Les amis encombrants de l’Algérie

 

Pour des besoins de politique interne, l’Algérie est obligée de recourir à ses nouveaux amis. En d’autres temps, ils auraient considérés comme infréquentables.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 mars 2017)

La visite du président congolais Denis Sassou-Nguesso à Alger a valu essentiellement par les images de sa rencontre avec le président Abdelaziz Bouteflika. Après l’annulation de la visite de Mme Angela Merkel, officiellement parce que le président Bouteflika souffrait d’une « bronchite aigue », puis celle du président iranien Rohani, et la polémique née autour d’audiences qu’il était supposé accorder à des visiteurs étrangers, les rumeurs sur l’état de santé du chef de l’Etat s’étaient emballées. Les images du président Bouteflika recevant le ministre Abdelakader Messahel faisaient trop cuisine interne pour être convaincantes. Il fallait donc trouver un hôte de marque pour orchestrer une nouvelle rencontre destinée à assurer que le président Bouteflika est là, et bien là. C’est la routine du quatrième mandat.

Mais le hasard du calendrier a révélé que les amis de l’Algérie ont changé de profil. Ce ne sont plus les Castro, Arafat et Mandela qui fréquentent Alger. L’Algérie n’est même plus visitée par les seconds couteaux, ces rebelles faisant des discours lyriques un peu décalés par rapport à leur temps, comme Hugo Chavez, Jean-Luc Mélenchon ou Mahmoud Ahmadinedjad. Ce sont désormais des hommes à la réputation sulfureuse, parfois franchement douteuse, qui font le pèlerinage d’Alger, une capitale désormais à la page : on n’y parle plus de changement du monde, de révolutions ; on y parle affaires, réseaux, argent, et pouvoir.

Pouvoir, réseaux, argent

L’histoire de Denis Sassou Nguesso se confond avec celle de son pays, dont il a dirigé les destinées pendant plus de trois décennies. C’est l’un des autocrates qui a l’une des plus grandes longévités au pouvoir. Il est l’un des symboles de cette Afrique où des dirigeants s’accrochent au pouvoir, en maintenant un ordre musclé, grâce à des réseaux mêlant pouvoir, argent, tribalisme, et connexions à l’internationale, grâce auxquels il survécu à la contestation, à une guerre civile et à d’intenses pressions internationales visant à le faire destituer.

Le schéma de pouvoir qu’il a mis en place est d’une banalité navrante en Afrique. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à ce qu’on peut trouver au Gabon, en Guinée Equatoriale ou en Angola. Autres similitudes avec ces pays : la présence d’une richesse naturelle, le pétrole, qui permet d’arroser les « amis » et de trouver grâce aux yeux des puissances tutélaires, qui préfèrent garder la certitude d’un approvisionnement en pétrole plutôt que de risquer de se retrouver avec un interlocuteur de type Chavez ou Sankara. Des élections maison, organisées selon une mode fraude massive et totalement contrôlées par le pouvoir, donnent l’illusion d’une vie institutionnelle normale.

Un luxe choquant

Le silence de plomb imposé dans ces pays n’est troublé que par des émeutes, durement réprimées, ou par des révélations faites à l’extérieur. Et là encore, on découvre les mêmes schémas : des fortunes sont détournées par les dirigeants ou leurs proches, qui étalent leurs frasques dans les grandes capitales internationales. Cette fois-ci, pendant que Denis Sassou Nguesso est à Alger, son neveu, une sorte de mélange entre Amar Ghoul, Chakib Khelil et Farid Bedjaoui, fait l’objet de poursuites à Paris, qui demeure la vraie capitale de l’Afrique.

Wilfied Nguesso dirige un petit parti, et contrôle une puissante entreprise vivant aux crochets de l’Etat. Il est aussi un homme de zaouia : c’est un pasteur évangélique, qui mélange religion et business. Mais sa religion ne prêche pas l’austérité : il possède, comme le fils du président de Guinée Equatoriale, un parce luxueux de voitures de luxe, comprenant une Porsche Panamera, une Cayenne, une Aston Martin DB9, une Jaguar, et une Land Rover Sport, selon des révélations de la presse française. Sa mère n’est pas en reste : elle possèderait une Rolls Royce Phantom, une Bentley, une Porsche Panamera, une Mercedes Maybach et une Land Rover de luxe. Le fils de Bouguerra Soltani, avec son Hammer, fait figure de petit épicier devant un tel étalage de luxe.

Nouveaux amis

Pour l’Afrique, continent le plus pauvre de la planète, de tels phénomènes sont choquants. D’autant plus choquants que des régions entières sont menacées par la famine, elle-même résultat de guerres provoquées par ces comportements criminels. Même pour une Algérie qui, pourtant, bascule peu à peu dans l’affairisme et l’argent, ces comportements demeurent totalement inacceptables. Parce que le pays a bâti sa légende sur des valeurs radicalement différentes, faites de solidarité, de sacrifice, de partage, d’austérité. La légende attribue au président Houari Boumediène un seul bien qu’il aurait laissé à sa mort : un compte CPP avec un solde de 6.000 dinars. Aucune fortune, aucun autre bien.

Un ministre des années 1980 raconte dans ses mémoires comment il a obtenu une baisse sur un gros contrat. Après avoir négocié dur, il était arrivé à la limite de ce qu’il pouvait obtenir. Il donné un accord pour un montant convenu. Mais avant de signer, il a engagé une nouvelle manœuvre. Il a envoyé un émissaire au chef de la délégation étrangère intéressée, pour demander une commission sur le marché. Après d’âpres négociations, il a obtenu une commission de trois pour cent. Au final, il a demandé que le contrat soit revu à la baisse, de trois pour cent. En demandant la commission, il voulait en fait savoir s’il y avait moyen de faire encore baisser le montant du contrat.

Ces hommes là ont disparu des sphères du pouvoir. D’autres ont émergé. Et ces derniers ont donné à l’Algérie de nouvelles amitiés. A l’exemple de Denis Sassou Nguesso.

Mahieddine Tahkout, le punching ball de l’échec industriel algérien

 

Le scandale Tahkout a révélé l’indigence du projet industriel du gouvernement de M. Sellal, mis en musique par Abdessalam Bouchouareb.

