En Algérie, le discours sur les énergies renouvelables ne se renouvelle pas

En Algérie, le discours sur les énergies renouvelables ne se renouvelle pas

 

Les ministres changent, les discours et les méthodes non. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, très attendu sur les énergies renouvelables, a reproduit les même discours convenu, sans aucune innovation.

Abed Charef (maghrebemergent.info)

Les énergies renouvelables patinent dangereusement en Algérie. Le discours des officiels sur la transition énergétique ne se renouvelle pas non plus. Ce qui fait office de programme se résume à une série de lieux communs, de banalités et de déclarations d’intention, sans effet sur la réalité économique du pays.

Le 7ème salon des énergies Energies renouvelables (ERA 2017), qui se tient à Oran du 23 au 25octobre au Palais des Conventions à Oran, l’a largement confirmé. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, et la ministre de l’Environnement et de la transition énergétique, Fatima Zerouati, s’y contentés de discours de convenance, sans relief ni innovation. Le programme des Energies renouvelables, élaboré en 2011, a été révisé et été érigé en priorité nationale lors d’un conseil des ministres de mai 2015, a rappelé M. Guitouni, qui affirme vouloir « maintenir les objectifs » initiaux en vue de parvenir à 4.000 mégawatts à l’horizon 2020 et 45 à 51 gigawatts à 2030.

Comment y parvenir ? M. Guitouni maintient le cap chimérique énoncé par un de ses éphémères prédécesseurs, Nouredine Bouterfa. Il veut « réussir l’option industrielle », c’est-à-dire produire des énergies renouvelables qui s’appuieraient sur des équipements produits en Algérie. M. Bouterfa voulait que cette condition soit énoncée dans l’appel d’offres. Il est parti, mais l’appel d’offres, annoncé comme imminent il y a un an, est toujours à l’état de projet.

Langue de bois et nouveautés

M. Guitouni semble s’orienter vers les mêmes choix que son prédécesseur, quand il affirme que le succès du renouvelable en Algérie impose au gouvernement « deux conditions de succès ». Selon lui, il faut « mettre en place une véritable action économique orientée vers la réalisation du projet », et ne pas se contenter d’importer les équipements. « Pas question », affirme-t-il, tranché, sur ce second point.

Mais concrètement, M. Guitouni n’a fait aucune annonce. Ni procédures, ni financements, ni incitations bancaires, ni formules de rachat de l’énergie. Rien. Le particulier ou l’investisseur qui veut s’équiper en renouvelable doit se débrouiller seul, dans le magma de la règlementation et des contraintes de la bureaucratie algérienne.

Cela limite fortement les possibilités pour le renouvelable. Un ingénieur chinois affirme clairement : « il n’y a rien ; tout est flou ». Selon lui, il est « impossible de concevoir un projet d’énergie renouvelable dans les conditions actuelles ». Il faut « réunir un minimum de conditions », notamment connaitre « les conditions d’achat de l’électricité, les conditions de financement et les conditions d’investissement », dit-il.

« Devenir leader et exportateur »

Le ministère de l’Energie n’en est pas encore là. Face aux besoins très complexes du secteur, il est contraint de se limiter à des tâches primaires, comme « recenser les sites à haut potentiel », les seules actions qu’il semble en mesure de mener à bien.

Cela réduit considérablement les opportunités de recours l’énergie renouvelable. L’écart entre le prix de l’énergie conventionnelle et celle renouvelable reste si important que seules quelques niches très réduites peuvent être intéressantes. Un installateur algérien les énumère, mais il a vite fit le tour : de petites installations isolées, pour lesquelles un investissent classique serait trop lourd en raison de leur éloignement, par exemple.  Autrement, lui-même, pourtant installeur, conseille à ses clients de s’adresser à Sonelgaz pour une alimentation électrique classique. C’est tout dire.

Cela suffit montrer tout le côté superficiel du discours officiel sur la question. Mais cela n’empêche pas M. Guitouni d’affirmer avec un aplomb étonnant, qu’en matière de renouvelable, l’Algérie veut être « leader » en équipements et en production d’énergie, et devenir exportatrice de panneaux solaires.

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Le 5ème mandat n’est pas une fatalité

En cette veille de 1er novembre, le métier de chroniqueur est devenu pénible : il contraint à dire comment le cinquième mandat veut être imposé comme une fatalité.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 octobre 2017)

Les digues continuent de tomber, l’une après l’autre. Répondant on ne sait à quels impératifs, Ahmed Ouyahia a accéléré le mouvement cette semaine. Le commis de l’Etat, le haut fonctionnaire légaliste, le bureaucrate discipliné a disparu. Il n’y a désormais plus qu’un homme de pouvoir pris dans un engrenage infernal, navigant entre clans et réseaux, essayant d’expliquer ou de justifier ce que, en d’autres temps, il aurait considéré comme un reniement total.

La proximité avec les forces de l’argent ? Il l’assume. Il ne se demande plus, comme il faisait naguère, si cet argent est légitime, fondé sur du travail ou s’il est gris. Il est vrai que le gouvernement a déjà abdiqué avant lui, sous Abdelmalek Sellal, lorsqu’il a prononcé une amnistie de fait en fermant les yeux, pourvu que les détenteurs d’argent acceptent de déposer leur fortune à la banque.

