Quand l’Algérie retrouvera ses ambitions

C’est dans les moments de crise que naissent les grands projets et fleurissent les grandes ambitions.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 juillet 2017)

 

Ali Haddad se rebiffe. Serait-il plus coriace que prévu ? Face à la tempête, le patron du FCE n’a pas réagi comme le veut la tradition algérienne pour les hommes bannis du système. De Ammar Saadani à Abdelmalek Sellal, en passant par Abdelaziz Belkhadem et Abdelaziz Bouteflika, les exclus du système algérien se murent traditionnellement dans une période de silence, plus ou moins longue, en attendant un éventuel retour en grâce.

M. Haddad a dérogé à cette règle. Il a tenté d’organiser une riposte. Timide certes, très mesurée, et limitée à un cadre très étroit. Il a notamment pris un soin particulier à ne heurter personne en dehors du premier ministre Abdelmadjid Tebboune, qui lui a déclaré la guerre.

Mais par son attitude, M. Haddad a confirmé qu’il est un intrus au système. Il n’en fait pas intégralement partie. Preuve en est : il n’en connait pas les codes et les rouages. Il est entré par effraction dans le système, il en a exploité à fond les ressorts, il en a tiré profit pour amasser une fortune, mais il n’en a pas complètement assimilé les règles.

Riposte mesurée

Sa riposte n’a toutefois rien d’héroïque. Il a d’abord rappelé son allégeance au président Bouteflika, qu’il considère comme seule source de pouvoir. M. Haddad s’est limité à contester les décisions d’un responsable qui tient, lui aussi, son pouvoir de son allégeance au chef de l’Etat. M. Haddad ne parle pas de M. Tebboune comme d’un détenteur d’un pouvoir institutionnel que la constitution confie au premier ministre, mais comme un membre d’un sous-clan rival. Un fusible potentiel. Un rôle déjà assumé par beaucoup d’autres dans le passé, comme MM. Abdelmalek Sellal, Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem par exemple. C’est donc un pouvoir conjoncturel, éphémère. Appelé à disparaitre, aux yeux de M. Haddad.

Cela donne un joli feuilleton pour animer l’été 2017. Mais ce nouveau feuilleton est d’une navrante banalité, dans ce qui sert de jeu politique en Algérie. Il confine le débat politique à un obscur jeu de rôles, avec une fausse partition interprétée par des acteurs de substitution. Car personne n’est dupe. Si le gouvernement voulait lutter contre la corruption, ça se saurait. Si M. Ali Haddad représentait une success-story de l’entrepreneur qui a réussi grâce à son labeur, ça se saurait également.

Oligarques et bureaucratie

Du coup, ceux qui veulent donner des soubassements politiques et idéologiques à cette guerre se retrouvent à la peine. Ils reprennent un schéma classique, selon lequel les oligarques se sentent désormais à l’étroit, et voudraient élargir leur pouvoir ; ils se retrouvent confrontés à une bureaucratie d’Etat soucieuse de maintenir ses positions, en préservant son rôle de principal régulateur de la rente. A cette analyse, se greffent d’autres rivalités, générationnelles, régionales, corporatistes, culturelles, pour se prolonger parfois jusqu’aux accointances et ramifications internationales.

Dans ses grandes lignes, l’analyse se tient. Mais elle bute sur un autre facteur, probablement le plus important : elle consacre un incroyable enfermement d’un pays où on se bat pour le futile et le dérisoire, en laissant échappant l’essentiel, qu’on ne perçoit même pas.

Il suffirait de si peu

Accepter de se battre sur le terrain imposé par les rivalités actuelles, c’est comme si on acceptait de s’impliquer dans une guerre entre deux tribus rivales pour le contrôle de pâturages dans un pays colonisé. C’est s’entretuer pour l’utilisation d’une vieille charrue, en vue d’exploiter une petite parcelle là haut dans la montagne, pendant qu’autour de soi, le travail se mécanise et que la productivité explose ; c’est organiser de grandes conférences internationales pour savoir qui entre le chiite, le sunnite et le salafiste s’est offert la meilleure garantie d’aller au paradis, alors que dans la maison d’à côté, Mark Zuckerberg et Elon Musk polémiquent sur l’utilité ou la menace que représenterait l’intelligence artificielle.

Autrement dit, s’insérer dans les conflits de pouvoir aujourd’hui, en Algérie, c’est renoncer de voir où va le monde, de comprendre comment il s’organise, pour se replier sur des concepts et des conflits destructeurs. A la mode yéménite. Ou syrienne.

Retour aux grandes idées

A la fin de cette saison, peut-être la dernière au Quotidien d’Oran, il est difficile de constater qu’au lieu d’imposer ses atouts pour devenir le pivot du Maghreb et le grand relais entre l’Afrique et l’Europe,  l’Algérie en est réduite à se demander comment un obscur tâcheron est devenu aussi puissant, et comment il va faire pour survivre à la grippe que le pays vient d’attraper. C’est dur à admettre dans un pays qui a vu tomber Bougara et Didouche, dans un pays que Mandela et Arafat ont tant aimé.

