Le départ de Saadani ne met pas fin au 4ème mandat

 

Saadani contre Ould Abbas. On n’est pas dans le combat du bien contre le mal, mais le combat vide contre l’inutile

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 octobre 2016)

Le clan A, celui du président Abdelaziz Bouteflika, est inquiet de la montée en puissance du clan B, celui parrainé par le général Gaïd Salah. En prévision d’une bataille inévitable, à l’approche de la présidentielle de 2019, le clan A cherche des alliances pour se renforcer. Il réussit à rétablir les ponts avec le clan C, celui du général Toufik Mediène, écarté des affaires il y a un an.

Dans ce monde, il n’y a pas place pour les sentiments, ni pour les considérations morales. Les alliances ne valent que le temps qu’elles sont nécessaires. Seuls les intérêts comptent. Ce qui amène  tout naturellement le général Mediène, qui veut préserver les intérêts des siens, à répondre favorablement aux sollicitations du clan A. Il est prêt reprendre du service, à mettre ses réseaux au service du président Bouteflika. Il en serait d’autant plus ravi que cette hypothèse lui permettrait d’atteindre deux grands objectifs : d’abord, se remettre en selle, et ensuite, avoir la possibilité d’en découdre avec celui  qui lui a volé ses pouvoirs, le général Gaïd Salah.

Ça tombe bien : le clan Bouteflika veut précisément se débarrasser du clan Gaïd Salah, devenu trop puissant. Ce qu’on appelle désormais « le groupe d’Annaba » est menaçant. Il a acquis trop de positions, et prétend de dicter ses choix pour 2019. Gaïd Salah lui-même, ou un autre candidat, peut importe.

Un homme exclu est dangereux

Autre avantage de l’opération : pour le président Bouteflika, le général Mediène est out. Il n’est plus en mesure de constituer une alternative. Par contre, s’il est réinjecté dans les circuits, comme ce fut le cas pour Gaïd Salah il y a une décennie, il peut s’avérer très précieux : Gaïd Salah, à l’antichambre de la retraite en 2004, a succédé au puissant chef d’état-major Mohamed Lamari, pour jouer un rôle essentiel dans l’impossible quatrième mandat. Ce qui montre que les missions les plus périlleuses doivent être confiées aux hommes qui ont frôlé l’exclusion définitive. Comme Toufik Mediène.

Voilà donc le deal conclu entre le clan A et le clan C, pour faire face au clan B. En contrepartie, le général Mediène a demandé comme gage de bonne volonté le départ de Amar Saadani, l’homme qui s’est montré le pus virulent contre le général Mediène. Celui-ci s’est contenté de dire publiquement qu’il envisageait d’attaquer Saadani en justice. Le message est arrivé à son destinataire, et la réponse a été extrêmement rapide.

Par ricochet à toutes ces combines, est née la désignation de M. Djamel Ould Abbas à la tête du FLN. Et celui-ci a de l’avenir : non seulement il fait bien ce qu’on lui demande de faire, mais il sait anticiper, aller au-devant du souhait de ses amis et parrains. Avec lui, il n’est pas nécessaire d’insister : dès sa première déclaration, il a ouvert la porte d’un cinquième mandat au profit du président Abdelaziz Bouteflika.

Changer de logiciel

Cinquième mandat : le mot est lâché. Toutes ces manœuvres, nous dit-on, sont dictées par cette échéance du cinquième mandat. Saadani, Ould Abbas, Mediène, tout convergence vers cette échéance. Mais avant de dire quoi que ce soit sur le sujet, reprenons depuis le début, pour poser le problème autrement : faut-il continuer à essayer d’analyser ce qui se passe dans le pays à travers ces guerres absurdes entre clans? Faut-il réellement fait l’effort de comprendre ce que font ces clans, de décortiquer leur démarche et leurs objectifs ? L’Algérie a-t-elle besoin de rester dans cette configuration absurde où Bouteflika se sert de Toufik Mediène pour éliminer Gaïd Salah après avoir utilisé Gaïd Salah pour mettre Mediène hors course ? Est-il nécessaire pour un pays comme l’Algérie de créer, puis de se défaire d’une créature comme Amar Saadani, pour assurer le développement du pays, élargir son rayonnement, et garantir le bonheur et le bien être de ses habitants ? Que représente l’avènement, à la tête du FLN, d’un homme aussi docile que Djamel Ould Abbas à l’échelle de l’histoire? Que va ajouter à la gloire de l’Algérie le fait d’avoir comme président un homme dans l’incapacité de faire un discours, ni d’aller dans un quelconque forum international défendre les intérêts de son pays?

