Mme Benghabrit, entre flic et pédagogue

Mme Benghabrit, entre flic et pédagogue

 

 

Abed Charef

 

Mme Nouria Benghabrit a expliqué, cette semaine, les mesures prises pour enrayer la fraude durant les examens de fin d’année. Sur toutes les radios et les chaines de télévision, la ministre de l’Education a parlé de brouillage, de contrôle, de surveillance,  de périmètre de sécurité autour des établissements scolaires. Elle a également parlé d’interdiction de véhicules, et de l’installation éventuelle de caméras de surveillance dans les établissements, qui seront, par contre, privés d’internet. Mais elle a aussi rassuré : il n’y aura pas de coupure internet généralisée, a-t-elle déclaré.

Les scandales à répétition enregistrées ces dernières ont imposé ces thèmes dans le discours consacré à l’éducation. Mais le ministère de l’Education s’est progressivement laissé prendre au piège, tenant un discours de gendarme plutôt que celui du pédagogue. La dérive a été progressive, pour aboutir à ce résultat navrant. On ne sait plus si c’est une commissaire de police ou une ministre de l’Education qui s’exprime.

Mme Benghabrit est ministre de l’Education depuis trois ans. Elle a des partisans, et beaucoup d’adversaires également. Peu importe que le soutien des uns et les critiques, souvent violentes, parfois acerbes, des autres, soient justifiés. Le fait est qu’elle est ministre en poste, et qu’à ce titre, elle a en charge ce secteur qui occupe le cœur de la société.

Serait-ce trop si on lui demandait d’être pédagogue, partout et à tout moment ? Serait-ce trop demander que d’exiger d’elle qu’elle parle d’enseignement, pas de sécurité ?

Mme Benghabri, parlez de pédagogie et de contenu. Parlez de mathématiques et de philosophie, de littérature et d’histoire. Parlez du droit au savoir et de l’émancipation des enfants. Parlez de transmission du savoir et d’accumulation de connaissances. Parlez de sciences et de technologies, de mérite et de formation. Parlez de livres et de stylos. Parlez de poésie et de formules scientifiques. Parlez de l’enfant, de l’adolescent, de leur apprentissage des langues et de leur maitrise des techniques. Parlez de préparation des élèves à l’entrée à l’université ou à la vie active.

Parlez de tout, mais ne parlez pas de mesure de sécurité, ni de surveillance, ni de contrôle, ni d’exclusion. Tenez un discours de pédagogue, pas celui d’un flic. Ce n’est ni votre métier, ni votre vocation. Nous l’espérons, du moins. Laissez d’autres en parler. Ils sont mieux formés et mieux outillés que vous.

Essayez juste de tenir une ou deux promesses que vous avez faites. Par exemple, recentrer le contenu pédagogique sur les fondamentaux. Et augmenter le nombre de semaines d’école. Mais vous ne pourrez y arriver si, dans le même temps, vous adoptez un discours d’adjudant recruteur. A force de se laisser glisser dans cette voie, vous perdrez tout, et l’école avec vous. C’est toute l’école qui risque d’être absorbé par le discours sécuritaire.

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