap. Il soutient le statuquo politique tout en faisant semblant de promouvoir le changement économique. Il appuie un pouvoir assis sur la bureaucratie et la rente, et tient, en parallèle, un discours qui prétend sortir le pays de l’ère de la rente. Il veut du crédit, des terrains, des exonérations fiscales, des facilités de tous genres, accordés selon des règles discrétionnaires, mais déplore le non respect des règles. Enfin, il appuie un pouvoir dont le principal souci est la distribution de la rente pour pouvoir se maintenir, et regrette que ce pouvoir soit aussi inefficace dans la gestion de l’économie.

Un discours aussi contradictoire sert, à l’évidence, les intérêts de ceux qui se sont syndiqués au sein du FCE. Mais aujourd’hui, non seulement il ne tient plus la route, mais il devient une tare supplémentaire pour l’économie du pays.

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