Les intellectuels algériens, entre engagement et postures

Article paru sur le site TSA

http://bit.ly/2DRNChP

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Main tendue de Mohammed VI et niet algérien : un jeu de dupes sans enjeu

 

Article publié sur le site de middleeasteye.net

http://bit.ly/2Kf7UlV

Il y a trente ans, l’État palestinien naissait à Alger

Article publié sur le site https://www.middleeasteye.net

https://www.middleeasteye.net/fr/opinions/il-y-trente-ans-l-tat-palestinien-naissait-alger-1087098850

Le délit de presse, une absurdité algérienne

Article publié le 13 novembre 2018 sur le site: middleeasteye.net

http://bit.ly/2z46oib

Crime de guerre à Boucherahil, à l’est de Médéa, en mai 1957: 111 civils assassinés

Au moins 111 civils ont été tués en mai 1957 par l’armée coloniale dans la commune de Boucherahil, près de Beni-Slimane, dans la wilaya de Médéa.

Les faits se sont déroulés entre les douars de Bouakria et El-Mchata, dans la commune actuelle de Boucherahil, pas loin du fameux Oued El-Malah, au nord-ouest de Beni-Slimane.

Des civils, désireux d’établir le contact avec le FLN-ALN, s’étaient regroupés à l’orée de la montagne, dans une tentative maladroite de rejoindre la lutte armée. ils ont erré un jour ou deux avant d’être repérés par l’armée coloniale, qui les a méthodiquement éliminés. Ils ont été enterrés par groupes, dans des fosses communes.

L’histoire était connue dans la région. A l’indépendance, des fouilles ont été menées sur la base de témoignages des habitants de la région. 111 corps ont été exhumés.

L’assassinat de 111 civils constitue un crime de guerre. Il reste à retrouver les noms des officiers de la région, du secteur et des sous-secteurs en poste à ce moment-là pour documenter ce crime.boucherahil

https://goo.gl/maps/6VM8cA7pmzE2boucherahil

Affaire Bouhadja : dernier virage avant la succession de Bouteflika

En l’absence d’institutions viables, tous les coups sont permis. Saïd Bouhadja, éjecté de la présidence de l’Assemblée Nationale, en a fait l’amère expérience.

Article publié sur le site du Huffington Post: http://bit.ly/2D8bVI2

 

Par Abed Charef

Le triste feuilleton Bouhadja clôt un pénible quatrième mandat. L’Assemblée Nationale (APN, chambre basse du Parlement) a élu, mercredi 24 octobre, un nouveau président, Mouadh Bouchareb, 47 ans, du FLN, premier parti à l’Assemblée, pour remplacer Saïd Bouhadja, 80 ans, également du FLN, destitué à l’issue d’une fronde inédite de la majorité parlementaire. La crise, qui a duré un mois, a mis en lambeaux le vernis institutionnel qui voulait donner au système politique algérien une façade plus ou moins présentable.

Le parlement algérien, disqualifié de fait dans la constitution de 1996, qui ne lui laisse pas de pouvoir, a été encore davantage écrasé par la pratique du pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika. Celui-ci, en quatre mandats, n’a jamais estimé nécessaire de s’adresser aux députés. Le feuilleton de cette rentrée 2018 a accentué l’insignifiance du Parlement. Le président déchu de l’Assemblée, tout comme son successeur, appartient au FLN. Tous deux se réclament du président Bouteflika et de son programme, et affirment agir en son nom. Tous les acteurs de la crise ont d’ailleurs un souci constant : montrer qu’ils sont fidèles à un chef de l’Etat pourtant totalement absent.

Les députés eux-mêmes ont joué un rôle important dans l’opération de disqualification de l’Assemblée. Ils ont opté pour un “retrait de confiance”, une formule inconnue dans la constitution, la loi et le règlement intérieur de l’APN. Ils ont, symboliquement, mis un cadenas pour empêcher le président de l’Assemblée d’accéder à son bureau : les hommes qui font les lois sont ainsi devenus une entrave à la loi.

Dans un système politique normal, le parlement pourrait voter une motion de défiance contre le gouvernement, et même le renverser, selon l’article 98 de la constitution. En Algérie, où la séparation des pouvoirs n’existe pas, c’est le premier ministre Ahmed Ouyahia qui a conseillé au président de l’Assemblée de partir. Lequel, président de l’Assemblée, a déclaré qu’il était prêt à céder si le Chef de l’Etat, véritable maître de l’exécutif, le lui demandait. En un mot comme en cent, le comportement de tous les acteurs de cette crise a convergé vers un seul résultat : conforter l’insignifiance du Parlement algérien.

