La presse algérienne, ce qu’il en reste et ce qu’on en attend: un tapis pour le 5ème mandat

La presse algérienne, ce qu’il en reste et ce qu’on en attend: un tapis pour le 5ème mandat

 

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/la-nouvelle-feuille-de-route-des-m-dias-alg-riens-un-cinqui-me-mandat-pour-bouteflika

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Tout sur le financement non conventionnel

Tout sur le financement non conventionnel

Une polémique sur le financement non conventionnel a surgi dès le retour de M. Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement. De quoi s’agit-il ?

Abed Charef

Les deux chambres du parlement ont adopté cette semaine la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, qui ouvre la voie au « financement non conventionnel » de l’économie. Cette mesure, assurent ses promoteurs, « ne sera pas à l’origine d’une augmentation des dépenses ». Elle « n’aura pas non plus pour effet d’accentuer le taux d’inflation », et le gouvernement « n’aura recours à cette formule qu’après épuisement de toutes les ressources traditionnelles ». Du reste, c’est une méthode banale, utilisée « un peu partout dans le monde », dit-on.

Ces formules, abondamment répétées, ont servi d’argumentaire au gouvernement de M. Ahmed Ouyahia face aux multiples critiques contre le recours à la planche à billets. Le premier ministre et le ministre des finances Abderrahmane Raouia ont aussi assuré qu’une commission sera créée afin de surveiller cette opération, « exceptionnelle » « et limitée dans le temps ». Elle s’étalera sur cinq ans seulement. Mais que valent ces arguments, en fait?

Surenchère sur l’inflation

Le point le plus souvent évoqué dans la controverse actuelle concerne l’impact du financement non conventionnel sur l’inflation et le pouvoir d’achat. Alors que des opposants affichaient leur crainte d’une inflation à deux chiffres, MM. Ouyahia et Raouia se sont voulus rassurants. M. Raouia a affirmé que l’inflation sera contenue dans la limite de 5.5% en 2017 et 2018, avant de reculer à 3,5% en 2020.

Auparavant, Saïd Maherzi, vice-gouverneur de la Banque d’Algérie, que rien, à priori, ne forçait à se mêler de cette question, a assuré que «le financement non conventionnel ne devrait pas se répercuter par une explosion de l’inflation ».

Comment M. Raouia va-t-il tenir ce pari, alors que le gouvernement va injecter des liquidités sans contrepartie productive? Quand le pays disposait encore de réserves du FRR, l’inflation s’était établie à 4.8% en 2015, et 6.5% à juin 2017. Comment, avec la dégradation survenue depuis, et celle attendue, espérer une baisse de l’inflation ? Le simple bon sens devrait pousser à un peu de prudence, qui ne semble pas être la qualité première de M. Raouia.

Le discours du ministre des finances n’a visiblement aucune assise économique. Il est juste destiné à rassurer les Algériens. Le gouvernement n’a qu’une maitrise extrêmement réduite pour contenir l’inflation. Certes, il dispose encore de certains leviers ; il peut toujours maintenir à leur niveau d’il y a dix ou vingt ans les prix de certains produits administrés (lait, pain, eau, etc.), mais son action provoquera des distorsions supplémentaires, sans rien changer aux fondamentaux de l’économie algérienne.

Fonds réservés à l’investissement ?

M. Raouia a encore assuré, devant le Conseil de la Nation, que le financement non conventionnel sera « exclusivement employé pour financer des projets d’investissement ». Une formule creuse, pour ne pas dire plus. Pour le gouvernement, il y a les recettes et les dépenses. Le reste, c’est de la démagogie, ou un simple tour de passe-passe destiné à donner le chantage, quand ce n’est pas du mensonge.

D’anciens gouvernements s’étaient avancés sur des questions similaires. M. Abderrahmane Benkhalfa avait ainsi affirmé que les fonds collectés lors du fameux programme de conformité fiscale et l’emprunt obligataire devaient eux aussi servir à financer l’investissement. Quels investissements ? Où sont-ils ? Même si le gouvernement avait l’intention de le faire, il ne pourrait pas.

Règles et transparence

Prenant le relais de M. Ouyahia, M. Fayçal Tadinit, directeur général du Trésor, a déclaré que le financement non conventionnel est « une technique financière connue, qui a fait ses preuves dans certaines circonstances ». Ce qu’il dit n’est pas faux. Mais les conditions dans lesquelles agissent les uns et les autres ne sont pas comparables. Comparer l’économie algérienne à celle des Etats-Unis, avec ses règles, sa transparence, ses contre-pouvoirs, sa diversité, ses acteurs, relève de la supercherie. En Europe, les règles sont encore plus contraignantes, avec un déficit budgétaire plafonné à trois pour cent et constamment surveillé par Bruxelles.

