Obama et le syndrome de l’ancien président

 

Obama a fait une déclaration favorable aux Palestiniens. Un  geste symbolique, pour se faire bonne consscience. Pas plus.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 29 décemebre 2016)

Barak Obama n’agit plus comme président des Etats-Unis. Avant de quitter la Maison Blanche, celui qui était l’homme le plus puissant du monde s’est engagé, depuis de longs mois, dans une opération particulièrement délicate : façonner l’image qu’il laissera pour la postérité.

Celui qui a obtenu le prix Nobel dès sa victoire à l’élection présidentielle américaine est assuré de sortir par le haut. Tout au long de ses deux mandats, il a réussi à conserver une image très positive, malgré ses déboires internes et les échecs accumulés sur le plan international. Même la défaite de Hilary Clinton dans la conquête de la Maison Blanche en novembre 2016 n’a pas altéré l’image du premier président noir de l’histoire des Etats-Unis.

Ultime coup médiatique, Barak Obama a décidé quitter la Maison Blanche en beauté, en faisant adopter par le Conseil de sécurité des Nations-Unies une résolution condamnant la colonisation israélienne dans les Territoires occupés de la Palestine. Une grande première dans l’histoire du Proche-Orient depuis près d’un demi-siècle.

La décision de Barak Obama tranche avec l’attitude traditionnelle des Etats-Unis, qui opposaient systématiquement leur véto à toute résolution plus ou moins favorable aux Palestiniens. Elle consacre aussi une relation, qualifiée d’exécrable, entre le président américain sortant et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

Dans la foulée, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a affiché sa volonté d’engager Palestiniens et Israéliens dans un nouveau processus de paix pour le Proche-Orient. M. Kerry estime qu’il est «de son devoir » de lancer cette démarche « dans ses dernières semaines et derniers jours en tant que secrétaire d’État, de présenter ce qu’il pense être le chemin vers une solution à deux États ».

Sans illusions

Les propos des deux dirigeants américains sont séduisants. Ils peuvent même être considérés comme une petite victoire symbolique pour les Palestiniens. Mais pas plus. Car tous les analystes sont d’accord : ces annonces n’auront aucun poids, et ne seront d’aucun effet. Elles ne rapporteront rien aux Palestiniens.

Il s’agit de déclarations d’ex-responsables, qui n’ont plus la main. Le projet de Kerry est, en ce sens, encore plus insignifiant : que peut faire un secrétaire d’Etat sortant après être resté les bras croisés pendant l’exercice de ses responsabilités? Que peut faire Obama pour les Palestiniens, même s’il peut avoir une quelconque sympathie pour leurs droits, lui qui n’a pas fait avancer leur cause d’un pouce pendant ses deux mandats?

Les Palestiniens ont d’ailleurs accueilli ces propos sans illusion. Ils savent bien qu’un ex-dirigeant, aussi respectable soit-il, ne peut user que d’une autorité morale, si tant est qu’elle existe, et que cette autorité morale ne pèse pas grand-chose face aux chars et à l’aviation israélienne.

Jimmy Carter en est un exemple édifiant. L’ancien président démocrate avait parrainé les accords de Camp David entre l’Egypte et Israël, avant de glisser progressivement pour se rapprocher des positions palestiniennes. Au fil des années, il est devenu un avocat reconnu des droits des Palestiniens, mais sa voix est devenue totalement inaudible.

Rien ne montre qu’il est sera différemment avec Barak Obama et John Kerry. D’autant plus que l’actualité américaine va s’emballer dans les semaines et les mois qui viennent, avec l’investiture de la nouvelle administration et la gestion tumultueuse que promet le président élu Donald Trump. Dans de telles conditions, que restera-t-il des promesses du président sortant et de celles de son secrétaire d’Etat ?

Remords inutiles

Le pire est même à envisager. Donald Trump pourrait être enté de rattraper ce qu’il considère comme des erreurs de son prédécesseur. Il va faire de la surenchère pro-israélienne. Dans le même temps, des initiatives choc dans les relations avec la Russie et la Chine, et le chaos du Proche-Orient, feront oublier la Palestine.

Dans ce cas de figure, « l’incartade » de Barak Obama risque de faire encore plus de mal aux Palestiniens. Elle donnerait du président sortant une autre image : un homme soucieux d’organiser au mieux sa sortie et de gérer d’abord sa propre image, utilisant des causes justes pour donner un peu de couleur à un bilan qui, ne l’oublions pas, comprend notamment la destruction de la Libye et de la Syrie.

Autre rappel : même s’il semble avoir lui aussi avoir acquis un peu de sympathie pour les Palestiniens, et mesuré l’ampleur de l’injustice dont ils souffrent, Barak Obama n’a rien fait de concret pour les Palestiniens. Il s’est contenté d’intentions, et n’a jamais réussi à faire plier les Israéliens. Il pourra toujours aller manifester à Ghaza, dans quelques années, en signe de solidarité avec les Palestiniens, mais ce sera inutile. Il sera un ex. C’est pendant l’exercice de ses mandats qu’il pouvait faire. Il ne l’a pas fait. Ses remords ne servent à rien.

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