Symbole de l’échec

Bien sûr, les prochaines semaines seront remplies de bruissements et de rumeurs. Djamel Ould Abbas aura-t-il le feu vert pour réhabiliter Abdelaziz Belkhadem ?  Celui-ci acceptera-t-il de rempiler, au risque de se retrouver de nouveau à la marge quand on n’aura plus besoin de lui ? Abdelkrim Abada et Abderrahmane Belayat se contenteront-ils de strapontins, pourvu que le parti ne retombe pas entre les mains de Belkhadem, ou bien auront-ils plus d’ambition, pour se placer en vue de 2019 ? Un FLN aussi faible est-il condamné à condamné les supplétifs, face à un RND aussi discipliné qu’une formation militaire, ce qui ouvre de grandes possibilités à M. Ahmed Ouyahia?

Toutes ces questions vont de nouveau se poser de manière récurrente dans les mois qui viennent. Elles mobiliseront les analystes, et absorberont beaucoup d’énergie. Pour rien. Elles ne sont absolument d’aucune utilité pour le pays. Le fait même de les poser signifie que le pays n’avance. Elles sont le signe de l’échec. Comme Saadani. Comme Bouteflika. Comme le 4ème mandat.

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5 Commentaires

  1. Respectueusement votre

     /  26 octobre 2016

    L’équation de Saadani est à mon humble avis simple à résoudre. Le timing de son départ date du début de l’été. On savait que le porte-parole a été réduit au silence. Sa dernière attaque contre des personnes est un grossier habillage pour justifier son départ. Elle ne trompera personne surtout si un exil doré est dans le deal. Pour moi, le clan présidentiel fait des concessions en sacrifiant les exécutants qui ont une mauvaise image (blanchiment de l’argent de la corruption dans l’immobilier à l’étranger) sans toutefois modifier sa politique destructrice du pays, car son objectif n’a pas changé. Donc les suivants sur la liste de départ se reconnaîtront dans les cibles de Rachid Nekkaz.
    Je ne pense pas qu’il existe un deal entre le clan A et le clan C, pour faire face au clan B. A mon avis, il n’y a pas de clans A, B et C. Il y a des exécutants du régime qui ne sont pas forcément des amis qui partagent la même politique. L’arbitrage est fait au jour le jour par consensus mais les tendances lourdes à caractère idéologique ne changent pas.
    Certains avancent que le départ de Saadani prépare le 5eme mandat. Je pense que c’est une diversion pour rassurer les différents acteurs de la scène politique, notamment ceux qui ne comprennent pas le manque de réactivité face aux défis d’une prochaine faillite financière. Maintenant que le FFR a fondu, que nous savons que les prix du pétrole resteront au niveau de 50-60 $/bbl et que les réserves de change vont disparaître d’ici la fin du mandat, il faut se rendre à l’évidence que peu de gens s’inquiètent de l’avenir à moyen terme du pays.
    Certains observateurs pensent que le régime a dans ses tiroirs des solutions en cas de vacance au sommet ou si le peuple algérien se réveillerait soudainement (préoccupé par son avenir) et se mettrait à ruer dans les brancards. Ces solutions s’appellent Ouyahia ou Hamrouche, peu importe pourvu que le régime perdure. Mais, est-ce ces solutions sont viables ? N’est-il pas déjà trop tard ?
    En effet, il y a au sein du régime ceux qui savent que les exportations d’hydrocarbures vont continuer à baisser et que les réserves de change ne suffiront pas à boucler le 4eme mandat sans sacrifices importants. Ces personnes ont fini par comprendre que Chakib Khelil, a non seulement réussi sa mission qui a consisté à assécher nos réserves de gaz sans les renouveler, mais de plus, il reste omniprésent à travers la nomination des responsables du secteur et il continue à œuvrer contre les intérêts nationaux. Ces personnes se décideront-elles à révéler les dossiers de crimes économiques et de trahison notamment ceux liés à ASMIDAL, ex filiale de Sonatrach ? Non, puisqu’ils ont laissé Bouchouareb signer un contrat en juillet 2016 pour le détournement d’un 4eme contrat de « dévalorisation de gaz naturel » à travers la filière des engrais, contrat qui va s’ajouter à ceux accordés à Sawiris, Bahwan, Vilar Mir (cité par le journal EL Mundo ref http://www.maghrebemergent.com/economie/algerie/63804-algerie-villar-mir-a-verse-au-moins-18-millions-d-euros-de-pots-de-vin-pour-les-projets-fertiberia-el-mundo.html). La crise financière n’arrête pas les traitres et les voleurs.
    Certains ont intérêt à ce qu’Abdelaziz Bouteflika et ses proches assument les conséquences de leur gouvernance. Il est clair que, pour plusieurs décideurs, Bouteflika doit impérativement mourir sur son trône car c’est leur seul alibi. Mais qui peut rejeter un certificat médical ? Le départ de Saadani ne met pas fin au 4eme mandat. Il met à l’abri les fidèles du clan avant l’article 88.
    Qui va tirer les marrons du feu lorsque le chaos s’installera durablement chez nous? Suivez mon regard vous diront les irakiens, syriens et libyens.