Abed Charef (Publié sur le site de maghrebemergent.info)

La prolifération de projets de montage automobile en Algérie m’a intrigué. Depuis des mois, j’essayais de comprendre quel était le modèle économique dont s’inspiraient ces projets, et quels intérêts avaient les grandes marques à s’installer d’une manière aussi aléatoire.

Economistes, industriels et financiers auxquels je posais la question répondaient tous de la même manière, en utilisant des formules plus ou moins polies. « Du n’importe quoi », disait l’un ; « une manière grossière de camoufler l’échec industriel », disait un autre, quand un troisième n’hésitait pas à utiliser une formule du cru : « tiribarkisme ». Un économiste estimait, de son côté, que les milieux d’argent s’adaptaient à une nouvelle situation marquée par une relative rareté de ressources financières.

Toutes ces analyses me gênaient, parce qu’elles confortaient trop facilement mon point de vue. Il me semblait difficile d’envisager qu’un gouvernement dans son ensemble et de grandes marques automobiles puissent se hasarder dans des initiatives aussi risquées de manière aussi hasardeuses.

Quelques rares analystes essayaient de trouver des explications partielles, fragmentaires, pour expliquer le comportement des uns et des autres, mais personne n’était en mesure d’avancer une explication globale, cohérente, de ce qui se faisait. Au mieux, on aboutissait à justifier le comportement d’un opérateur, mais aucun analyste indépendant n’adhérait au discours ronflant du ministre de l’industrie Abdessalam Bouchouareb.

Théorie des niches et contrôle du marché

Une idée domine dans le domaine du montage automobile : un projet n’est viable que s’il atteint une certaine envergure, un « seuil critique », 150 à 200.000 unités par an. C’est ce qu’a prévu Renault à Tanger, qui vise une production de 400.000 unités par an. Avec une telle envergure, le projet peut avoir un effet d’entrainement et donner naissance à un écosystème viable, avec l’émergence d’une multitude de partenaires et sous-traitants.

Face à cela, un industriel algérien estime qu’il est toujours possible à un constructeur local de survivre à un niveau beaucoup plus bas, sous certaines conditions : s’installant dans une niche négligée par les grandes marques, s’adosser à un grand constructeur, profit ainsi d’avantages comparatifs et de coûts avantageux (main d’œuvre, énergie, marché plus ou moins protégé), tout en évitant les dépenses onéreuses liées à la recherche et à la communication de prestige. C’est le schéma adopté par Peugeot en Iran, et auquel semblait opter Renault en Algérie, en produisant des véhicules d’entrée de gamme, destinés à une clientèle modeste.

Convergences

Les grands constructeurs avaient eux aussi, objectivement, intérêt à s’installer en Algérie. Face aux restrictions administratives imposées par le système des licences, ils avaient intérêt à préserver ou augmenter leur part dans un marché aujourd’hui en repli, mais dont les besoins vont probablement se stabiliser au-dessus de 200.000 véhicules par an, voire le double en cas de rebond du marché pétrolier sur le long terme.

Dans le même temps, les concessionnaires automobiles, qui avaient amassé des fortunes colossales (1.2 millions de voitures en trois ans), pouvaient faire illusion. Ils apparaissaient comme les partenaires naturels de la nouvelle donne : remplacer progressivement les importations par une industrie locale, y compris sous la pression du gouvernement, qui ne peut plus faire face à la sortie massive de devises induite par les importations de véhicules.

L’Algérie offrait ainsi une convergence réelle d’intérêts qui pouvaient devenir complémentaires : un marché intéressant, des marques soucieuses d’y affirmer leur présence, un capital disponible qui trouve un espace pour se redéployer, et une situation économique difficile qui poussait le gouvernement à changer de cap.

Lourde responsabilité du gouvernement

Mais c’était compter sans un contexte algérien très particulier, avec ses nombreux aléas: un gouvernement totalement déphasé, une déficience managériale criarde, un système de décision non opérant, et la forte implication des milieux d’argent dans les centres de décision.

C’est le gouvernement qui a élaboré le cahier de charges destiné aux investisseurs, et c’est encore lui qui a leur a offert une multitude de facilités, allant de l’accès au crédit à un monopole de fait sur le marché. Mahieddine Tahekout, patron de Tahkout Manufacturing Compagny (TMC), pris à partie en raison de l’aspect rudimentaire de son « usine d’assemblage » à Tiaret, se défend : il a respecté le cahier de charges, dit-il.

https://www.youtube.com/watch?v=0umR07OUqos

Peut-il être blâmé, s’il arrive à le prouver? Si la pression des concessionnaires a débouché sur l’élaboration d’un cahier de charges très accommodant, faut-il mettre en cause la seule responsabilité des seuls concessionnaires, ou faut-il plutôt insister sur la responsabilité, voire la complicité, du gouvernement?

Un nouveau Amar Saadani

Mahieddine Tahkout sert aujourd’hui de punching-ball. Avec sa réputation sulfureuse, il apparait comme le Amar Saadani de l’économie. Sur les réseaux sociaux, il est raillé de manière féroce. Deux images ont fait le tour du net : TMC se limite à monter des roues sur des voitures importées, et son usine se limite à une boîte à outils. Pourtant, rien ne dit que les autres promoteurs de projets automobiles font mieux. En dehors de la main d’œuvre locale, du coût de transport, la marge d’intégration reste dérisoire dans tous les projets envisagés, même si tous les investisseurs qui se bousculent dans ce créneau promettent 40% d’intégration dans un délai de cinq ans.

Aucun constructeur, y compris Renault, ne rend publics ses chiffres, pour permettre d’évaluer ces projets. Il n’est même pas certain qu’une voiture assemblée sur place coûterait moins en devises cher qu’une voiture importée. Ce qui montre où en est l’économie algérienne, avec le projet industriel de M. Bouchouareb, lequel est adossé au fameux « nouveau modèle économique » du gouvernement Sellal, le tout s’inspirant du « programme du président de la république ». Mais tant que le véritable adversaire reste hors d’atteinte, l’opinion s’acharne sur le punchig-ball.

