Une nuit dans un enclos avec les bêtes

L’un est berger dans la steppe vers Hassi Bahbah ou El-Bayadh ou Bir El-Ater.

Il remonte avec ses moutons vers la côte à l’approche de l’Aïd, et passe une à deux semaines dans un enclos avec ses bêtes, loin des siens et de tout confort.

L’autre habite Dely-Brahim ou El-Biar. La veille de l’Aïd, il emmène ses deux enfants, se balade sur les routes à bord de sa Renault Symbole ou de sa Golf. Il s’arrête, demande le prix d’un beau bélier. Trop cher, dit-il. Le prix a augmenté de 5 à 10.000 dinars en un mois.

Dans la presse et sur les réseaux sociaux, on parle beaucoup de cette hausse des prix due aux fameux spéculateurs.

Hé, mec. Va passer quinze nuits dans un enclos avec les bêtes, et prends dix mille dinars par nuit.

Wallah je te fais cadeau d’une nuitée

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A propos de feu Lalmas

Ahcène Lalams nous a quittés.

C’était un grand footballeur, qui a marqué son époque. Beaucoup de choses été dites et écrites sur lui.

Son talent de footballeur, immense, n’est pas en cause, mais en faire le meilleur footballeur algérien de tous les temps me semble exagéré. Il avait peut-être le potentiel, mais il a évolué dans un contexte limité: contrairement à ce qui se dit, le niveau du football algérien n’était pas très élevé à cette époque. On s’en est rendu compte quand Mekhloufi a pris en main l’équipe nationale: il a mis à l’écart les joueurs de premier plan de l’époque (Lalmas, Hadefi, Kalem, etc.) et ramené des petits jeunes qui ont obtenu de meilleurs résultats. Rogov a poursuivi sur le même chemin, pour élever encore le niveau, avec la génération de 1982-1986.

Lalmas n’a pas eu de résultats significatifs au niveau international. Il n’a pas été ballon d’or africain, n’a pas emmené l’équipe nationale en coupe du monde, n’a pas remporté de titre africain.

Belloumi, mais surtout Mekhloufi et Madjer, qui ont joué dans le très haut niveau, lui étaient supérieurs.

Un technicien, qui était fan de Lalmas, a étudié son jeu. Il m’a dit que sur le plan technique, Lalmas était plutôt moyen, mais c’était un homme de décision incomparable. Il était costaud sur le plan physique, mais à son époque, un joueur de haut niveau courait moins de cinq kilomètres pendant un match, quand il en fait le double aujourd’hui.

PS. A cette époque, j’étais fan du Mouloudia, mais ça n’a rien à voir.

Rappel: un discours au Parlement européen

Il y a vingt ans, Salima Ghezali, ancienne directrice de La Nation, aujourd’hui députée FFS, prononçait un discours devant le Parlement européen. Elle venait de recevoir le prestigieux prix Sakharov.

http://bit.ly/2kQcsTV

Elle a fait alors l’objet d’une campagne acharnée de la part de ceux qui défendent aujourd’hui Mme Leïla Haddad. « Main de l’étranger » et « forces hostiles à l’Algérie » furent évoquées.

Moralité: pour être opposant, il faut être agréé par qui de droit. Par les directeurs de conscience. Les commissaires politiques. Les imams de la démocratie. Il faut être détenteur d’un label reconnu.

Quand Salima Ghezali a fait son discours, Leïla Haddad travaillait à l’ENTV…

En 1998, une des opposantes les plus adulées était Khalida Toumi.

ça mérite un grand « Goul Wallah »

Quand la banque décourage l’usage du chèque

 

Il a obtenu un crédit remboursable sur six années. cela fait soixante douze mensualités. Il s’est présenté à la banque pour demander si, au lieu de ramener du cash chaque fin de mois, il pouvait déposer un chèque.

Oui, c’est parfaitement possible, lui a-t-on répondu. Mais il y a un petit problème: ça lui coûte 357 dinars pour chaque chèque déposé.

Sur 70 mensualités, cela représente près de 25.000 dinars. L’équivalent d’un petit salaire. Donc, il renonce à cette procédure.

Certes, il peut toujours créer un compte dans la banque qui lui a accordé le crédit, et demander un prélèvement automatique. Mais il a déjà un compte bancaire dans une autre banque depuis plus de vingt ans, tout le monde le connait au sein de l’agence, et il ne peut se résoudre à changer de banque.