Enigme

L’épilogue de l’affaire Bouhadja, avec son départ, ne résout pas l’énigme qui a entouré cette crise. Pourquoi un moudjahid de 80 ans, discipliné, sans envergure politique, était-il devenu si important, au point où le pays est entré dans un bras de fer entre groupes politiques agissant dans l’ombre pour l’éliminer ou le soutenir ?

M.Bouhadja n’a aucun rôle dans la succession, dans le cas où le président Bouteflika, considérablement diminué depuis son AVC d’avril 2013, devait disparaître. La constitution de 1996 a soigneusement écarté les élus du scénario de la succession. Celle-ci est assurée par le président du Conseil de la Nation (Sénat), fonction assurée aujourd’hui par M. Abdelkader Bensalah, ou, à défaut, par le président du Conseil Constitutionnel, où trône M. Mourad Medelci. Tous deux sont de Tlemcen, comme le président Bouteflika, qui les a désignés à ces postes.

Dans la vie politique, M. Bouhadja n’a pas de rôle significatif non plus. Son rôle est mineur dans la confection des lois, qui sont faites ailleurs qu’au parlement. Il n’est pas connu pour des choix politiques ou idéologiques marqués. Sa présence à la tête du parlement relevait du simple souci d’un minimum d’équilibre régional dans les hautes fonctions de l’Etat : il est de l’est, quand les principaux autres postes sont détenus par des hommes de l’ouest puis du centre.

Atmosphère de fin de règne

La mise à l’écart de M. Bouhadja, alors que les incertitudes planent sur la capacité du chef de l’Etat à aller vers un cinquième mandat, dessine les contours du véritable enjeu qui agite aujourd’hui le sérail politique : il s’agit d’organiser la succession du président Bouteflika. Cette échéance cristallise toutes les énergies, et structure désormais la vie politique autour de différents pôles agissant dans l’ombre. S’il est difficile d’en cerner les contours, il est toujours possible d’en saisir certains effets collatéraux. L’un d’eux a été particulièrement spectaculaire : des bouleversements jamais connus dans la haute hiérarchie de l’armée, puis la mise en détention de cinq généraux, considérés comme des “barons” de l’ère Bouteflika. Parmi ces dignitaires touchés, deux chefs de région militaires, ainsi que le patron de la gendarmerie et celui de la police.

La multiplication des affaires confirme aussi une crispation autour des enjeux de la succession, sur laquelle tout le monde veut influer, mais qui reste un terrain réservé à un cercle restreint, constitué de la haute hiérarchie de l’appareil militaire et sécuritaire. Dans l’organisation de la succession, le parlement, le gouvernement, les partis et les autres institutions n’ont pas de rôle significatif. Ils se contentent d’offrir un décor à la partie qui se joue ailleurs, et dont le dénouement semble proche. Peut-être avant mai 2019, date prévue de la prochaine présidentielle, ce qui éviterait au pays un humiliant cinquième mandat.

Débat futile sur une constitution inutile

Constitutions de 1989 et 1996:

Ma réponse à Fatiha Benabou

 

http://bit.ly/2C5Krlg

 

Octobre 1988, l’idée nationale, l’Etat algérien

Ma lecture d’Octobre 1988, de l’histoire du mouvement national, de l’Etoile Nor-Africaine au multipartisme, des différents cycles de l’histoire de l’Algérie.

 

http://bit.ly/2y704WN

Retour sur le contexte d’octobre 1988

1er Novembre 1954, 5 Octobre 1988, 8 mai 1945: l’Algérie adore le « grand soir », ces moments où le monde bascule. Mais c’est aussi un moyen très commode d’occulter l’action politique et les mouvements sociaux qui font la vie de toute société.

Abed Charef

Article paru sur le site du Huffington Poste, http://bit.ly/2C2Y0BZ

En glorifiant le côté « explosion populaire spontanée » du 5 Octobre 1988, ceux qui en écrivent l’histoire vont en faire une copie dévoyée du 1er novembre 1954. Une caricature de ce que fut l’évènement, une fois dépouillé de son contexte historique et politique, et du formidable travail militant qui l’a précédé.

Pour le 1er novembre, l’intérêt politique était évident : nier l’action politique intense qui a eu lieu pendant les trois décennies qui ont précédé la guerre de libération, enterrer les leaders qui ont façonné cette période, et offrir le seul mérite de la révolution à ceux qui ont pris les armes le 1er novembre 1954, permettait au pouvoir post-indépendance de rejeter à la marge toute une génération d’hommes politiques d’envergure qui pouvaient devenir des concurrents. Pour simplifier, disons que glorifier le 1er novembre et le slogan « un seul héros, le peuple », permettait de se débarrasser de personnages aussi encombrants que Messali Hadj, Ferhat Abbas ou Lamine Debaghine, ainsi que toute cette génération d’hommes aguerris, qui avaient préparé le terrain mais avaient raté le virage du 1er novembre.