L’Algérie du 4ème mandat déclare la guerre à la science et au bon sens

 

Abandonner la vaccination des enfants, douter du bien-fondé du vote, ne pas pouvoir exploiter ses richesses  ni même les répertorier : l’Algérie du 4ème mandat s’enfonce dans la déprime.

Abed Charef (Disponible sur le site maghrebemergent.info  http://bit.ly/2mXsWcm )

Qu’y-a-t-il de commun entre le vaccin, le gaz de schiste et le vote? Ce sont des thèmes sur lesquels l’Algérie a réussi à transformer l’or en zinc. Ce sont des promesses inouïes sur lesquelles l’Algérie pouvait bâtir la prospérité, le bien-être et le confort de ses habitants, mais que le quatrième mandat a réussi à discréditer, pour en faire des handicaps et des éléments de désintégration de la vie sociale. A cause d’institutions en déliquescence, d’un personnel politique qui a perdu toute crédibilité, et de mœurs politiques typiques d’une ère de dégénérescence accélérée.

La vaccination généralisée a constitué une avancée scientifique majeure du 20ème siècle. Elle a permis d’éliminer des maladies dévastatrices dans l’Algérie post-indépendance. Mais dans l’Algérie du début du 21ème siècle, elle a été remise en cause. Des parents d’élèves en sont arrivés à refuser que leurs enfants soient vaccinés. Une association de consommateurs s’en est mêlée, pour exiger du ministère de l’éducation qu’il suspende une opération mise en place depuis des décennies et totalement entrée dans les mœurs. Entre rumeurs sur des vaccins non conformes, sur des produits périmés, sur des accidents supposés avoir fait des victimes et une administration qui a perdu sa crédibilité, les parents ont été pris par le doute.

Cette situation n’est pas advenue du jour au lendemain. Elle est le résultat d’un long cheminement qui a amené le citoyen algérien à douter de son médecin, de la médecine et de la science de manière générale.

Un faux manifeste

On peut retracer cette évolution en quelques grands rappels. En plus de la dégradation des prestations offertes par certains établissements publics, l’Algérie a vécu, en avril 2013, un acte d’une extrême gravité, auquel on n’a pas accordé l’importance requise : un médecin a publiquement produit un faux. Lorsque le président Abdelaziz Bouteflika avait subi une sérieuse altération de son état de santé, un médecin a de renom a publié un communiqué affirmant que le chef de l’Etat avait été victime d’un « accident ischémique transitoire sans séquelles ». Lorsque le président Bouteflika est réapparu, il s’est avéré qu’il s’agissait d’un AVC, avec des séquelles très sérieuses.

Dans le domaine de la santé, il est difficile d’envisager un fait plus grave qu’une perte de confiance entre le patient et le médecin. Le 4ème mandat a révélé qu’on pouvait faire pire : voir des médias de forte audience et des responsables chargés de veiller sur la santé des Algériens encourager le charlatanisme et les charlatans. Cela a donné les fameux épisodes Bellahmar et Zaïbet, qui ont eu un écho immense au sein de la société algérienne. Dans un tel climat, la remise en cause de la science et de la médecine était inévitable. Ce révisionnisme anti-scientifique a atteint son point culminant lorsqu’un « débat » a opposé un médecin et un charlatan !

La surprise Ould Kaddour

Dans le sous-sol algérien, des quantités immenses de pétrole et de gaz de schiste dorment. Il s’agit du troisième ou quatrième potentiel au monde. Mais l’Algérie ne peut les exploiter pour le moment, ni même mener les évaluer. Parce qu’une opinion locale, fortement remontée, relayée par les réseaux sociaux, s’y oppose.

Les responsables gouvernementaux avaient beau tenter de convaincre, ils parlaient dans le vide. Mieux : plus ils insistaient, plus l’opinion se radicalisait. Pour aboutir à un résultat inouï : alors que le pétrole de schiste américain est devenue la principale variable d’ajustement du marché mondial, l’Algérie, malgré ses difficultés financières, est dans l’incapacité de recourir à cette richesse !

La nomination de M. Moumène Ould Kaddour à la tête de Sonatrach ne risque gère d’arranger les choses. L’homme a été condamné à une peine de 30 mois de prison pour passation illégale de contrats et espionnage au profit d’une puissance étrangère. Si l’accusation est fondée, il sera perçu comme un corrompu lié à une puissance étrangère, la seule à avoir développé à grande échelle l’exploitation du schiste ; si l’accusation n’est pas fondée, cela confirmera que les institutions ne sont pas crédibles, et qu’elles servent uniquement des intérêts de pouvoir. Dans un cas comme dans l’autre, la nomination de M. Ould Kaddour montre que le bons sens a totalement déserté les allées du pouvoir.

Le vote, acte de foi ?

Reste enfin le vote. Celui-ci constitue, malgré Donald Trump et François Fillon, un grand moment de démocratie. C’est l’aboutissement d’années de travail, de militantisme, de mobilisation, de confrontation de programmes. C’est le moment où émergent de nouveaux talents et de nouvelles idées.

Pourtant, le scrutin de mai prochain en Algérie ne soulève pas l’enthousiasme des foules. En plus d’une conviction, largement répandue, selon laquelle le résultat est scellé à l’avance, de nouveaux faits viennent renforcer cette méfiance vis-à-vis de l’urne. Le fils du patron du parti majoritaire au parlement est surpris avec des sommes colossales, manifestement destinées à avantager des candidats. Une dirigeante du même parti est accusée de corruption dans le même but. Un ancien premier ministre et un ancien wali rappellent des fraudes massives dans des élections précédentes, pour favoriser le second parti du pays.

Comment, dans de telles conditions, entendre les quelques rares voix qui tentent de donner un sens et du contenu politique au vote? Comment des militants, totalement désintéressés, et qui ont passé toute une vie dans des combats impossibles, peuvent-ils aujourd’hui convaincre qu’ils ont choisi la tribune du parlement pour s’exprimer, non pour accéder à une vulgaire rente?

C’est dire comment cette Algérie du 4ème mandat a transformé un acte de foi en un potentiel acte de compromission, après avoir introduit le doute dans ses richesses et même dans la science.