Chakib Khelil ? Victime d’une « grande injustice », selon M. Ouyahia. Ce que révèle la presse italienne et suisse, les auditions de la justice italienne, les déclarations de hauts responsables de l’entreprise italienne ENI, les accusations portées par le procureur général d’Alger, les révélations sur la accointances avec Farid Bedjaoui, tout ceci est insignifiant, inexistant face à la vérité révélée par M. Ouyahia qui, fut en d’autres temps, ministre de la justice.

On parle entre soi

L’amnistie fiscale ? M. Ouyahia y est favorable. Normal, dirait-on : il a été éradicateur intégral avant de devenir un chantre de la réconciliation, il a rédigé la loi de finances 2009 avant de passer au libéralisme sans limites. Le tout étant, naturellement, classé sous un label fourre-tout, l’application du programme du président de la République.

A peine M. Ouyahi prend-il parfois le soin de dire qu’il parle en tant que chef d’un parti, le RND, non comme premier ministre. Mais quand ce chef de parti est le premier ministre en fonction, et leader, de fait, de la majorité gouvernementale, il devient évident que M. Ouyahia déroule la feuille de route de l’exécutif. Lequel exécutif semble mandaté pour mener l’Algérie à l’échéance 2019

Car dans cet exercice, M. Ouyahia ne parle pas aux Algériens. Il s’adresse à l’Algérie qui compte, celle de ses partenaires du pouvoir, cercles, réseaux, groupes d’intérêt, et tout ce qui constitue le pouvoir, formel ou informel, pour leur expliquer le contenu du deal en préparation pour 2019.

Enfermement

Ce deal relève d’une vision qui renforce clairement l’enfermement du pays. Dans tous les domaines. Sur le plan militaire et sécuritaire, on verrouille la frontière avec un dispositif qui occupe l’essentiel des préoccupations du chef d’état-major de l’armée ; on multiplie les obstacles pour l’entrée des « autres » en Algérie, qu’ils soient migrants ou investisseurs. Quitte à se répéter, on renforce le sentiment de la citadelle assiégée.

La politique étrangère complète parfaitement ces choix. M. Abdelkader Messahel ne parle plus de diplomatie ni de politique régionale et internationale, mais de sécurité. Les managers algériens se plaignent, à raison, de l’absence de diplomatie économique : la diplomatie algérienne, fondamentalement sécuritaire, ne sait pas faire le reste.

Au plan interne, les choix économiques sont vus sous l’angle strictement sécuritaire : commet concéder aux Algériens certains « acquis », comme les subventions et les soutiens de prix, pour éviter l’émeute, et comment assurer un minimum de croissance, de préférence au profit des « amis du moment ». Cela laisse évidemment de côté les questions centrales se rapportant aux changements nécessaires, à la démocratie, à la gouvernance, aux profondes réformes économiques devenues vitales pour le pays.

Eviter le cataclysme

En se plaçant dans cette optique, le pouvoir, dont M. Ouyahia est l’expression la plus visible, exclut toute idée d’évolution. Ce pouvoir cherche des arrangements, pas des solutions. Il ne tente, à aucun moment, de résoudre des questions qui vont se reposer dans un mois, dans un an, dans cinq ans. Tout le monde sait que la gestion des APC est un échec. Mais on reconduit les mêmes mécanismes et les mêmes méthodes qui ont débouché sur des APC défaillantes. Le gouvernement veut même créer de l’enthousiasme autour des élections, alors qu’il en connait les limites.

Cette vision étriquée de la gestion des affaires du pays est assise sur un socle d’intérêts. Toute remise en cause, même partielle, devient dangereuse pour les équilibres internes du pouvoir, comme l’a prouvé l’expérience Tebboune. Un changement de fond est dès lors perçu comme un cataclysme. Même un changement mineur est vu comme une menace potentielle, car on ne sait jusqu’où il peut mener.

C’est dire que, pour les cercles composant le pouvoir, le cinquième mandat est perçu comme la solution la moins risquée, et la plus facile à mettre en œuvre : il suffit de ne rien faire pour l’imposer. Une vérité cruelle ; d’autant plus cruelle qu’on est obligé d’évoquer cette fatalité à la veille d’un 1er novembre.

Mais le 1e novembre a précisément appris aux Algériens qu’il n’y a pas de fatalité.

Sonatrach prisonnière du boulet Ould Kaddour

Affaiblie, ligotée, Sonatrach est pourtant appelée à redevenir une grande compagnie. Un défi impossible à relever.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 octobre 2017)

Sonatrach est devenue une immense administration ; une pieuvre bureaucratique, incapable d’avancer, d’innover, d’assumer une charge qui semble désormais hors de sa portée. La première compagnie africaine en termes de chiffre d’affaires, premier contributeur au budget de l’Etat algérien, premier pourvoyeur du pays en devises, première force de frappe économique, n’a ni l’organisation, ni le dynamisme, ni le savoir-faire nécessaires pour être ce géant qu’elle a toujours prétendu être.

Ce n’est pas un cadre poussé à la retraite ou un opposant en mal de notoriété qui le dit. C’est le PDG de la compagnie lui-même, Abdelmoumène Ould Kaddour. Dans une sortie très remarquée, pour l’une de ses toutes premières interventions publiques depuis sa nomination controversée, M. Ould Kaddour a reconnu ce qui circulait depuis longtemps dans les milieux spécialisés, et que l’opinion soupçonnait vaguement, à savoir que Sonatrach vivait sur sa rente de notoriété plutôt que sur son capital management.

