La crise du Qatar réveille les monstres autoritaires

La crise du Qatar réveille les monstres autoritaires

 

Le petit Qatar face aux mastodontes du Proche-Orient, c’est aussi un autocrate chic contre des autocrates de la vieille école.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 29 juin 2017)

 

Fermer Al-Jazeera ? Il faut oser le réclamer. Un  groupe d’autocrates orientaux l’a pourtant fait. Inutile de dire qu’il ne s’agit pas de champions de la démocratie. Le Roi Selmane et le maréchal Sissi représentent même, jusqu’à la caricature, la négation de la démocratie. A l’exception du nord-coréen Kim Jong-Un, il est difficile de trouver de figure aussi hostile aux libertés que ces deux dirigeants.

Le Roi Selmane d’Arabie Saoudite, qui se préparerait à passer la main au profit de son fils MBS (Mohamed Ben Selmane), maintient son pays dans une ligne figée depuis près d’un siècle. Alors que l’humanité a marché sur la lune, a inventé l’internet et envoyé la sonde Rosetta, le Roi Selmane se enferme son pays dans une non-pensée immuable, élaborée il y a plus de deux siècles, et sacralisée par le fondateur du royaume.

La doctrine officielle du pays, le wahabisme, établit un pouvoir totalement fermé, ne tolérant pas la moindre interstice. Le salafisme, une sorte de dérivé du wahabisme, exclut toute activité politique ou syndicale, au nom de l’unité de la Oumma. Vivant dans le mythe d’un passé glorieux qu’il voudrait restaurer, le royaume refuse de voir où va le monde. Il est enfermé dans un engrenage qui ne laisse entrevoir de conflit qu’entre les religions, puis au sein de la même religion, entre sunnites et chiites, puis au sein d’un même courant, entre salafistes et frères musulmans, par exemple. Jusqu’à l’infini. « Toute innovation est bidaa (fausse interprétation), toute bidaa est égarement, et tout égarement mène en enfer ».

Passé mythique

Quant au maréchal Sissi, il est difficile de dire s’il fait mieux, ou pire. L’Egypte semblait pourtant plus avancée, mieux armée. Elle a expérimenté l’impasse du régime du parti unique, subi le faux multipartisme, et elle a même tenté l’expérience démocratique, allant jusqu’à propulser des islamistes au pouvoir. Autant d’échecs qui auraient du mener à plus de maturité, à développer des réflexions innovantes sur la politique et la gouvernance. Ou, au moins, à éviter les fausses solutions.

Mais comme le Roi Selmane et ses prédécesseurs, le maréchal Sissi a préféré revenir vers ce qu’il considère comme l’âge d’or de son pays. Celui des pharaons ou celui de Nasser, on ne sait pas trop. Mais il s’agit en tous les cas d’un pouvoir qui ne souffre aucune contestation, et n’admet aucune opposition. Une sorte de salafisme non religieux.

Car sur le fond, les deux pays se rejoignent. Une fois la question religieuse ou idéologique mise de côté, il ne reste que le pouvoir autoritaire, avec ses dogmes et ses fondements économiques : une tribu faite de princes et de notables qui contrôlent l’essentiel de la richesse en Arabie Saoudite, une oligarchie militaire, appuyée sur une caste d’hommes d’affaires de type Sawiris, alliés pour conserver richesse et pouvoir en Egypte.

« Dictateur moderne»

Face à eux, l’autocratique régime du Qatar apparait d’une exceptionnelle modernité. Il en affiche du moins quelques apparats : un luxe tapageur, un bouillonnement remarqué à l’international, et une vitrine médiatique unique, Al-Jazeera. Le Qatar, c’est un émir, une chaine de télévision, une base américaine, appuyés sur le plus grand gisement de gaz du monde.

Mais pas de séparation de séparation de pouvoirs au Qatar, dont la population équivaut à celle d’un petit quartier du Caire. C’est l’Emir qui décide de tout, dans les marges qui lui sont permises à l’international. En interne, il serait ce qu’un courant politique algérien appelait un « dictateur juste ». C’est une absurdité politique, mais elle a eu son heure de gloire en Algérie et dans de nombreux pays arabes, pour justifier des régimes autoritaires comme de Houari Boumediène ou Nasser.

