Un vote au cœur du 4ème mandat

Un vote au cœur du 4ème mandat

 

L’abstention sera forte aux élections législatives du 4 mai, mais elle ne chargera pas la nature d’un vote symbole du quatrième mandat.

 

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 mai 2017)

 

Sauter ou ne pas sauter ?

Voter ou ne pas voter ?

Voter pour choisir le meilleur ou pour éviter le pire ?

Voter pour espérer avoir une majorité parlementaire qui défendrait des choix politiques d’avenir, ou voter pour permettre à un proche, à un ami, à un nouveau client de s’incruster dans les réseaux de pouvoir ?

Voter pour conforter un ordre établi, ou pour en instaurer un autre qui offrirait plus de chances à de nouvelles franges de la société et ouvrirait de nouvelles perspectives au pays?

Voter pour promouvoir un nouveau mode de gestion des affaires du pays, plus adapté au monde moderne, plus efficace, ou voter pour conforter un mode de gestion inefficace ?

Voter pour élire un parlement sans pouvoir, ou s’abstenir pour bien signifier son refus de s’inscrire dans une logique de consolidation du pouvoir en place ?

L’acte ultime

Voter est l’acte démocratique ultime. Il exprime l’égalité de tous, riches, pauvres, jeunes, personnes âgées, croyants ou non, dans la définition de l’avenir du pays. Nelson Mandela a passé sa vie à défendre ce principe, par les armes, par la lutte pacifique, par la négociation. Quand cet objectif a été atteint, il a quitté le pouvoir, laissant aux autres générations le soin, et la charge, de mener les autres combats pour la justice sociale, l’accès aux soins, au savoir, au travail et à tout ce qu’offre le monde moderne.

Voter est un choix personnel, presque intime. C’est une religion. On sait, en général, qui vote pour qui. Mais l’acte de voter est, partout dans le monde, entouré d’un cérémonial très particulier. Si particulier que voter ressemble plus à un rituel religieux qu’à un acte politique. On l’accomplit encore avec une gravité étonnante en ces temps où tout est devenu d’une grande banalité.

Choix positifs et non choix

Pourtant, voter est aujourd’hui fortement dévalorisé. Pourquoi le doit de voter est délaissé, abandonné? Pourquoi l’abstention est devenue si répandue? Effet de mode ou évolution politique de fond ? Est-ce simplement l’air du temps (de toutes les façons, ça ne changera rien), ou est-ce un choix politique synonyme de renoncement, comme si toute une partie de la société, souvent la plus faible, la plus marginalisée, donnait l’impression d’abdiquer, de renoncer à ses droits?

Ces questions ne se posent pas seulement aux Algériens. Aux Etats-Unis, les Américains avaient un choix entre une femme pur produit du système, Hilary Clinton, et un homme affichant une attitude belliciste et xénophobe, Donald Trump. Leur choix n’a pas été dicté par l’adhésion, mais par le rejet de celle qui symbolisait un système, disent les analystes.

En France, pays qui a inventé le second collège mais qui a une vieille tradition électoraliste, le choix se limite à une candidate repoussante, et un autre que la gauche présente comme le produit des banques et des oligarchies financières. Que cette présentation se justifie ou non, c’est un non choix, dit-on.

Le meilleur et le pire

Voter doit-il seulement mener à choisir le meilleur, mais aussi à éviter le pire ?

C’est là que l’action politique intervient pour apporter la bonne réponse. Le vote, c’est un moment de la vie, un aboutissement d’un cheminement politique. Et si le choix est si restreint, c’est parce les appareils politiques et de pouvoir n’ont pas permis l’émergence de nouvelles alternatives, et que les conditions politiques de manière générale n’ont pas été favorables pour permettre à ces alternatives crédibles de s’imposer.

Je retiens d’un militant de la première génération deux balises à respecter dans l’action politique : insérer le militantisme dans un cadre pacifique, toujours, et institutionnel, quand cela est possible. Eviter que la lutte ne déborde sur des terrains violents, comme ce fut le cas avec les islamistes, ou qu’elle soit portée par des groupuscules incontrôlés et incontrôlables, objet de toutes les manipulations.

On peut ajouter ceci : la responsabilité impose précisément de s’engager quand le choix est difficile. A la limite du supportable. Je cite un autre militant, qui faisait cette confidence : le choix le plus douloureux de mon père, disait-il, c’était de choisir qui, parmi ses deux enfants, devait aller à l’école au début des années 1940, car il n’était pas possible de les envoyer tous les deux. Et lequel sacrifier.

Le pouvoir est, évidemment, responsable de ce non choix qui s’impose aux Algériens, mais seule l’action politique permettra de changer la donne, et d’éviter que le citoyen ne soit limité à des choix aussi douloureux.

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