Kheireddine Zetchi, un candidat crédible vainqueur d’une élection sur mesure

 

Kheireddine Zetchi est le nouveau président de la Fédération Algérienne de Football. se prévalant d’un profil qui tranche avec le monde du football, il était candidat unique, grâce à un concours de circonstances miraculeux !

Abed Charef ( Papier maghrebemergent.com)

Kheireddine Zetchi, président du Paradou Athletic Club (PAC), a été élu lundi 20 mars à la tête de la Fédération Algérienne de Football (FAF). Sur un total de 103 votants, il a obtenu 64 voix, ce qui lui donne une majorité confortable, alors que 35 membres de cette Assemblée générale élective très particulière ont voté contre lui.

Mais l’avènement de Zetchi à ce poste très convoité où il succède à Mohamed Raouraoua, qui n’a pas brigué un quatrième mandat, a surtout valu par les circonstances incroyables qui ont entouré le vote. Une controverse avec le ministre de la jeunesse et des sports faisant planer une possible intervention de la FIFA, un report de l’Assemblée élective puis l’annulation du report, et une élection avec un candidat unique en 2017 alors que de nombreux postulants attendaient leur heure: tous les ingrédients d’une « élection à l’algérienne » étaient réunis, pour entacher l’avènement d’un homme qui avait pourtant un excellent profil pour diriger le football algérien. « Il est légitime, crédible ; il a un parcours sérieux », commente l’auteur de plusieurs livres sur le football algérien. « Pourtant, son élection s’est faite dans un cafouillage regrettable ».

Un profil nouveau

Kheireddine  Zetchi a créé un centre de formation de football. Très cotée, l’école du Paradou lui a déjà permis de former plusieurs joueurs qui ont entamé une carrière honorable, comme Ramy Bensbaïni, qui joue dans le club français de Rennes. Dans le même temps, Kheireddine, lui-même fils de footballeur, préside le Paradou Athletic Club (PAC), club d’un tout petit quartier chic des hauteurs d’Alger. Le club, très discret, puise abondamment dans le centre de formation. Résultat : le PAC, leader incontesté de la seconde division (Ligue 2 Mobilis), est assuré de monter en première division cette année.

Ce choix pour l’investissement dans la formation et l’encadrement de jeunes talents a donné à Kheireddine Zetchi une véritable légitimité. Il a monté un projet, et il a réussi à démontrer qu’il était viable, avec des moyens modestes, alors que de grands clubs algériens connaissent des moments difficiles malgré des moyens conséquents. Son profil en fait même le contre-exemple de ce qui se fait actuellement dans le football algérien : rigueur, méthode, sérieux, cohérence. Il est  l’opposé de présidents comme le sulfureux Omar Ghrib du Mouloudia d’Alger, ou le fantasque Mohand Cherif Hannachi, de la JS Kabylie, qui a déjà évacué une quarantaine d’entraineurs.

Interrogations

Zetchi ne pouvait cependant prendre la tête de la FAF sans un accord du pouvoir politique. Son élection a même été un modèle du genre : il était candidat officiel unique alors que le poste est très prisé. Impossible que ce soit un simple concours de circonstances. Qu’ils soient de connivence, ou que ce soit le résultat d’un malentendu, les deux hommes forts du football algérien, le ministre de la jeunesse et des sports El-Hadi Ould-Ali, et le l’ancien président de la FAF, le puissant Mohamed Raouraoua, ont agit de concert pour lui déblayer le terrain. Le résultat est miraculeux : il n’y avait pas de candidature rivale.

Mohamed Raouraoua a fait planer le doute sur sa candidature jusqu’à la dernière minute. Personne ne pouvait se porter candidat contre lui, car il incarne le pouvoir dans le football algérien. Ses rivaux ont attendu qu’il se prononce, jusqu’au dernier jour. Un seul candidat, le président de Chlef, Abdelkrim Medouar, a tenté de présenter une liste quand il a compris que Raouraoua n’était pas partant. La liste de M. Medouar, déposée dans les ultimes minutes réglementaires, a été invalidée.

Ultimes tentatives

Des responsables de la FAF ont ensuite tenté d’interférer dans cette opération, menée de main maitre. Ali Baâmar, le patron de la Ligue régionale de Ouargla, président de l’assemblée électorale, a voulu reporter l’élection, en s’appuyant sur des clauses règlementaires. Hors de question, lui a-t-on rétorqué. Au risque de provoquer une réaction de la FIFA, très pointilleuse sur l’intervention des gouvernements dans les affaires internes des fédérations de football, le ministère de la jeunesse et des sports a fait le forcing pour organiser le vote dans cette conjoncture extrêmement favorable.

Des candidats virtuels ont aussi voulu prolonger le délai de dépôt de candidature, lorsqu’ils ont constaté que Raouraoua était fini. Ils n’y ont pas cru au moment opportun. Seul Zetchi semblait convaincu d sa bonne étoile. Coup de chance, ou bien était-il le mieux informé, et donc le candidat adoubé par le gouvernement? En football comme en politique, il est difficile de savoir où se situent les vrais centres de décision. Mais il y a un signe qui ne trompe pas : l’équipe de Kheireddine Zetchi comprenait Rebouh Haddad, frère de Ali Haddad, président de l’USM Alger, président du Forum des Chefs d’entreprises (FCE) et membre du premier cercle du président Abdelaziz Bouteflika.

Urgences

Mohamed Raouraoua a-t-il été lâché ? C’est la grande question. L’ancien président de la FAF n’avait pas réussi à se faire réélire au comité exécutif de la Confédération Africaine de Football (CAF), où, comble de l’humiliation, il a été battu par un rival marocain. Un ses meilleurs ennemis, Issa Hayatou, a été également débarqué de la présidence de la CAF. Cela peut signifier que la FIFA est en train de solder l’ère Blatter-Hayatou-Raouraoua, ce qui ouvrirait de nouvelles perspectives pour le nouveau président de la FAF.

Celui-ci risque d’être rapidement rattrapé par les urgences. Nommer un nouvel entraineur de l’équipe nationale. Raouraou n’avait pas pris d’initiative dans ce domaine, signe qu’il était partant. Ses rivaux n’avaient pas compris.

