Faut-il se réjouir de la hausse du prix du pétrole ?

Le baril se maintient à un niveau espéré. Des raisons de se réjouir, mais d’autres de s’inquiéter.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 décembre 2017)

 

Cela fait trois ans que le prix du pétrole n’avait pas atteint ces niveaux. Depuis novembre 2014 plus exactement, lorsque le baril, en pleine plongée, était passé de plus de 100 dollars à 30 dollars, entre l’été 2014 et le début de l’année 2015.

Mercredi vers 15 h, le brent était à 63.98 dollars, et le WTI ne négociait à 57.75 dollars. Certes, on est encore loin des sommets de 2013, et de cette euphorie qui avait poussé l’Algérie à des folies de gaspillage de redistribution dévastatrice, pendant cet intermède miraculeux qui s’était étalé de 2010 à 2014. Mais en cette fin 2017, le niveau de prix actuel suffit largement pour faire le bonheur de M. Ahmed Ouyahia, qui a élaboré une loi de finances sur la base d’un baril à 50 dollars. D’autant plus que les perspectives peuvent ne pas être aussi sombres en termes de revenus extérieurs, contrairement à ce que laissaient supposer des vents contraires il y a quelques mois à peine.

On connait les raisons qui poussent le baril vers le bas. Elles ont été suffisamment détaillées par les spécialistes: émergence du schiste américain comme nouvelle variable d’ajustement, mollesse, voire faiblesse de la croissance mondiale, volonté saoudienne de reprendre la main en agissant sur les prix, abandon des énergies fossiles là où c’est possible, quasi-guerre contre le pétrole, etc. A l’heure où se tient le sommet mondial de l’environnement, et où la Banque Mondiale annonce qu’elle ne financera plus des projets liés à l’énergie fossile, il parait, de prime abord, aléatoire de miser encore sur les hydrocarbures pour les années et les décennies à venir.

Pessimisme injustifié ?

Pourtant, à y regarder de plus près, on serait tenté de dire que ce pessimisme sur l’avenir des hydrocarbures peut n’être qu’un effet de mode. Comme le fut, en son temps, le fameux peak-oil, supposé intervenir autour de 2010, et qui s’est révélé en fin de compte comme un redoutable élément de communication des acteurs du secteur.

Trois éléments poussent, aujourd’hui, à atténuer le pessimisme qui entourait le prix des hydrocarbures il y a peu. L’un est politique, les deux autres économiques. Le premier concerne le changement de cap saoudien. Le nouvel homme fort d’Arabie Saoudite, le prince héritier Mohamed Ben Selmane, l’un des hommes les plus puissants du monde durant le prochain demi-siècle s’il parvient à s’imposer, a fait des choix qui favorisent une augmentation raisonnable des prix. Il a, par la même occasion, rappelé que le niveau des prix n’est pas seulement une affaire de marché, mais qu’il dépend fortement de décisions politiques. L’accord entre producteurs OPEP et non OPEP avait déjà montré qu’on peut tordre le cou au marché.

Le second facteur a été souvent évoqué par Mourad Preure, sur la base de chiffres et de faits. Le spécialiste algérien a noté que la période de déprime qui s’est étalée de 2014 à 2017 a provoqué une forte chute des investissements dans le domaine pétrolier. L’effet de ce déficit d’investissement finira par influer sur la pro duction, et donc sur les prix, avec une ampleur que le schiste américain ne suffira pas à combler.

Quand l’Inde et l’Afrique se réveilleront

Le troisième facteur se rapporte à la perception du monde de demain et à la consommation d’énergie qui va dominer. Les faiseurs d’opinion sont très banchés sur les énergies renouvelables, mélangeant parfois leurs rêves, leurs ambitions et l’évolution de la consommation. « Le lancement d’une voiture électrique donne l’impression que la consommation de carburant va fortement baisser. Pourtant, les besoin de motorisation de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique et d’une partie de l’Amérique Latine va peser beaucoup plus lourd que la voiture électrique », estime un spécialiste algérien qui a longtemps travaillé entre Londres et le Golfe. « Dans les pays riches, avec de sérieux efforts, la consommation d’hydrocarbures peut être stabilisée, ou même baisser », dit-il. Par contre, « en Inde et en Afrique, elle va exploser », et elle « va continuer de croitre de manière significative en Chine dans le monde arabe ».

Cela débouche, selon lui, sur « un scénario beaucoup plus optimiste » que ceux qui dominent actuellement à propos du prix du pétrole. Ce qui, paradoxalement, constitue un sujet d’inquiétude pour l’Algérie.

L’abondance, ennemie de l’effort

A ce train, les prix du pétrole peuvent atteindre un niveau qui, jumelé à des mesures assez simples, peut garantir un équilibre de la balance des paiements. Le gouvernement serait alors tenté de crier victoire, et de considérer toute décision de réforme comme superflue. C’est ce que redoutent la plupart des économistes algériens non intégrés au pouvoir. Ce que résume parfaitement le collectif Nabni quand il note que « la crise actuelle est gérée comme une crise conjoncturelle, une « mauvaise passe » à subir pendant quelques années », avec comme résultat direct des « solutions mises en œuvre (qui) relèvent pour l’essentiel de la gestion de difficultés financières de court-terme ».

C’est toute l’impasse dans laquelle se trouve l’économie algérienne. Elle peut être résumée ainsi : des indices probants laissent entendre que les perspectives pour le marché pétrolier peuvent ne pas être aussi noires. Mais cela n’augure rien de bon pour l’Algérie dont le gouvernement, engagé dans un échéancier politique serré et soucieux de préserver le statuquo, serait tenté d’abandonner toute idée de réforme !

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