Mais le mal était, en fait, un secret de polichinelle. Car quand une compagnie consomme six patrons en moins d’une décennie, cela signifie clairement qu’elle connait un sérieux problème de management. Pire encore : les scandales Chakib Khelil et Mohamed Meziane, laisseront des traces pour de longues années encore. A un point tel que Mourad Preure, consultant en énergie, affirme ne pas « connaitre une compagnie qui a connu une crise aussi longue et qui soit encore de ce monde ».

Une notoriété écornée

De l’extérieur, Sonatrach garde cependant un préjugé favorable. Pour peu que… L’économiste Tayeb Hafsi, un apôtre de l’initiative privée, affirme ainsi que « si elle était libérée, Sonatrach pourrait créer des richesses plus grandes que le pétrole lui-même ». Certes, pour le moment, cette entreprise est « devenue une administration », où « il n’ya plus de savoir-faire ». Mais cette « réalité » que décrit le patron de la compagnie « n’est pas de la responsabilité des gens qui sont à Sonatrach », estime M. Hafsi. Elle relève, selon lui, « de la responsabilité de l’Etat qui a imposé un mode de fonctionnement ».

Mourad Preure, va plus loin. Il estime que même si elle a « du retard à rattraper », un euphémisme pour parler des déboires de la compagnie, le principal atout de Sonatrach réside dans son management, pas dans ses réserves. Selon lui, « la puissance de l’Algérie repose sur Sonatrach, sur sa capacité à assurer les équilibres énergétiques à long terme et assurer transition énergétique ». De manière plus générale, il affirme que « la puissance pétrolière des pays producteurs ne repose pas sur leurs réserves mais sur la compétitivité de leurs compagnies ».

Défaillances

Pour l’heure, Sonatrach n’en est pas là. En énumérant les actions que la compagnie devrait engager, M. Preure pointe, en fait, ce qui fait défaut à Sonatrach. Celle-ci doit « se renforcer pour se mouvoir dans la compétition internationale », mener des « actions d’organisation et de formation », et, « forcément », envisager « un changement de gouvernance » pour développer « ses capacités technologiques et managériales. En un mot comme en cent, elle doit « revoir en profondeur son système de management ».

A ce défaut de gouvernance, s’ajoute un sérieux déficit d’image, particulièrement à l’international. Et ce ne sont pas les déclarations d’intention sur la révision de la loi sur les hydrocarbures et les velléités de se lancer dans l’exploitation du gaz de schiste qui vont ramener la sérénité. L’absence de crédibilité des différents ministres qui se sont succédés introduit un doute supplémentaire : qui se souvient de M. Salah Khebri, ministre de l’Energie quand Sonatrach était dans la tourmente ? M. Noureddine Bouterfa, très médiatisé il y a un an après la réunion de l’OPEP qui avait amorcé un redressement du prix du pétrole, a lui aussi disparu et, avec lui, son projet de 4.000 mégawatts d’énergie renouvelable dont l’appel d’offres devait être lancé début 2017. Personne ne sait ce qu’est devenu ce projet.

Probité

Sur ce, arrive M. Ould Kaddour. Le sulfureux manager paraissait le moins indiqué pour restaurer la crédibilité de Sonatrach. Il n’est pas légitime pour mener à bien cette tâche. Il a en effet purgé une peine de prison pour une obscure affaire d’espionnage. Si l’accusation était fondée, il aurait du disparaitre du paysage économique. S’il a été condamné alors qu’il était innocent, il aurait fallu le réhabiliter publiquement, lui présenter des excuses, et définir les responsabilités de cette affaire pour éventuellement punir ceux qui l’auraient enfoncé gratuitement. On n’en est pas là.

Mais en l’état actuel des choses, même s’il fait un diagnostic technique correct sur l’état de la compagnie, M. Ould Kaddour n’est pas légitime pour la redresser. Comment vont le considérer ses interlocuteurs étrangers qui vont négocier avec Sonatrach ? Comment fera-t-il pour mobiliser un encadrement qui le regarde, disons, avec scepticisme ? Comment va-t-il obtenir l’adhésion de cadres encore assommés par les affaires Khelil, Meziane et BRC ? Quel crédit vont lui accorder les Algériens qui, à tort ou raison, sont hostiles à l’exploitation du gaz de schiste ?

Il y a, en Algérie, des postes de responsabilité dont les titulaires ne doivent souffrir d’aucune entache. Aucun doute ne doit entourer leur probité. Ils ne doivent offrir aucune prise, ne présenter aucun soupçon, aucun doute, concernant leur passé et leur gestion.

Celui de PDG de Sonatrach en fait partie.

Derrière les formules rassurantes, une inquiétante réalité économique

 « Financement non conventionnel » ou « planche à billets » : ce simple choix de mots révèle la volonté du gouvernement de bien emballer ses actions, sans souci du contenu.