Limiter le financement non conventionnel à une période de cinq ans n’a pas de sens non plus dans un pays qui a prouvé le peu de crédit qu’il accorde au droit. Hier, le gouvernement faisait un discours sur la capacité de l’Algérie à faire face à la crise « grâce aux mesures prises dans le cadre du programme de son Excellence le président de la République». Aujourd’hui qu’il est au pied du mur, il fait d’’autres promesses impossibles à tenir. Mais comme MM. Sellal, Tebboune et d’autres avant lui, M. Ouyahia n’a pas de comptes à rendre. Il peut affirmer ce qu’il veut.

Contre-pouvoirs

MM. Ouyahia et M. Raouia ont promis qu’une commission serait installée à la présidence de la république, ou auprès du gouvernement, pour contrôler l’opération du financement non conventionnel. Il est absurde d’affirmer qu’un gouvernement crée une commission qui va le contrôler. Le gouvernement préparera lui-même le rapport de la commission en question, et celle-ci l’endossera pour féliciter le l’exécutif.

Mais chemin faisant, M. Ouyahia détruit la Banque centrale. Il lui retire le peu de pouvoirs qui lui restaient, comme l’obligation de veiller sur la valeur du dinar et de lutter contre l’inflation. La nouvelle mouture de la loi sur la monnaie et le crédit transforme la Banque centrale en un simple guichet au service du trésor. Tout le reste relève de la méconnaissance des choses, de l’irresponsabilité, ou du mensonge pur et simple.

A ce stade, on reste dubitatif face à un ultime argument avancé par M. Raouia lors de son passage devant le Conseil de la Nation. Il a déclaré que le recours au financement non conventionnel ne sera effectif qu’après l’épuisement de toutes les autres possibilités.  Quelles sont ces possibilités ? Comment le gouvernement va-t-il les exploiter ? C’est le fond du problème, que la polémique en cours a totalement occulté.

Occulter le fond du problème

En plaçant le débat sur un volet technique, voire polémique, le gouvernement a occulté la question essentielle, celle de la responsabilité du président Abdelaziz Bouteflika et de ses gouvernements successifs dans la situation actuelle. Comment un pays qui disposait naguère de réserves de change de près de 200 milliards de dollars, et d’un fond de régulation de réserves (FRR) de plus de 70 milliards de dollars (en septembre 2011), comment un tel pays a-t-il pu se retrouver dans l’incapacité de payer les salaires des fonctionnaires en cette fin 2017, selon les propres aveux de M. Ouyahia lui-même ? Qui est comptable de cette situation ? Un pouvoir responsable d’une telle débâcle peut-il encore prétendre gérer le pays ?

Les causes de l’échec sont simples. Le gouvernement n’a pas engagé les réformes nécessaires quand il le fallait, notamment quand la situation financière du pays le permettait. Il a même adopté une attitude suicidaire, avec des contre-réformes dangereuses, qui ont aggravé le problème quand la situation s’est retournée.

M. Raouia parle aujourd’hui d’un « train de réformes » qu’il faudrait mener pour « rationnaliser les dépenses publiques, élargir l’assiette fiscale et lutter contre la fraude fiscale ». C’est de la langue de bois financière qu’ont répétée tous les ministres de Bouteflika, sans jamais avancer sur ce terrain. Des mots creux. Aussi creux que la monnaie qui sera imprimée dans le cadre du financement non conventionnel. Mais aujourd’hui comme hier, ceux qui les prononcent sont certains de leur impunité. Ce qui leur permet de présenter une « rokia financière » pour de l’innovation, selon la formule de M. Mourad Goumiri.

L’Univers a un nouveau centre : Noureddine Boukrouh

Noureddine Boukrouh a accusé Ali-Yahia Abdennour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyellès de «forfaiture politique et morale ».

Abed Charef

 

Peut-on s’opposer à un éventuel cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika ? Oui, à condition de demander l’aval de M. Noureddine Boukrouh. Ou, au moins, de rappeler que l’idée vient de l’ancien ministre du commerce, initiateur de la proposition, et qu’à ce titre, il a un droit de préemption et un devoir de veille, pour que l’idée ne soit pas dénaturée, ni utilisée à d’autres buts.

