Mouloud Hamrouche: je ne suis pas candidat à de fausses échéances

Fausses échéances, vrais enjeux

Des déclarations d’acteurs politiques, de sites d’information, de réseaux sociaux et des articles de journaux parlent et affichent, de temps en temps, des noms de plausibles candidatures à de probables échéances électorales ou instances transitoires.

Je souhaite porter à la connaissance de l’opinion publique, aux animateurs de ces réseaux sociaux et aux rédactions de ces sites d’information que je ne suis nullement candidat. Je ne serai pas candidat à d’éventuelles instances de transition ni à de futures élections, quelle que soit leurs natures, leurs échéances et leurs conditions.

Je m’exprimerai chaque fois que j’estimerai que mon point de vue peut éclairer l’opinion ou alerter mes concitoyens. Dont acte.
Alger le 25 /03/2019
Mouloud HAMROUCHE

Journée mondiale de l’eau, journée de la liberté

Ce 22 mars 2019, c’est la première fois depuis quinze ans que je ne participe pas activement à la célébration de la journée mondiale de l’eau !

Évoquer cela alors que l’Algérie vit son cinquième vendredi de manifestations peut paraître incongru. Je dois donc des explications.

J’ai été banni de la presse depuis deux décennies. J’ai été licencié de l’ENTV ; j’ai été exclu du métier de journaliste ; les journaux où j’ai travaillé ayant été tués par le pouvoir, j’ai été contraint de m’exiler.

J’ai trouvé refuge à l’Algérienne des Eaux, grâce à un ancien Directeur général, Maammar Boumediène, qui a eu le cran de me recruter.

Je continuais à écrire, notamment au Quotidien d’Oran, qui m’a offert l’hospitalité dans ses suppléments du jeudi, mais je n’étais plus journaliste depuis 1996, date à laquelle l’hebdomadaire La Nation avait cessé de paraître.

C’est pour cela que je refusais d’être présenté comme journaliste quand je participais à un débat. Juridiquement, je n’étais plus journaliste.

 

Revenons au 22 mars, journée mondiale de l’eau. Depuis 2014, j’avais la charge de préparer la célébration de Evènement, notamment depuis que j’ai été nommé chargé de la communication à la direction générale en 2015.

Ayant quitté l’ADE le 1er mars 2019, je me retrouve à célébrer le 22 mars dans la rue, pour la première fois depuis quinze ans. A marcher. A contester ce système que j’ai combattu depuis un quart de siècle, et particulièrement depuis 1999, quand j’ai fait partie de l’équipe de campagne de Mouloud Hamrouche.

Pour la petite histoire : j’ai été licencié de l’ENTV en 1991 sous le gouvernement de Sid-Ahmed Ghozali ; le ministre de la com était un très grand démocrate: Abourbakr Belkaïd.

J’ai gagné le procès, un huissier de justice s’est rendu à l’ENTV pour appliquer la décision de justice, il a été renvoyé. Un préposé à la sécurité lui a simplement dit qu’il avait intérêt à ne pas revenir en ces temps où la mort rôdait. C’était dans les années 1990, sous la présidence de Liamine Zeroual.

J’ai laissé tomber. Toutes les portes se sont refermées. A l’exception d’un petit cercle d’amis, aucune solidarité. Pire : le responsable du syndicat de l’ENTV, aujourd’hui en exil, a fait le sale boulot. Tous les DG de l’ENTV qui se sont succédés connaissent cette histoire. Personne n’a eu le cran de lever le petit doigt.

La « gauche », dans les années 1990, s’était alignée sur le pouvoir, au nom de la lutte anti-intégriste. Aucun militant parmi mes anciens amis du PAGS ne s’était déclaré solidaire.

Parlons d’autre chose. Mon passage à l’ADE m’a permis de mesurer l’enjeu de l’eau, de l’environnement, mais aussi la bêtise humaine. J’ai eu Abdelmalek Sellal comme ministre ! Mais j’ai aussi pu mesurer à quel point les blocages dogmatiques pouvaient être destructeurs pour le pays. Je reviendrai sur ces questions, avec les exemples de la subvention, de la tarification de l’eau potable, et le gaz de schiste.

Si, si. Le gaz de schiste.

Se poser les bonnes questions

A la veille de ce cinquième vendredi de protestation, une question revient le plus souvent chez les manifestants : qui pour gérer la transition ?