Pour le 5 octobre, les choses sont plus complexes. Les bénéficiaires de l’ouverture démocratique qui a suivi les événements d’octobre 1988 ne sont pas les acteurs les plus présents de la période précédente. Celle-ci avait été dominée par des luttes politiques âpres, entre un système politique en fin de parcours, des islamistes qui tissaient leur toile au sein de la société, des mouvements démocratiques agissant en ordre dispersé, et un courant au sein du pouvoir qui voulait garder la main en proposant au pays un nouveau deal.

Chadli, promoteur du changement ? Difficile à imaginer

Difficile d’imaginer le Président Chadli Bendjedid comme chef de file de ce courant qui voulait renverser les choses, alors que ses adversaires politiques le présentaient comme un homme limité, un fruste, une sorte de roi fainéant motivé par sa seule volonté de rester au pouvoir, où il était arrivé par accident et qu’il était destiné à quitter dans les pires conditions. Pourtant, un simple coup d’œil sur l’itinéraire du père des réformes permet de mesurer sa constance dans la volonté de changer les choses, et de mesurer, pour ceux qui s’intéressent au volet théorique, à quel point le changement est combattu d’abord par les appareils et les réseaux agissant de l’intérieur du pouvoir.

Dès son accès au pouvoir en 1979, Chadli Bendjedid affiche sa volonté de faire bouger les lignes. Homme de confiance de Houari Boumediene, à qui il avait succédé, il a rapidement tenté de mettre fin aux aspects les plus décriés de l’ère Boumediene : une austérité sans bornes, des restrictions frisant l’absurde, comme l’autorisation de quitter le territoire, et une négation d’une partie de l’histoire du pays. Il lance alors un programme anti-pénuries, tente de noyer le marché avec des produits de consommation à la faveur d’une embellie financière, et réhabilite des hommes que le pays était sur le point d’oublier : Ferhat Abbas, Krim Belkacem, etc.

Dans la foulée, il confie la réforme de l’économie algérienne à Abdelhamid Brahimi, un homme austère, d’une grande rigueur morale, mais qui a le défaut de vouloir réformer sans quitter le système bureaucratique alors en vigueur. Le résultat est décevant. Le pays perd plusieurs années à tourner en rond, pour se retrouver au même point : les entreprises ne sont pas plus performantes, l’agriculture n’avance pas, et la société étouffe, avec l’islamisme comme principale issue idéologique.

En 1985, Chadli Bendjedid tente de faire sauter un autre verrou. Il fait réviser la Charte Nationale, texte supposé constituer le socle de la pensée politique du FLN et du pays. L’opération tourne court, quand le FLN, ses organisations satellites et les appareils sécuritaires verrouillent le jeu, empêchant toute évolution significative.

Fausses solutions

Les fausses solutions sont alors épuisées. Et le pays est brutalement rappelé à la réalité par la baisse des prix du pétrole, déclenchée par l’Arabie Saoudite qui veut reprendre la main sur le marché pétrolier en 1986. Les revenus extérieurs du pays suffisent à peine à payer la dette, le gouvernement de M. Abdelhamid Brahimi en est réduit à jouer au pompier, pendant que la situation sociale se dégrade et que les appareils de l’Etat perdent peu à peu le contrôle de la société.

Dans ce contexte très difficile, le pays commence à entendre parler de réformes. Au départ, il s’agit de cercles informels, qui discutent d’une organisation nouvelle de l’économie. Progressivement, les choses évoluent, et une pensée très élaborée voit le jour. Elle est concrétisée par un premier acte officiel, en juillet 1987, lorsque des circulaires sont rendues publiques sur l’organisation des entreprises économique et de l’agriculture. Pour les entreprises, on parle d’autonomie, d’indépendance vis-à-vis de la tutelle bureaucratique, de nouveaux organes de gestion qui ont pour nom conseil d’administration et assemblée générale, alors que pour l’agriculture, on sort du schéma révolution agraire pour aller à un modèle totalement différent. Des dizaines de managers, d’universitaires, juristes, intellectuels de tous bords étaient associés à ces débats, alors qu’émergeait dans le pays une « société civile » plus ou moins autonome du pouvoir et des appareils politiques, bouillonnante d’idées, infléchissant le cours du débat, même si elle n’avait pas de levier pour orienter le cours évènements. Le Mouvement des Journalistes Algériens (MJA), ouvert à tous les courants, en était le prototype. Bien que noyauté par des militants communistes aguerris du PAGS, il a réussi à créer un débat de haute tenue sur la liberté de la presse.