Mais sur le fond, tous ces régimes, y compris celui du Qatar, se rejoignent sur un point : le système de décision. Celui-ci repose sur une personne, au mieux sur un groupe, une famille, un clan. La décision n’obéit pas à des règles institutionnelles codifiées et reconnues. Et quand ces institutions existent, sous forme de parlement, armée, parti unique, elles servent à cautionner et exécuter la décision du chef ; elles ne contribuent pas à l’élaboration de la décision.

Conflits et chamailleries

Cela donne aux crises qui surgissent de manière récurrente entre ces pays un air de chamailleries entre enfants gâtés, que personne ne prend au sérieux. Jusqu’à ce que des guerres éclatent : guerre entre Libye et Egypte ; entre Arabie Saoudite, appuyée par sa coalition, et le Yémen ; invasion du Koweït par l’Irak ; et même cette guerre absurde entre Ethiopie et Erythrée. Quand les choses dérapent, avec leurs drames et leurs destructions, des médiateurs proposent leurs bons offices. Mais le plus souvent, c’est Washington qui fixe les conditions du retour à la paix.

C’est alors qu’apparait le problème de fond qui ronge tous ces pays : le pouvoir n’y est pas institutionnalisé. Par ricochet, la décision n’est pas non plus institutionnalisée. Il n’y a pas de délibération sérieuse et raisonnée qui permette de trouver la meilleure solution, particulièrement en période de crise. Ce qui donne au dirigeant du moment la possibilité de décider, parfois selon l’humeur du moment. Cela va de la décision stratégique, comme une déclaration de guerre, à la petite décision, qui consiste à organiser une deuxième session du bac pour les élèves retardataires.

Cela amène à une conclusion, une seule : aucun de ces pays ne peut avancer s‘il ne commence pas par le commencement : institutionnaliser le pouvoir, et aménager des espaces de délibération pour la prise de décision.

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Aïd Moubarak

Aïd Moubarak

Mes meilleurs vœux : santé, amour, zénitude

Une pensée particulière :

  • Aux migrants, tous ces hommes, femmes et enfants déracinés qui se trouvent loin de leurs proches ;
  • Aux ressortissants de pays d’Afrique qui séjournent en Algérie, en espérant que la législation et les cœurs s’ouvrent pour leur donner du réconfort ; et mes excuses si on vous a blessées;
  • A tous les habitants de pays en guerre, Syrie, Irak, Yémen, Somalie et autres. Avec vous de tout coeur;
  • Aux Palestiniens, mes frères de toujours
  • Aux sahraouis dans les camps de réfugiés et au Sahara Occidental;
  • Une pensée enfin à celle qui, pendant un mois, supportait mes humeurs, vos humeurs, ma mauvaise fois, votre mauvaise fois, celle qui tentait chaque jour d’inventer un nouveau plat pour nous faire plaisir
  • Aux Algériens, de manière générale. Oubliez Sellal, Bouteflika, les législatives et la session du bac consacrée aux retardataires. Oubliez tout ça, pensez à vos proches, à ceux qui vous aiment et à ceux que vous aimez. Donnez leur du bonheur, et recevez  ce qu’ils vous offrent.

Tebboune est serein; il n’a pas de comptes à rendre

Tebboune est aussi serein; il n’a pas de comptes à rendre

 

Le premier ministre Abdelmadid Tebboune s’est engagé dans le rituel institutionnel imposé par la formation d’un nouveau gouvernement.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 22 juin 2017)

 

L’Algérie recevra un joli cadeau de l’Aïd cette année. Ce sera le « plan d’action » du gouvernement de M. Abdelmadid Tebboune, dont l’adoption devrait coïncider avec les fêtes. Dans la foulée, quand il célèbrera le 5 juillet, fête de l’indépendance et de la jeunesse, le pays sera déjà sur un air de vacances.

En fait, le pays est en mode économie d’énergie depuis plusieurs semaines. Depuis deux mois plus exactement, avec le début de la campagne des législatives, lorsque des ministères ont été confiés à des intérimaires. C’était, d’une certaine manière, l’aveu que le pays pouvait se passer de ministres.

