Homme d’Etat et homme de pouvoir

 

La révision de la loi sur la monnaie et le crédit, premier chantier du gouvernement de M. Ahmed Ouyahia, offre une nouvelle opportunité de faire un parallèle entre l’œuvre de Mouloud Hamrouche et celle du nouveau premier ministre. Dans sa méthode d’exercer le pouvoir et de gérer les affaires du pays, Moulourd Hamrouche était soucieux de construire un Etat avec des contre-pouvoirs puissants ; M. Ouyahia est préoccupé par l’idée de détenir le maximum de pouvoirs, y compris quand cela implique d’écraser les institutions.

Ahmed Ouyahia se trouve à court d’argent. Il a avoué que les salaires du mois de novembre risquaient de ne pas être payés, faute d’argent dans les caisses e l’Etat. Dans l’incapacité de trouver des ressources budgétaires supplémentaires, il décide de recourir à la création monétaire. Pour le faire, il doit lever un obstacle : la loi le lui interdit. Il change la loi, pour faire ce qu’il veut.

Mouloud Hamrouche s’était trouvé dans la même situation, peut-être même dans une situation plus difficile, car le pays n’avait pas de réserves de change et était fortement endetté.

Malgré cela, Hamrouche a fait adopter la loi sur la monnaie et le crédit. Concrètement, cette loi lui impose trois contraintes principales : elle lui interdit la création monétaire au-delà d’un certain seuil, représentant dix pour cent des recettes prouvées l’année précédente ; elle lui impose un échéancier de remboursement limité à dix mois, et elle met ces décisions entre les mains d’un gouverneur  de la Banque d’Algérie, sur lequel  le gouvernement n’a pas de prise. Le gouverneur de la Banque Centrale, nommé par le président de la république pour un mandat de six ans, renouvelable une fois, est chargé de missions précises, souvent opposées à la tendance dépensière de l’exécutif.

Autrement dit, Mouloud Hamrouche voulait mettre en place des institutions et des règles de gestion auxquelles se soumettraient les gouvernants. Ouyahia veut mettre les institutions à sa disposition et au service de sa politique. Hamrouche voulait instituer des contre-pouvoirs puissants, autonomes, immuables, capables de garder le cap face aux erreurs et errements des gouvernants qui sont, par définition, conjoncturels. Ouyahia saborde les contre-pouvoirs, pour disposer de tous les leviers de la décision.

C’est toute la différence entre un homme politique qui veut construire un Etat avec des institutions pérennes, et un homme de pouvoir qui renforcer son pouvoir au détriment des institutions.

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