Il peut aussi faire procéder à un virement à partir de sa banque, mais l’opération est payante là aussi, même si elle est un peu moins chère.

Résultat: il choisit de retirer de l’argent à sa banque, de se déplacer vers la banque qui lui a accordé le crédit et ainsi honorer ses traites. En termes financiers, il ne perd rien. ça lui coûte zéro dinar. Il ne perd que du temps.

Mais le temps, ça compte si peu en Algérie…

Conclusion: avec des procédures inadaptées, les banques algériennes découragent l’usage du chèque.

C’est un fait. Le discours du gouvernement et des banquiers n’y change rien.

Farid Chaoui sur Radio M: une réflexion innovante sur le système de santé

Le passage du Pr Farid Chaoui sur RadioM, invité de El-kadi Ihsane .
Un pensée posée, raisonnée, en vue de réformer le système de santé.
http://bit.ly/2kwnVIg

Médecins résidents et gratuite de la médecine : sortir des débats au rabais

Les officiels algériens, ministre de la santé en tête, continuent de parler de gratuité de la santé.

Ce concept de la « médecine gratuite », né d’un autre temps, n’a plus aucun sens. Les dirigeants algériens, dans un mimétisme absurde, continuent pourtant de le brandir, pour s’affirmer proches du peuple. Comme si on pouvait à la fois gérer un pays en privilégiant l’argent sale et demeurer proches du peuple.

Le concept contient également un mensonge. Les Algériens qui se soignent dans le secteur privé paient. Même les assurés sociaux paient. Ils paient au moins la différence entre le coût réel des prestations et ce que qui est remboursé par la sécurité sociale.

Les privilégiés du système, eux, peuvent ne pas payer. Particulièrement quand ils sont pris en charge pour des soins à l’étranger, où ils bénéficient d’excellentes prestations, payées en devises.

Le mensonge ambiant décrit donc une autre réalité sociale : des prestations au rabais, fournies par des établissements publics dans des conditions parfois épouvantables.

Garantir l’accès aux soins, non la gratuité des soins

Ceci appelle deux commentaires. Le premier devrait pousser à un changement radical de discours. On ne parle plus de gratuité de la médecine, mais de garantie d’accès aux soins. Le travailleur déclaré, le retraité, l’entrepreneur travaillant dans la légalité paient des cotisations. Ceux qui travaillent dans l’informel doivent être poussés à cotiser : il est inacceptable et injuste que des millions de personnes travaillant dans l’informel puissent bénéficier de mêmes prestations que d’autres dont une partie du revenu est consacrée aux cotisations sociales.

Ensuite, intervient la solidarité nationale, pour prendre en charge les autres, ceux qui n’ont pas les moyens de contribuer à l’effort de solidarité nationale.

Comportement illégal et indigne

Le second commentaire concerne les résultats du comportement irresponsable des responsables du secteur, lequel débouche sur une situation intolérable, avec des conséquences en cascade.

L’une d’elle concerne la contestation engagée par les médecins résidents. Ceux-ci ont présenté une revendication relative à la suppression du service civil. Il est inutile de revenir sur le comportement indigne des autorités, qui, en plus de la répression, viennent d’inventer des pratiques totalement condamnables: arrêter les gens, les emmener au loin et les déposer en pleine nature, ou bien violer le droit des gens à se déplacer librement, les arrêter de manière préventive dans les bus, les trains, sur la route, etc.

Ne pas se laisser entrainer vers le bas

Faut-il aménager le service civil, le supprimer ? Les réponses divergent, mais indépendamment des attitudes des uns et des autres, on note que l’attitude indigne des autorités a poussé les résidents à se laisser entrainer vers des terrains dangereux. La décision de ne pas assurer les gardes est inacceptable. Celle de ne boycotter les gardes d’urgence est encore plus grave.

On ne peut pas lutter contre un gouvernement aussi incohérent en adoptant la même attitude que lui. Il faut absolument garder de la hauteur, s’accrocher aux grands idéaux de la profession, refuser de se laisser entrainer vers le bas par une bureaucratie incapable d’avoir une vision de l’avenir du pays.

L’exercice de ce métier est trop noble pour que ceux qui le pratiquent en soient amenés à adopter des attitudes contestables. Ne pas assurer les gardes, c’est faire payer aux citoyens les plus vulnérables, les malades, le prix de décisions prises par un gouvernement irresponsable.