Depuis, la situation n’a guère changé, si ce n’est pour apporter plus de dilettantisme. A l’effet Ramadhan, s’est ajoutée cette atmosphère de léthargie propre à la période de pré-vacances, léthargie favorisée par l’absence d’un gouvernement en fonction, ce qui donne une impression que le pays fonctionne en roue libre.

Dans de telles conditions, les citoyens n’ont guère à se préoccuper de politique ou d’argent. Ramadhan et Aïd ont un effet rouleau compresseur sur le budget familial. La préparation du hadj, des vacances, puis la rentée scolaire, font le reste. Pour les Algériens, il n’y a guère d’arbitrage en matière de budget familial. C’est le calendrier qui fixe le rythme et l’ampleur des dépenses.

Rituels

Pour le gouvernement aussi, une sorte de mécanique formelle s’est mise en place, l’obligeant à faire semblant, alors que tout était tracé d’avance. Le rituel allant des législatives à la formation du nouveau gouvernement, jusqu’au débat au parlement, est incontournable. Il prend près de deux mois.

Dans ce climat, M. Tebboune a tout le temps de former son gouvernement, de rédiger un « plan d’action », de le faire adopter par l’APN et par le Sénat. Personne ne s’y opposera. Qu’il prévoit plus ou moins d’austérité, qu’il envisage d’introduire plus de licences d’importation ou d’assouplir cette formule, qu’il s’accroche à des méthodes désuètes ou que la fameuse « task force » lui rappelle l’absurdité de sa démarche, personne, absolument personne, ne doute que son programme sera validé par le parlement.

Les discours que prononce M. Tebboune devant les deux chambres du parlement, les réponses qu’il va apporter aux députés et aux sénateurs constituent, aux yeux d’une opinion disjonctée, de simples rituels par lesquels il faut passer.

Anecdotes et boutades

Seule curiosité, les Algériens se demanderont si M. Tebboune va nommer un nouveau ministre du tourisme, quand il le fera, et qui sera le nouvel élu. Ils se demanderont si tous les ministres vont remercier les amis, vrais ou supposés, de leurs prédécesseurs, comme le fait le nouveau ministre de l’industrie, et si les révélations continueront à pleuvoir concernant les faveurs accordées par MM. Sellal et Bouchouareb à leurs amis. Dans les moments d’oisiveté, les Algériens évoqueront l’indigence de la gestion Sellal et tenteront de savoir si le cafouillage qui entaché la formation du nouveau Tebboune n’annonce pas les mêmes désagréments.

Autant dire qu’on reste au plan de l’anecdote et de la boutade. Du Sellal sans Abdelmalek Sellal. Quant au débat politique de fond, il n’aura pas lieu. La question n’intéresse pas le gouvernement. Pour lui, un débat est une menace, car les vraies questions risquent d’être posées. Et tout est fait précisément pour les éviter.

M. Tebboune tient donc un discours rassurant. Le pays connait des difficultés, mais la situation est maitrisée, dit-il. Les ressources financières ont chuté, mais on maintient l’essentiel de l’effort d’investissement et on préserve le volet social. Ce que disait Sellal. Seule la forme change, avec un premier ministre qui se veut plus martial, plus résolu, et qui veut tout contrôler.

Impunité

Comment expliquer cette attitude du premier ministre, qui affiche une sérénité à toute épreuve, alors que tous les clignotants sont au rouge? En fait, la réponse est simple. M. Tebboune n’a pas été nommé pour trouver une solution à la crise, mais pour gérer un moment. Il n’est pas tenu d’obtenir des résultats bons pour l’Algérie, pour les Algériens, pour l’économie et les institutions algériennes.

M. Tebboune obéit à un autre agenda. Il n’a pas de comptes à rendre aux Algériens, ni à leurs élus. Les députés ne peuvent pas le destituer, et les citoyens ne disposent pas de moyens institutionnels pour le contester.