Trois personnalités qui ont compté dans la vie politique du pays durant la seconde moitié du dernier siècle l’ont appris à leurs dépens. Ali-Yahia Abdennnour, Ahmed Taleb Ibrahimi et l’ancien général Rachid Benyellès, ont été accusés d’avoir « plagié » M. Boukrouh. Les trois hommes, sentant que l’idée d’un désastreux cinquième mandat du président Bouteflika commence à se mettre en place, ont publié une déclaration commune pour lancer une alerte. « Trop, c’est trop », ont-ils dit, appelant entre autres l’armée à se démarquer des cercles qui se sont accaparés du pouvoir. « A défaut d’accompagner le changement qui s’impose et de participer à l’édification d’une République véritablement démocratique », l’armée devrait « se démarquer de manière convaincante du groupe qui s’est emparé indûment du pouvoir et entend le conserver en laissant croire qu’il a le soutien de cette même institution », écrivent ces anciens hauts responsables aux itinéraires très divers.

Violence outrancière

M. Boukrouh leur répond par une salve d’une incroyable violence. Sur sa page facebook, il exprime son « indignation » face à ce qu’il considère comme une attitude « mesquine » ; il les accuse de commettre une « forfaiture politique et morale », et les invite à « se taire ».

Répondant ensuite à des critiques qui estiment inapproprié de s’attaquer à des personnalités qui émettent la même opinion que lui, M. Boukrouh persiste et signe. Il s’agit de faussaires qui s’approprient les idées des autres, dit-il. La preuve de leur couardise est, selon lui, évidente: ces trois personnalités n’ont décidé de rendre publique leur déclaration qu’après « s’être bien assurés que le chemin était ouvert, sécurisé, qu’il n’existait pour eux aucun risque de représailles après les salves tirées contre moi par le Ministère de la Défense nationale, le premier ministère, les présidents des deux chambres du Parlement, sans parler des aboiements d’une presse aux ordres et autres coups bas ».

M. Boukrouh en profite pour rappeler son initiative du 16 septembre 2017. « Personne ni aucune formation n’a pris jusqu’ici l’initiative de sonner le rassemblement non pas des partis qui ne s’uniront jamais, mais de la nation », écrit-il. Selon lui, « les trois ont commis une forfaiture, un vol, plus pour saboter l’idée que pour la voir réussir ».

Récidive

Ce type d’attitude n’est pas nouveau chez M. Boukrouh, qui a une très haute idée de sa pensée, de ses écrits, et de la place qu’il devrait occuper dans l’histoire du pays. Oubliant qu’il a été ministre avec le président Abdelaziz Bouteflika, il a utilisé des mots choquants pour parler du chef de l’Etat, n’hésitant pas à dire que c’est un « malade mental ».

Plusieurs polémiques l’ont également opposé à M. Saïd Saadi. Invité à assister au premier congrès du RCD, en décembre 1989, il avait, peu après l’ouverture des travaux, improvisé un point de presse pour dire que le RCD lui avait piqué son programme! Il avait alors créé un incident alors qu’il était simple invité.

Il y a un mois, M. Boukrouh avait soutenu, mordicus, qu’il avait réuni les candidats à la présidentielle de 1995, dont Saïd Saadi, pour les inviter à se retirer pour protester contre la décision de Liamine Zeroual de briguer la magistrature suprême. Trois années plus tard, il avait participé à la cabale contre le président Zeroual, et il reste convaincu qu’il a joué un rôle essentiel pour pousser Zeroual à la démission.

Mégalomanie

Chez les anciens du PRA (Parti du Renouveau Algérien), qu’il a créé lors de l’ouverture de la fin des années 1980, les avis sont d’une extrême violence. Zoheir Hamedi, un ancien cadre du parti, est tranché : il le qualifie d’imposteur. « J’ai eu la malheureuse occasion de voir comment il se faisait manipuler par le général Toufik. Il a vendu le parti pour des promesses de postes et de sièges à l’assemblée. Il a fermé les yeux à la fraude électorale des élections législatives de juin 1997. J’en suis personnellement témoin », écrit-il, ajoutant que « c’est une personne dépourvue d’honneur et de principes ».

Sur les réseaux sociaux, c’est un autre aspect de la personnalité de Noureddine Boukrouh qui est commenté : son « absence de modestie » pour les uns, sa « mégalomanie » et son égo démesuré » pour les autres. Ce qu’il est écrit dans les débats montre cette incroyable opinion qu’il a de lui-même. Les trois « attendent que je publie pour piquer dessus comme des vautours », et présenter « leur chapardage pour de la création intellectuelle », écrit-il. Pour affirmer son courage, il ajoute que les trois « n’auraient jamais tenu ce langage en premier, en s’exposant ». Et il assène une sentence définitive : « ceux qui trouvent que la façon d’agir des trois est bonne ne discernent plus entre le voleur et le volé, entre le vrai et le mensonger, entre la dignité et l’indignité ».