Mais il est encore plus dur de savoir que cette situation de blocage tient à peu de choses ; que personne ne s’en satisfait ; qu’il suffirait d’un signal pour que la machine se débloque et que tout le pays reparte vers l’avant. Il suffirait de si peu pour que l’Algérie « change de logiciel », oublie la supercherie Sellal, les intrigues Ouyahia et l’absurdité du quatrième mandat, pour retrouver la clairvoyance de Benboulaïd et le sens de l’Histoire d’Aït-Ahmed. En un mot, pour se remettre en marche, en vue e concrétiser le grand projet des pères fondateurs.

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Le système Ali Haddad, ou comment prélever une dîme sur les grands contrats

De révélation en fuite, le système Haddad apparait au grand jour : une immense nasse qui permet au patron du FCE de percevoir une dîme sur tous les grands marchés.

Abed Charef

 

Le Président du FCE, M. Ali Haddad, a réussi à mettre en place un système d’une redoutable efficacité, pour capter une véritable rente sur les grands marchés publics. Tirant profit de sa proximité avec le centre du cercle présidentiel, le patron de l’ETRHB s’incrustait dans les projets d’envergure, en faisant jouer ses relations. Seul ou avec des partenaires publics, privés ou étrangers, quand l’envergure du contrat le dépassait, il imposait sa présence, parfois au détriment de l’efficacité économique, selon les révélations faites depuis qu’il est tombé en disgrâce.

La descente aux enfers de M. Haddad avait été révélée lorsque le nouveau premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, l’avait discrètement fait inviter à quitter la salle lors d’une cérémonie officielle, il y a deux semaines. M. Haddad a tenté de riposter, en organisation un front avec les organisations patronales et l’UGTA, mais il semble qu’il n’avait pas compris les signaux émis par le pouvoir. Depuis, les révélations se multiplient sur ses affaires, et les institutions et entreprises multiplient les mises en demeure concernant ses chantiers.

La boulimie de Ali Haddad l’avait poussé à s’intéresser à de multiples secteurs, comme la construction, les travaux publics et l’hydraulique. Selon les fuites organisées par le premier ministère, qui lui a déclaré la guerre, et des informations révélées par différentes institutions, M. Haddad a réussi à accaparer plus de quatre milliards de dollars de marchés, dont beaucoup accusent des retards considérables, en raison de ses faibles capacité de réalisation et de la difficulté d’organiser le management de marchés dans lesquels il était le pivot.

Impunité

L’homme bénéficiait, en plus, d’une véritable impunité. Aucun ministère, ni aune institution ou établissement n’osait le rappeler à l’ordre, de peur de déplaire au cercle opaque auquel il appartenait, et dont il tenait sa puissance.

Des documents parvenus à la presse indiquent que son entreprise, l’ETRHB, a bénéficié de près de quatre milliards de dollars de marchés. Sur la multitude de contrats obtenus, 26 enregistraient un retard « criant ». Certains datent de 2010, et n’ont toujours pas été achevés. L’essentiel de ces marchés se situe dans les BTP, son secteur de prédilection : routes, autoroutes, voies ferrées, ports, etc. Mais M. Haddad est aussi très présent dans le secteur de l’hydraulique, secteur longtemps géré par l’ancien premier ministre Abdelmalek Sellal, lui aussi tombé en disgrâce.

Méthodes banales

Le mode opératoire de M. Haddad était d’une grande banalité, avec quelques variantes connues. Il s’associait avec des partenaires étrangers, pour qui sa présence « tait ne garantie d’obtenir le marché. Sa présence était supposée faciliter les procédures, lever les multiples obstacles et accélérer les financements bancaires si nécessaire.

Pour d’autres projets, il travaillait seul, avant de sous-traiter une partie des travaux. Bien qu’il soit difficile d’évaluer la part assurée par sa propre entreprise, il lui était facile de naviguer dans une zone grise, alors que la loi n’autorise la sous-traitance que pour une part limitée dans chaque projet.

Complaisance

L’entreprise de M. Haddad percevait des avances pour la réalisation des projets. Mais depuis que les langues ont commencé à se délier, il apparait que les sommes perçues, variables d’un projet à l’autre, seraient supérieures à ce qu’autorise la loi. Sur des marchés s’élevant globalement à 426,98 milliards de dinars, 91 milliards « ont été versés avant l’entame des travaux », selon des documents parvenus à la presse.

Ce modèle suppose qu’il suffisait à M. Haddad de signer des contrats, pour percevoir des avances. L’entreprise ne travaillait pas sur ses fonds propres. « M. Haddad était connu pour cette méthode : il se contentait de l’installation des chantiers », selon un ingénieur qui a travaillé sur de nombreux chantiers.

Où allai cet argent ? M. Haddad était considéré comme un des principaux financiers de la campagne du président Bouteflika de 2014. Il avait poussé vers la porte de sortie l’ancien président du FCE, Rédha Hamiani, pour s’emparer de l’organisation et l’arrimer au président Bouteflika. Ensuite, il en a fait un  centre de pouvoir et de partage de la rente des marchés publics.

Fuite de devises et projets à l’arrêt

Selon des révélations de presse, M. Haddad a aussi acquis des biens à l’étranger. Il aurait ainsi acheté un hôtel de haut standing à Barcelone pour 70 millions d’euros. Le gouvernement a aussi fait savoir qu’il dispose d’informations précises sur les exportations illicites de devises et sur les biens achetés par les oligarques algériens en Europe.