L’expérience de M. Sellal est toute fraîche. L’ancien premier ministre est rentré tranquillement chez lui, sans rendre compte de sa gestion. Il était aux affaires quand l’argent coulait à flots, et il a ouvert les vannes, dans une attitude qui frise l’irresponsabilité. Il était là au moment où la conjoncture s’est retournée, mais il a continué à tenir un discours inqualifiable. Il a fait rater au pays des opportunités rares. Mais il est dans l’impunité.

M. Tebboune est dans la même trajectoire. Il peut parler ou s’habiller différemment que M. Sellal, se montrer plus solennel, moins loufoque, il peut même montrer un vrai souci de lutter contre la gabegie. Mais sur le fond, il est dans le même engrenage que M. Sellal.

Pour oublier Sellal, les Algériens adopteront M. Tebboune. C’est comme après le jeûne, et tout ce qu’on endure pendant le Ramadhan. On se contente de peu.

Alors, Aïdekoum mabrouk.

Les fellahs font les frais de la baisse des prix pendant le Ramadhan

Les fellahs font les frais de la baisse des prix pendant le Ramadhan

 

Gouvernement et consommateurs algériens sont satisfaits du niveau de prix pendant le Ramadhan. Mais les fellahs sont au bord de la rupture.

Abed Charef (un article sur le site de maghrebemergent.info)

Le consommateur algérien a passé un bon Ramadhan 2017. Les prix des fruits et légumes sont restés très bas depuis le depuis le début du mois de jeûne, il y a trois semaines, alors que traditionnellement, le Ramadhan entraine une flambée des prix. Mais si le consommateur trouve son compte dans cette évolution des prix vers le bas, le producteur en subit brutalement les effets, avec une réduction considérable de ses marges bénéficiaires, quand il ne s’agit pas de pertes sèches.

Sur les marchés de gros du centre et du centre-ouest, de Boufarik à Chlef, en passant par  Attatba et Bougara, les prix n’ont probablement jamais été aussi bas, à prix constants. La tomate est à peine au-dessus de dix dinars le kilogramme, les haricots verts à moins de cinquante dinars, tout comme les poivrons. Les aubergines et la courgette trouvent difficilement preneur, autour de dinars le kilo. La pomme de terre, produit phare, reste au-dessous de25 dinars.

Les fruits de saison, pastèques et cantaloup, frisent les dix dinars, alors que le melon jaune reste un cran au-dessus, autour de trente dinars. Salade verte, betteraves, et autres produits communs sont également au plus bas.

Légère variation attendue

Des changements mineurs pourraient intervenir durant les dix prochains jours, en raison de la déstabilisation du marché que risque de créer les fêtes de l’Aïd, avec une longue pause de quatre jours. Mais la situation devrait revenir rapidement à ces mêmes niveaux, l’été étant traditionnellement une saison d’abondance.

Ces niveaux de prix trouvent confirmation auprès des marchands ambulants, qui pratiquent des pris proches de ceux des marchés de gros. Quant au prix chez les détaillants,  ils varient selon les villes et les quartiers, et ils sont parfois totalement déconnectés des prix de gros. Comme les commerçants maintiennent leur marge, quel que soit le prix, c’est le revenu de l’agriculteur qui se trouve mis sous pression.

La pomme de terre dicte toujours les prix

Un fellah s’étonne de cette situation. « Cela fait vint ans que je vends la tomate de saison au même prix de gros », alors que prix de tous les autres produits ont explosé, dit-il.

Comment expliquer ne bas niveau de prix ? Abondance de la production, baisse des revenus des ménages, qui achètent moins, premiers résultats de la politique agricole du gouvernement, et même « baraka du Ramadhan », tout a été dit.

Mais un opérateur, régulièrement consulté, maintient ses propos, avec une constante : selon lui, c’est la chute du prix de la pomme de terre qui entraine tout le reste. Selon lui, la pomme de terre « opère comme un régulateur du marché ». Quand son prix a explosé en mars-avril, tout le reste a suivi. A l’inverse, depuis le reflux enregistré début mai, quand le prix de la pomme de terre est passé 60 à 22 dinars sur les marchés de gros, tout le reste s’est dégonflé.

