Le coût faramineux en devises des véhicules CKD-SKD

Les véhicules importés en kits coûtent nettement plus cher, en devises, que des véhicules « finis ». C’est le prix de l’apprentissage, dit-on, mais ce coût prend des proportions alarmantes.

Sur le Huffington Post: http://bit.ly/2sE9tEN

Sur le site de maghrebemrgent.info: http://bit.ly/2EEcMxs

Abed Charef

Les véhicules importés en CKD-SKD durant l’année 2017 ont coûté près de dix pour cent plus cher que les véhicules finis importés la même année, selon des calculs de Maghreb Emergent à partir de statistiques des douanes algériennes et de différentes administrations. Mais par rapport au coût des véhicules finis importés en 2012-2013, lorsque les circuits d’importations et de commercialisation étaient rôdés, l’écart est plus important (+20%).

Des calculs faits à partir des chiffres officiels montrent que le coût d’un véhicule importé en kits en 2017 est de 15.000 dollars l’unité, contre 13.744 dollars pour le véhicule importé « fini ». En 2016, le coût d’un véhicule importé « fini » était encore beaucoup plus bas, à 10.783 dollars, soit un écart de 30%.

Selon des chiffres des douanes algériennes repris par l’agence APS, l’Algérie a importé pour 1.8 milliards de dollars de véhicules en kits destinés à être montés en Algérie. Au total, 120.000 véhicules auraient été montés en Algérie, ce qui donne ce coût de 15.000 dollars l’unité.

Jusqu’à 40% plus cher !

Toutefois, si on prend les chiffres du constructeur Renault, les écarts prennent une allure dangereuse. En 2012 et 2013, années fastes pour les importations de véhicules, le prix moyen d’un véhicule Renault importé revenait respectivement à 10.256 dollars et 10.988 dollars. Le résultat est simple : indépendamment des modèles, un véhicule monté à Oued Tlélat revient 40% plus cher pour la simple partie en devises.

A cette catastrophe, il faut ajouter d’autres éléments aggravants : les modèles montés à Oran sont les moins chers e la gamme Renault (Symbol, Sandera Stepway) alors que les véhicules importés auparavant comprenaient des modèles plus chers, notamment une part importante de la gamme Clio.

A la hausse du coût en devises, il faudrait ajouter le manque à gagner pour l’Etat. Les véhicules montés sur place bénéficient en effet de l’exonération d’une série de taxes, mesures supposées encourager la production locale.

Quant au coût du véhicule, il atteint des sommets. Car en plus de la partie devises, il faut ajouter la part en monnaie locale, représentée aujourd’hui ce qui est pompeusement appelé taux d’intégration ». Celui-ci va actuellement de 15 à 30%, le taux le plus élevé étant réalisé chez Renault.

Fausse solution

Pour le gouvernement, cette option du SKD-CKD était destinée à favoriser l’émergence d’une industrie automobile. Le choix peut être défendu, y compris quand il y a des surcoûts, du moment qu’il donne lieu à la naissance d’un réseau de sous-traitance et de fabricants de composants conséquent. Obligation est d’ailleurs faite aux constructeurs automobiles de passer à un taux d’intégration progressif qui devrait atteindre 40 à 50% au bout de cinq ans.

Toutefois, ces obligations n’ont aucune portée pratique. La règlementation change au gré des gouvernements, et aucun ministre ne semble en mesure d’imposer un respect de règles émises.

Le résultat d cette politique est là. Le gouvernement, qui voulait limiter la sortie de devises, a lancé une politique qui a pour résultat d’augmenter le montant des devises transférées pour le même produit. « dernaha djazaïria » débouche ainsi sur une nouvelle saignée de devises.

Fermer les yeux

Les entreprises automobiles concernées ne communiquent évidemment pas sur ce volet devises. C’est de bonne guerre. Elles se contentent de profiter d’un nouveau modèle, mis en place avec la complicité du gouvernement et des grandes marques automobiles, qui trouvent ainsi un modèle absurde qui leur permet de faire des bénéfices inattendus.

Mais l’attitude du gouvernement, qui occulte cet aspect, pose problème. L’exécutif est ainsi amené, au bout du compte, à défendre un choix absurde, ou au moins à fermer les yeux. Il st vrai qu’il est difficile à un gouvernement gérant les affaires du pays dans le cadre des orientations du président Bouteflika de critiquer des mesures prises dans le cadre des orientations du président Bouteflika.