Les terres du cinquième mandat

Selon le ministre de l’agriculture Abdelkader Bouazghi, 300.000 hectares seulement sur un total de 1,7 million d’hectares octroyés dans le cadre des contrats de concession ou de mise en valeur, sont actuellement exploités.

Autrement dit, seuls 17% des terres distribuées dans le cadre de la concession ou de la mise en valeur sont exploités.

Rappelons que ces terres sont offertes gratuitement. Mieux, la distribution de terres est accompagnée d’aides pouvant aller jusqu’à un million de dinars par hectare pour appuyer différents investissements (aménagement de pistes, forage de puits, plantations d’arbres, etc.)

Admettons que des superficies équivalentes à celles en exploitation sont en cours d’aménagement. Même avec ça, on aurait, au final, près de deux tiers de ces terres, environ un million d’hectares, distribuées gratuitement, avec des aides de toutes sortes, mais des terres restées à l’abandon.

Comment est-ce possible? Des gens introduits ont pris les terres (pourquoi pas, elles étaient gratuites, il suffisait de déposer un dossier et d’être introduit), ils ont pris l’argent qui va avec, et ils vont introduire des recours pour avoir d’autres crédits, qui leur seront effacés après la présidentielle.

Le mot à la mode: introduit.

Merci qui?

 

Armée Nationale Populaire

Le drame de Boufarik et l’émotion qu’il a suscitée m’imposent ce post.
Près de 25 victimes sont originaires de la wilaya de Aïn-Defla.
De simples soldats, sous-officiers et officiers ont péri dans ce drame.
Ça montre que l’ANP offre à tous ces jeunes la possibilité de prendre l’avion pour se rendre à Tindouf. Il suffit de se présenter à l’aéroport militaire de Boufarik avec un titre de permission en règle pour prendre l’avion. Ni maarifa ni piston.
L’avion militaire est accessible aux enfants du peuple.

J’ai moi-même, une fois, déposé un neveu, Mustapha Charef, à Boufarik, il y’a quelque temps, quand il effectuait son service national. Il avait pu prendre l’avion sans problème.
Armée Nationales Populaire, ça a un sens. Dans les grands moments de joie, comme dans le drame.
C’est l’Algérie de la communion, de la solidarité, de la fraternité.
Le reste n’a aucune importance.

Restituer le pouvoir à l’Algérie

Le 5ème mandat, une fatalité?

Non. Il peut être évité. A condition d’organiser une prise du pouvoir, non d’aller à une fausse élection.

Par Abed Charef

Sur le site du Quotidien d’oran: http://bit.ly/2Eklznh

Une formule, utilisée par le Président Bouteflika dans son message publié à l’occasion de la journée de la victoire, le 19 mars, a intrigué acteurs et observateurs de la vie politique algérienne. Le chef de l’Etat a affirmé que « la scène politique doit connaitre une diversité, une confrontation de programmes et une course au pouvoir ».

Le plus optimistes ont cru déceler, dans ce passage, une intention du président Bouteflika de ne pas présenter sa candidature pour cinquième mandat. Il souhaiterait donc se retirer en invitants candidats potentiels et partis à investir la scène politique.

Aucun élément concret ne vient toutefois étayer cette lecture. Les conditions pour organiser une élection présidentielle crédible en 2019 ne sont pas réunies. Avec une scène politique dévastée, une déliquescence institutionnelle poussée, et une expression politique confinée au minimum, il n’est pas possible d’organiser un scrutin dans les conditions actuelles.

Reste la seconde lecture : le pouvoir est inquiet de voir le cinquième mandat organisé dans des conditions encore plus loufoques que celles qui avaient prévalu en 2014. Avec Abdelaziz Boutefika candidat, aucun concurrent sérieux ne peut décemment se manifester. Le risque serait donc de voir le chef de l’Etat affronter des candidats de troisième ou de quatrième catégories. Entre Khaled Bounedjma et Benhamou, auxquels l’administration garantirait les signatures requises, le choix sera limité. Même des participationnistes patentés, comme Louia Hanoun et Bouguerra Soltani, ne pourraient assumer le rôle. Le costume de lièvre sera trop évident pour faire illusion.