Mais Zetchi devra d’abord affirmer son identité : présenter un projet cohérent, et tenir face aux puissants présidents de clubs, qui répondent largement au même profil : des hommes aux confluences du sport, de l’argent et de la politique, pour qui les clubs de foot constituent d’abord un marchepied pour intégrer les mondes très imbriqués des affaires et du pouvoir.

Exploration pétrolière : l’effet Khelil empêche Sonatrach de sortir du système des appels d’offres

Exploration pétrolière : l’effet Khelil empêche Sonatrach de sortir du système des appels d’offres

 

 

http://bit.ly/2mjNNue

Choix économiques: Non, Messieurs, vous faites fausse route

 

 

 

Gérer l’économie pas les restrictions ne constitue pas une politique économique. Elle aboutirait, au mieux, à édifier une Corée du Nord améliorée.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 16 mars 2017)

Non, M. Sellal. Ramener les importations algériennes à 35 milliards de dollars en 2017 n’est pas une solution d’avenir pour le pays. Penser qu’un pétrole au-dessus de 50 dollars permettrait à l’Algérie d’engranger des recettes en devises suffisantes pour équilibrer la balance des paiements, et que les réserves de change pourraient combler un petit déficit éventuel, est une erreur grave.

Concrétiser cet objectif de réduction des importations serait même la pire des erreurs. Cela conforterait cette vision selon laquelle l’économie algérienne fait face à des difficultés conjoncturelles liées à la baisse du prix du pétrole, et que le marché finira bien par se retourner un jour, ouvrant un nouveau cycle d’abondance. Ce serait le pire qui puisse arriver, car il s’agit là d’une vision rudimentaire, caricaturale de l’activité économique. Cela fait un quart de siècle que cette démarche a été analysée, disséquée, taillée en pièces. On pensait qu’elle avait disparu avec le parti unique. Depuis des décennies, hommes politiques et experts appellent à ne plus regarder le prix du baril, mais la productivité de l’économie algérienne. Seule la bureaucratie algérienne n’est pas encore au courant de cette évolution.

La préhistoire de l’industrie

Non, M. Bouchouareb. L’exploitation éventuelle des mines de fer de Ghar Djebilet n’est pas une grande nouvelle. L’entrée en production de l’aciérie de Bellara non plus. Plus grave encore : si ces deux projets se concrétisent, et qu’en parallèle, ils ne sont pas accompagnés d’un bouleversement de l’économie algérienne, ils seraient le symbole d’un très grand échec.

Pour une raison simple : Ghar Djebilet et Bellara relèvent d’une vision industrielle du 20ème, voire du 19ème siècle. Ghar Djebilet, c’est l’exploitation de la matière première, la période préhistorique de l’ère industrielle. Bellara, c’est l’acier, un secteur certes important, mais où l’innovation est presque nulle. Et ce n’est pas dans l’arrière-pays jijélien que des innovations vont éclore.

Développer des activités aussi primaires, c’est avouer son incapacité à entrer dans l’économie moderne. Se limiter à produire une tonne d’acier, ce serait avouer son incapacité à fabriquer un composant électronique qui pèse dix grammes ou une application informatique totalement immatérielle.

Et puis, il suffirait de faire les comptes : combien a coûté aux Algériens le complexe d’El-Hadjar ? Pour quel résultat ? Le ministère de l’Energie a accordé à la SNVI Rouiba une rallonge de près d’un milliard de dollars il y a un an. Quel en est le bilan ?

Les licences, une fausse solution

Non, M. Tebboune. On n’interdit pas les importations par des licences. Celles-ci donnent lieu inévitablement à des passe-droits, à de la corruption, à des distorsions du marché, à des pénuries. Elles rendent les produits plus chers, sans forcément inciter à développer la production locale. Elles donnent plus de pouvoir à l’administration, moins au marché.

Certes, le recours aux licences est une méthode qui a, pour l’administration, l’avantage d’être facile : il suffit de signer un document, et le tour est joué. Par contre, favoriser l’investissement, trouver de nouveaux mécanismes de financements de l’entreprise, mettre en place des procédures faciles, transparentes, pour faciliter la circulation des marchandises vers l’export, est beaucoup plus complexe.

Utiliser les relais médiatiques disponibles pour parler du coût de la mayonnaise, du ketchup et de la moutarde importés relève du populisme, pas de la gestion économique. Ça anime les discussions de café, pas les débats économiques.

Hantise du déficit

Non, M. Baba Ammi. Maintenir le dinar à un niveau artificiellement élevé ne constitue plus une solution pour soutenir les bas revenus. Maintenir de manière de manière dogmatique les subventions, comme vous le faites, non plus. Vous le savez. Vous-mêmes, vous en êtes convaincu, et vous le répétez régulièrement, mais vous n’arrivez pas à trouver les solutions les plus efficientes pour mettre en place d’autres formules. Pourquoi ? Parce que comme M. Sellal, comme M. Bouchouareb, vous raisonnez dans une matrice qui n’est pas la bonne.

Votre hantise, c’est les déficits. C’est parfaitement dans votre rôle. Mais vous êtes dans le même piège : vous êtes enfermés dans une pensée qui maintient l’économie algérienne comme une chose à part, autonome, sans lien avec ce qui se passe dans le monde. Quand le gouvernement parle ciment, automobile, acier, pomme de terre, il parle d’une île qui s’appellerait l’Algérie, qui assurerait son autosuffisance pour ces produits, et comblerait le reste par l’excédent d’hydrocarbures. C’est une absurdité. C’est une Corée du Nord améliorée, celle dont rêvait Belaïd Abdessalam. Mais ce n’est pas un projet économique.

Vitalité

Les économies modernes sont des champs complexes, si imbriquées entre elles qu’un défaut dans une batterie d’un Samsung S7 provoque une hausse du dollar et une baisse du prix du baril. C’est dans cette complexité qu’il faut s’investir : mettre en place les conditions nécessaires pour que les opérateurs algériens puissent s’intégrer dans ces économies transversales et se faire une place.