Les fellahs se ruinent

Ces prix font le bonheur des consommateurs. Le gouvernement est lui aussi satisfait d’une évolution qui conforte la préservation de la paix sociale. Par contre, les fellahs se sont à la peine. Leur marge est réduite à l’extrême, et beaucoup perdent de l’argent. Il suffit de comparer le prix de vente de certains produits, en gros, et le coût de production pour s’en rendre compte.

Les coûts de production, pour une récolte correcte, tourne autour de 25 dinars le kilo pour la pomme de terre, 20 dinars pour la tomate. Le coût de la semence constitue près de la moitié du coût pour ces produits.

Deux facteurs permettent aux fellahs de tenir le coût. Une hausse de la productivité est régulièrement enregistrée, avec l’introduction de semences, de plus en plus chères, certes, mais de plus en plus performantes ; et la non comptabilisation des frais liés à la terre et aux équipements déjà amortis.

La Tunisie et le Maroc entrent dans l’ère post-islamiste

 

Un article sur la contestation à El-Hoceima et Tataouine

http://bit.ly/2sgZJhy

Houda Feraoun opère un  revirement total et abandonne le m-paiement

 

La ministre des nouvelles technologies de la communication et de l’économie numérique a opéré un virage à 180 degrés à propos du m-paiement, dont elle était jusque-là une partisane déclarée.

Abed Charef

 

Mme Imène Houda Feraoun change de cap et accable le m-paiement. Alors qu’elle laissait entendre, il y a à peine un an, que le paiement par mobile pourrait constituer une alternative au e-paiement qui peine à se développer, la ministre des Technologies de l’information, de la communication et de l’économie numérique a fait un virage à 180 degrés sur la question, évoquant pêle-mêle le danger de l’informel et une menace contre l’économie nationale.

Selon Mme Feraoun, qui s’exprimait lors de l’émission  « L’invité de la rédaction» de Souhila Hachemi, sur la chaine 3 de la radio, ce modèle, qui vise à « permettre aux opérateurs (de téléphonie mobile) de presque se transformer en banques pour échanger de la monnaie virtuelle »,  a « déjà démontré que c’est la faillite des systèmes financiers ».

http://bit.ly/2tgp8pU à partir de la minute 26.30

Affirmant que « le marché parallèle a épuise notre économie », Mme Feraoun a estimé que « si on créé un autre marché informel virtuel, ça va être terrible ». « On ne souhaite pas créer un marché parallèle virtuel, ça va jeter un nouveau coup de froid sur notre économie », a-t-elle ajouté.

Un impact « terrible »

Mme Feraoun s’est acharné contre le m-paiement, le présentant comme une menace dont l’impact serait « terrible », et comme un système destiné à faciliter le « blanchiment d’argent ». Critiquant « le paiement anarchique qui s’est développé dans certains pays », elle a affirmé que l’Algérie « ne va pas mettre les consommateurs sur un modèle de paiement qui va ruiner l’éco nationale ».

S’exprimant sur un ton très ferme, mettant en avant le côté sécuritaire, elle a ajouté : « on ne peut pas tolérer que les gens s’habituent à transformer leur argent en monnaie virtuelle alors qu’on n’a pas les moyens de sécuriser ». « On ne peut tolérer qu’il y ait des transactions mobiles qui vont proliférer alors qu’on n’a aucun moyen de les tracer », a-t-elle dit.

Selon elle, « les réseaux de blanchiment s’appuient sur tout e qui est transaction financière non traçable ». Entretenant une certaine confusion, elle évoqué les bictoins, que les Etats-Unis et l’Europe ont interdit, pour affirmer qu’il « n’y a personne au monde aujourd’hui qui puisse tracer les échanges financiers en ligne lorsqu’il s’agit d’un opérateur de télécommunications qui permet l’échange de monnaie virtuelle ».

La préférence de Mme Feraoun va vers « un autre modèle », comme le développement d’applications pour le paiement par smartphones. Il s’agit de « portefeuilles dédiés, liés à un service particulier ».

