Appel pour gagner la présidentielle de 2019

 

L’Algérie a besoin d’un nouveau souffle, d’un nouveau rêve, de nouvelles ambitions. Elle a besoin d’une nouvelle matrice politique pour libérer toutes les énergies qui l’habitent, en vue de construire, dans la sérénité, un régime démocratique, respectueux des libertés et des Droits de l’Homme, où chaque Algérien se sentira citoyen à part entière. Ce projet n’est pas seulement indispensable à l’épanouissement de chaque Algérien, il constitue aussi une condition indispensable pour que le pays puisse se faire une place dans le monde de demain.

Pourtant, face à un monde qui se recompose à un rythme vertigineux, à des bouleversements sociaux et culturels inconnus dans l’histoire, l’Algérie reste prisonnière d’un système politique qui l’étouffe. Malgré à la grave crise politique, économique et sociale que vit l’Algérie, le système en place, hostile à toute idée de changement, agit de manière méthodique pour tenter de verrouiller toutes les possibilités de changement pacifique.

Les institutions ont été neutralisées. Les contre-pouvoirs ont été systématiquement éliminés. Le Parlement a été réduit à une chambre d’enregistrement. Syndicats, partis, société civile subissent un travail de sape qui a largement entamé leur crédit et leur capacité à influer sur le cours des évènements. Les élections, telles que conçues et organisées par le pouvoir, ne peuvent apporter le moindre changement. Elles servent à légitimer un statuquo devenu insupportable pour le pays.

Pendant ce temps, des intérêts économiques informels continuent de se mouvoir derrière une façade institutionnelle totalement vidée de son contenu. Ils défendent leurs intérêts et imposent leurs choix, alors que les catégories populaires n’ont pas de représentations crédibles et reconnues.

A l’extérieur, l’image de l’Algérie s’est fortement dégradée. L’absence du président Abdelaziz Bouteflika, le phénomène des harraga, l’expansion de la corruption, l’opacité du système politique en donnent une représentation dégradante.

Mais plus que tout, c’est le désarmement éthique et moral du pays qui inquiète. Ce qui se passe aujourd’hui donne l’impression que toutes les digues morales ont sauté, que toutes les barrières éthiques ont été détruites, que toutes les valeurs qui font un pays ont disparu.

Malgré ce tableau particulièrement sombre, avec un bilan désastreux, le système en place veut paralyser le pays pour les années à venir, en usant de sa force d’inertie. L’idée d’un cinquième mandat en faveur du président Abdelaziz Bouteflika, portée par des voix proches du pouvoir, commence à être évoquée, malgré l’absurdité d’une telle hypothèse.

Cela est-il possible dans le pays de Novembre ?

Face à ce nouveau péril qui se profile, les Algériens restent désarmés. Ils se demandent comment relever le défi, mais ne trouvant pas de réponse adéquate, ils expriment leur désarroi de différentes manières : démission, résignation, harga, replis de différentes natures, etc.

Est-il possible de surmonter cette impasse ? Comment ?

La réponse peut être élaborée en deux volets : définir des principes et un cadre politiques pour atteindre cet objectif, et élaborer une démarche pragmatique pour y arriver.

Au titre des principes, il faut affirmer que toute initiative doit se faire dans un cadre pacifique, légal, et avoir pour objectif d’instaurer un régime démocratique, pluraliste, respectueux des libertés et des Droits de l’Homme. Tout parti, association, citoyen, peut se sentir concerné par le projet.

Il n’est pas nécessaire, aujourd’hui, d’établir un programme de gouvernement détaillé. Il s’agit juste de s’entendre sur des principes de base qui font consensus : établir un Etat de droit dans lequel les citoyens sont égaux devant la loi, garantir un fonctionnement institutionnel du pays, établir et respecter des règles pour accéder au pouvoir, exercer le pouvoir et quitter le pourvoir, promouvoir les libertés fondamentales dans le cadre de l’unité nationale.

Quant au volet pratique, il s’agit de reprendre l’initiative, pour présenter aux Algériens un candidat de l’Algérie face au candidat du système lors de la présidentielle de 2019. Il s’agira de s’entendre sur un candidat qui aura un mandat de cinq ans, avec une feuille de route précise, en vue d’instaurer de nouvelles règles du jeu, de rétablir un fonctionnement institutionnel du pays, de rétablir également des valeurs morales et éthiques sans lesquelles aucune société n’est possible. Ce volet comprendra probablement une révision de la constitution et de certaines lois.

Formations politiques, organisations sociales et leaders d’opinions ont la charge de se concerter, à la fois pour définir un socle de travail commun, et de lancer cette démarche. Les partis porteurs d’un projet démocratique et d’une vision nationale sont les plus concernés. Dans leur action, ces forces seront portées par deux motivations centrales : aucun progrès n’est possible avec le mode de gouvernance actuel ; aucun projet n’est viable s’il n’est pas porté par de larges franges de la société, à défaut d’un consensus national ; le système en place se nourrit autant de pratiques clientélistes, de la corruption, de la répression et de la tricherie que de l’incapacité de la société algérienne à présenter des alternatives et à les porter.

