Médecins résidents et gratuite de la médecine : sortir des débats au rabais

Les officiels algériens, ministre de la santé en tête, continuent de parler de gratuité de la santé.

Ce concept de la « médecine gratuite », né d’un autre temps, n’a plus aucun sens. Les dirigeants algériens, dans un mimétisme absurde, continuent pourtant de le brandir, pour s’affirmer proches du peuple. Comme si on pouvait à la fois gérer un pays en privilégiant l’argent sale et demeurer proches du peuple.

Le concept contient également un mensonge. Les Algériens qui se soignent dans le secteur privé paient. Même les assurés sociaux paient. Ils paient au moins la différence entre le coût réel des prestations et ce que qui est remboursé par la sécurité sociale.

Les privilégiés du système, eux, peuvent ne pas payer. Particulièrement quand ils sont pris en charge pour des soins à l’étranger, où ils bénéficient d’excellentes prestations, payées en devises.

Le mensonge ambiant décrit donc une autre réalité sociale : des prestations au rabais, fournies par des établissements publics dans des conditions parfois épouvantables.

Garantir l’accès aux soins, non la gratuité des soins

Ceci appelle deux commentaires. Le premier devrait pousser à un changement radical de discours. On ne parle plus de gratuité de la médecine, mais de garantie d’accès aux soins. Le travailleur déclaré, le retraité, l’entrepreneur travaillant dans la légalité paient des cotisations. Ceux qui travaillent dans l’informel doivent être poussés à cotiser : il est inacceptable et injuste que des millions de personnes travaillant dans l’informel puissent bénéficier de mêmes prestations que d’autres dont une partie du revenu est consacrée aux cotisations sociales.

Ensuite, intervient la solidarité nationale, pour prendre en charge les autres, ceux qui n’ont pas les moyens de contribuer à l’effort de solidarité nationale.

Comportement illégal et indigne

Le second commentaire concerne les résultats du comportement irresponsable des responsables du secteur, lequel débouche sur une situation intolérable, avec des conséquences en cascade.

L’une d’elle concerne la contestation engagée par les médecins résidents. Ceux-ci ont présenté une revendication relative à la suppression du service civil. Il est inutile de revenir sur le comportement indigne des autorités, qui, en plus de la répression, viennent d’inventer des pratiques totalement condamnables: arrêter les gens, les emmener au loin et les déposer en pleine nature, ou bien violer le droit des gens à se déplacer librement, les arrêter de manière préventive dans les bus, les trains, sur la route, etc.

Ne pas se laisser entrainer vers le bas

Faut-il aménager le service civil, le supprimer ? Les réponses divergent, mais indépendamment des attitudes des uns et des autres, on note que l’attitude indigne des autorités a poussé les résidents à se laisser entrainer vers des terrains dangereux. La décision de ne pas assurer les gardes est inacceptable. Celle de ne boycotter les gardes d’urgence est encore plus grave.

On ne peut pas lutter contre un gouvernement aussi incohérent en adoptant la même attitude que lui. Il faut absolument garder de la hauteur, s’accrocher aux grands idéaux de la profession, refuser de se laisser entrainer vers le bas par une bureaucratie incapable d’avoir une vision de l’avenir du pays.

L’exercice de ce métier est trop noble pour que ceux qui le pratiquent en soient amenés à adopter des attitudes contestables. Ne pas assurer les gardes, c’est faire payer aux citoyens les plus vulnérables, les malades, le prix de décisions prises par un gouvernement irresponsable.

Les terres du cinquième mandat

Selon le ministre de l’agriculture Abdelkader Bouazghi, 300.000 hectares seulement sur un total de 1,7 million d’hectares octroyés dans le cadre des contrats de concession ou de mise en valeur, sont actuellement exploités.

Autrement dit, seuls 17% des terres distribuées dans le cadre de la concession ou de la mise en valeur sont exploités.

Rappelons que ces terres sont offertes gratuitement. Mieux, la distribution de terres est accompagnée d’aides pouvant aller jusqu’à un million de dinars par hectare pour appuyer différents investissements (aménagement de pistes, forage de puits, plantations d’arbres, etc.)

Admettons que des superficies équivalentes à celles en exploitation sont en cours d’aménagement. Même avec ça, on aurait, au final, près de deux tiers de ces terres, environ un million d’hectares, distribuées gratuitement, avec des aides de toutes sortes, mais des terres restées à l’abandon.

Comment est-ce possible? Des gens introduits ont pris les terres (pourquoi pas, elles étaient gratuites, il suffisait de déposer un dossier et d’être introduit), ils ont pris l’argent qui va avec, et ils vont introduire des recours pour avoir d’autres crédits, qui leur seront effacés après la présidentielle.