Dans l’absolu, importer deux milliards de dollars de céréales n’est ni grave ni bon signe. C’est grave si les exportations hors hydrocarbures se situent au-dessous de deux milliards de dollars, comme c’est le cas aujourd’hui. Ce serait un bon signe si, à côté, le pays exportait 500 millions de dollars de smartphones, autant de contenu internet, et des quantités équivalentes d’oranges, de tomate, de composants industriels et de pièces électroniques ou automobiles.

En ce sens, l’objectif de l’économie algérienne n’est pas de ramener les importations à 35 milliards de dollars, comme le préconise M. Sellal, mais de porter les exportations à 150 milliards. Dans cette hypothèse, les importations pourront dépasser les 100 milliards de dollars, mais ce sera un signe de grande vitalité, pas un signe d’inquiétude.

L’Algérie revient à l’esprit souk el-fellah

 

Le gouvernement a basculé dans la mode des restrictions commerciales et des licences d’importations. Il réinvente l’esprit souk el-fellah.

Abed Charef

(Sur le site du Quotididien d’Oran: http://bit.ly/2n41wEO)

Banane, mayonnaise, moutarde, ketch-up, pomme de terre, ail. Non, il ne s’agit pas des ingrédients nécessaires pour réaliser une recette à l’approche du Ramadhan, mais des sujets qui dominent l’actualité du pays, à la veille des élections législatives de mai 2017, sur fond de rumeurs persistantes concernant l’état de santé du président Bouteflika.

Pour justifier sa politique de licences d’importation, et répondre à la hausse des prix de certains produits, le très médiatique ministre intérimaire du commerce, Abdelmadjid Tebboune, s’est montré scandalisé en faisant un simple état des lieux. Il est « insensé de dépenser 200 millions de dollars pour importer mayonnaise, moutarde et Ketchup », a-t-il dit selon des comptes rendus de presse. Il s’en également pris aux importations de « voitures ferraille » qui ne répondent pas aux normes, pour en conclure qu’il est nécessaire de « déterminer les besoins pour mettre un terme au gaspillage ».

Comment s’y prend-il ? M. Tebboune s’inscrit dans la pensée souk el-fellah. L’Etat sait ce qu’il faut, il connait les besoins du citoyen en bananes, en véhicules et en pomme de terre. Il a le pouvoir de faire, et il fait ce qui est nécessaire. Cela se traduit par des interdits, des restrictions, des contingentements. Et cela aboutit, immanquablement, aux mêmes résultats : pénuries, explosion des prix, déstabilisation du marché.

 Bon et mauvais importateur

Mais M. Tebboune n’en a cure. Il persiste. Il veut montrer sa détermination à agir. Il promet de réserver l’activité aux importateurs « réguliers et qualifiés », et en expulser les « importateurs opportunistes ». « Nous ne pouvons pas mettre ces importateurs, réguliers et qualifiés, sur le même pied d’égalité que les importateurs opportunistes, qui importent des containers de banane pour les commercialiser au niveau des ports avant même le déchargement », dit-il. Il prévoit ainsi des mesures pour « assainir le secteur des pseudo-importateurs, qui ne sont pas du métier et dont le seul souci est le gain rapide, au dépend de la santé publique ».

Cette démarche, typique de la bureaucratie algérienne envers les commerçants, a déjà mené à l’impasse. Mais elle est reconduite. Elle a un avantage : elle permet à l’administration de distribuer les quotas, de décider qui va importer combien de bananes, combien de véhicules, et quels montants consacrer au poivre noir et à la moutarde. Seul le bon sens n’est pas disponible à l’importation.

Spéculateurs fictifs

Une des méthodes les plus usitées consiste à s’en prendre aux fameux « spéculateurs ». Des gens à l’affut, des réseaux dormants, prêts à prendre le citoyen à la gorge, à en croire un discours en vigueurs depuis les années 1970. Sauf que ces spéculateurs n’existent pas : il a été impossible de vérifier une information selon laquelle un gros spéculateur ayant stocké 21.000 tonnes de pomme de terre aurait été arrêté la semaine dernière et sa marchandise saisie. http://bit.ly/2n0nU26. Mais la publication de cette information a eu un impact certain. Elle a permet de montrer que l’Etat est là, présent, avec une main ferme.

En outre, le discours sur les spéculateurs rapporte gros, particulièrement en cette veille d’élections. Le discours sur la spéculation a même été mis à jour, avec l’apparition des fameuses « mafias » : mafia du ciment, mafia de la semoule, mafia de la pomme de terre. Ces mafias existent-elles réellement ? Sont-elles si puissantes ?

Le nœud du problème

La réponse n’a aucun intérêt. Par contre, ce qui serait intéressent, c’est de rappeler que ces réseaux profitant des ces distorsions de l’économie algérienne sont la création du gouvernement. Ce sont les décisions du gouvernement qui donnent naissance à une apparition de la rente, et des rentiers.

Le gouvernement peut les éliminer en prenant deux décisions : bannir l’interdit, et ne plus subventionner le dinar. Car la plupart des distorsions de l’économie algérienne sont le résultat d’un dinar surévalué, ce qui encourage les importations, décourage la production locale et les exportations, et instaure une concurrence pour le contrôle de la rente.

S’attaquer au dinar risque cependant d’être coûteux, avec un risque sérieux de menace sur la paix sociale. Cela entrainerait des augmentations de prix en cascade dans l’immédiat, ce que le gouvernement ne peut assumer. Mais sur le long terme, les bénéfices en seraient énormes. Non seulement c’est la clé de l’assainissement de l’économie algérienne, mais cela sonnerait surtout la fin de cette honte nationale, qui amène des membres du gouvernement à parler du prix de l’ail et des importations de mayonnaise plutôt que de s’occuper des grands enjeux de l’économie algérienne.