Fait aggravant aux yeux de l’opinion, la présence de M. Haddad parasitait de nombreux projets. Ainsi, a-t-il réussi à s’imposer comme partenaire dans le projet du grand port du centre, près de Tipaza, qui a déjà pris une année de retard sur le calendrier prévu. Les partenaires chinois du projet ont exprimé leur embarras, et l’un d’eux a même annoncé son retrait de ce projet phare. Le premier ministre a laissé entendre que la participation du groupe Haddad au projet allait être revue, pour lui permettre de démarrer.

Le #tirabakisme à l’honneur: violente charge de Mouloud Hedir contre le système des licences

Improvisation, manque de transparence, absence d’objectifs: Mouloud Hedir, spécialiste du commerce international, sonne la charge contre le système des licences et appelle à « changer de logiciel » économique.

Par Abed Charef

Sur le site du Quotidien d’Oran, jeudi 20 juilllet 2017: http://bit.ly/2uaKTII

Parler d’économie en temps normal est rébarbatif. Parler d’économie en été, par temps de canicule, à l’heure où les gens normaux se préoccupent de plages et de voyages, est une véritable épreuve. Que dire alors quand il faut lire un texte de 48 pages de Care (Centre d’Action et de Réflexion sur l’Entreprise), un long texte de l’ancien gouverneur d’Algérie Mohamed Laksaci, et un autre, tout aussi long, de Abderrahmane Mebtoul ?

Pour éviter un sort à la Mohamed Bouazizi, il n’y a pas beaucoup d’issues. Il faut dribbler. Esquiver. Se dérober. Trouver la formule qui ne trouble pas la sieste du lecteur. Et, surtout, se défausser sur les autres. Leur imputer le poids des mots les plus lourds à porter.

Deux personnes offrent une perche salutaire pour éviter d’ennuyer le lecteur en ce week-end de la mi-juillet. Le premier, Nabil Mellah, accessoirement chef d’entreprise, est surtout blogueur, amateur de bons mots et de belles formules. Il aime jouer avec les mots comme Ronaldo avec un ballon. Après avoir lancé le concept de « tribarkisme », il en a expliqué la substance cette semaine: cela consiste à gérer l’économie algérienne par « l’improximation », un néologisme qui combine « improvisation » et « approximation », dit-il.

Hasard : Mouloud Hedir, spécialiste du commerce international, a parfaitement illustré ce qu’est « l’improximation », dans un texte sur les licences d’importation rendu public mardi dernier.

Triste épisode

Mouloud Hedir n’y va pas par quatre chemins pour commenter les décisions sur la gestion des licences d’importation. Il parle « d’improvisation », de manque de visibilité, d’absence de transparence, d’inadéquation des mesures prises, de difficultés d’évaluer leur bilan et leur impact. C’est un choix « qui n’apporte rien », et qui se situe « à l’opposé » de ce qu’il faut faire. Bref, il s’agit d’un « triste épisode » de l’histoire de l’économie algérienne, dit-il.

Il balaie d’un revers de la main les éléments de langage du gouvernement sur la possibilité de l’Algérie de recourir aux licences sans enfreindre les règles de l’OMC et les accords de libre échange. L’Algérie n’est pas membre de l’OMC, et l’accord d’association avec l’Union européenne lui permet ce recours en cas de menace sérieuse sur la balance des paiements. L’Algérie « paie très cher, certes, son absence de l’OMC où se décide la régulation des échanges mondiaux, mais cela lui donne au moins toute latitude pour prendre les mesures restrictives qu’elle souhaite, sans avoir à les justifier. Ce que, de toute façon, aucun des membres de l’OMC ne lui demande de faire », rappelle-t-il. Mais le problème n’est pas là.

Programme mal calibré

Mouloud Hedir souligne ce qui fait défaut dans ces mesures : une vision, des objectifs, des délais, de la cohérence. Il résume les défaillances du programme de licences d’importation en quatre points : il est « décidé au jour le jour », et il « n’est pas affiché clairement » ; « il n’est pas limité dans le temps » ; « un grand nombre des restrictions envisagées sont sans relation aucune avec l’objectif d’une réduction significative des importations » ; enfin, il est « malaisé de mesurer la qualité de la mise en œuvre » de ces restrictions.

En outre, ce programme de licences est « mal calibré ». Selon lui, dans les conditions actuelles, «le recours à un régime de licences revient, dans les faits, à aménager de nouvelles niches de rentes au sein d’une économie qui n’en a pas besoin et où la concurrence est loin d’être la règle cardinale ».

Un autre logiciel

Il se demande, en conséquence, s’il n’étai pas préférable d’opérer par un ajustement régulier du taux de change du dinar, même si cette option comporte un risque d’inflation et un autre lié à la hausse du poids des subventions. « On ne peut ajuster le taux de change sans affecter gravement le pouvoir d’achat des plus démunis », rappelle-t-il.

En conséquence de quoi, M. Hedir demande aux responsables de l’économie algérienne « d’ouvrir les yeux », de « se rendre à l’évidence », car « cela n’apporte absolument rien au problème de fond de notre système d’échanges extérieurs ».

