Comment transformer la crise syrienne en confrontation avec l’Iran

 

Comment transformer la crise syrienne en confrontation avec l’Iran

Abed Charef
Entre 2003 et 2011, occidentaux et israéliens pouvaient bombarder qui ils voulaient, au Maghreb et au Moyen-Orient, il leur suffisait de dire qu’ils visaient Al-Qaïda. La ville de Falloudja, en Irak, a rasée à la suite d’un soulèvement. Il a suffi aux Américains de dire que la révolte était organisée par Al-Qaïda pour imposer le silence à tous. Qui oserait protester, au risque de se voir qualifié de partisan d’Al-Qaïda? Tout le monde savait pourtant que le soulèvement n’avait rien à avoir avec Al-Qaïda.

Après une période d’adaptation, c’est Daech qui a pris le relais. Mossoul, ainsi qu’une partie du nord de l’Irak, ont subi des bombardements destructeurs, qui ont éliminé Daech mais aussi détruit des villes entières.

A partir de cette semaine, Américains et Israéliens passent à autre chose. Pour eux, bombarder impunément la Syrie, où la situation reste confuse, reste déterminant pour atteindre des objectifs politiques et militaires précis.

Comment justifier ces bombardements ? En parlant de cibles iraniennes. Bombarder des Iraniens ne pose pas de problème pour l’opinion occidentale. Ça risque même d’être bien accueilli. C’est donc la nouvelle ligne de conduite : résumer ce qui se passe en Syrie, et bientôt au Liban, à une lutte contre l’influence iranienne. Bien vu : c’est une attitude qui convient à l’Arabie Saoudite et à ses protégés du Golfe.

Ce changement de discours (éléments de langage, pour faire moderne) coïncide avec la tournée du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson au Proche-Orient. Il marque le début d’une nouvelle phase dans la gestion du conflit syrien. Jusque-là, c’était le pouvoir syrien et ses alliés, russe et iranien, qui donnaient le ton. Américains et israéliens regardaient faire, satisfaits de voir Daech disparaitre, mais vigilants sur le sens que devait prendre le conflit.

L’aviation israélienne a, cette fois-ci, rencontré une résistance inattendue. Un f16 a été abattu. Il faut justifier, en annonçant que des cibles iraniennes étaient visées, et que l’avion israélien a été abattu par des tirs iraniens.

Cette situation suscite plusieurs commentaires :

  • Pour les Israéliens, bombarder la Syrie est un acte normal. Bombarder des cibles iraniennes est tout aussi normal. Selon quelle logique ? De quel droit ?
  • L’aviation russe a joué un rôle essentiel dans la victoire militaire du gouvernement syrien. Les Israéliens n’osent pas s’y attaquer. Normal. Ils n’en ont pas les moyens.
  • Il est d’ailleurs curieux de noter que dans cet espace le plus obstrué au monde par les avions militaires, il n’y a jamais eu un incident entre aviations américaine, russe et israélienne.
  • Le grand perdant de cet épisode est la Turquie. Elle s’est engagée à fond dans l’alliance anti-Assad, mais aujourd’hui, elle en subit les conséquences les plus négatives, avec le regain de vitalité du nationalisme kurde.
  • Il n’y a pas non plus de velléité israélienne de s’attaquer à la présence militaire turque en Syrie. Un pacte non écrit délimite la sphère de chacun.

Le changement le plus important concerne cependant la stratégie américano-israélienne, qui place désormais la crise syrienne dans une optique de confrontation contre l’Iran. Cela augure d’une évolution qu’ils veulent imposer dans la nature même du conflit. Daech a joué son rôle, mais il est fini. De nouveaux acteurs vont entrer en jeu. Lesquels ? Peu importe. Du moment qu’un autre champ de bataille, justifiable aux yeux de l’opinion occidentale, soit défini, le but étant de maintenir la violence en dehors de la frontière israélienne. Le Liban, où un regain de tension est déjà observée, est un candidat d’autant plus facile que la présence du Hezbollah y est vue comme une menace suffisante pour justifier n’importe quelle aventure. Mais d’autres sphères ne sont pas exclues.

La Palestine, la dévastation et de la Syrie et de l’Irak, restent des questions secondaires.

 

 

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