Le mot à la mode: introduit.

Merci qui?

 

Armée Nationale Populaire

Le drame de Boufarik et l’émotion qu’il a suscitée m’imposent ce post.
Près de 25 victimes sont originaires de la wilaya de Aïn-Defla.
De simples soldats, sous-officiers et officiers ont péri dans ce drame.
Ça montre que l’ANP offre à tous ces jeunes la possibilité de prendre l’avion pour se rendre à Tindouf. Il suffit de se présenter à l’aéroport militaire de Boufarik avec un titre de permission en règle pour prendre l’avion. Ni maarifa ni piston.
L’avion militaire est accessible aux enfants du peuple.

J’ai moi-même, une fois, déposé un neveu, Mustapha Charef, à Boufarik, il y’a quelque temps, quand il effectuait son service national. Il avait pu prendre l’avion sans problème.
Armée Nationales Populaire, ça a un sens. Dans les grands moments de joie, comme dans le drame.
C’est l’Algérie de la communion, de la solidarité, de la fraternité.
Le reste n’a aucune importance.

Restituer le pouvoir à l’Algérie

Le 5ème mandat, une fatalité?

Non. Il peut être évité. A condition d’organiser une prise du pouvoir, non d’aller à une fausse élection.

Par Abed Charef

Sur le site du Quotidien d’oran: http://bit.ly/2Eklznh

Une formule, utilisée par le Président Bouteflika dans son message publié à l’occasion de la journée de la victoire, le 19 mars, a intrigué acteurs et observateurs de la vie politique algérienne. Le chef de l’Etat a affirmé que « la scène politique doit connaitre une diversité, une confrontation de programmes et une course au pouvoir ».

Le plus optimistes ont cru déceler, dans ce passage, une intention du président Bouteflika de ne pas présenter sa candidature pour cinquième mandat. Il souhaiterait donc se retirer en invitants candidats potentiels et partis à investir la scène politique.

Aucun élément concret ne vient toutefois étayer cette lecture. Les conditions pour organiser une élection présidentielle crédible en 2019 ne sont pas réunies. Avec une scène politique dévastée, une déliquescence institutionnelle poussée, et une expression politique confinée au minimum, il n’est pas possible d’organiser un scrutin dans les conditions actuelles.

Reste la seconde lecture : le pouvoir est inquiet de voir le cinquième mandat organisé dans des conditions encore plus loufoques que celles qui avaient prévalu en 2014. Avec Abdelaziz Boutefika candidat, aucun concurrent sérieux ne peut décemment se manifester. Le risque serait donc de voir le chef de l’Etat affronter des candidats de troisième ou de quatrième catégories. Entre Khaled Bounedjma et Benhamou, auxquels l’administration garantirait les signatures requises, le choix sera limité. Même des participationnistes patentés, comme Louia Hanoun et Bouguerra Soltani, ne pourraient assumer le rôle. Le costume de lièvre sera trop évident pour faire illusion.

Candidat de l’opposition : fausse bonne idée

L’autre crainte du pouvoir serait de voir l’opposition se rassembler autour d’un candidat unique. La démarche a été proposée, et des acteurs politiques travaillent en ce sens. Sofiane Djillali, de Jil Jadid, est le plus visible. Des personnalités plus ou moins crédibles, des cercles, des réseaux travaillent également en ce sens. Des noms circulent, d’autres sont proposé, ou suggérés.

L’idée est séduisante pour éviter au pays un humiliant cinquième mandat. Elle donne des espoirs qui risquent cependant de se transformer en illusions, pur aboutir à une gigantesque désillusion.

En effet, cette démarche postule qu’il y a, dans le pays, un pouvoir face à une opposition qui aspire à lui ravir cette position. Ce qui est faux. En Algérie, il y a un système en place, sclérosé, destructeur, liberticide, bloquant le développement économique et l’épanouissement social, et de ce fait dangereux pour tout le pays, aussi bien pour de larges pans du pouvoir comme l’opposition. Une sortie de ce système bénéficiera aussi bien à l’opposition qu’à de larges pans de ce qui constitue l’assise du pouvoir.

En outre, l’idée de présenter un candidat aux élections suppose qu’il y aura une élection en 2019. Or, dans les conditions actuelles, il est impossible d’organiser un scrutin crédible. Le système en place a une force d’inertie telle qu’il pourra écraser une telle tentative. Et le candidat Bouteflika pourra s’en sortir renforcé en faisant valoir son succès contre un rival crédible.