Abed Charef

(Sur le site du Quotidien d’Oran, mardi 17 octobre 2017: http://bit.ly/2gMlBuY)

 

Le gouvernement algérien réalise de véritables prouesses pour trouver de jolies formules destinées à occulter des échecs répétés, des décisions contestables ou des bilans indéfendables. Et comme la situation se dégrade rapidement, qu’elle devient ingérable, mettant l’exécutif au pied du mur, les communicateurs sont obligés de faire vite. Une formule chasse l’autre, dans un mouvement infini, qui met le gouvernement dans la situation d’un cyclise épuisé mais condamné à continuer de pédaler, car s’il s’arrête, il tombe.

Le ministre des finances, M. Abderrahmane Raouia, est brillamment entré dans ce jeu. Lundi dernier, il a affirmé que le gouvernement va mettre en place des moyens rigoureux pour lutter contre l’inflation que pourrait générer le « financement non conventionnel » de l’économie. « Nous allons établir un ensemble de paramètres pour éviter ces dérives », a déclaré M. Raouia à l’APS. Le mot « paramètres » est rassurant car il renvoie à un souci de rigueur, de rationalité et de transparence des règles mises en place.

Auparavant, M. Raouia avait annoncé qu’une commission serait installée au ministère des finances pour contrôler le « financement non conventionnel de l’économie ». La même commission devait être installée initialement à la présidence de la république. Mais ce cafouillage est insignifiant par rapport aux enjeux.

Belles formules

Pourquoi M. Raouia et le Premier ministre Ahmed Ouyahia insistent-ils sur le rôle salutaire de cette commission ? Tout simplement parce qu’ils savent que leur argumentaire est fragile : ils viennent de dessaisir la Banque d’Algérie de ces prérogatives, et ils veulent convaincre qu’une petite commission qu’ils vont créer, composée de fonctionnaires qu’ils vont nommer, va empêcher les débordements! En procédant comme il l’a fait, M. Ouyahia promet d’installer des digues pour contenir les flots charriés par une inondation qu’il a lui-même provoquée, en dynamitant le barrage qui se trouvait en amont ! Car malgré l’érosion continue de ses pouvoirs, la Banque centrale demeurait gardienne de certains dogmes et attributs, dont celui de lutter contre l’inflation.

Dans l’intervalle, le gouvernement aura réussi à imposer dans le jargon financier la belle trouvaille que constitue le « financement non conventionnel », qui peut être tout aussi bien désigné par la formule « création monétaire », ou plus vulgairement par celle de « planche à billets ». L’élégance des mots ne peut occulter l’indigence de la décision , même quand M. Raouia promet que l’opération sera rigoureusement encadrée et soumise à un suivi continu ».

Le précédent Benkhalfa

L’ancien ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa avait fait encore mieux en matière de mots. Il avait présenté une abdication gratuite face à l’argent sale comme une prouesse économique. Pour tenter de combler le gouffre du déficit budgétaire, il avait invité les détenteurs d’argent inavouable à le déposer auprès des banques en contrepartie du paiement d’une amende forfaitaire de sept pour cent. Il avait baptisé une vulgaire opération de blanchiment d’argent sous l’appellation pompeuse de retour à la « conformité fiscale ».

Pour quel résultat ? Le gouvernement n’a pas établi de bilan précis. Les sommes récoltées sont cependant restées dérisoires par rapport à ce qui était attendu, et par rapport aux besoins de l’économie du pays. Le résultat est terrible : malgré une abdication morale, le gouvernement s’étant engagé fermer les yeux face à la provenance d’un argent douteux, la récolte a été insignifiante.

Abdication morale

Dès lors, le signal émis est d’une extrême gravité. Le gouvernement signifie clairement aux détenteurs d’argent qu’il est prêt à toutes les compromissions pour éviter la banqueroute. Et s’il en fallait une preuve supplémentaire, M. Ouyahia l’a fournie aux Algériens lors de la présentation de son plan d’action devant le Parlement. Il a en effet déclaré qu’à défaut de recourir à la planche à billets, fonctionnaires et députés risquaient de ne pas percevoir leurs salaires et indemnités du mois de novembre.

Comment tenir un discours pareil et prétendre, dans le même temps, attirer des investisseurs nationaux et étrangers ? Cela revient à proposer à la location une maison qui est en train de brûler. M. Ouyahia ne semble pas s’en rendre compte. Il est obsédé par autre chose. Il garde un œil sur le prix du baril, un autre sur le thermomètre social, seuls indicateurs significatifs à ses yeux.

Dialogue et monologue

Malgré ses choix, le gouvernement redoute une contestation qui remettrait en cause l’édifice précaire mis en place. Il cherche donc l’adhésion de nouvelles forces politiques et sociales à sa démarche. Il invite au dialogue. L’offre a été formulée officiellement par M. Ouyahia lors de ses interventions devant le Parlement.

Mais pour M. Ouyahia, le dialogue a une signification bien précise. Il implique que le gouvernement parle et les autres écoutent, et approuvent. Au moment où il lançait son offre de dialogue, l’exécutif a déjà pris les décisions que lui impose son agenda politique, et en avait entamé l’application. Il demandait aux autres de prendre le train en marche, pour appuyer sa démarche. En ce sens, dialoguer se limite à « enrichir » la démarche du gouvernement, comme au bon vieux temps du parti unique, non à la remettre en cause, encore moins à proposer des alternatives.

Du reste, M. Ouyahia déteste les alternatives. Pour lui, tout est là : le financement non conventionnel n’est pas « une option », mais « un impératif ». Là encore, un simple jeu de mots.