Candidat de l’opposition : fausse bonne idée

L’autre crainte du pouvoir serait de voir l’opposition se rassembler autour d’un candidat unique. La démarche a été proposée, et des acteurs politiques travaillent en ce sens. Sofiane Djillali, de Jil Jadid, est le plus visible. Des personnalités plus ou moins crédibles, des cercles, des réseaux travaillent également en ce sens. Des noms circulent, d’autres sont proposé, ou suggérés.

L’idée est séduisante pour éviter au pays un humiliant cinquième mandat. Elle donne des espoirs qui risquent cependant de se transformer en illusions, pur aboutir à une gigantesque désillusion.

En effet, cette démarche postule qu’il y a, dans le pays, un pouvoir face à une opposition qui aspire à lui ravir cette position. Ce qui est faux. En Algérie, il y a un système en place, sclérosé, destructeur, liberticide, bloquant le développement économique et l’épanouissement social, et de ce fait dangereux pour tout le pays, aussi bien pour de larges pans du pouvoir comme l’opposition. Une sortie de ce système bénéficiera aussi bien à l’opposition qu’à de larges pans de ce qui constitue l’assise du pouvoir.

En outre, l’idée de présenter un candidat aux élections suppose qu’il y aura une élection en 2019. Or, dans les conditions actuelles, il est impossible d’organiser un scrutin crédible. Le système en place a une force d’inertie telle qu’il pourra écraser une telle tentative. Et le candidat Bouteflika pourra s’en sortir renforcé en faisant valoir son succès contre un rival crédible.

Restituer le pouvoir à l’Algérie

De là à dire que c’est l’impasse, qu’il n’y a pas d’alternative au cinquième mandat, que les jeux sont faits, il y a un pas, qu’on peut ne pas franchir. Qu’on doit éviter de franchir. Qu’on peut empêcher le pouvoir de franchir.

Cela suppose qu’il faut revoir les choses de fond en comble. En mai 2019, il n’y aura pas d’élection. Il y aura soit le maintien du président Bouteflika, soit une prise de pouvoir par l’Algérie. Mai 2019 ne doit pas être vu comme une échéance électorale, mais comme une opportunité pour l’Algérie de prendre le pouvoir. Ce ne sera pas un candidat de l’opposition qui le fera, mais un candidat de l’Algérie.

Cet impératif est dicté par des considérations simples. En l’état actuel des choses, aucun candidat n’est en mesure de gagner une fausse élection, s’il se présente dans un cadre partisan traditionnel ou dans le cadre d’une alliance. Il pourra encore moins appliquer son programme. Les expériences de deux dernières décennies l’ont suffisamment montré. Ce qui permet de dire aujourd’hui, sans nuance, que tout candidat qui se déclarerait de l’opposition pour affronter un cinquième mandat sera objectivement complice du maintien de l’Algérie dans cette situation insupportable, quel que soit son argumentaire.

Les clivages gauche-droite, modernistes-religieux, nationalistes-démocrates, sont aujourd’hui caducs. Les partis, dans leur configuration traditionnelle, sont dépassés. Ils ne sont pas en mesure de peser sur la décision.

Pour une raison simple : ils se trompent de diagnostic, et donc de solution. Pour l’Algérie, en cette fin de quatrième mandat, les priorités doivent être discutées de manière lucide pour se fixer des objectifs raisonnables et élaborer une démarche efficace.

Etat de droit

L’Algérie a besoin de revenir à un fonctionnement institutionnel, sur la base de règles légales, de reconstituer le pouvoir et les centres de décision légitimes, dans le cadre d’un Etat au service de tous. Cet Etat de droit à construire est un objectif apparemment modeste, mais aucune solution aux problèmes du pays, aucun projet économique n’est viable en dehors de ce préalable.

Cet objectif présente aussi de nombreux avantages. S’il est réalisé, la moitié des problèmes du pays seront résolus de fait. Il a aussi des partisans plus nombreux, dans l’opposition, bien sûr, mais aussi dans les sphères du pouvoir. L’écrasante majorité des agents de l’Etat, des fonctionnaires, des entrepreneurs, des acteurs de la vie publique aspirent à travailler dans la légalité et dans une compétition saine. Ils sont prêts à s’engager, ou au moins, à ne pas entraver un projet qui les rassurerait tout en leur offrant la protection de la loi, pour remplacer celle des lobbies, des clans et des réseaux d’allégeance.