Il propose donc une option tranchée. « C’est un tout autre logiciel qu’il s’agit pour notre pays de concevoir et de mettre en place, un logiciel qui, il faut le dire sans ambages, est à l’opposé de cette gestion administrative de notre commerce vers laquelle le régime actuel des licences nous entraîne désespérément ». Pour lui, «l’Algérie connait un grave problème d’organisation de sa relation économique et commerciale avec le reste du monde. C’est un problème très sérieux » qui exige « un investissement massif en réflexions et en ingénierie », et qui ne peut se satisfaire des « tiribarkisme » en vigueur.

Nouveau modèle économique, SKD et « task force » : la supercherie Sellal

Nouveau modèle économique, SKD et « task force » : la supercherie Sellal

 

Le gouvernement Sellal a laissé un bel héritage : le SKD, le nouveau modèle économique et la fameuse « task force ». Abdelmadjid Tebboune saura-t-il les retrouver et les piloter ?

Abed Charef (sur le site de maghrebemergent.info)

 

En quittant le gouvernement, Abdelmalek Sellal et Abdessalam Bouchouareb n’ont pas eu beaucoup de difficultés à faire leurs bagages. L’ancien premier ministre et son ministre de l’industrie avaient peu de choses à emporter. Le premier avait juste à emmener son fameux « nouveau modèle économique », pendant que le second fourrait dans son cartable son plan de relance industriel. Autant dire rien. Le vide.

Aujourd’hui qu’ils sont partis, il est facile de se gausser sur l’inconsistance des deux hommes. Il est même de bon ton de critiquer leur gestion, leur relation opaque au monde des affaires, ainsi que tous les privilèges et passe-droits dont ils ont fait bénéficier leurs amis. Le nouveau premier ministre Abdelmadjid Tebboune a ouvert la voie, en annonçant notamment sa décision de suspendre des concessions s’étendant sur des milliers d’hectares à des hommes d’affaires « amis » de M. Sellal.

Ce qu’a fait M. Bouchouareb est également étalé sur la place publique par son successeur, M. Mahdjoub Bedda. En déclarant que « l’importation déguisée, c’est terminé en Algérie », M. Bedda a révélé ce que faisait son prédécesseur : du bricolage doublé de favoritisme, pour permettre à des amis importateurs de mettre en place un vulgaire système d’importations détournées, en  se basant sur un cahier de charges ridicule.

Soulagement

Le départ de MM. Sellal et Bouchouareb a été un soulagement pour beaucoup, même s’ils n’attendaient pas grand-chose de la nouvelle équipe. La présence des deux hommes à des postes aussi prééminents au sein de l’exécutif donnait le sentiment que le pays était devenu accro à l’incompétence, au ridicule, à la mauvaise gestion ; en un mot, accro à tous les maux qui mènent un pays vers sa perdition.

Leur départ étant acté, il ne suffit pas de tourner la page. Il ne s’agit même pas de crier vengeance ou de réclamer des procès ; encore que… Il s’agit surtout de comprendre comment le pays a pu faire de tels choix ; comment le gouvernement de M. Sellal a pu durer cinq longues années, en trouvant les appuis nécessaires dans les institutions de l’Etat, au parlement, dans les partis et au sein de ce qu’il faut bien, par convenance, appeler l’élite.

Soyons clairs : certains lobbies organisés étaient dans leur rôle. Ils étaient plus proches du détournement que de l’activité économique, et ils ont profité de la conjoncture pour service. Ils ont organisé d’immenses transferts d’argent public à leur profit. Ali Haddad, le plus visible, a bénéficié de marchés qu’il ne pouvait visiblement honorer. Il a fallu qu’il tombe en disgrâce pour que soient évoquées publiquement ses défaillances.

Des prédateurs dans leur rôle

De puissants importateurs ont agi de manière encore plus destructrice. Ils ont défendu un dinar surévalué, pour inonder le marché et transférer vers l’étranger, de manière illicite, des sommes colossales en devises par le biais de surfacturations.

Tous ces gens étaient dans leurs rôles. Mais qu’en est-il des autres ? Des institutions, supposées gérer ou protéger le pays, se sont révélées totalement inopérantes. Les services de sécurité n’ont-ils rien vu venir ? L’ex-DRS et ses démembrements, avec tout le pouvoir qu’on leur attribuait, pouvaient-ils ignorer l’inconsistance du gouvernement Sellal ? Et comment cette administration, pourtant omniprésente, a-t-elle pu passer à côté ?

Les partis de gouvernement ont accompagné cette immense opération de prédation. Ils sont supposés représenter la majorité du peuple algérien. Comment ont-ils pu fermer les yeux, se faisant complices, alors que nombre de leurs dirigeants admettaient, en privé, la déchéance de la gestion gouvernementale ?

« Task force » et nouveau modèle

Le meilleur est pour la fin : comment des personnalités apparemment brillantes, des experts reconnus, des spécialistes qui passent leur temps à pérorer dans les conférences, comment ont-ils pu se laisser approcher, et finir par collaborer avec ce gouvernement du 4ème mandat ? Le gouvernement de Sellal a créé, faut-il le rappeler, une sorte de « task force » pour l’aider à piloter son nouveau modèle économique. Les « experts » qui y ont été associés ont contribué à donner un peu de crédit à une vulgaire supercherie, alors que tout le monde savait que c’était une coquille vide.

