Election présidentielle et présidence collégiale: de fausses bonnes idées

 

Parmi les schémas les plus souvent évoqués pour résoudre la crise que traverse l’Algérie, on avance l’idée d’une présidence collégiale (comité de sages ou conseil de la transition) qui serait chargée d’organiser, rapidement, une élection présidentielle et, dans la foulée, des élections législatives avant -ou après- l’adoption d’une nouvelle constitution.

C’est une fausse bonne idée.

Dans l’absolu, le vote, c’est l’expression la plus aboutie de la vie démocratique.

Dans un pays en pleine tourmente comme l’Algérie, une élection peut constituer un facteur d’aggravation de la crise. Preuve en a été donnée avec l’élection du 18 avril, refusée par la rue et par l’opposition.

Une élection présidentielle organisée dans des délais rapprochés va mener vers une compétition déloyale, une exacerbation des tensions, de la surenchère, de nouvelles divisions. Les vrais problèmes du pays seront mis de côté, supplantés par la course au pouvoir.

Une transition bâclée peut être aussi destructrice que le statu quo. Le pays aurait l’impression d’avoir résolu ses problèmes alors qu’il les aura simplement occultés.

Le pays a besoin, aujourd’hui, d’une transition posée, raisonnée, qui serait mise à profit pour jeter les bases d’une nouvelle république. Il faut se donner le temps de débattre, de réunir le consensus le plus large possible, pour établir des règles du jeu que personne ne pourra contester plus tard.

Organiser des élections avant d’avoir changé la donne politique dans le pays et avant d’avoir modifié les conditions du vote n’a guère de sens. Le pays a besoin d’un reformatage politique. C’est un travail long, fastidieux, parfois pénible, mais il est incontournable.

Il faut aussi souligner que les forces émergentes ont besoin de temps pour s’organiser afin de peser sur l’échiquier politique, et que les forces politiques traditionnelles, aussi discréditées soient-elles, bénéficieraient, en cas d’élection dans un délai rapproché, d’un avantage indu. Elles sont déjà organisées, structurées, elles bénéficient de réseaux et de moyens financiers alors que le peuple, mobilisé mais non structuré, n’est pas encore prêt à aller à une échéance électorale classique.

Quant au choix d’une direction collégiale, il porte la marque du système politique algérien. Tout le monde a le HCE en tête. Faut-il reconduire cette expérience en sachant ce qu’elle recouvre, c’est-à-dire une structure chargée de valider les choix de l’armée ?

Une période de transition a besoin de consensus, mais aussi d’hommes qui assument leurs responsabilités. Se cacher derrière le groupe pour éviter de désigner des responsables n’est pas très chevaleresque.

Poster un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s