Jusqu’où aller dans le changement ?

Les réformes économiques sont rapidement lancées, malgré la complexité de la tâche. Des terres nationalisées durant la révolution agraire sont remises à leur propriétaire. Rencontré vingt ans plus tard, Chadli Bendjedid me fit cet aveu : « contrairement à ce qu’on a toujours dit, j’étais un partisan résolu de la révolution agraire. Mais je suis contraint d’admettre que c’était une erreur. On a privilégié le dogme de l’égalité, et on a occulté l’efficacité économique ».

Pour les entreprises industrielles et de services, le débat a avancé rapidement. Les lois sur la nouvelle organisation économique sont adoptées en janvier 1988, avant d’être mises en application durant le premier semestre, avec les mises en place des fonds de participation et de différents organes de gestion.

Tout ce dispositif législatif et réglementaire a été mis en place avant les émeutes d’octobre 1988, à une époque où le mur de Berlin n’était pas encore tombé. S’il est difficile de dire que Chadli Bendjedjd envisageait, à terme, de parachever ce parcours par une ouverture politique, il est par contre certain que la volonté de réforme est antérieure à Octobre 1988. Les émeutes, qui ont fait 189 morts, ont toutefois servi de catalyseur pour accélérer le rythme du changement, qui a débouché sur la constitution de février 1989, officialisant le multipartisme.

Comment les réformes ont été démantelées

La lutte antiterroriste s’est accompagnée, tout le long des années 1990, d’une action méthodique visant à démanteler les réformes engagées en Algérie depuis le milieu des années 1980 et poursuivies, à des rythmes différents, jusqu’en juin 1991.

Abed Charef

(article pari sur le site du Huffignton Post, http://bit.ly/2NtK1H4)

 

Quand il est nommé à la tête du gouvernement pour succéder à Mouloud Hamrouche, en juin 1991, en pleine grève générale du FIS, M. Sid-Ahmed Ghozali découvre un pays qui le surprend. Bien qu’il ait été ministre des Finances dans le gouvernement de Kasdi Merbah (novembre 1988 – septembre 1989) puis ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Hamrouche (septembre 1989-juin 1991), il est étonné de ne pas pouvoir tout commander, tout régenter. Il tombe des nues en découvrant que de hauts responsables dans différentes institutions n’obéissent plus au doigt et à l’œil, comme il est d’usage dans les bonnes vieilles autocraties.

La presse privée, récemment née de la circulaire de mars 1990 et soucieuse de s’affirmer, échappe largement au contrôle de l’exécutif. Même la presse publique se montre parfois critique, et n’hésite pas à donner la parole à des adversaires de M. Ghozali. Les chefs d’entreprises, qui venaient d’acquérir une large autonomie de décision à la faveur des réformes économiques, ne sont plus aussi dociles, et certains n’hésitent pas à tenir tête au chef du gouvernement.

Les députés, pourtant tous issus du FLN, mais qui avaient appris à débattre, et mené des débats de qualité dans la période de bouillonnement politique avant et après octobre 1988, défendaient leur territoire pouce par pouce. La Banque Centrale, engagée dans un nouveau mode de gestion, grâce à une autonomie qui assure l’inamovibilité de son gouverneur, refuse les mesures de court terme auxquelles le gouvernement veut recourir pour combler le déficit budgétaire.

« Machine de guerre »

Bref, Sid-Ahmed Ghozali découvre l’embryon de pouvoir né des réformes. Ces mécanismes institutionnels mis en place dans le cadre des réformes, avec des contre-pouvoirs qui commencent à imposer leur existence, échappent au nouveau Chef du Gouvernement. Il ne comprend pas leur logique, et finit, à l’automne 1991, par accuser les réformateurs d’avoir mis en place « une machine de guerre » pour le contrer. Il entame alors, de manière confuse, une action visant le démantèlement des réformes.

Mais son action reste aléatoire. Ce n’est qu’à partir des élections législatives avortées de décembre 1991 que ce travail de détricotage des réformes sera mené de manière méthodique, pendant de longues années, grignotant petit à petit les espaces de liberté et de droit laborieusement mis en place auparavant.