A lire M. Boukrouh, on comprend que l’Algérie a désormais un nouveau Danube de la pensée, et que l’Univers a un nouveau centre.

Boukrouh à Ali-Yahia, Taleb et Benyellès: Vos gueules, les vieux!

Boukrouh à Ali Yahia, Taleb et Benyellès: Vos gueules, les vieux!

 

Noureddine Boukrouh n’utilise pas ces mots, mais c’est tout comme.

Le penseur-intellectuel-éclaireur-sauveur de la patrie a publié, dimanche 8 octobre 2017, sur sa page facebook, un texte infâme à l’adresse de Ali Yahia Abdennour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyllès.

http://bit.ly/2yQi6Kx

Il leur reproche d’ignoré sa grande initiative destinée sortir le pays de la crise. En publiant une déclaration commune (http://bit.ly/2y1O0qQ), ils auraient même pour objectif de torpiller son initiative au lieu de la soutenir.

L’ancien ministre de Bouteflika s’adresse aux trois hommes sur un ton incroyable, leur reprochant de l’avoir « plagié » de manière « mesquine ». Il les accuse de « forfaiture intellectuelle et morale« , pas moins.

Les amis de Rachid Boudjedra

 

Rachid Boudjedra a des amis. Plutôt des partisans, qui le soutiennent haut et fort. Pour eux, c’est le meilleur!

boudjedra sans prix.JPG

Ce nouvel article d’un supporter de Boudjedra (http://bit.ly/2fTSqpf) est dans la ligne du dernier pamphlet de l’écrivain, « Les contrebandiers de l’histoire », paru aux Editions Frantz-Fanon, dans lequel il s’en prend à des écrivains et artistes considérés comme hizb-frança-sionistes.

ceci dit, soutenir Boudjedra passe par des attaques au lance-flammes contre ceux qui sont considérés comme ses ennemis.

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Cette fois-ci pourtant, Kamel Daoud n’était pas au GIA, il était juste islamiste quand le GIA tuait des bébés.

Mais je me pose tout de même une question: si Rachid Boudjedra avait obtenu un prix littéraire français, disonjs un grand prix littéraire, le titre de l’article aurait-il été le même?

titre merdaci

Ouyahia propose des expédients, en attendant le mirage du gaz de schiste

Avec la planche à billets et la « finance islamique », le premier ministre veut retarder l’échéance, avant l’avènement du nouveau mirage algérien, le gaz de schiste.

Abed Charef

Ahmed Ouyahia a délimité son horizon économique. Pour sa première visite à l’intérieur du pays depuis sa nomination au poste de premier ministre, il voulu donner un symbole fort de ce que sera son action. Il s’est rendu, dimanche 1er octobre, à Arzew, symbole à la fois de la richesse et du mal du pays. Mais en fait de symboles, M. Ouyahia surtout a délivré des messages qui confirment le côté étriqué de ses perspectives économiques.

A Arzew, le premier ministre a annoncé qu’il compte faire réviser la loi sur les hydrocarbures, tout comme il veut lancer l’exploitation du gaz de schiste. Après son choix affirmé pour le « financement non conventionnel » et ce qu’il implique comme décisions politiques et économiques, le projet Ouyahia se révèle dans toute son ampleur ; un projet d’une extrême indigence, avec un horizon si bas qu’il est en deçà de tout ce qui pouvait être attendu.

En fait, ce que propose M. Ouyahia se résume à peu de choses, car basé sur un raisonnement rudimentaire. Pour lui, l’Algérie enregistre momentanément un défaut de liquidités ; on va donc imprimer de l’argent, le temps pour le pays de se lancer dans de nouveaux projets d’exploitation du gaz de schiste, et d’assurer ainsi des rentrées supplémentaires de devises. Dans son optique, l’avenir du pays ne peut être conçu que dans les hydrocarbures. On retrouve la marque de la bureaucratie d’Etat traditionnelle, qui a empêché la réflexion sur l’économie algérienne d’avancer.

Pas de comptes à rendre

Si, dans l’immédiat, la loi ne permet pas à M. Ouyahia d’imprimer des billets, il a recours à une solution très simple : il change la loi. Il élimine ainsi la Banque Centrale, et il contourne tous les contre-pouvoirs, déjà largement défaillants. Et si on n’arrive pas à produire assez de pétrole, on change la loi, en vue de la rendre suffisamment attrayante pour attirer des entreprises étrangères en mesure d’augmenter la production.

