Législatives du 4 mai : Victoire du pouvoir, défaite de l’Algérie

Législatives du 4 mai :

Victoire du pouvoir, défaite de l’Algérie

 

« Penser que le pouvoir pouvait être gêné par une participation trop faible aux législatives du 4 mai, équivaut à penser qu’un meurtrier aurait peur de griller un feu rouge ».

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 mai 2017)

 

L’Algérie n’a pas sauté le 4 mai, mais le pouvoir ne s’en est pas offusqué. Il s’en est même secrètement réjoui, car cela lui a ouvert la possibilité d’organiser ses élections comme il le voulait. Cela lui permet, aujourd’hui, d’étaler sa satisfaction, et de préparer sereinement les prochaines échéances, durant lesquelles il espère rééditer ses exploits électoraux et remporter de nouvelles victoires. Y compris au détriment de l’Algérie.

Car du point de vue du pouvoir, le 4 mai a été une victoire. On peut toujours rappeler les inepties de Djamel Ould Abbas, le ridicule de certaines candidatures, l’indigence du discours politique, « la course à la mangeoire », il n’empêche que le pouvoir avait des objectifs précis, et qu’il les a atteints sans trop de dommages.

Du point de vue du pouvoir, l’objectif visé à travers ces législatives était double. Il fallait d’abord veiller à préserver les équilibres actuels ; faire en sorte qu’aucun changement fondamental n’intervienne ; pour cela, maintenir le scrutin dans le cadre d’un strict rituel électoral politique, sans aucun effet politique ; éviter, à tout prix, tout ce qui peut  déboucher sur une instabilité sociale ; bannir toute aventure susceptible de déboucher, à terme, sur une succession non contrôlée. En un mot, préserver le statuquo.

Aménagements internes

Dans le même temps, le pouvoir admettait quelques aménagements internes. Rien de significatif, juste quelques retouches pour des rééquilibrages nécessaires, notamment en vue de permettre à de nouvelles clientèles d’intégrer les réseaux de pouvoir, et en exclure d’autres, devenues improductives. Un peu plus de RND, un peu moins de FLN (ou l’inverse), une pincée d’islamistes, une récompense pour les plus fidèles de TADJ et du MPA. Sur ce terrain, le coup est réussi. Il a été si bien mené qu’il va déboucher sur un résultat étonnant : permettre au pouvoir de s’emparer du slogan du FFS sur le consensus national. Un futur président soutenu par le FLN, le RND, les islamistes, le MPA, Tadj et les autres, c’est-à-dire l’écrasante majorité de la représentation parlementaire, n’est-il pas un candidat du consensus ?

Le tout s’est déroulé sans accident majeur. Peu de contestation, pas d’agitation sociale, une organisation technique bien rôdée, sans faille même, jusqu’au moment où les chiffres du vote arrivent à la wilaya : le parcours est parfait.

Mansotich et Barakat

Le pouvoir a aussi montré sa capacité de récupérer ce qu’il ne peut maitriser, pour le détourner à son profit. En 2014, le mouvement Barakat avait servi de point de fixation. Il avait permis au pouvoir de dire au monde que, tous comptes faits,  la contestation était libre, mais la seule contestation qu’il devait affronter était celle d’un petit groupe d’agitateurs, sympathiques mais sans ancrage.

Le phénomène « mansotich » a joué le même rôle pour les législatives du 4 mai. Il a suffisamment attiré les regards pour que l’Algérie, et le monde, se détournent du reste : l’indigence politique du pouvoir, son incapacité à faire face à la crise, le verrouillage politique entre deux votes, la pauvreté affligeante de la campagne électorale, l’élimination de toute alternative crédible avant le vote.

Les contestataires n’ont pas eu la main heureuse en misant sur l’abstention. Dans un vote, on retient le nom du vainqueur, pas de celui qui est allé à la pêche. Abstention, vote blanc, boycott peuvent avoir une signification politique, mais ils n’en déterminent pas l’issue.

Pour cette élection du 4 mai, insister sur le boycott révèle aussi une grave absence de lucidité. Comment imaginer que le pouvoir peut être gêné par un faible taux de participation, lui qui a organisé l’incomparable 4ème mandat ? Après l’élection présidentielle de mai 2014, penser que le pouvoir pourrait être gêné par une participation trop faible aux législatives équivaut à penser qu’un meurtrier aurait peur de griller un feu rouge.

Pouvoir et contre-pouvoirs

Victoire du pouvoir ne veut toutefois pas dire victoire de l’Algérie. Loin de là. C’est même l’inverse : les législatives du 4 mai constituent clairement un revers pour le pays. Une situation très bien résumée par le FFS, qui note que si ces élections ont « renforcé les positions de ceux qui sont à l’origine de la crise multidimensionnelle» que subit le pays, elles « ont approfondi, plus qu’à aucun autre moment, la faiblesse et la fragilité du pays ».

On ne le dira jamais assez : un pouvoir est fort quand l’opposition est puissante, quand il a en face de lui des opposants en mesure de constituer une alternative si lui-même échoue. Un pays est fort quand ses institutions fonctionnent, quand un gouvernant, quelle que soit sa position, a en face de lui des contre-pouvoirs en mesure de le rappeler à l’ordre. Un pouvoir n’est pas fort quand il fait le vide autour de lui.

Même en admettant une participation de 35% aux dernières législatives, un chiffre fortement surévalué, le pouvoir devrait se rendre compte que plus de deux tiers des Algériens sont, politiquement, hors institutions. C’est une situation très grave. Y remédier devrait constituer le grand chantier politique du pays.

Et c’est là que se situe la limite de l’exercice : peut-on demander à un pouvoir de remédier à une situation qu’il a créé, et qu’il travaille délibérément à maintenir?

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