Aujourd’hui, tout le monde se lave les mains de la gabegie Sellal-Bouchouareb. De nouveaux « experts » sont déjà apparus pour saluer les initiatives Tebboune, et engager une nouvelle aventure. Et si cette aventure se révèle inévitable, le gouvernement Tebboune devrait faire un effort, juste un petit effort, pour expliquer aux Algériens où en ont le SKD, le nouveau modèle économique et la « task force ».

L’euro sur le point de franchir la barre des 200 dinars

L’euro sur le point de franchir la barre des 200 dinars

L’euro à 200 dinars au marché informel, c’est imminent. C’est le résultat logique d’une forte pression exercée sur le dinar. Avec les restrictions sur les importations. Tout un pan de l’activité a été transféré vers le marché parallèle de la devise.

Abed Charef (sur le site de maghrebemergent.info: http://bit.ly/2tcKHas)

Un chiffre montre, à lui seul, la pression exercée sur le dinar par les différentes mesures de restrictions à l’importation imposées par le gouvernement : les Algériens ont importé pour 530 millions de dollars de véhicules durant le premier semestre 2017. A ce rythme, la barre du milliard de dollars devrait être largement dépassée durant l’année 2017, alors que l’implantation des réseaux de concessionnaires et l’offre abondante de véhicules depuis une décennie avait progressivement ramené ce chiffre à un niveau proche de zéro.

Dans le même temps, et faute de licences d’importation, non encore délivrées, les concessionnaires n’ont pas encore importé de véhicules sur leurs quotas 2017. Concrètement, cela signifie que l’ensemble des importations de véhicules durant le premier semestre 2017 a basculé, passant de l’argent bancarisé vers l’argent informel.

Résultat immédiat : l’offre de devises subit une forte pression. La barre symbolique de 200 dinars pour un euro devrait être franchir de manière imminente. Sur le marché parallèle, l’offre de devises destinées aux voyages, au pèlerinage et à différents usages, va fortement diminuer, avec cette demande nouvelle destinée aux véhicules.

Pénurie et demande

Les nouvelles restrictions imposées pour de nouveaux produits vont accélérer le mouvement. Toute une gamme de produits ont été suspendus d’importation depuis dix jours, après une première vague de produits soumis au régime de licences.

Dans l’intervalle, le dinar a peu varié au taux officiel. Selon l’économiste Nour Meddahi, la valeur du dinar n’a pas bougé depuis janvier 2016. Le mouvement à la baisse, très prudent, engagé par l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie Mohamed Laksaci, a été abandonné depuis l’avènement de son successeur, Mohamed Loukal. Du fait de la faiblesse du dollar, le dinar s’est même légèrement raffermi face à la monnaie américaine, passant sous la barre des 110 dinars pour un dollar (109.17). Selon les cotations affichées par la Banque d’Algérie au 17 juillet 2017, l’euro frôlait la barre des 125 dinars (124.97 dinars pour un euro).

Selon le ministère des finances, le taux de change moyen sur l’année 2016 était de 121 dinars pour un euro et 109 dinars pour un dollar.

Effet pervers

Un autre effet, probablement le plus pervers, est l’augmentation de l’écart entre la valeur officielle du dinar et celle affichée sur le marché informel. Il y a dix huit mois, l’écart était d’environ 50%. Ce qui signifie qu’il suffisait d’acquérir un euro auprès d’une banque pour le vendre sur le marché et faire ainsi un bénéficie équivalent à la moitié de son investissement initial.

Cet écart est aujourd’hui de près de 60%. Et à moins d’une nouvelle politique des changes visant à laisser glisser le dinar, l’écart va se creuser, creusant un abysse entre taux réel et informel ; une situation qui va provoquer des dégâts considérables.

Cet écart est la source de multiples trafics, parmi lesquels l’exportation illicite de devises par le biais de surfacturations. Les importateurs y ont trouvé un filon exceptionnel, avec une combine très simple : importer un produit, un véhicule par exemple, à 10.000 dollars auprès de sa propre entreprise ou celle de son fils installé à l’étranger, facturer le même véhicule à 11.000 dollars, et empocher 1.000 dollars à l’étranger, en plus des gains réalisés en Algérie. Des fortunes ont été constituées par ce biais à l’étranger. L’ancien ministre du commerce Bakhti Belaïb avait estimé ces sorties illicites de devises à 30% des importations durant les années fastes, soit 18 milliards de dollars durant l’année 2014.

Comme le dinar, le PIB de l’Algérie serait nettement surévalué (Nour Meddahi)

Comme le dinar, le PIB de l’Algérie serait nettement surévalué (Nour Meddahi)

 

Fausses bonnes idées, nouvelles pistes à explorer. Nour Meddahi, professeur à la Toulouse Schools of Economics, place le dinar, monnaie surévaluée, au cœur du dispositif à mettre en place pour faire face à la crise.

Abed Charef  (Sur le site de maghrebemergent:)

Explorer des chemins nouveaux, oser, exploiter au mieux ce qui est disponible. Nour Meddahi, professeur à la Toulouse Schools of Economics, invite à une démarche innovante pour faire face à la crise économique que subit l’Algérie. La valeur du dinar est au cœur de ses plaidoyers. Surévaluée, la monnaie nationale serait entre autres à l’origine des déséquilibres de l’économie algérienne.