M. Ouyahia ne supporte pas les contraintes, ni les contre-pouvoirs. Il aime disposer de tous les leviers : il ne conçoit la gestion qu’en faisant table rase de tout ce qui risque de le gêner. Il gère comme un wali à l’ancienne gère dans sa wilaya : il décide tout, sans être comptable de rien. C’est mieux que ce que peut espérer tout autocrate : il gère mais il n’est pas responsable, car il ne fait qu’appliquer le programme du président de la république.

Imperméable à l’innovation

Dans la démarche de M. Ouyahia, il y a absence presque totale de tout le discours novateur qu’on entend dans les milieux spécialisés, et même chez quelques portes-plumes du pouvoir. Un Abderrahmane Benkhalfa, malgré son passage chaotique au ministère des finances, parle de diversification, d’innovation, de modernisation de l’économie, d’intégration dans l’économie mondiale, etc. Il évoquait souvent la transition énergétique et l’économie numérique. M. Ouyahia ignore ces concepts.

Né et ayant grandi dans le dirigisme, il ne conçoit d’économie que contrôlée. Y compris quand il parle d’entreprise privée. C’est lui qui définit les secteurs d’activité, distribue les crédits et le foncier industriel, organise les avantages fiscaux, mais tout cela doit se passer sous l’œil vigilant du wali, du ministre, du premier ministre en dernier ressort.

M. Ouyahia ne sent pas non plus astreint à respecter des engagements fondamentaux de ses prédécesseurs. La trajectoire budgétaire, une des rares idées positives de ces dernières années, est balayée d’un revers de la main. Le premier ministre l’évacue avec d’autant plus de facilité qu’il ne veut pas de contrainte alors que le pays s’engage dans une échéance politique, la présidentielle de 2019, qui impose une autre attitude.

Retarder l’échéance

Que reste-t-il, au final du « plan d’action » de M. Ouyahia? Une gestion approximative, au jour le jour, s’appuyant sur des expédients plutôt que sur une démarche de long terme. Comme ses prédécesseurs, M. Ouyahia s’appuie sur une décision facile à appliquer -la planche à billets- en espérant que le prix du pétrole se redresse. Tout ce qui est complexe, qui nécessite de la concertation, de l’action politique, avec une ingénierie complexe, est mis de côté.

Mais comme ses prédécesseurs, M. Ouyahia n’ira pas loin. Il peut, certes, retarder l’échéance, le gouvernement disposant encore de leviers pour atténuer les effets de l’inflation à court terme. Mais sur le long terme, les choses ne feront que s’aggraver. L’économie algérienne a besoin d’une multitude de mesures. M. Ouyahia n’en mettra en œuvre que deux ou trois. Elles seront sans effet. Miser l’avenir du pays sur « la conformité fiscale » ou sur l’emprunt obligataire a fait perdre au pays trois années. Croire aujourd’hui que la « finance islamique » et la planche à billets sont un recours relève du même aveuglement.

Le baril de pétrole se maintient au-dessus de 50 dollars

Abed Charef

 

Le baril de pétrole light sweet crude (WTI) boucle, mercredi, sa deuxième semaine au-dessus de 50 dollars, alors que le brent a déjà passé le cap des deux mois au-dessus de ce seuil symbolique. En milieu d’après-midi, le WTI remontait légèrement, à 50.568 dollars le baril, alors que le brent gagnait dix cents, s’affichant à 56.10 dollars.

Après plusieurs mois d’hésitation, le WTI était repassé au-dessus de 50 dollars à partir du 20 septembre. Depuis, il se maintient au-dessus de la ligne de flottaison de 50 dollars, malgré une petite inquiétude enregistrée mardi, à la veille de la publication de l’état des stocks américains.

Le WTI était repassé au-dessus de 50 dollars après cinq mois d’hésitation, marqué par un cours stabilisé autour de 45 dollars. Depuis avril2017, il évoluait dans une fourchette de quelques dollars, au gré d’informations conjoncturelles concernant les stocks américains, la tension au Proche-Orient ou en Afrique, et des incidents comme ceux consécutifs aux Ouragans qui ont touché le sud des Etats-Unis.

Le Brent est quant à lui au-dessus de 50 dollars depuis le 25 juillet. Il avait alors mis fin à un épisode baissier d’un mois et demi, lorsqu’il avait brièvement plongé sous les 45 dollars, avant d’entamer un redressement lent mais régulier.

