Algérie-Tunisie: Pour quelques dollars et quelques morts

Le 8 février 1988, les présidents Chadli Bendjedid et Zine El-Abidine Ben Ali, et le leader libyen Maammar Kadhafi ont participé à la commémoration du souvenir de Sakiet Sidi Youcef.
J’y étais en tant que journaliste.
J’y ai appris trois choses.

1. La frontière entre l’Algérie et la Tunisie est une absurdité. Dans l’après-midi de ce 8 février, je suis allé envoyer mon article. Quand j’ai terminé, tout le monde était parti. Je me suis retrouvé seul à sakiet Sidi Youcef. Comment rentrer en Algérie ? Souk Ahras, ville la plus proche, est à une trentaine de kilomètres.
Je suis rentré en Algérie à pied. Exactement comme quand je vais de Beni-Ghameriane à Aïn-Defla. C’est un souvenir très précis car je mesurais le paradoxe dans lequel je me trouvais : après une heure à pied, un clandestin pour Souk Ahras et un taxi pour Annaba, je me retrouve à faire une interview de Kadhafi. C’était la seule fois de ma vie où je le voyais en tête à tête.

2. Dans la journée, à Sakiet Sidi Youssef, j’ai rencontré des gens qui m’ont raconté ce qui s’est passé le 8 février 1958. Le côté humain, celui que les politiques ne savent pas expliquer. Un cataclysme. Je ne sais pas ce qui m’a frappé le plus, le drame ou la solidarité.

3. Dans son discours prononcé ce jour-là, Kadhafi a dit que Ben Ali, alors officier de liaison avec L’ALN, avait été blessé lors du bombardement de Sakiet Sidi Youssef. Vrai ou faux, j’en ai gardé un regard très particulier sur Ben Ali, et j’ai pris comme une trahison personnelle son évolution ultérieure.

Ceci pour dire à quel point ce qui s’écrit autour de cette histoire de 150 millions de dollars entre l’Algérie et la Tunisie me semble dérisoire.
Rappel: le bombardement de Sakiet Sidi Youssef a fait près de 75 morts, dont des civils tunisiens et algériens, des combattants de L’ALN, et une dizaine d’écoliers.
On commémore cet évènement dans cinq jours.