La presse algérienne, ce qu’il en reste et ce qu’on en attend: un tapis pour le 5ème mandat

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http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/la-nouvelle-feuille-de-route-des-m-dias-alg-riens-un-cinqui-me-mandat-pour-bouteflika

Tout sur le financement non conventionnel

Tout sur le financement non conventionnel

Une polémique sur le financement non conventionnel a surgi dès le retour de M. Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement. De quoi s’agit-il ?

Abed Charef

Les deux chambres du parlement ont adopté cette semaine la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, qui ouvre la voie au « financement non conventionnel » de l’économie. Cette mesure, assurent ses promoteurs, « ne sera pas à l’origine d’une augmentation des dépenses ». Elle « n’aura pas non plus pour effet d’accentuer le taux d’inflation », et le gouvernement « n’aura recours à cette formule qu’après épuisement de toutes les ressources traditionnelles ». Du reste, c’est une méthode banale, utilisée « un peu partout dans le monde », dit-on.

Ces formules, abondamment répétées, ont servi d’argumentaire au gouvernement de M. Ahmed Ouyahia face aux multiples critiques contre le recours à la planche à billets. Le premier ministre et le ministre des finances Abderrahmane Raouia ont aussi assuré qu’une commission sera créée afin de surveiller cette opération, « exceptionnelle » « et limitée dans le temps ». Elle s’étalera sur cinq ans seulement. Mais que valent ces arguments, en fait?

Surenchère sur l’inflation

Le point le plus souvent évoqué dans la controverse actuelle concerne l’impact du financement non conventionnel sur l’inflation et le pouvoir d’achat. Alors que des opposants affichaient leur crainte d’une inflation à deux chiffres, MM. Ouyahia et Raouia se sont voulus rassurants. M. Raouia a affirmé que l’inflation sera contenue dans la limite de 5.5% en 2017 et 2018, avant de reculer à 3,5% en 2020.

Auparavant, Saïd Maherzi, vice-gouverneur de la Banque d’Algérie, que rien, à priori, ne forçait à se mêler de cette question, a assuré que «le financement non conventionnel ne devrait pas se répercuter par une explosion de l’inflation ».

Comment M. Raouia va-t-il tenir ce pari, alors que le gouvernement va injecter des liquidités sans contrepartie productive? Quand le pays disposait encore de réserves du FRR, l’inflation s’était établie à 4.8% en 2015, et 6.5% à juin 2017. Comment, avec la dégradation survenue depuis, et celle attendue, espérer une baisse de l’inflation ? Le simple bon sens devrait pousser à un peu de prudence, qui ne semble pas être la qualité première de M. Raouia.

Le discours du ministre des finances n’a visiblement aucune assise économique. Il est juste destiné à rassurer les Algériens. Le gouvernement n’a qu’une maitrise extrêmement réduite pour contenir l’inflation. Certes, il dispose encore de certains leviers ; il peut toujours maintenir à leur niveau d’il y a dix ou vingt ans les prix de certains produits administrés (lait, pain, eau, etc.), mais son action provoquera des distorsions supplémentaires, sans rien changer aux fondamentaux de l’économie algérienne.

Fonds réservés à l’investissement ?

M. Raouia a encore assuré, devant le Conseil de la Nation, que le financement non conventionnel sera « exclusivement employé pour financer des projets d’investissement ». Une formule creuse, pour ne pas dire plus. Pour le gouvernement, il y a les recettes et les dépenses. Le reste, c’est de la démagogie, ou un simple tour de passe-passe destiné à donner le chantage, quand ce n’est pas du mensonge.

D’anciens gouvernements s’étaient avancés sur des questions similaires. M. Abderrahmane Benkhalfa avait ainsi affirmé que les fonds collectés lors du fameux programme de conformité fiscale et l’emprunt obligataire devaient eux aussi servir à financer l’investissement. Quels investissements ? Où sont-ils ? Même si le gouvernement avait l’intention de le faire, il ne pourrait pas.

Règles et transparence

Prenant le relais de M. Ouyahia, M. Fayçal Tadinit, directeur général du Trésor, a déclaré que le financement non conventionnel est « une technique financière connue, qui a fait ses preuves dans certaines circonstances ». Ce qu’il dit n’est pas faux. Mais les conditions dans lesquelles agissent les uns et les autres ne sont pas comparables. Comparer l’économie algérienne à celle des Etats-Unis, avec ses règles, sa transparence, ses contre-pouvoirs, sa diversité, ses acteurs, relève de la supercherie. En Europe, les règles sont encore plus contraignantes, avec un déficit budgétaire plafonné à trois pour cent et constamment surveillé par Bruxelles.

Limiter le financement non conventionnel à une période de cinq ans n’a pas de sens non plus dans un pays qui a prouvé le peu de crédit qu’il accorde au droit. Hier, le gouvernement faisait un discours sur la capacité de l’Algérie à faire face à la crise « grâce aux mesures prises dans le cadre du programme de son Excellence le président de la République». Aujourd’hui qu’il est au pied du mur, il fait d’’autres promesses impossibles à tenir. Mais comme MM. Sellal, Tebboune et d’autres avant lui, M. Ouyahia n’a pas de comptes à rendre. Il peut affirmer ce qu’il veut.