 

PS: Commentaire de Nour Meddahi:

Malheureusement la facture en devises sera plus salée. Les constructeurs locaux appartiennent en partie à des parties étrangères qui vont rapatrier leurs bénéfices en devises… Comme les bénéfices sont gigantesques (malgré toutes les exemptions de taxe, les prix sont plus élevés maintenant et ce n’est pas la baisse du dinar qui peut tout expliquer (-20 à 30% selon la période), les transferts de dividendes le seront aussi. Le déficit de la partie services va beaucoup augmenter, comme celui de la balance des paiements. C’est d’ailleurs le cas pour 2017.
Nour Meddahi
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Comment transformer la crise syrienne en confrontation avec l’Iran

 

Comment transformer la crise syrienne en confrontation avec l’Iran

Abed Charef
Entre 2003 et 2011, occidentaux et israéliens pouvaient bombarder qui ils voulaient, au Maghreb et au Moyen-Orient, il leur suffisait de dire qu’ils visaient Al-Qaïda. La ville de Falloudja, en Irak, a rasée à la suite d’un soulèvement. Il a suffi aux Américains de dire que la révolte était organisée par Al-Qaïda pour imposer le silence à tous. Qui oserait protester, au risque de se voir qualifié de partisan d’Al-Qaïda? Tout le monde savait pourtant que le soulèvement n’avait rien à avoir avec Al-Qaïda.

Après une période d’adaptation, c’est Daech qui a pris le relais. Mossoul, ainsi qu’une partie du nord de l’Irak, ont subi des bombardements destructeurs, qui ont éliminé Daech mais aussi détruit des villes entières.

A partir de cette semaine, Américains et Israéliens passent à autre chose. Pour eux, bombarder impunément la Syrie, où la situation reste confuse, reste déterminant pour atteindre des objectifs politiques et militaires précis.

Comment justifier ces bombardements ? En parlant de cibles iraniennes. Bombarder des Iraniens ne pose pas de problème pour l’opinion occidentale. Ça risque même d’être bien accueilli. C’est donc la nouvelle ligne de conduite : résumer ce qui se passe en Syrie, et bientôt au Liban, à une lutte contre l’influence iranienne. Bien vu : c’est une attitude qui convient à l’Arabie Saoudite et à ses protégés du Golfe.

Ce changement de discours (éléments de langage, pour faire moderne) coïncide avec la tournée du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson au Proche-Orient. Il marque le début d’une nouvelle phase dans la gestion du conflit syrien. Jusque-là, c’était le pouvoir syrien et ses alliés, russe et iranien, qui donnaient le ton. Américains et israéliens regardaient faire, satisfaits de voir Daech disparaitre, mais vigilants sur le sens que devait prendre le conflit.

L’aviation israélienne a, cette fois-ci, rencontré une résistance inattendue. Un f16 a été abattu. Il faut justifier, en annonçant que des cibles iraniennes étaient visées, et que l’avion israélien a été abattu par des tirs iraniens.

Cette situation suscite plusieurs commentaires :

  • Pour les Israéliens, bombarder la Syrie est un acte normal. Bombarder des cibles iraniennes est tout aussi normal. Selon quelle logique ? De quel droit ?
  • L’aviation russe a joué un rôle essentiel dans la victoire militaire du gouvernement syrien. Les Israéliens n’osent pas s’y attaquer. Normal. Ils n’en ont pas les moyens.
  • Il est d’ailleurs curieux de noter que dans cet espace le plus obstrué au monde par les avions militaires, il n’y a jamais eu un incident entre aviations américaine, russe et israélienne.
  • Le grand perdant de cet épisode est la Turquie. Elle s’est engagée à fond dans l’alliance anti-Assad, mais aujourd’hui, elle en subit les conséquences les plus négatives, avec le regain de vitalité du nationalisme kurde.
  • Il n’y a pas non plus de velléité israélienne de s’attaquer à la présence militaire turque en Syrie. Un pacte non écrit délimite la sphère de chacun.

Le changement le plus important concerne cependant la stratégie américano-israélienne, qui place désormais la crise syrienne dans une optique de confrontation contre l’Iran. Cela augure d’une évolution qu’ils veulent imposer dans la nature même du conflit. Daech a joué son rôle, mais il est fini. De nouveaux acteurs vont entrer en jeu. Lesquels ? Peu importe. Du moment qu’un autre champ de bataille, justifiable aux yeux de l’opinion occidentale, soit défini, le but étant de maintenir la violence en dehors de la frontière israélienne. Le Liban, où un regain de tension est déjà observée, est un candidat d’autant plus facile que la présence du Hezbollah y est vue comme une menace suffisante pour justifier n’importe quelle aventure. Mais d’autres sphères ne sont pas exclues.

La Palestine, la dévastation et de la Syrie et de l’Irak, restent des questions secondaires.