Retour à l’ancien discours

Il y a un an, invitée la même émission, Mme Feraoun tenait un discours totalement différent.

http://bit.ly/2rJLoGU

Elle affirmait alors que le recours au m-paiement relevait d’une « tendance mondiale » et que cette formule pourrait « remplacer le paiement électronique ». Elle en chantait alors les avantages : c’est une formule qui « ne demande pas d’investissements colossaux », elle représente une « phase technologique plus développée », et l’Algérie, où on compte près de dix fois plus de mobiles que de cartes bancaires, serait un terrain favorable. Elle en tirait alors une conclusion : «au lieu de s’éterniser dans le paiement électronique, il serait temps pour l’Algérie d’apprendre à faire un saut technologique».

Pourquoi ce revirement ?

Un spécialiste des TIC estime que le revirement de Mme Feraoun s’explique par trois facteurs. Il cite le souci qu’elle avait, il y a un an, de trouver une alternative après l’échec du du e-paiement, qui accuse toujours un immense retard.

Il évoque ensuite le risque de voir les banques algériennes, déjà en difficulté, laisser des plumes si de opérateurs de téléphonie mobile, beaucoup plus dynamiques, étaient autorisés à exercer une activité bancaire. Dans le nouveau gouvernement de M. Abdelmadjid Tebboune, Mme Feraoun a aussi la charge de l’économie numérique.

Enfin, ce spécialiste estime « probable » une intervention des services de sécurité, qui ne s’estiment pas encore aptes à maitriser un domaine très complexe. Le poids des services de sécurité reste prédominant dans ce genre de décisions. Leur aval est indispensable, particulièrement dans le secteur des TIC.

Gérer au jour le jour

Gérer au jour le jour

 

Gérer, c’est prévoir. Mais comment gérer un pays quand la convocation d’un conseil des ministres se transforme un casse-tête insurmontable?

Abed Charef

La radio algérienne a annoncé, mercredi 14 juin, que le fameux « plan d’action » du gouvernement pourrait être examiné dans la journée en conseil des ministres. L’information a été donnée au conditionnel. Le conseil pouvait donc se tenir, mais l’incertitude a plané toute la journée.

La raison ? Elle est implicite, mais évidente, même si n’en personne n’en parle dans les milieux officiels. On fait comme si le sujet n’existait pas. Avec un personnel politique docile et sous contrôle, cela ne pose pas de problème. Personne n’osera poser la question qui fâche.

Mais un petit imprévu oblige à lever, au moins partiellement, le voile pudique jeté sur la question : le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Driand, en visite le même jour à Alger, n’est pas reçu par le président Abdelaziz Bouteflika. Cela fait désordre. Un  désordre moins risqué qu’une rencontre difficile à gérer, avec ses photos pénibles, la gêne qu’elle provoque, et les exploitations politiques qui peuvent en résulter.

Il suffit de rappeler le fâcheux précédent, avec la célèbre photo publiée sur twitter par l’ancien premier ministre Manuel Valls, pour se rendre compte des dégâts provoqués par une rencontre mal gérée. Ce qui avait d’ailleurs mené à annuler une visite en Algérie de Mme Angela Merkel, à l’issue d’un cafouillage déplorable pour l’image du pays et la gestion des affaires publiques.

Quand Dieu le permettra

Pour revenir à l’actualité, des informations ont été diffusées ces derniers jours, annonçant pour dimanche 18 juin la présentation du plan d’action du gouvernement à l’Assemblée Nationale. Une question, d’abord : pourquoi dimanche 18 juin et pas lundi 19 juin ? L’Algérie aurait-elle oublié les dates et les symboles, alors que le premier ministre Abdelmadjid Tebboune, promet précisément de nous ramener à l’époque de l’homme du 19 juin ?

Toujours est-il qu’un mois et demi après leur élection, les nouveaux députés devaient effectuer leur baptême de feu, en débattant puis en votant le programme du gouvernement. Ils devaient inaugurer une nouvelle ère politique, car c’est la première assemblée qui tient séance selon les règles fixées par la nouvelle constitution.