Contre-pouvoirs

MM. Ouyahia et M. Raouia ont promis qu’une commission serait installée à la présidence de la république, ou auprès du gouvernement, pour contrôler l’opération du financement non conventionnel. Il est absurde d’affirmer qu’un gouvernement crée une commission qui va le contrôler. Le gouvernement préparera lui-même le rapport de la commission en question, et celle-ci l’endossera pour féliciter le l’exécutif.

Mais chemin faisant, M. Ouyahia détruit la Banque centrale. Il lui retire le peu de pouvoirs qui lui restaient, comme l’obligation de veiller sur la valeur du dinar et de lutter contre l’inflation. La nouvelle mouture de la loi sur la monnaie et le crédit transforme la Banque centrale en un simple guichet au service du trésor. Tout le reste relève de la méconnaissance des choses, de l’irresponsabilité, ou du mensonge pur et simple.

A ce stade, on reste dubitatif face à un ultime argument avancé par M. Raouia lors de son passage devant le Conseil de la Nation. Il a déclaré que le recours au financement non conventionnel ne sera effectif qu’après l’épuisement de toutes les autres possibilités.  Quelles sont ces possibilités ? Comment le gouvernement va-t-il les exploiter ? C’est le fond du problème, que la polémique en cours a totalement occulté.

Occulter le fond du problème

En plaçant le débat sur un volet technique, voire polémique, le gouvernement a occulté la question essentielle, celle de la responsabilité du président Abdelaziz Bouteflika et de ses gouvernements successifs dans la situation actuelle. Comment un pays qui disposait naguère de réserves de change de près de 200 milliards de dollars, et d’un fond de régulation de réserves (FRR) de plus de 70 milliards de dollars (en septembre 2011), comment un tel pays a-t-il pu se retrouver dans l’incapacité de payer les salaires des fonctionnaires en cette fin 2017, selon les propres aveux de M. Ouyahia lui-même ? Qui est comptable de cette situation ? Un pouvoir responsable d’une telle débâcle peut-il encore prétendre gérer le pays ?

Les causes de l’échec sont simples. Le gouvernement n’a pas engagé les réformes nécessaires quand il le fallait, notamment quand la situation financière du pays le permettait. Il a même adopté une attitude suicidaire, avec des contre-réformes dangereuses, qui ont aggravé le problème quand la situation s’est retournée.

M. Raouia parle aujourd’hui d’un « train de réformes » qu’il faudrait mener pour « rationnaliser les dépenses publiques, élargir l’assiette fiscale et lutter contre la fraude fiscale ». C’est de la langue de bois financière qu’ont répétée tous les ministres de Bouteflika, sans jamais avancer sur ce terrain. Des mots creux. Aussi creux que la monnaie qui sera imprimée dans le cadre du financement non conventionnel. Mais aujourd’hui comme hier, ceux qui les prononcent sont certains de leur impunité. Ce qui leur permet de présenter une « rokia financière » pour de l’innovation, selon la formule de M. Mourad Goumiri.

L’Univers a un nouveau centre : Noureddine Boukrouh

Noureddine Boukrouh a accusé Ali-Yahia Abdennour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyellès de «forfaiture politique et morale ».

Abed Charef

 

Peut-on s’opposer à un éventuel cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika ? Oui, à condition de demander l’aval de M. Noureddine Boukrouh. Ou, au moins, de rappeler que l’idée vient de l’ancien ministre du commerce, initiateur de la proposition, et qu’à ce titre, il a un droit de préemption et un devoir de veille, pour que l’idée ne soit pas dénaturée, ni utilisée à d’autres buts.

Trois personnalités qui ont compté dans la vie politique du pays durant la seconde moitié du dernier siècle l’ont appris à leurs dépens. Ali-Yahia Abdennnour, Ahmed Taleb Ibrahimi et l’ancien général Rachid Benyellès, ont été accusés d’avoir « plagié » M. Boukrouh. Les trois hommes, sentant que l’idée d’un désastreux cinquième mandat du président Bouteflika commence à se mettre en place, ont publié une déclaration commune pour lancer une alerte. « Trop, c’est trop », ont-ils dit, appelant entre autres l’armée à se démarquer des cercles qui se sont accaparés du pouvoir. « A défaut d’accompagner le changement qui s’impose et de participer à l’édification d’une République véritablement démocratique », l’armée devrait « se démarquer de manière convaincante du groupe qui s’est emparé indûment du pouvoir et entend le conserver en laissant croire qu’il a le soutien de cette même institution », écrivent ces anciens hauts responsables aux itinéraires très divers.

Violence outrancière

M. Boukrouh leur répond par une salve d’une incroyable violence. Sur sa page facebook, il exprime son « indignation » face à ce qu’il considère comme une attitude « mesquine » ; il les accuse de commettre une « forfaiture politique et morale », et les invite à « se taire ».

Répondant ensuite à des critiques qui estiment inapproprié de s’attaquer à des personnalités qui émettent la même opinion que lui, M. Boukrouh persiste et signe. Il s’agit de faussaires qui s’approprient les idées des autres, dit-il. La preuve de leur couardise est, selon lui, évidente: ces trois personnalités n’ont décidé de rendre publique leur déclaration qu’après « s’être bien assurés que le chemin était ouvert, sécurisé, qu’il n’existait pour eux aucun risque de représailles après les salves tirées contre moi par le Ministère de la Défense nationale, le premier ministère, les présidents des deux chambres du Parlement, sans parler des aboiements d’une presse aux ordres et autres coups bas ».