Mais il s’agissait là d’ajustements mineurs, sans impact significatif. Le marché semblait avoir retrouvé des fondamentaux, avec un rééquilibrage en vue.

Les producteurs se remettent en course

Le niveau actuel des prix reste légèrement inférieur à l’objectif que s’étaient fixés des ministres OPEP et non OPEP qui s’étaient réunis à Alger il y a un an. Face à la chute des prix, les producteurs, Arabie Saoudite et Russie en tête, avaient accepté de réduire leur production pour pousser à un redressement des prix.

Moins d’un an après, les résultats sont là. Les cours ont effectivement repris des couleurs, mais le mouvement est demeuré assez lent, les spécialistes estimant qu’il fallait plus d’une année pour éponger les excédents et rééquilibrer le marché.

Mais les inquiétudes persistent. Car si les producteurs ont montré qu’ils sont encore capables de reprendre la main, les récents évènements ont montré que le véritable régulateur leur échappe désormais. Ce rôle est désormais assumé par trois acteurs externes : le pétrole de schiste américain, la croissance mondiale, notamment en Chine, et l’impact des mesures prises un peu partout dans le monde pour économiser l’énergie et organiser la transition énergétique.

Elections locales: l’assassin présumé de Mecili candidat à Aït-Rezine, wilaya de Béjaïa

M. Chafa Bouaïche, président du groupe parlementaire du FFS, a déclaré que Abdelmalek Amellou, accusé par le FFS d’être l’assassin présumé de Ali Mecili, compagnon de Hocine Aït-Ahmed, abattu devant son domicile à Paris en avril 1987, s’est porté candidat aux élections locales de novembre prochain dans la wilaya de Béjaïa.

M. Chafa Bouaïche a dénoncé ce « crime contre l’Etat de droit », lors de son intervention durant le débat sur le plan d’action du premier ministre Ahmed Ouyahia.

(sur cette vidéo après 1 mn 35 sur ce lien : http://bit.ly/2wBSx3q)

« Abdelmalek Amellou, le criminel qui assassiné Ali Mecili, l’avocat, le moudjahid et le compagnon de Hocine Aït-Ahmed », est candidat « sur la liste d’un des partis du pouvoir », a déclaré M. Bouaïche. « C’est grand crime contre l’Etat de droit », a-t-il déclaré, ajoutant que l’Algérie ne peut se développer « quand l’Etat de droit est cantonné dans les textes ».

M. Bouaïche n’a pas précisé où Abedelmalek Amellou était candidat. Selon des informations recueillies auprès de sources proches du FFS, M. Amellou serait candidat sur une liste RND à Aït-Rezine, près de Ighil-Ali, dans la wilaya de Béjaïa.

Ali Mecili, considéré comme l’auteur d’un rapprochement entre Hocine Aït-Ahmed et Ahmed Ben Bella, principales figures de l’opposition en exil dans les années 1980, avait été tué de trois balles le 7 avril 1987, dans le hall de son immeuble alors qu’il rentrait chez lui, le soir.

Deux mois après les faits, la police française a arrêté l’auteur présumé de l’assassinat, Abdelmalek Amellou.

Dans son livre « l’affaire Mecili », paru aux éditions La Découverte en 2002,Hocine Aït-Ahmed avait décrit Abdelmalek Amellou comme un petit truand chargé par les services spéciaux algériens, le DGPS, alors dirigé par le général MejdoubLakehal-Ayat, de tuer Ali Mecili. Selon les médias français de l’époque, un ordre de mission de la sécurité militaire algérienne signé du capitaine Hassani a été trouvé sur lui.

L’arrestation d’Oumellou est restée sans suite. L’État français, a décidé de l’expulser en vertu de la procédure « d’urgence absolue », avec son amie Fatima Beliati.

Pour la famille de Mécili, c’est une exfiltration décidée par le gouvernement français au nom de la raison d’État afin de soustraire l’affaire à la justice. Cela se passait durant le premier septennat de François Mitterand, sous le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac, lorsque Charles Pasqua était ministre de l’intérieur.

Abdelmalek Amelloua pu ainsi échapper aux poursuites aussi bien France qu’en Algérie, où il s’était fait discret depuis.

Marché automobile algérien: trois marques détiennent un monopole de fait

 

 

Le marché automobile algérien a été fortement déstabilisé. Le prix à payer pour lancer une industrie fortement décriée ?