    Réponse
  2. Il ne sert à rien de faire des supputations. On est encore loin de 2019. D’ici là, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts et puis comme le si dit si bien l’adage populaire algérien :  » celui qui compte seul… »

    Réponse
    • HK

       /  28 novembre 2016

      VOUS IMAGINEZ QUE D ICI 2019 LES CHOSES CHANGENT
      JE RÊVE CA NE CHANGERA JAMAIS CAR LE PEUPLE EST TOUJOURS DANS SON SOMMEIL ÉTERNEL  » ALGÉRIE DE BOUTEF EST DEVENUE LA GROTTE AHL KAHF  »
      LA GÉNÉRATION QUI ARRIVENT EST PIRE QUE CELLE DES ANNÉES 60/70 CELLES QUI CROIENT AU SAVOIR PAS AU BILLET DE BANQUE
      DOMMAGE POUR LE REVE DE BENMHIDI

      Réponse
  3. Respectueusement votre

     /  27 octobre 2016

    Je ne pense pas qu’il existe un deal entre le clan A et le clan C, pour faire face au clan B. A mon avis, il n’y a pas de clans A, B et C. Il y a des exécutants du régime qui ne sont pas forcément des amis qui partagent la même politique. L’arbitrage sur certains points est fait au jour le jour mais les tendances lourdes à caractère idéologique ne changent pas.
    Certains avancent que le départ de Saadani prépare le 5eme mandat. Je pense que c’est une diversion pour rassurer les différents acteurs de la scène politique, notamment ceux qui ne comprennent pas le manque de réactivité face aux défis d’une prochaine faillite financière. Maintenant que le FFR a fondu, que nous savons que les prix du pétrole resteront au niveau de 50-60 $/bbl et que les réserves de change vont disparaître d’ici la fin du mandat, il faut se rendre à l’évidence que peu de gens s’inquiètent de l’avenir à moyen terme du pays.
    Certains observateurs pensent que le régime a dans ses tiroirs des solutions en cas de vacance au sommet ou si le peuple algérien se réveille un jour (préoccupé par son avenir) et se met à ruer dans les brancards. Ces solutions s’appellent Ouyahia ou Hamrouche, peu importe pourvu que le régime perdure. Mais, est-ce que ces solutions sont viables ? N’est-il pas déjà trop tard ?
    Les exécutants du clan présidentiel restreint, ceux qui ont accès au dossier très confidentiel de la rente, savent tous que le modèle économique a été conçu pour détruire l’Algérie à partir des années 2020 même avec un prix élevé du baril avec une baisse drastique des exportations d’hydrocarbures. Chakib Khelil, a non seulement réussi sa mission qui a consisté à assécher nos réserves de gaz sans les renouveler, mais de plus, il reste omniprésent à travers la nomination des responsables du secteur et il continue à œuvrer contre les intérêts nationaux. Avec la baisse des prix, nombreux sont ceux qui savent que les réserves de change ne suffiront pas à boucler le 4eme mandat même avec de lourds sacrifices.
    Certains ont intérêt à ce qu’Abdelaziz Bouteflika et ses proches assument les conséquences de leur gouvernance. Il est clair que, pour plusieurs décideurs, Bouteflika doit impérativement mourir sur son trône car c’est leur seul alibi. Mais qui peut rejeter un certificat médical ? Le départ de Saadani ne met pas fin au 4eme mandat. Il met à l’abri les fidèles du clan avant le recours à l’article 88. Qui va tirer les marrons du feu lorsque le chaos s’installera durablement chez nous? Suivez mon regard vous diront les irakiens, syriens et libyens.

    Réponse
  4. Mohamed

     /  27 octobre 2016

    Cher Abed tu es tellement sérieux que tu essaies de donner du sens à un système qui en est, par essence, dépourvu

    Réponse

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