Pour Nourd Meddahi, « le dinar devrait continuer à baisser ». Il rappelle que la monnaie algérienne « n’a pas bougé depuis janvier 2016 ». Pire : si on tient compte du fait que le dollar a baissé depuis, cela signifie que le dinar a été surévalué par rapport au dollar.

Cette valeur nominale du dinar fausse toutes les projections. Selon les calculs de Nour Meddahi, le déficit de la balance des paiements aurait atteint 25 milliards en 2016, ce qui représente 16-17% du PIB. En termes de ratio dette/PIB, cela équivaut à 29%. Pour lui, « historiquement, ce n’est pas très élevé ». Mais si le dollar passe de 110 à 120 dinars, le déficit passe de 29 à 33%, ce qui est « »problématique ».

Or, les évaluations du PIB sont erronées, et « le problème, c’est le dinar ». Nour Meddahi est formel : « le PIB est surévalué. Il n’est pas de 170 milliards de dollars », dit-il. En reprenant des hypothèses du FMI sur la valeur du dinar, il constate que la surévaluation du PIB serait de 20 à 40%, selon le modèle utilisé.

Baisse de l’IRG, suppression des taxes négatives

La dépréciation du dinar est donc une option centrale. Mais le gouvernement dispose d’autres leviers, selon M. Meddahi, qui préconise une action concomitante : une baisse de l’IRG d’un côté, et une action pour éliminer les « taxes négatives », comme le faible prix du carburant. Selon lui, l’IRG ne touche que le formel, alors qu’une révision du prix du carburant toucherait également l’informel. Ce serait une action, parmi des dizaines d’autres, de s’attaquer à l’informel.

M. Meddahi note aussi que non seulement l’Algérie a des taux d’imposition plus élevés que les pays voisins, mais elle connait une hausse des taxes plus rapide.

Il rappelle également que le secteur de l’agriculture est soumis à « zéro impôt. Ce n’est pas normal » qu’un secteur aussi vaste demeure en dehors de la fiscalité, dit-il

Les licences, une formule temporaire

Nour Meddahi rappelle qu’il a été, avec Raouf Boussekine, l’un des premiers à évoquer la mise en place de licences d’importations. « Mais instituer des licences pour les bananes, ça, je ne comprends pas », dit-il aujourd’hui, affirmant sa préférence pour le système des taxations et une action sur la valeur du dinar. « Il faut se projeter dans l’avenir », dit-il, précisant qu’il est favorable à « des licences pour aider une production naissante, ou pour gérer une conjoncture délicate, mais pas pour dix ou vingt ans »

Pour lui, avec un déficit budgétaire de 15% du PIB en 2015 et 13.8% en 2016, le gouvernement se devait d’explorer d’autres pistes. Nour Meddahi affirme qu’il faut maintenir le niveau des dépenses, mais ça n’interdit pas ajustements », le tout étant de savoir « où va cet argent ? Il faut donc dépenser mieux ».

Fausses solutions

Il cite une série d’options à éviter. « Ne pas donner un dinar à Sonelgaz », par exemple. Selon lui, l’entreprise publique est en surcapacité. Il trouve injustifié de dépenser deux milliards de dollars juste pour satisfaire un pic de deux jours en été. « On n’a pas les moyens de gérer le pic d’une ou deux journées du mois d’août », dit-il, préconisant de recourir au délestage et d’augmenter les prix. Il demande de poser la question algériens : faut-il mettre deux milliards de dollars pour répondre à un  pic de production, ou utiliser cet argent construite quatre grands hôpitaux ?

Il se dit également hostile à l’idée de créer une banque de l’habitat. Il faut plutôt « vitaliser le marché financier », en rappelant que « le plus gros, ce n’est pas la bourse, c’est le marché des capitaux, les obligations ».

Selon lui, il faut mettre des mécanismes pour « utiliser l’argent des citoyens et des entreprises pour financer l’économie ». A l’évidence, il estime la rémunération actuelle « trop faible ». Il faut donc « rendre les obligations liquides, attractives », et innover, en transformant l’argent du logement en obligations.

Derrières les mots d’Ouyahia, la recomposition de l’espace Maghreb-Sahel

Mauvais signe : Ouyahia a été chargé de formuler la nouvelle vision algérienne de l’espace Maghreb-Sahel-Méditerranée. Il s’y est pris de la pire des manières.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 juillet 2017)

 

Il y a des formules qui vous collent jusqu’à la fin de vous jour. Ainsi, en évoquant les évènements d’Octobre 1988, Ali Ammar avait parlé de « chahut de gamins ». Abdelaziz Bouteflika a lancé les formules « trois quarts de président » et « tab djenanou ». A son tour, Ahmed Ouyahia a sa propre formule. Parlant des ressortissants de pays subsahariens séjournant illégalement en Algérie, le directeur de cabinet du président de la république a affirmé que cette immigration est « source de crime, de drogue et de plusieurs autres fléaux ». Une déclaration aussi surprenante que tranchée, de la part d’un homme supposé vivre au cœur du pouvoir depuis un quart de siècle, et donc rôdé à l’utilisation des mots et des concepts.