M. Boukrouh en profite pour rappeler son initiative du 16 septembre 2017. « Personne ni aucune formation n’a pris jusqu’ici l’initiative de sonner le rassemblement non pas des partis qui ne s’uniront jamais, mais de la nation », écrit-il. Selon lui, « les trois ont commis une forfaiture, un vol, plus pour saboter l’idée que pour la voir réussir ».

Récidive

Ce type d’attitude n’est pas nouveau chez M. Boukrouh, qui a une très haute idée de sa pensée, de ses écrits, et de la place qu’il devrait occuper dans l’histoire du pays. Oubliant qu’il a été ministre avec le président Abdelaziz Bouteflika, il a utilisé des mots choquants pour parler du chef de l’Etat, n’hésitant pas à dire que c’est un « malade mental ».

Plusieurs polémiques l’ont également opposé à M. Saïd Saadi. Invité à assister au premier congrès du RCD, en décembre 1989, il avait, peu après l’ouverture des travaux, improvisé un point de presse pour dire que le RCD lui avait piqué son programme! Il avait alors créé un incident alors qu’il était simple invité.

Il y a un mois, M. Boukrouh avait soutenu, mordicus, qu’il avait réuni les candidats à la présidentielle de 1995, dont Saïd Saadi, pour les inviter à se retirer pour protester contre la décision de Liamine Zeroual de briguer la magistrature suprême. Trois années plus tard, il avait participé à la cabale contre le président Zeroual, et il reste convaincu qu’il a joué un rôle essentiel pour pousser Zeroual à la démission.

Mégalomanie

Chez les anciens du PRA (Parti du Renouveau Algérien), qu’il a créé lors de l’ouverture de la fin des années 1980, les avis sont d’une extrême violence. Zoheir Hamedi, un ancien cadre du parti, est tranché : il le qualifie d’imposteur. « J’ai eu la malheureuse occasion de voir comment il se faisait manipuler par le général Toufik. Il a vendu le parti pour des promesses de postes et de sièges à l’assemblée. Il a fermé les yeux à la fraude électorale des élections législatives de juin 1997. J’en suis personnellement témoin », écrit-il, ajoutant que « c’est une personne dépourvue d’honneur et de principes ».

Sur les réseaux sociaux, c’est un autre aspect de la personnalité de Noureddine Boukrouh qui est commenté : son « absence de modestie » pour les uns, sa « mégalomanie » et son égo démesuré » pour les autres. Ce qu’il est écrit dans les débats montre cette incroyable opinion qu’il a de lui-même. Les trois « attendent que je publie pour piquer dessus comme des vautours », et présenter « leur chapardage pour de la création intellectuelle », écrit-il. Pour affirmer son courage, il ajoute que les trois « n’auraient jamais tenu ce langage en premier, en s’exposant ». Et il assène une sentence définitive : « ceux qui trouvent que la façon d’agir des trois est bonne ne discernent plus entre le voleur et le volé, entre le vrai et le mensonger, entre la dignité et l’indignité ».

A lire M. Boukrouh, on comprend que l’Algérie a désormais un nouveau Danube de la pensée, et que l’Univers a un nouveau centre.

Boukrouh à Ali-Yahia, Taleb et Benyellès: Vos gueules, les vieux!

Boukrouh à Ali Yahia, Taleb et Benyellès: Vos gueules, les vieux!

 

Noureddine Boukrouh n’utilise pas ces mots, mais c’est tout comme.

Le penseur-intellectuel-éclaireur-sauveur de la patrie a publié, dimanche 8 octobre 2017, sur sa page facebook, un texte infâme à l’adresse de Ali Yahia Abdennour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyllès.

http://bit.ly/2yQi6Kx

Il leur reproche d’ignoré sa grande initiative destinée sortir le pays de la crise. En publiant une déclaration commune (http://bit.ly/2y1O0qQ), ils auraient même pour objectif de torpiller son initiative au lieu de la soutenir.

L’ancien ministre de Bouteflika s’adresse aux trois hommes sur un ton incroyable, leur reprochant de l’avoir « plagié » de manière « mesquine ». Il les accuse de « forfaiture intellectuelle et morale« , pas moins.

Les amis de Rachid Boudjedra

 

Rachid Boudjedra a des amis. Plutôt des partisans, qui le soutiennent haut et fort. Pour eux, c’est le meilleur!

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Ce nouvel article d’un supporter de Boudjedra (http://bit.ly/2fTSqpf) est dans la ligne du dernier pamphlet de l’écrivain, « Les contrebandiers de l’histoire », paru aux Editions Frantz-Fanon, dans lequel il s’en prend à des écrivains et artistes considérés comme hizb-frança-sionistes.

ceci dit, soutenir Boudjedra passe par des attaques au lance-flammes contre ceux qui sont considérés comme ses ennemis.

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Cette fois-ci pourtant, Kamel Daoud n’était pas au GIA, il était juste islamiste quand le GIA tuait des bébés.