Projet politiques et petites combines

La tripartite a donné à de grands discours. Mais les décisions qui y sont prise restent sans impact sur l’économie du pays.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, Jeudi 9 mars 2017)

Entre amis, on  peut tout se dire. Abdelmalek Sellal, Abdelmadjid Sidi-Saïd et Ali Haddad se sont tous dits lors de la tripartite tenue en début de semaine à Annaba. Le premier ministre, le chef de l’UGTA et le président de la principale organisation patronale se sont de nouveau rencontrés, ils ont fait des discours, ils ont échangé des amabilités, ils ont formulé des propositions pour faire avancer l’économie du pays, disent-ils, avant de rentrer chez eux, satisfaits de leurs prestations respectives.

Pour eux, la tripartite est un simple rituel auquel il faut se plier. Ce n’est plus un moment de négociation ni de décision. La présence des médias les contraint à quelques précautions de langage, à adopter un comportement convenu, sans plus. L’essentiel est d’afficher un unanimisme de façade, pour soutenir que l’Algérie est un modèle concertation sociale, et rappeler qu’aucune avancée économique n’est possible sans la paix sociale.

Une tripartite peut aussi servir à diffuser quelques messages secondaires. A Annaba, le fait majeur n’avait aucun rapport avec une quelconque innovation économique, ou avec des révélations fracassantes sur le fameux nouveau modèle économique de M. Abdelmalek Sellal. Le fait majeur, c’est les retrouvailles entre MM. Sellal et Haddad, après le couac et la brouille qui avait résulté de la mauvaise organisation du Forum africain, lorsque M. Haddad avait piétiné les platebandes du premier ministère et celles du ministère des affaires étrangères.

Des mots et des amabilités

Ce qu’ils se sont dits à Annaba ne rentrera pas dans les annales de la pensée économique. M. Sellal a affirmé qu’il veut ramener les importations à 35 milliards de dollars. Depuis la chute des prix du pétrole, il en a fait une obsession. Sait-il que l’Allemagne importe pour plus de 1.000 milliards de dollars, que la Chine importe pour plus de 2.000 milliards, et que la balance des paiements des Etats-Unis est déficitaire de 470 milliards de dollars?

M. Sidi-Saïd a appelé à défonctionnariser l’économie algérienne. Pourtant, lui-même a un statut bien plus contestable que celui du bureaucrate le plus inutile. Il est coopté depuis plus de deux décennies à la tête d’un syndicat de travailleurs, qu’il a réussi à transformer en un « bras social du DRS », selon la formule de Saïd Saadi.

M. Ali Haddad a plaidé pour une orientation de l’économie algérienne vers le marché africain. Aller en Afrique, c’est aller sur un terrain concurrentiel, alors que lui-même vit essentiellement de contrats obtenus grâce à sa proximité avec le pouvoir. A moins qu’il ne suggère aux entrepreneurs algériens de s’imposer en Afrique grâce à des contrats obtenus à la faveur d’interventions de hauts responsables algériens auprès de leurs homologues africains.

Des partenaires sociaux très commodes

De tels comportements débouchent sur des résultats déplorables. A commencer par la destruction du crédit que peuvent avoir des concepts aussi nobles que les luttes syndicales, la tripartite et la paix sociale. Il suffit d’évoquer l’UGTA pour voir comment réagissent les travailleurs. L’organisation de Sidi-Saïd est devenue un véritable repoussoir. Seuls ceux qui cherchent un tremplin pour intégrer les appareils sont intéressés par la centrale syndicale. La masse des travailleurs s’en détourne, renonce au militantisme syndical, ou s’oriente vers des syndicats autonomes que le pouvoir ne veut pas admettre comme de vrais interlocuteurs.

La tripartite a elle aussi perdu tout son sens. Lieu de négociations et de débat, elle s’est transformée en un rituel pour enregistrer des doléances et avaliser des décisions prises dans d’autres centres de pouvoir. Les patrons pensent en être les vrais gagnants, car ils ont l’occasion de côtoyer des membres du gouvernement pour débloquer certains dossiers. Ceci est valable pour les plus puissants d’entre eux. Les autres se trompent : en favorisant ces méthodes, ils contribuent à verrouiller le reste de l’économie.

Le concept de pacte social, novateur et moderne, est un élément essentiel pour préserver la paix sociale. Il a été folklorisé et dévalorisé. Les organisations patronale et syndicale ont été sommées d’y adhérer, elles n’en ont pas discuté le contenu et la concrétisation. Et la paix sociale a été préservée non par la concertation et le dialogue, mais par la rente.

Perversions

Toutes ces perversions ne sont toutefois que la conséquence d’une autre dérive, celle de la pratique politique. Il suffit de voir comment se préparent les législatives pour s’en convaincre. On y parle de listes, de candidats, de leur classement, mais il y a très peu de place pour les projets politiques. Pourquoi faire ? L’élection est vue comme une sorte de concours à l’issue duquel un certain nombre de personnes vont se débrouiller un CDD de cinq ans, avec un travail peinard et bien rémunéré. Pas plus. Quel futur député peut se vanter de peser sur la formation du futur gouvernement? Quel député pourra se targuer d’avoir une influence sur les orientations économiques, les choix politiques et sociétaux de l’exécutif post-mai 2017?

La dérive est telle que l’Algérie a oublié que les élections législatives devraient, en théorie, dégager une majoritaire parlementaire supposée prendre en charge les affaires du pays. Ni la constitution, ni les pratiques politiques en vigueur ne le permettent. Ce n’est pas une tripartite regroupant trois copains qui va changer le cours des choses, car Parlement et Tripartite sont des espaces pour petites combines, non pour un projet politique.

En ce 8 mars, je pense à ma sœur ainée Aïcha, qui n’a jamais été à l’école.
Je pense à Fatma, la mère de Kadirouv Charef, et à Fatma, ma cousine
Je pense à ma mère, qui a hébergé tant d’enfants, pendant des années, dans une sorte d’intrernat familial, parce qu’ils habitaient trop loin et ne pouvaient rentrer chez eux chaque jour à la sortie de l’école.
Je pense à ma tante Khedidja, dont le cœur est un océan de bonté et de générosité
Je pense à Tata Ania, et à son bonheur de voir que les autres sont heureux de manger ce que préparent ses mains magiques
Je pense à ces milliers de mères anonymes qui n’ont que de l’amour à distribuer, des petits soins, de petites attentions, à apporter à leurs enfants, leurs petits-enfants, à ceux de leurs voisins ou de vagues parents dans le besoin.
Je pense à elles, et j’en ai les larmes aux yeux. C’est grâce à elles que je peux aujourd’hui apprécier celles qui font mon bonheur au quotidien, Zohra et Amira

François Fillon et les petits complots entre amis de la droite française

 

La présidentielle française de mai prochain a pris une tournure inattendue avec l’affaire Fillon. Celui-ci s’accroche, et crie au complot, une thèse qui passe mal.