Il peut aussi faire plus facilement l’objet d’un consensus. Il ne va pas léser les uns pour favoriser les autres. Il vise à instaurer de nouvelles règles du jeu pour une compétition saine et loyale. Il ne vise pas à imposer une confrontation bloc contre bloc, mais à sortir d’un jeu en cercle fermé, où tout le monde est perdant, pour aller vers un monde nouveau, où chaque acteur trouvera des espaces pour se déployer.

L’Algérie face au vide du système

Il reste évidemment à mettre en œuvre ce projet. A en définir les étapes, à en établir les séquences, à préciser les modalités, et à le concrétiser. La tâche en revient aux acteurs politiques et sociaux, et aux faiseurs d’opinion.

A priori, la situation est mûre. Les acteurs potentiels ont mesuré l’impasse à laquelle ils sont réduits dans leurs combats isolés. Ils ont mesuré l’ampleur de l’échec. Nombre d’entre eux ont affiché leur disponibilité à explorer des vois nouvelles, dans un souci de promouvoir un processus politique pacifique, raisonnable, ouvert. Il leur appartient d’organiser les débats, les rencontres, de favoriser les rapprochements, et de lancer la dynamique qui portera le projet.

C’est donc un processus de convergences qu’il faut organiser. Il faudra lui donner corps et le doter d’un contenu puissant. Peu importe qui le portera, du moment qu’il sera appuyé par de larges courants d’opinion, par une multitude d’organisations politiques et par des personnalités dont le poids moral est indéniable.

Comme entre 1954 et 1962, il s’agit de se mobiliser autour d’un objectif central : construire un Etat fort, avec des institutions crédibles, un pouvoir et des contre-pouvoirs. Une fois l’objectif atteint, chacun pourra reprendre sa liberté, dans le cadre d’une compétition saine.

Sarkozy, Kadhafi et nous

L’affaire Sarkozy-Kadhafi s’accélère. Avec la mise en examen de l’ancien chef de l’Etat français, elle prend une tournure intéressante, avec des développements spectaculaires.

Au vu des premières conclusions des enquêteurs français et des décisions les plus récentes de la justice, il est possible de dire aujourd’hui, à partir de faits établis, que:

  • Le transfert d’argent liquide libyen au profit de Nicolas Sarkozy ne fait plus aucun doute;
  • les réseaux par lesquels s’opère ce genre de transfert sont d’une grande banalité: services spéciaux d’un pays du tiers-monde, amis et proches du dirigeant libyen, proches du dirigeant français, intermédiaires qui se servent au passage, etc.
  • les sommes en question vont de dix à 50 millions de dollars
  • la parole de dirigeants du tiers-monde ne valent rien dans ce genre de dossier. Kadhafi lui-même, son ancien premier ministre Chokri Ghanem (assassiné en 2012 à Vienne), son ancien patron des services Abdellah Senouci, son fils Seif El-Islam, et d’autres, ont tous déclaré publiquement avoir donné de l’argent à Sarkozy. Leurs propos sont restés sans effet. Ils ont moins de valeur que ceux d’un petit juge ou d’un journaliste français.
  • L’immoralité et le mensonge de ces dirigeants occidentaux fait que tout dirigeant du sud attaqué par des personnages aussi douteux devient immédiatement défendable. Y compris quand il s’appelle Ahmadinedjad ou Bachar El-Assad. Désolé pour François Burgat et Ihane El-Kadi, mais c’est ainsi. Et c’est une tendance qui risque de se renforcer dans les opinions des pays du sud.

 

Un cadavre et un mobile

Ce volet du dossier, aussi spectaculaire soit-il, ne doit cependant pas occulter le reste.

  1. Comme toute bonne histoire policière, on dispose, dans la mort de Maammar Kadhafi, de deux éléments essentiels: un cadavre, celui du dirigeant libyen, et un mobile, l’argent versé à Sarkozy. L’accusation de meurtre devient alors crédible. L’Etat français ira-t-il jusqu’à enquêter sur cette hypothèse selon laquelle Sarkozy aurait utilisé les moyens de l’Etat pour régler un problème personnel, en éliminant un témoin gênant, sous prétexte d’intervention humanitaire?
  2. Un homme a été assassiné, et tout le monde s’est détourné de son cadavre. Il agit de Chokri Ghanem, ancien premier ministre de Kadhafi, noyé dans la paisible capitale autrichienne Vienne. L’homme gérait des milliards de dollars. Il est impossible que les services spéciaux de tous ces pays capables de repérer un terroriste isolé dans le désert somalien n’aient pas une idée précise de ce qui ‘est passé.
  3. Bachir Salah, autre proche de Kadhafi, exfiltré de France dans des conditions rocambolesques, a fait l’objet d’une tentative d’attentat le 23 février en Afrique du Sud où il s’tait réfugié. Il a été gravement blessé par arme à feu. Lui aussi gérait une partie de l’argent occulte de Kadhafi.