Mais je me pose tout de même une question: si Rachid Boudjedra avait obtenu un prix littéraire français, disonjs un grand prix littéraire, le titre de l’article aurait-il été le même?

titre merdaci

Ouyahia propose des expédients, en attendant le mirage du gaz de schiste

Avec la planche à billets et la « finance islamique », le premier ministre veut retarder l’échéance, avant l’avènement du nouveau mirage algérien, le gaz de schiste.

Abed Charef

Ahmed Ouyahia a délimité son horizon économique. Pour sa première visite à l’intérieur du pays depuis sa nomination au poste de premier ministre, il voulu donner un symbole fort de ce que sera son action. Il s’est rendu, dimanche 1er octobre, à Arzew, symbole à la fois de la richesse et du mal du pays. Mais en fait de symboles, M. Ouyahia surtout a délivré des messages qui confirment le côté étriqué de ses perspectives économiques.

A Arzew, le premier ministre a annoncé qu’il compte faire réviser la loi sur les hydrocarbures, tout comme il veut lancer l’exploitation du gaz de schiste. Après son choix affirmé pour le « financement non conventionnel » et ce qu’il implique comme décisions politiques et économiques, le projet Ouyahia se révèle dans toute son ampleur ; un projet d’une extrême indigence, avec un horizon si bas qu’il est en deçà de tout ce qui pouvait être attendu.

En fait, ce que propose M. Ouyahia se résume à peu de choses, car basé sur un raisonnement rudimentaire. Pour lui, l’Algérie enregistre momentanément un défaut de liquidités ; on va donc imprimer de l’argent, le temps pour le pays de se lancer dans de nouveaux projets d’exploitation du gaz de schiste, et d’assurer ainsi des rentrées supplémentaires de devises. Dans son optique, l’avenir du pays ne peut être conçu que dans les hydrocarbures. On retrouve la marque de la bureaucratie d’Etat traditionnelle, qui a empêché la réflexion sur l’économie algérienne d’avancer.

Pas de comptes à rendre

Si, dans l’immédiat, la loi ne permet pas à M. Ouyahia d’imprimer des billets, il a recours à une solution très simple : il change la loi. Il élimine ainsi la Banque Centrale, et il contourne tous les contre-pouvoirs, déjà largement défaillants. Et si on n’arrive pas à produire assez de pétrole, on change la loi, en vue de la rendre suffisamment attrayante pour attirer des entreprises étrangères en mesure d’augmenter la production.

M. Ouyahia ne supporte pas les contraintes, ni les contre-pouvoirs. Il aime disposer de tous les leviers : il ne conçoit la gestion qu’en faisant table rase de tout ce qui risque de le gêner. Il gère comme un wali à l’ancienne gère dans sa wilaya : il décide tout, sans être comptable de rien. C’est mieux que ce que peut espérer tout autocrate : il gère mais il n’est pas responsable, car il ne fait qu’appliquer le programme du président de la république.

Imperméable à l’innovation

Dans la démarche de M. Ouyahia, il y a absence presque totale de tout le discours novateur qu’on entend dans les milieux spécialisés, et même chez quelques portes-plumes du pouvoir. Un Abderrahmane Benkhalfa, malgré son passage chaotique au ministère des finances, parle de diversification, d’innovation, de modernisation de l’économie, d’intégration dans l’économie mondiale, etc. Il évoquait souvent la transition énergétique et l’économie numérique. M. Ouyahia ignore ces concepts.

Né et ayant grandi dans le dirigisme, il ne conçoit d’économie que contrôlée. Y compris quand il parle d’entreprise privée. C’est lui qui définit les secteurs d’activité, distribue les crédits et le foncier industriel, organise les avantages fiscaux, mais tout cela doit se passer sous l’œil vigilant du wali, du ministre, du premier ministre en dernier ressort.

M. Ouyahia ne sent pas non plus astreint à respecter des engagements fondamentaux de ses prédécesseurs. La trajectoire budgétaire, une des rares idées positives de ces dernières années, est balayée d’un revers de la main. Le premier ministre l’évacue avec d’autant plus de facilité qu’il ne veut pas de contrainte alors que le pays s’engage dans une échéance politique, la présidentielle de 2019, qui impose une autre attitude.

Retarder l’échéance

Que reste-t-il, au final du « plan d’action » de M. Ouyahia? Une gestion approximative, au jour le jour, s’appuyant sur des expédients plutôt que sur une démarche de long terme. Comme ses prédécesseurs, M. Ouyahia s’appuie sur une décision facile à appliquer -la planche à billets- en espérant que le prix du pétrole se redresse. Tout ce qui est complexe, qui nécessite de la concertation, de l’action politique, avec une ingénierie complexe, est mis de côté.

Mais comme ses prédécesseurs, M. Ouyahia n’ira pas loin. Il peut, certes, retarder l’échéance, le gouvernement disposant encore de leviers pour atténuer les effets de l’inflation à court terme. Mais sur le long terme, les choses ne feront que s’aggraver. L’économie algérienne a besoin d’une multitude de mesures. M. Ouyahia n’en mettra en œuvre que deux ou trois. Elles seront sans effet. Miser l’avenir du pays sur « la conformité fiscale » ou sur l’emprunt obligataire a fait perdre au pays trois années. Croire aujourd’hui que la « finance islamique » et la planche à billets sont un recours relève du même aveuglement.