Mauvaise question.

La vraie question, c’est : quoi faire ? Avec quels partenaires ? selon quel agenda ? pour aller où ?

Election présidentielle et présidence collégiale: de fausses bonnes idées

 

Parmi les schémas les plus souvent évoqués pour résoudre la crise que traverse l’Algérie, on avance l’idée d’une présidence collégiale (comité de sages ou conseil de la transition) qui serait chargée d’organiser, rapidement, une élection présidentielle et, dans la foulée, des élections législatives avant -ou après- l’adoption d’une nouvelle constitution.

C’est une fausse bonne idée.

Dans l’absolu, le vote, c’est l’expression la plus aboutie de la vie démocratique.

Dans un pays en pleine tourmente comme l’Algérie, une élection peut constituer un facteur d’aggravation de la crise. Preuve en a été donnée avec l’élection du 18 avril, refusée par la rue et par l’opposition.

Une élection présidentielle organisée dans des délais rapprochés va mener vers une compétition déloyale, une exacerbation des tensions, de la surenchère, de nouvelles divisions. Les vrais problèmes du pays seront mis de côté, supplantés par la course au pouvoir.

Une transition bâclée peut être aussi destructrice que le statu quo. Le pays aurait l’impression d’avoir résolu ses problèmes alors qu’il les aura simplement occultés.

Le pays a besoin, aujourd’hui, d’une transition posée, raisonnée, qui serait mise à profit pour jeter les bases d’une nouvelle république. Il faut se donner le temps de débattre, de réunir le consensus le plus large possible, pour établir des règles du jeu que personne ne pourra contester plus tard.

Organiser des élections avant d’avoir changé la donne politique dans le pays et avant d’avoir modifié les conditions du vote n’a guère de sens. Le pays a besoin d’un reformatage politique. C’est un travail long, fastidieux, parfois pénible, mais il est incontournable.

Il faut aussi souligner que les forces émergentes ont besoin de temps pour s’organiser afin de peser sur l’échiquier politique, et que les forces politiques traditionnelles, aussi discréditées soient-elles, bénéficieraient, en cas d’élection dans un délai rapproché, d’un avantage indu. Elles sont déjà organisées, structurées, elles bénéficient de réseaux et de moyens financiers alors que le peuple, mobilisé mais non structuré, n’est pas encore prêt à aller à une échéance électorale classique.

Quant au choix d’une direction collégiale, il porte la marque du système politique algérien. Tout le monde a le HCE en tête. Faut-il reconduire cette expérience en sachant ce qu’elle recouvre, c’est-à-dire une structure chargée de valider les choix de l’armée ?

Une période de transition a besoin de consensus, mais aussi d’hommes qui assument leurs responsabilités. Se cacher derrière le groupe pour éviter de désigner des responsables n’est pas très chevaleresque.

Bouteflika et le système, deux problèmes distincts

En ce printemps 2019, l’Algérie se trouve confrontée à deux problèmes distincts.

Le premier est conjoncturel. Il concerne le sort du président Abdelaziz Bouteflika.

Celui-ci a violé la constitution pour rester au pouvoir, prolongeant illégalement son quatrième mandat, à défaut de pouvoir aller à un ubuesque cinquième mandat.

Pour l’heure, c’est ce problème, avec tout ce qu’il porte comme symbole, qui cristallise la colère populaire.

La solution peut intervenir à court terme, par une démission, une destitution ou un renoncement. Au pire, cela prendra quelques mois, voire une année, s’il réussit à maintenir la feuille de route annoncée le 11 mars. En tout état de cause, les errements du président Bouteflika ont débouché sur une situation telle que son maintien au pouvoir est devenu un non-sens. Avec lui à la présidence, le pays n’est pas gérable.

Le second problème est celui du système politique. C’est le plus grave, le plus complexe, et le plus difficile à résoudre.

Ce n’est pas parce que les manifestations de masse, depuis le 22 février, ont demandé le démantèlement du système que cela va se faire. C’est d’autant moins sûr qu’un éventuel départ du président Bouteflika pourrait donner lieu à une certaine démobilisation, faire baisser la pression de la rue et déboucher sur une fausse victoire.