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 septembre 2017)

http://bit.ly/2yfLlX2

 

Trois marques automobiles ont acquis, en 2017, des positions qui leur permettent d’exercer un monopole sur le marché algérien. Renault, Sovac (Volswagen) et Tahkout (Huyndai) ont bénéficié d’une conjoncture particulière, créée par des décisions gouvernementales, pour asseoir leur mainmise. Grâce à leurs unités de montage, dont certaines ont été fortement critiquées, elles sont les seules à pouvoir commercialiser leurs véhicules en 2017.

Il n’y a pas eu une décision assumée pour imposer cette situation, mais une succession de mesures, prises par petites touches, pour déboucher sur ce résultat. Sous le gouvernement de M. Abdelmalek Sellal, les licences d’importation étaient délivrées de plus en plus tard dans l’année, pour retarder les échéances de paiement. M. Abdelmadjid Tebboune, partisan du blocage des importations, a accentué le mouvement. Au moment où son «plan d’action » sera validé par le parlement, fin septembre, M. Ahmed Ouyahia héritera d’une situation qui lui permettra éventuellement de zapper ce dossier.

Le nouveau ministre du commerce, M. Mohamed Benmeradi, a clairement évoqué cette hypothèse. Il a laissé entendre que 2017 pourrait être une « année blanche » en matière d’importations de véhicules. Au cours d’une émission de radio, il a déclaré que la décision pour l’octroi des licences n’avait pas encore été prise.

Euphorie chez les uns

M. Benmeradi a indiqué que les trois constructeurs déjà installés (Renault, Sovac, Tahkout) produiraient près de 100.000 véhicules en 2017, un seuil que le gouvernement semble considérer comme suffisant pour assurer un approvisionnement minimal du marché.

Chez les trois marques implantées en Algérie, c’est l’euphorie. Le carnet de commandes est plein, malgré la hausse des prix. Depuis trois ans, les prix des véhicules neufs ont doublé. Pour certains modèles, il faut attendre de longs mois. Résultat : des véhicules neufs acquis auprès du concessionnaire peuvent être revendus immédiatement avec un bénéfice de 10 à 15 pour cent. Une Sandero Stepway 2017 acquise à 1.65 millions de dinars est revendue au-dessus de deux millions de dinars au marché de Masra, près de Mostaganem, selon un courtier.

Colère chez les autres

Par contre, chez les autres marques, c’est une colère contenue qui domine. L’Association des concessionnaires a tenté de l’exprimer, en déplorant une situation « précaire », due à des engagements non tenus par le gouvernement, et des « blocages » qui hypothèquent l’avenir de la filière.

Mais en privé, les choses sont dites plus crument. Le gouvernement a favorisé les uns au détriment des autres. Peugeot et Nissan ont ainsi des dossiers d’investissement ficelés, mais non agréés, à cause notamment de l’attitude de l’ancien ministre de l’Industrie Abdessalam Bouchouareb. Celui-ci avait vaguement parlé de considérations économiques et stratégiques, mais le gouvernement n’a jamais clairement expliqué le pourquoi de ces retards.

Une filière décimée

Ces cafouillages débouchent sur des résultats absurdes. A Oued-Smar, dans la zone industrielle de la banlieue est d’Alger, une grande marque n’a qu’une seule voiture à exposer dans un immense show-room. Les employés font des efforts désespérés pour montrer que les choses se passent normalement, mais tout sonne faux : le véhicule exposé n’est pas à vendre, il n’y a pas de véhicule à vendre, ni ici ni ailleurs. Les prix affichés n’ont aucune signification, les prospectus distribués présentent des véhicules non disponibles. Il faut juste faire semblant et tenir. En attendant quoi?

Rassuré qu’il ne sera pas cité, le chef des ventes avoue : il ne sait pas. Le concessionnaire attend une licence d’importation, mais il ne sait pas pour quand elle sera délivrée, ni si elle le sera. Il commence même à être saisi par le doute : il sera difficile d’importer des véhicules avant la fin de l’année.

Entretemps, il fallait payer les salaires, les loyers et différentes charges. Il faut aussi garder le personnel, dont une partie a bénéficié de formations complémentaires lorsque l’offre avait explosé.

Incertitude et manque de visibilité

Mais ce qui gêne le plus, c’est l’incertitude. « On peut perdre de l’argent durant une mauvaise année », affirme le responsable d’une firme implantée à l’ouest d’Alger. « Cela fait partie du jeu », ajoute-t-il. « Mais ne pas savoir si on va avoir une licence, quand on va l’avoir, ne pas savoir si on va être autorisé à investir ou non, tout cela est insupportable », dit-il.