C’est donc par une action audacieuse, incluant le plus grand nombre, publiquement affichée, et solidement ancrée à des principes démocratiques et des valeurs morales, qu’il sera possible de dépasser l’impasse politique actuelle.

C’est un retour à l’esprit de Novembre.

Abed Charef

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8 Commentaires

  1. rouabah

     /  9 janvier 2018

    Je considère votre analyse est très pertinente. Seulement qu’elles seront les mécanismes pour y arriver ??? Il nous faudra un Homme qui pourra fédérer autour de lui la majorité de la société civile pour une période de transition (Un mandat) pour mettre le pays sur la voix irréversible de démocratie. Le défi comment y parvenir pour aller à cette transition en sachant la très féroce résistance du Système avec toutes ses composantes???

    Réponse
  2. KRAMMALA Ghalem

     /  9 janvier 2018

    La seule condition à mon avis pour mettre fin à ce système est de « promettre l’immunité » pour la prédation qui sévit et laisser la place aux nouvelle générations non encore atteinte du virus de la corruption.

    Réponse
  3. ABBES

     /  9 janvier 2018

    Pourquoi pas passer par un appel à candidature avec des critères bien établis , ce sera une première dans un pays en voie de développement ( les GHOZALI, BENBITOUR, TALEB IBRAHIMI, HAMROUCHE,CHAKIB KHALIL, TAYEB BELAIZ et la liste est longue, vont se dépatager) comme on dit « eli aoudi djerai ha mlata »

    Réponse
  4. Noui djemai

     /  9 janvier 2018

    une bonne synthèse de la situation politique , sociale et économique que l’algérie sevit depuis plus de deux décennies, la solution et le salut et effectivement dans un changement politique pacifique qui sera certainement pas évidente mais ce n’est pas impossible, si i y aura une personnalité consensuelle qui assureras une transition politique , une personnalité qui a le soutien et la confiance des jeunes , qui aura une vision politique . et a mon avis cette personnalité c’est MR Mouloud hamrouche .

    Réponse
  5. C’est également notre façon de voir à Jil jadid. Depuis que nous avons constitué ce parti, nous n’avons pas cessé d’appeler à ce qu’il y ait vraiment un changement politique en Algérie, l’instauration d’un État de droit et l’alternance au pouvoir qui sont les principes même de la démocratie.

    Réponse
  6. Monsieur Abed Charef, votre « appel pour gagner la présidentielle de 2019 » paru sur votre blog et édité par le média électronique HuffPost me fait réagir pour apporter mon humble contribution quant au fond de la pensée véhiculée par l’article en question.
    Le préambule de celui-ci s’appui sur le constat d’échec de la gestion sur tous les plans du pouvoir en place. Vous avez sciemment bien voulu utiliser le terme « système » car effectivement le pouvoir actuel dont les ramifications remontent bien au-delà des années 1950 n’a fait que mettre à jour sinon à perfectionner le comment résister aux aléas du temps.
    Et c’est ainsi qu’il a continué à gérer aussi maladroitement qu’il le fait, s’écartant par nonchalance j’allai dire de la notion de bien gérance qu’est la bonne gouvernance. De cette conséquence découlent toutes ces successions de scandales liés à la corruption et autres passes droit.
    Dans la situation qui prévaut au jour d’aujourd’hui dans notre pays, je ne suis pas vraiment certain qu’un changement d’ouverture soufflerait un jour sur nous et ce, pour les raisons suivantes que je considère comme étant objectives entre autres :
    1. Analphabétisme rampant et ce depuis des lustres.
    2. Peuple échaudé craint « pathologiquement » tout changement
    3. Absence d’une élite de qualité avec des principes immuables et de bonne volonté
    4. Dotation du sous-sol de richesses inestimables par le Divin
    5. Absence de référence identitaire solidement ancré dans le subconscient collectif
    6. La citation d’Ibn Khaldoun au sujet de la fameuse utopique entente des arabes entre eux

    Par ailleurs, et partant du principe que chaque début a une fin, et que le règne de ce système aurait fait son temps, il serait illusoire de prendre comme acquis que le changement tant acclamé n’advienne pas réalité.
    A l’image de tout système jacobin, le modèle algérien est hostile à tout changement. Pour ce faire, il va falloir additionner la somme de toutes nos énergies sans exclusion aucune en mettant l’intérêt suprême du Peuple qui, lui mérite respect et considération pour avoir résisté tant bien que mal aux vicissitudes induites par le comportement de ses gouvernants.
    Ensuite définir un projet de société si nous voulions vraiment édifier une société juste et durable qui respecte le savoir et le développement de la science.
    Ceci ne peut se réaliser qu’en adoptant une assemblée constituante à laquelle échoit le rôle de définir les orientations politiques et sociétales qui feront de nous un peuple éduqué, tolérant et tourné vers le développement civilisationnel.
    Pourquoi sommes-nous presque le seul pays à garder le statuquo pour se contenter de subsister pendant que des Nations que nous considérions dans un passé pas très lointain comme étant inertes et sans âmes. Vous avez bien cerné les raisons qui ont fait la force de ce système que je schématise comme suit : L’apparatchik, le corrompu, le khobziste, l’opportuniste…etc. Cordialement

    Réponse
  1. Appel pour gagner la présidentielle de 2019 — Le blog de Abed Charef

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