Mais là encore, le doute est permis. Le rendez-vous est compromis. En effet, le plan d’action du gouvernement doit être au préalable adopté en conseil des ministres. Or, des informations persistantes laissaient entendre, depuis plusieurs jours, que la tenue de ce conseil était incertaine. Il se tiendra « quand Dieu le permettra », ironise un ancien ministre, outré par l’image que donne un pays qui occulte le fait écrasant de la vie politique du pays, l’état de santé du chef de l’Etat.

Un conseil sans impact

Mais au final, que le conseil des ministres se tienne ou non n’a strictement aucun impact. Le « plan d’action du gouvernement » n’y sera pas discuté, et personne n’envisage de voir le parlement constituer la moindre gêne pour le gouvernement, dont le programme devrait passer comme une lettre à la poste. Du reste, le conseil des ministres ne se tient que pour la photo officielle. Des ministres ayant exercé durant les dernières années l’ont confirmé, décrivant un cérémonial incroyable.

Par contre, cette incertitude sur la gestion du calendrier du chef de l’Etat pose désormais un sérieux problème. C’est toute l’activité officielle qui se trouve liée à un calendrier que personne ne maitrise. Un ancien ministre raconte, en privé, comment les membres du gouvernement ont été invités à ne pas effectuer de déplacement pour assister, l’an dernier, à un conseil des ministres. Un autre a évoqué les problèmes restés en suspens, parce que l’ancien Premier Ministre Abdelmalek Sellal n’avait ni la latitude de faire les arbitrages requis, ni l’autorité nécessaire pour les imposer.

Détourner les yeux

Face au manque de réponses, certains ministres ont osé. Ils se sont emparés d’un pan de pouvoir, faisant ce qu’ils voulaient dans leur secteur. Y compris en abusant de leur pouvoir. D’autres ont tenté de faire avancer l’activité dans un environnement impossible.

Mais ceux-là ne se trouvaient pas au bon endroit. C’est au Premier ministère et au ministère des finances qu’il fallait être audacieux. Et c’est précisément là que se sont retrouvés les candidats les moins indiqués. Entre l’inconscience de Abdelmalek Sellal, les palabres de Abderrahmane Benkhalfa et l’effacement de M. Baba Ammi, l’Algérie a perdu trois précieuses années. Depuis que le pétrole a amorcé sa chute, aucune décision  significative n’a été précise. Et ce n’est pas faute d’avoir un parlement.

Le plan d’action du gouvernement n’y changera rien. D’abord parce que l’Algérie officielle continue de détourner les yeux, de faire comme si le pays fonctionnait normalement. Ce faisant, elle ne risque pas d’effleurer les vrais problèmes du pays. Ensuite, parce que cette attitude ne permet pas d’établir le bon diagnostic et donc, d’apporter les bonnes solutions. Enfin, parce que les ministres ne se rendent même pas pas compte qu’à part distribuer la rente et interdire, ils n’ont aucun moyen d’influer sur la gestion des affaires du pays.

 

Non, je ne demande pas la fermeture de la chaine Ennahar

Non, je ne demande pas la fermeture de la chaine Ennahar

 

La mort d’un média, c’est toujours un peu de liberté qui disparait. Il y a d’autres moyens, plus efficaces, pour réduire certaines chaines marginales  à leur véritable dimension.

 

Abed Charef

 

Non, je ne demande pas la fermeture de la chaine Ennahar.

A qui demander une telle décision, au fait ?

Au gouvernement ? Il est à l’origine du succès, et donc des dérapages de cette chaine. C’est le gouvernement qui a couvert l’apparition des ces chaines grises, en marge de la légalité, afin de pallier au manque de crédibilité des chaines publiques, de permettre à sa clientèle d’occuper le terrain audiovisuel, et de pouvoir dire au monde qu’il y a une pluralité dans le monde de la télévision en Algérie.

Il a délibérément maintenu ces chaines dans une zone grise afin d’exploiter leur précarité. Soient elles sont aux ordres, auquel cas elles deviennent puissantes et riches, soit elles désobéissent, et elles voient la manne  publicitaire se rétrécir, si elles ne sont pas tout simplement fermées.