« Ils ne savent même pas comment ça fonctionne », dit-il en parlant de l’administration du commerce chargée de délivrer les licences. « Ils pensent qu’acheter 5.000 véhicules, c’est comme aller à l’épicerie du coin et se servir ». Un expert financier, qui a longtemps côtoyé l’administration du commerce, émet l’hypothèse suivante : des licences peuvent être accordées avant la fin de l’année, mais comme les importations ne peuvent être réalisées avant le début de l‘année prochaine, elles seront comptabilisées sur l’année 2018. Pour lui, 2017 risque fort d’être une année blanche pour les concessionnaires tarditionnels.

Prudence de Yousfi

La crise a toutefois permis à trois groupes d’émerger. Renault, qui a fêté, il y a une semaine, son 100.000ème véhicule monté en Algérie ; Sovac, qui a annoncé en début de semaine le lancement des commandes pour ses véhicules produits à Relizane ; et Tahkout, qui fait l’assemblage de véhicules Hyundai à Tiaret.

Face à un marché garanti pour un temps, avec une forte demande et une offre gérée de manière administrative, les trois marques concernées ont pris une longueur d’avance. Elles ont même la certitude d’être appuyées pendant de longues années : du fait qu’elles se sont installées « dans le cadre du programme du président de la république », le gouvernement va tout faire pour assurer leur succès et prouver ainsi la viabilité de la démarche mise en œuvre, malgré le côte primaire de cette industrie naissante.

Le ministre de l’industrie au sein du gouvernement Tebboune, M. Mahdjoub Bedda, l’a appris à ses dépens. Il a été éjecté du gouvernement après avoir critiqué une industrie automobile quoi constituait, selon lui, « une importation déguisée ». Le nouveau ministre de l’Industrie, M. Youcef Yousfi, ne fera certainement pas la même erreur. Il s’est prudemment contenté d’annoncer une révision du cahier de charges pour ce secteur, en attendant un arbitrage de M. Ouyahia.

Homme d’Etat et homme de pouvoir

 

La révision de la loi sur la monnaie et le crédit, premier chantier du gouvernement de M. Ahmed Ouyahia, offre une nouvelle opportunité de faire un parallèle entre l’œuvre de Mouloud Hamrouche et celle du nouveau premier ministre. Dans sa méthode d’exercer le pouvoir et de gérer les affaires du pays, Moulourd Hamrouche était soucieux de construire un Etat avec des contre-pouvoirs puissants ; M. Ouyahia est préoccupé par l’idée de détenir le maximum de pouvoirs, y compris quand cela implique d’écraser les institutions.

Ahmed Ouyahia se trouve à court d’argent. Il a avoué que les salaires du mois de novembre risquaient de ne pas être payés, faute d’argent dans les caisses e l’Etat. Dans l’incapacité de trouver des ressources budgétaires supplémentaires, il décide de recourir à la création monétaire. Pour le faire, il doit lever un obstacle : la loi le lui interdit. Il change la loi, pour faire ce qu’il veut.

Mouloud Hamrouche s’était trouvé dans la même situation, peut-être même dans une situation plus difficile, car le pays n’avait pas de réserves de change et était fortement endetté.

Malgré cela, Hamrouche a fait adopter la loi sur la monnaie et le crédit. Concrètement, cette loi lui impose trois contraintes principales : elle lui interdit la création monétaire au-delà d’un certain seuil, représentant dix pour cent des recettes prouvées l’année précédente ; elle lui impose un échéancier de remboursement limité à dix mois, et elle met ces décisions entre les mains d’un gouverneur  de la Banque d’Algérie, sur lequel  le gouvernement n’a pas de prise. Le gouverneur de la Banque Centrale, nommé par le président de la république pour un mandat de six ans, renouvelable une fois, est chargé de missions précises, souvent opposées à la tendance dépensière de l’exécutif.

Autrement dit, Mouloud Hamrouche voulait mettre en place des institutions et des règles de gestion auxquelles se soumettraient les gouvernants. Ouyahia veut mettre les institutions à sa disposition et au service de sa politique. Hamrouche voulait instituer des contre-pouvoirs puissants, autonomes, immuables, capables de garder le cap face aux erreurs et errements des gouvernants qui sont, par définition, conjoncturels. Ouyahia saborde les contre-pouvoirs, pour disposer de tous les leviers de la décision.

C’est toute la différence entre un homme politique qui veut construire un Etat avec des institutions pérennes, et un homme de pouvoir qui renforcer son pouvoir au détriment des institutions.