Abed Charef

François Fillon est politiquement mort. Le candidat de la droite n’est plus en situation de remporter la présidentielle française de mai prochain, qui lui semblait pourtant promise. Si, par miracle, il y parvenait, sa victoire serait pire qu’une défaite. Avec un Front National à plus de 40% et un statut judiciaire précaire, il se retrouverait dans une situation très délicate. Non seulement il ne pourrait gérer son pays, mais une éventuelle victoire donnerait un coup de fouet au Front National, qui peut envisager la présidentielle de 2022 avec beaucoup d’assurance.

L’attitude de François a surpris. Accusé d’avoir fait bénéficier sa femme et deux de ses enfants d’emplois fictifs, menacé par une mise en examen imminente, il est passé de favori de la présidentielle à un statut de comparse discrédité et humilié. Il a virtuellement provoqué la défaite de la droite, mené sa « famille politique » au bord de l’éclatement, et transformé une victoire promise en une déroute qui s’annonce mémorable.

Mais malgré la tempête, il a refusé d’abdiquer. L’homme effacé, qui a longtemps courbé l’échine, apparait sous un autre visage, et veut coûte que coûte poursuivre un combat que tout le monde considère perdu. Contre tous les diagnostics politiques, contre le bon sens, il s’accroche, il « s’obstine », selon la formule d’Alain Juppé, qui a renoncé après avoir fait figure de possible plan B.

Complot antirusse ?

De nombreuses explications ont été avancées pour expliquer cette attitude, qui ne relève plus du politique, mais de l’irrationnel. Avec une dose importante de « complotisme ». François Fillon l’a publiquement évoqué, ce qui justifierait son comportement donquichottesque. Mais qui seraient ces moulins à vent mobilisés contre lui?

Les russophobes, peut-être. François Fillon a affiché sa sympathie pour la Russie, à l’opposé de l’écrasante majorité d’une classe politique française, très hostile à « la Russie de Poutine ». Donald Trump, accusé lui aussi de sympathies envers Moscou, a réussi à gagner, en déjouant tous les pronostics, malgré l’hostilité de ses adversaires démocrate et d’une partie du parti républicain. Elu, Trump doit toujours subir les attaques de ce supposé lobby antirusse, qui montre ainsi sa puissance. Conclusion : Fillon n’a qu’à tenir, et réussir le même exploit que Trump.

Le complot des sondages

N’a-t-il pas déjà déjoué le complot des sondages, qui le donnaient encore à la traine, à un mois du premier tour de la primaire de la droite? Les sondages, aujourd’hui très défavorables, peuvent se retourner. Il en est convaincu. Sauf que les sondages de la primaire se sont retournés en sa faveur lorsqu’il pouvait constituer un recours pour la droite dure, en affichant des vertus morales inattaquables. Aujourd’hui, c’est l’inverse  qui se produit : il apparait comme l’archétype du profiteur menteur, qui se gave et gave sa famille, tout en tenant un discours moralisateur.

Le complot Jean-François Copé

Le candidat de la droite peut aussi rappeler un autre complot dont il a été victime : celui de l’élection du patron de l’UMP, en 2012. Contrôler le parti de la droite devait servir de tremplin idéal pour préparer la présidentielle de 2017. Un complot l’en a privé, l’empêchant d’être candidat naturel de la droite à l’approche de cette échéance.

Donné largement vainqueur pour prendre la tête de l’UMP, il avait été victime d’un truquage éhonté de la part de son rival Jean-François Copé. Cette opération a d’ailleurs achevé Copé, dont la vie politique ne rebondira plus jamais.

Le complot Sarkozy

Nicolas Sarkozy a aussi joué un rôle central dans cet itinéraire tourmenté. L’ancien président français avait pris François Fillon comme premier ministre, dans le but de l’humilier et d’écarter un rival. Il l’a qualifié de « collaborateur ». Celui-ci n’a pas bronché, attendant son heure. Il a pris une belle revanche lors de la primaire de la droite, en devançant largement Sarkozy, contraint de se rallier à son ancien « collaborateur ».

Sarkozy a-t-il digéré cet échec? L’homme qui avait annoncé sa volonté de renoncer à la vie politique après sa défaite face à François Hollande en 2012 a montré qu’il était incapable de rester loin des travées du pouvoir. Il avait bien manœuvré pour reprendre l’UMP, qu’il a rebaptisé « les Républicains, », en vue d’en faire une machine à son service. L’opération n’a pas marché. Il lui faudra donc patienter encore cinq ans pour espérer revenir. Mais si Fillon devient président de la république, la carrière de Sarkozy serait définitivement terminée, car Fillon serait le candidat naturel de la droite en 2022. Sarkozy peut-il accepter cela ?

Complots multiples

A ce stade, les révélations du Canard Enchaîné, à l’origine des tourments de François Fillon, apparaissent à ses yeux comme un complot évident. Comment des informations pareilles peuvent-elles surgir de nulle part pour casser l’élan d’un futur président de la république ? C’était d’ailleurs l’argumentaire de François Fillon : il n’a pas tenté de nier les faits, mais il a tenté de les présenter comme les éléments d’un complot dirigé contre lui. Complot d’ailleurs relayé ensuite, selon lui, par les appareils de l’Etat et par la justice.

Qui a piloté le complot ? Sur ce terrain, rien ne se dit, tout se suggère. François Hollande ? Le « laboratoire » qui a fabriqué Emmanuel Macron ? La droite, dont de nombreux dirigeants ne veulent pas le voir s’installer à la présidence de la république, où il pourrait durer et entraver leurs ambitions?

François Fillon pourra consacrer toute sa retraite à ne pas répondre à cette question.