Le président Bouteflika ne peut évidemment engager ce changement de système comme il le prétend. Son départ est une condition nécessaire pour s’attaquer aux problèmes de fond, un travail qui demandera du temps, de l’organisation, de la patience et de la mobilisation. Aujourd’hui, il s’agit de bien distinguer les deux questions, pour bien admettre cette vérité : l’élan populaire exigeant le départ du président Bouteflika peut, s’il débouche sur une victoire, se prolonger pour engager les profondes réformes politiques, économiques dont le pays a besoin.

18 réponses simples à la propagande du duo Lamamra-Bedoui

Des internautes ont compilé les éléments contenus dans la lettre du président Abdelaziz Bouteflika et les éléments de réponse de réponse fournis par Noureddine Bedoui et Ramtane Lamamra.

Ils vous proposent des réponses simples pour démonter le discours du pouvoir.

A partager sans modération, ça peut constituer des éléments de langage pour toute déclaration et interview.

 

  1. Les Algériens ont dit qu’ils ne voulaient pas d’une présidentielle qui déboucherait sur un 5ème  mandat .

Bouteflika leur a dit : ok. J’annule le vote et je lance le 4ème mandat bis

  1. Bouteflika : je promets un gouvernement de compétences nationales.

Pourquoi découvrir les compétences nationales après avoir privilégié les incompétences nationales pendant 20 ans.

  1. Bouteflika veut une nouvelle constitution

Pourquoi faire ? Il a amendé la constitution trois fois mais au final, il a décidé de violer la constitution pour rester au pouvoir.

  1. Bouteflika promet une présidentielle à laquelle il ne serait pas candidat après une période de transition.

Vous pouviez l’organiser pour le 18 avril et ne pas être candidat. Pourquoi ne pas l’avoir fait ?

  1. Bouteflika : Je comprends tout particulièrement le message porté par les jeunes

Apparemment non. Le message, c’est un mot : partez

  1. Bouteflika : l’annulation de la présidentielle a été décidée pour répondre à la « demande pressante » des manifestants.

Non. La demande pressante des manifestants, c’était votre départ

  1. Bouteflika promet une nouvelle constitution.

Vous avez déjà fait trois constitutions. Bezzaf. Laisse l’Algérie faire une constitution. Une seule. On va se donner le temps. Ce sera la bonne.

  1. Bedoui : la confiance est essentielle

Vous avez raison. Nous n’avons aucune confiance en vous.

  1. Lamamra : nous, tous, nous n’avons pas assez fait pour les jeunes.

Non, c’est vous qui en êtes responsable, nous, on n’était au pouvoir, on n’a décidé de rien.

  1. Bedoui : les marches sont légales, elles sont dans la constitution.

Faux. Vous étiez ministre de l’intérieur, vous les avez interdites. C’est le peuple qui les a légalisées.

  1. Bedoui et Lamamra : les portes du gouvernement sont ouvertes à l’opposition.

Vous pensez qu’après le 22 février, il y a encore des gens honnêtes disposés à entrer dans un gouvernement du 4ème mandat bis ?

  1. Lamamra : le gouvernement va engager des réformes.

Goul Wallah !

  1. Lamamra : le président Bouteflika a annulé les élections à la demande du peuple, qui est au-dessus de la constitution.

La demande du peuple, c’est le départ de Bouteflika.

14. Lamamra : le gouvernement sera un facilitateur lors de la conférence nationale.

Le gouvernement ne peut rien faciliter. C’est lui la difficulté.

15. Bedoui : nous avons entendu le peuple.

Faux. Si vous l’aviez entendu, vous auriez compris qu’il vous demande une seule chose : partir.

16. Bedoui : on n’a pas le temps. On veut aller vite pour assurer ce projet.

Vous voulez faire en six mois ce que vous n’avez pas fait en vingt ans ?

17. Bedoui : fierté devant ces manifestations.

C’est pour ça que vous les avez interdites depuis si longtemps ?

18. Bedoui : les manifestants sont pacifiques, responsables, civiques.

Exact. Ce sont les membres du gouvernement qui ne sont ni pacifiques, ni civiques, ni responsables.

19. Lamamra : une conférence nationale représentative de toutes les catégories sociales pour élaborer une nouvelle constitution.

Nous avons une autre méthode : la constituante. Et le vote reste un meilleur outil de représentation que la cooptation.

Le cinquième mandat est mort

Un article publié sur le site MEE

 

http://bit.ly/2VJxTGx

L’absence de plan B exacerbe les tensions en Algérie

Un article publié sur le site MEE

 

http://bit.ly/2TsxR9g