De quelque manière qu’on retourne ces propos, il est impossible de leur enlever leur aspect foncièrement « raciste », comme l’a souligné la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme (LADDH). Les mots de M. Ouyahia font partie du vocabulaire d’extrême-droite, xénophobe, en usage chez des partis d’extrême droite; des partis dont la particularité est d’imputer les problèmes du pays aux autres, aux étrangers, pour prôner un discours basé sur la pureté interne, l’ordre et la discipline.

En fait, ces mots complètent le portrait que le chef du RND s’est construit au fil des ans. M. Ouyahia est d’abord un homme autoritaire, un doux euphémisme pour dire que la pratique démocratique ne figure pas parmi ses premières préoccupations. Ils complètent cette série d’attitudes, de comportements et de décisions qui ont façonné le personnage. Ainsi, en matière électorale, M. Ouyahia a fait ses preuves dès les premiers mois de la création de son parti, le RND, qui a remporté les élections législatives de 1997 après une fraude massive.

Le nationalisme étroit qu’il affiche relève du chauvinisme. Il ne s’encombre pas de libertés, ni de respect du droit. « Quand on me parle de droits de l’Homme, je dis : nous sommes souverains chez nous », a-t-il déclaré, comme si le fait d’être souverain chez soi abolit le respect du droit envers les étrangers.

Une politique, pas un dérapage

Ceci pour le personnage Ouyahia. Mais ce qui s’est passé cette semaine avec le dossier des migrants dépasse largement la personne du chef du RND. Car tout laisse à croire que le gouvernement a opté pour une nouvelle ligne de conduite qui tranche radicalement avec l’attitude, apparemment laxiste, qui prédominait jusque-là.

A l’exception de la formule sur le crime, la drogue et les fléaux, M. Ouyahia est en effet repris fidèlement par le ministre des affaires étrangères, M. Abdelkader Messahel. Celuiç-ci a repris l’argumentaire de M. Ouyahia, en essayant de lui donner une dose de consistance politique et sécuritaire. M. Messahal a parlé de « réseaux organisés » et de « mafias », qui seraient derrière un « afflux massif » de ressortissants de pays du Sahel. Il a annoncé des « mesures urgentes » que l’Algérie a décidé de prendre pour faire face à cette « menace contre la sécurité nationale ». Il a également fait état de 5.000 ressortissants de pays subsahariens -un « chiffre énorme »-, impliqués dans les groupes terroristes de par le monde.

L’argument de la sécurité nationale, ici comme ailleurs, ne souffre pas de contestation. M. Messahel n’hésite pas : « il est de notre devoir, en tant que gouvernement et en tant qu’Algériens, de défendre la souveraineté nationale et notre sécurité, c’est notre droit », a-t-il déclaré.

Et, pour bien signifier que les propos de M. Ouyahia relèvent d’un choix politique assumé, l’inénarrable Farouk Ksentini est intervenu pour apporter une « caution droits de l’homme » aux propos du chef du RND.

Ouyahia-Macron, un attelage improbable

Reste à savoir ce que tout ceci va signifier. A priori, cette vision conforte l’attitude algérienne traditionnelle en période de crise, la plus facile à mettre en œuvre: se recroqueviller sur soi-même, verrouiller ses frontières, développer cette culture de citadelle assiégée, et rejeter tout ce qui vient de l’extérieur. C’est dans la droite ligne du discours qui veut que l’Algérie s’est défendue seule contre le terrorisme, que tout le monde s’est ligué contre elle, et qu’elle ne doit compter que sur elle-même. C’est ce que développent les visites répétées du chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd Salah, le long des frontières, et ses appels à la vigilance.

Ce discours a le mérite de susciter le nationalisme et d’exacerber la fierté nationale. Mais c’est surtout un discours inadapté au monde moderne. Il ne peut pas tenir face à un Sahara devenu un immense lieu de circulation, et une Méditerranée qui constitue une gigantesque autoroute.

Une première explication de texte de propos de M. Ouyahia est venue d’un site électronique, qui attribue au chef du RND une volonté de se positionner comme un partenaire crédible face aux grands décideurs externes. Difficile à admettre toutefois que M. Ouyahia exprime ainsi, seul, ses prétentions, avec les risques que cela comporte.

Ce qui donne une autre signification aux propos de M. Ouyahia et à la nouvelle politique qu’il annonce. Il s’agira très probablement d’accompagner, au niveau local, une vision plus globale qui se développe ailleurs, sur l’Afrique et sur la question des migrations. Elle s’est déjà traduite en Libye par un hommage appuyé au maréchal Haftar.

Quelle vision? Celle d’Emmanuel Macron ? C’est la seule qui a émergé récemment dans la région. Il n’est toutefois pas inintéressant de noter que le chef de l’Etat français a commis sa première bévue lorsqu’il a imputé le retard de l’Afrique au nombre élevé d’enfants par femme. Un discours proche de celui de M. Ouyahia. Suffisant pour parler d’un attelage Macron-Ouyahia? Avec Sissi, Haftar et Ouyahia, le nord de l’Afrique aura une autre saveur, que les migrants risquent de ne guère apprécier.

Le faux contre-pied de Nour Meddahi sur l’endettement

Le faux contrepied de Nour Meddahi sur l’endettement

 

L’économiste Nour Meddahi considère l’endettement extérieur inopportun dans la conjoncture actuelle, mais cela n’a pas de rapport avec les dogmes sur la souveraineté nationale.