Le pas est franchi lorsque le processus électoral est arrêté. Le « pouvoir de fait » qui s’installe bricole des solutions en dehors des institutions, avec la création du Haut Comité d’Etat à la tête duquel est intronisé Mohamed Boudiaf. Le pays plonge dans une gestion en large de la légalité, en faisant interner dans des camps au Sahara des milliers de militants du FIS, qui en profitent pour constituer leurs réseaux avant de basculer dans la violence.

Le terrorisme qui s’installe dans la foulée réduit peu à peu le fragile légalisme qui s’était installé dans le pays. L’indépendance de la justice est brutalement mise à mal, avec la mise en place de cours spéciales, l’abaissement de l’âge de la responsabilité pour les actions liées au terrorisme, et, fait unique, l’application de la loi avec effet rétroactif pour des actes liés au terrorisme.

Belaïd Abdessalam, chargé de diriger le gouvernement à partir de juillet 1992, lance le concept d’« économie de guerre », qui vise en fait à rétablir le contrôle de l’activité économique par l’administration. Il obtient, dès sa nomination, la tête du gouverneur de la Banque centrale, ce qui le débarrasse de toute contrainte budgétaire, et lui évite d’expliquer des décisions extravagantes. Quand il quitte le gouvernement, il laisse une économie en ruines, du fait du terrorisme, de la baisse des ressources extérieures, mais aussi de la non gestion. Son successeur, Rédha Malek, se rend rapidement à l’évidence : la cessation de paiements est proche et un accord est signé avec le FMI en avril 1994 pour sauver les meubles.

Liamine Zeroual achève la constitution de 1989

Dans l’intervalle, Liamine Zeroual, devenu ministre de la défense, puis président de l’Etat, et enfin président élu, poursuit le travail de détricotage. La constitution de 1989, qui établissait une séparation des pouvoirs selon un modèle semi-présidentiel, est amendée. Le nouveau texte de 1996 supprime virtuellement le rôle du parlement. Il instaure, au sénat, un tiers bloquant dont les membres sont désignés par le président de la république, ce qui permet de rejeter toute loi non souhaitée.

Les partis sont soumis à des conditions draconiennes par une nouvelle loi organique adoptée dans la foulée de la constitution. Mais les choses n’en restent pas là. Le DRS, qui a pris un pouvoir démesuré, intervient directement dans la vie des partis, soutenant les uns, brisant les autres. Le RND, créé début 1997, obtient une majorité absolue au parlement lors des législatives organisées la même année, en octobre. A l’inverse, le FLN, resté dans l’opposition depuis 1991, subit un « coup d’état scientifique » qui élimine son secrétaire général Abdelhamid Mehri pour le remplacer par un client du pouvoir, Boualem Benhamouda.

La loi sur l’information, adoptée en 1990, une des plus libres au monde, est grignotée jusqu’à son amendement. Dans un premier temps, le système déclaratif en vigueur selon le texte de 1990, est remplacé de fait par une autorisation préalable délivrée par le procureur de la république mais qui dépend des services de sécurité. La presse publique est reprise en mains, pendant que la presse privée considérée comme hostile est soumise à des pressions si fortes qu’elle tend à disparaitre. Les journaux amis, eux, font fortune.

Indigence de la pensée politique et économique

Sur le terrain économique, un discours très convenu sur la nécessité de la réforme a toujours accompagné des actions de contre-réforme. Dans le secteur public, les fonds de participation ont été remplacés par les holdings puis par les SGP (société de gestion des participations de l’Etat), mais derrière les appellations formelles, les ministères ont repris le contrôle des entreprises. L’œuvre est couronnée par la révision de la loi sur la monnaie et le crédit qui supprime, en 2001, l’autonomie de la banque centrale, ce qui débouchera sur le scandale Khalifa. De là à recourir à la planche à billets par temps de difficultés budgétaires, il y a un pas que le premier ministre Ahmed Ouyahia franchit allègrement en novembre 2017, en amendant une nouvelle foi la loi sur la monnaie et le crédit, permettant au gouvernement de se soustraire à toute contrainte financière.

L’absence de règles transparentes et de normes légales pousse à une dérive qui s’étend à tous les secteurs. Quand le pays enregistre une embellie financière, il ne dispose pas d’institutions et de mécanismes en mesure de gérer l’abondance. Cela débouche sur d’immenses gaspillages, et l’explosion de la corruption. C’est l’un des résultats les plus évidents de la contre-réforme : la constitution de 1989 voulait formaliser le pouvoir, et définir les responsabilités. L’abandon de cette constitution et des lois qui en découlaient a provoqué une immense confusion, qui assure l’impunité des gouvernants sans jamais situer les responsabilités.