Restituer le pouvoir à l’Algérie

De là à dire que c’est l’impasse, qu’il n’y a pas d’alternative au cinquième mandat, que les jeux sont faits, il y a un pas, qu’on peut ne pas franchir. Qu’on doit éviter de franchir. Qu’on peut empêcher le pouvoir de franchir.

Cela suppose qu’il faut revoir les choses de fond en comble. En mai 2019, il n’y aura pas d’élection. Il y aura soit le maintien du président Bouteflika, soit une prise de pouvoir par l’Algérie. Mai 2019 ne doit pas être vu comme une échéance électorale, mais comme une opportunité pour l’Algérie de prendre le pouvoir. Ce ne sera pas un candidat de l’opposition qui le fera, mais un candidat de l’Algérie.

Cet impératif est dicté par des considérations simples. En l’état actuel des choses, aucun candidat n’est en mesure de gagner une fausse élection, s’il se présente dans un cadre partisan traditionnel ou dans le cadre d’une alliance. Il pourra encore moins appliquer son programme. Les expériences de deux dernières décennies l’ont suffisamment montré. Ce qui permet de dire aujourd’hui, sans nuance, que tout candidat qui se déclarerait de l’opposition pour affronter un cinquième mandat sera objectivement complice du maintien de l’Algérie dans cette situation insupportable, quel que soit son argumentaire.

Les clivages gauche-droite, modernistes-religieux, nationalistes-démocrates, sont aujourd’hui caducs. Les partis, dans leur configuration traditionnelle, sont dépassés. Ils ne sont pas en mesure de peser sur la décision.

Pour une raison simple : ils se trompent de diagnostic, et donc de solution. Pour l’Algérie, en cette fin de quatrième mandat, les priorités doivent être discutées de manière lucide pour se fixer des objectifs raisonnables et élaborer une démarche efficace.

Etat de droit

L’Algérie a besoin de revenir à un fonctionnement institutionnel, sur la base de règles légales, de reconstituer le pouvoir et les centres de décision légitimes, dans le cadre d’un Etat au service de tous. Cet Etat de droit à construire est un objectif apparemment modeste, mais aucune solution aux problèmes du pays, aucun projet économique n’est viable en dehors de ce préalable.

Cet objectif présente aussi de nombreux avantages. S’il est réalisé, la moitié des problèmes du pays seront résolus de fait. Il a aussi des partisans plus nombreux, dans l’opposition, bien sûr, mais aussi dans les sphères du pouvoir. L’écrasante majorité des agents de l’Etat, des fonctionnaires, des entrepreneurs, des acteurs de la vie publique aspirent à travailler dans la légalité et dans une compétition saine. Ils sont prêts à s’engager, ou au moins, à ne pas entraver un projet qui les rassurerait tout en leur offrant la protection de la loi, pour remplacer celle des lobbies, des clans et des réseaux d’allégeance.

Il peut aussi faire plus facilement l’objet d’un consensus. Il ne va pas léser les uns pour favoriser les autres. Il vise à instaurer de nouvelles règles du jeu pour une compétition saine et loyale. Il ne vise pas à imposer une confrontation bloc contre bloc, mais à sortir d’un jeu en cercle fermé, où tout le monde est perdant, pour aller vers un monde nouveau, où chaque acteur trouvera des espaces pour se déployer.

L’Algérie face au vide du système

Il reste évidemment à mettre en œuvre ce projet. A en définir les étapes, à en établir les séquences, à préciser les modalités, et à le concrétiser. La tâche en revient aux acteurs politiques et sociaux, et aux faiseurs d’opinion.

A priori, la situation est mûre. Les acteurs potentiels ont mesuré l’impasse à laquelle ils sont réduits dans leurs combats isolés. Ils ont mesuré l’ampleur de l’échec. Nombre d’entre eux ont affiché leur disponibilité à explorer des vois nouvelles, dans un souci de promouvoir un processus politique pacifique, raisonnable, ouvert. Il leur appartient d’organiser les débats, les rencontres, de favoriser les rapprochements, et de lancer la dynamique qui portera le projet.

C’est donc un processus de convergences qu’il faut organiser. Il faudra lui donner corps et le doter d’un contenu puissant. Peu importe qui le portera, du moment qu’il sera appuyé par de larges courants d’opinion, par une multitude d’organisations politiques et par des personnalités dont le poids moral est indéniable.

Comme entre 1954 et 1962, il s’agit de se mobiliser autour d’un objectif central : construire un Etat fort, avec des institutions crédibles, un pouvoir et des contre-pouvoirs. Une fois l’objectif atteint, chacun pourra reprendre sa liberté, dans le cadre d’une compétition saine.