 

Défendre Kadhafi? La belle blague

Deux précisions avant de continuer.

Kadhafi était un dictateur. Indéfendable.

Il était aussi dans un cadre inefficace, destructeur. Ce qu’il a fait s’est écroulé en quelques semaines. Son plus grand échec est de ne pas avoir doté son pays d’institutions viables en mesure de protéger le peuple libyen. Cela suffit pour porter un jugement ses quarante ans de règne. Sans parler de sa conception loufoque du pouvoir.

Rappeler ces faits ne relève donc ni du complotisme, ni d’une volonté de victimisation. Cela pousse simplement à susciter une réflexion sur le contenu des pouvoirs du sud, sur les rapports nord-sud, et sur ce qui fait la différence entre Kadhafi et Sarkozy.

  1. Dans les pays occidentaux, on peut violer la loi. Mais si des groupes, des lobbies, ou simplement des militants réussissent à révéler des malversations, l’accusé est traduit devant les tribunaux. Quelle que soit sa position. Il peut utiliser son pouvoir et tous les stratagèmes possibles pour échapper à la sanction, et il y arrive souvent, mais la loi le rattrape.
  2. En Libye, la règle du droit n’existe pas. C’est le chef du moment (Kadhafi, Mohamed Ben Selmane, Saddam Hussein) qui dicte, applique et annule la loi.
  3. Dans ce rapport nord-sud, il y a une inégalité de base. Le dirigeant du nord (Sarkozy, Bush, Blair) a raison, et il peut faire les guerres qu’il veut, jusqu’à preuve du contraire. Celui du sud a tort, quoiqu’il fasse.

A ce titre, un dirigeant du nord a naturellement un droit de vie t de mort sur des millions de personnes dans le sud. Il ne le connait pas, ils ne votent ni pour lui ni contre lui, ils appartiennent à un monde différent du sien, mais il prend des décisions qui feront des milliers de victimes, ce qui est considéré comme une chose normale.

 

Le bon, la brute et les méchants

Un dirigeant du nord est naturellement bon. Barack Obama, qui a lancé la guerre en Libye et en Syrie, François Hollande, qui a réoccupé le Mali, sont de bons dirigeants aux yeux de leurs peuples. ils ont agi pur le bien de leurs pays respectifs, et mêmes pour défendre les peuples du sud.

Au pire, George Bush, qui a lancé l’occupation de l’Irak, la destruction de son Etat, avec toutes les conséquence qui en découlé (morts, destructions, communautarisme destructeur, et pour clore le tout, l’apparition de Daech), George Bush est donc considérée comme une brute. Mais pas comme un criminel qui doit rendre des comptes.

A l’inverse, un dirigeant du sud non docile est un méchant. Il faut l’éliminer, le mater, ou le corrompre, ce qui constitue une option très recherchée pour continuer à lui vendre des armes.

 

Analogie

Dans l’affaire de l’agent double Sergueï Skripal, Londres a accusé Moscou de l’avoir empoisonné. Les principaux pays occidentaux (France, Etats-Unis, Allemagne) ont fait bloc pour soutenir le gouvernement britannique dans ses accusations. Ils affirment détenir suffisamment d’éléments pour étayer leur position.

Dans le cas Kadhafi, les mêmes pays détiennent aujourd’hui suffisamment d’éléments pour pouvoir conclure que Sarkozy a reçu de l’argent de Kadhafi. Ils s’agit d’éléments plus probants, ne provenant pas des seuls services de renseignements, mais d’enquêteurs français supposés indépendants. Vont-ils adopter une attitude cohérente si une plainte est déposée contre Sarkozy pour avoir commandité ce crime?

 

Se protéger

Mais au-delà de tous ces développement, la principale question qui se pose pour les pays du sud, c’est: comment se protéger? comment protéger son propre pays et son peuple face à ce sentiment d’injustice, face à ces crimes?

Une réponse s’impose: construite un Etat fort, avec des institutions légitimes, crédibles, dans lesquelles la règle du droit prime.

C’est une autre histoire.