Le gouvernement a empêché M. Isaad Rebrab d’acheter une chaine de télévision, en faisant prévaloir la loi (une mauvaise moi, mais c’est une loi), qui interdit de détenir un journal et une télévision en même temps. Mais ce même gouvernement a fermé les yeux sur le groupe de M. Ali Haddad, qui détient une chaine de télévision et deux journaux. Pourquoi un gouvernement, qui a délibérément agi de manière à favoriser ses amis et à bloquer ses supposés adversaires, au mépris de la loi et de l’éthique, pourquoi prendrait-il aujourd’hui une décision positive?

Loi et éthique

Demander la fermeture de la chaine Ennahar au président de la République ? Il faudrait d’abord lui demander, à lui, de respecter la loi et l’éthique du poste qu’il occupe, un poste symbolique, prestigieux et doté d’immenses pouvoirs. Comment pourrait-il imposer à une chaine de télévision une légalité et une éthique auxquelles lui-même se refuse de se plier?

Avant de fermer la chaine Ennahar, le président de la République devrait lui-même se conformer à la loi, en quittant un poste qu’il n’est légalement plus en mesure d’occuper ; se conformer aux règles de l’éthique, en admettant qu’une personne très diminuée physiquement na moralement pas le droit de participer au délitement institutionnel que subit le pays depuis des années, et particulièrement depuis le début du quatrième mandat ; il devrait aussi, avant de prononcer le mot éthique, présenter aux Algériens ses excuses pour le préjudice subi durant toutes ces années.

Absence d’arbitre crédibles

Demander a fermeture de la chaine Ennahar à la justice ? Il faudrait pour cela avoir une justice indépendante, et des lois claires. Faut-il rappeler que certaines chaines de télévision privées ont un agrément provisoire, d’autres non, sans qu’on sache pourquoi les une sont agréées, d’autres non ? Faut-il rappeler qu’elles ont été créées selon une formule unique au monde : elles sont en fait des bureaux d’une société initialement basée à l’étranger.

Peut-être alors faudrait-il s’adresser au DRS (on garde ce sigle par commodité), car tout semble indiquer que c’est lui qui a inventé cette formule tordue, unique au monde, alors qu’il suffisait simplement de faire une loi d’ouverture de l’audiovisuel et de l’imposer dès le départ.

Je n’ose pas suggérer qu’il faudrait s’adresser  l’ARAV (agence de régulation de l’audiovisuel) ou au ministère de la culture. La première pour exercer son rôle de régulateur, le second pour protéger accessoirement un écrivain, titre dont se prévaut également le ministre de la culture en poste. Mais qui oserait penser que ces deux structures peuvent avoir une démarche autonome en et absurde quatrième mandat ?

Un mal pour un bien ?

Et puis, franchement, je ne peux demander qu’on ferme un média, aussi odieux soit-il. Je n’aime pas l’interdit. Je préfère la loi, la liberté, et le respect de la norme. Je préfère militer pour l’émergence d’un autre système médiatique où Rachid Boudjedra serait invité à parler de création, de liberté de conscience, de philosophie et d’histoire.

Demander des sanctions contre Ennahar, c’est admettre que ce pouvoir absurde est capable de quelque chose de positif. Cela rejoindrait l’attitude de tous ces militants qui passent leur vie à s’opposer au pouvoir, avant de l’applaudir quand il prend des mesures qui les avantagent.

Demander des sanctions contre Ennahar, c’est aussi entretenir des illusions. Il n’y a pas de système médiatique acceptable avec le système politique actuel. Quand le président de la république ne respecte pas la constitution, quand le président du conseil constitutionnel accepte un faux évident, quand la justice ferme les yeux sur des faits dûment établis et documentés, la fermeture d’une chaine de télévision devient une revendication dépourvue de signification.

A l’inverse, quand le chef de l’Etat respectera la constitution, quand toute l’action des acteurs exerçant du pouvoir politique, économique et social s’inscrira dans le cadre de la loi, on ne se rendra même pas compte de l’existence d’une chaine comme Ennahar. Il faudra même, à ce moment là, défendre l’existence d’une chaine comme Ennahar, mais elle agira dans une sphère limitée, sans influence sur la vie du pays. Un peu comme les chaines x en Occident.