Abed Charef  (Sur maghrebemergent.info: http://bit.ly/2uMdSCB)

 

En évoquant un éventuel recours, ou non, à l’endettement extérieur, Nour Meddahi invite d’abord à éviter les dogmes. Ce professeur d’économétrie et de finances à la Toulouse Schools of Economics réfute totalement l’idée selon laquelle la préservation de la souveraineté nationale passerait par l’absence de dette extérieure. Sur ce terrain comme pour la règle du 51/49, il utilise une formule lapidaire : « il faut arrêter », dit-il, rappelant que les Etats-Unis ont la dette la plus élevée au monde, dont la moitié est détenue par des étrangers, sans que cela n’altère leur capacité de décision.

L’économiste prend le contrepied des recommandations du président de la République qui a considéré, lors du conseil des ministres de la mi-juin, qu’il faut éviter le recours à l’endettement extérieur pour « préserver la souveraineté économique du pays ». Commentant cette déclaration, l’agence APS a souligné que « le Chef de l’Etat a été catégorique: il faut éviter le recours à l’endettement extérieur », a-t-il fermement instruit le gouvernement, en relevant que cela relève de la souveraineté économique nationale qu’il faut absolument préserver ».

Nour Meddahi n’est pas pour autant un fanatique de l’endettement. Il s’agit plutôt d’opportunité et d’utilité de l’endettement. Prenant son monde à contrepied, il affirme ainsi que dans la conjoncture actuelle, il est hostile au recours à l’endettement extérieur, mais pour de toutes autres raisons que la souveraineté, le nif ou l’orgueil évoqué dans les cercles de décision.

Moment inopportun

Selon lui, s’endetter aujourd’hui en externe, alors que le pays dispose de près de 100 milliards de réserves de changes est d’autant plus inopportun que les taux d’intérêt seront « très élevés à cause du déficit budgétaire ». Emprunter en externe 1.7 milliards de dollars représenterait aujourd’hui un pour cent du PIB, qui s’élève 170 milliards de dollars. Mais si le dinar est dévalué, ce qui est inévitable, ce taux va mécaniquement augmenter. A l’inverse, un endettement en interne auprès de la Banque d’Algérie ferait baisser ce taux en cas de dépréciation du dinar, dit-il.

En tout état de cause, du moment que l’endettement parait inévitable, il préconise le recours à l’endettement interne, et n’hésite pas à parler de recours à « la planche à billets », selon des formules qu’il détaille. L’Etat pourrait ainsi émettre des obligations, qui seraient rachetées par la Banque d’Algérie. Selon Nour Meddahi, le financement monétaire par la Banque d’Algérie est une piste nécessaire. « La Banque centrale doit mettre de l’argent sur la table », dit-il. Il reconnait qu’elle « le fait, mais elle doit aller plus loin ».

Innover

Les banques devraient bénéficier de nouvelles mesures, selon Nour Meddahi, qui a été une des chevilles ouvrières de la réunion de la société d’économétrie qui s’est tenue fin juin à Alger. Il évalue positivement la décision de faire passer « le taux de réserve obligatoire passé de 12 à 8% », mais il estime qu’il faut aller plus loin ». Il préconise un taux de six pour cent, ce qui permettrait de consacrer les deux pour cent supplémentaires au financement de l’économie.

De manière plus globale, Nour Meddahi plaide pour une cohérence de la politique du gouvernement, qui « envoie des messages contradictoires ». L’exécutif « ne veut pas d’endettement externe, pas de baisse des réserves de change sous les 100 milliards de dollars, pas de révision de la règle du 59/41. Mais dans le même temps, on veut de la croissance », note-t-il. « Il faut arrêter » avec la règle du 51/49 », et « mettre des priorités », dit-il.

Raciste, et j’ai un peu honte

Je suis un peu raciste. Je l’avoue et j’avoue que j’ai un peu honte.

Mais comment ne pas être raciste?

Les migrants subsahariens ont imposé leur présence dans l’espace public algérien, même si, dans leur majorité, ils restent confinés dans les endroits les plus sordides. Ils sont pauvres, ils mendient, et vivent dans des conditions d’hygiène déplorables. Ils squattent les dessous des ponts et érigent des bidonvilles dans un pays qui est sur le point d’éliminer les bidonvilles.

Ils ont quitté leurs pays, pauvres, parfois ravagés par la guerre et la sécheresse, pour venir vivre dans des conditions misérables en Algérie. Ils ont laissé des pays en guerre ou menacés de guerre pour trouver refuge dans un pays qui vient de sortir d’une terrible épreuve.

Peu d’entre eux travaillent, ce qui ne les empêche pas de faire des enfants, de les balader par plus de 40 degrés, dans d’interminables allers-retours sans objet et sans but précis.

Tout cela me pousse évidemment à devenir raciste.

Raciste anti-cons.

Raciste contre tous ces cons incapables de voir la détresse de leurs semblables, de sentir la tragédie que vivent des gens plus faibles qu’eux, plus vulnérables, désespérés; des gens qui ont vraiment besoin d’une main affectueuse, d’un geste de tendresse, d’un sourire, d’un coup de pouce, d’un geste de solidarité.

Et là, j’ai un peu honte pour ces Algériens qui ont tenu un discours méprisant, humiliant, envers les migrants.