La diplomatie algérienne au secours du Maroc

La diplomatie algérienne au secours du Maroc

La charge du Ministre des affaires étrangères, Abdelkader Messahel, contre le Maroc, a constitué une aubaine pour Rabat.

Abed Charef

Maintenant que la tempête s’est un calmée, il est possible de revenir avec un peu de sérénité que la dernière crise algéro-marocaine. Et puisque tout -plutôt n’importe quoi- a été dit sur cette affaire, pourquoi ne pas l’aborder sous un angle différent, pour dire que, par ses propos, Abdelkader Messahel a donné un coup de pouce inattendu au Maroc? Alors que des commentaires rageurs, parfois proches de l’insulte, émanant aussi bien d’Algériens que de Marocains étaient adressés au ministre des affaires étrangères après ses déclarations controversées, d’autres se délectaient discrètement de cette sortie, qui a offert à Rabat une bouée de sauvetage inespérée, à un moment très délicat.

Les faits d’abord. M. Messahel était, comme nombre de membres du gouvernement algérien, invité à s’exprimer à l’université d’été du Forum des Chefs d’Entreprises, l’organisation qui résume le mieux la puissance acquise par les forces de l’argent en Algérie. Comme d’autres ministres, M. Messahel a tenu un discours supposé ultranationaliste, à la limite de l’arrogance, pour affirmer la supériorité de l’Algérie et de son économie dans la région. Il a inutilement égratigné la Tunisie et l’Egypte, passant rapidement sur le vide libyen, avant de sonner une charge d’une rare violence contre le Maroc. Deux formules ont particulièrement retenu l’attention : la compagnie aérienne marocaine, la RAM, très présente en Afrique, servirait à transporter le kif produit au Maroc, et les banques marocaines, également très implantées dans le continent, blanchissent l’argent de la drogue.

Encombrant Doing business

Les propos sont plutôt inhabituels chez un ministre des affaires étrangères. Du point de vue de M. Messahel, ces arguments étaient supposés contrer la rhétorique selon laquelle l’économie marocaine serait mieux gérée que l’économie algérienne. La référence en la matière est, en l’occurrence, le fameux classement du doing business, dans lequel le Maroc avance, alors que l’Algérie recule. Le nouveau classement 2018 est tombé quelques jours plus tard, confirmant la tendance: le Maroc continue d’améliorer ses positions, alors que l’Algérie perd dix places, rétrogradant de la 156ème à la 166ème place. Elle est désormais parmi les pays les moins attractifs au monde.

La messe était dite. Les adversaires de M. Messahel jubilaient. Manque de tact, manque de diplomatie, propos irresponsables, rien ne lui a été épargné. Il a été accusé de saper les efforts de construction du Maghreb, de freiner la marche de l’histoire. Des commentateurs aussi improbables que Hafidh Derradji et le chanteur Khaled l’ont violemment critiqué. Ceci sans oublier, évidemment, les commentateurs marocains qui se sont déchainés.

Rares étaient ceux qui l’ont défendu. Certains ont évoqué des paroles tenues sous le coup de la fatigue. Ou de la colère. D’autres ont dit qu’il parlait dans une rencontre non officielle. Comme s’il pouvait s’agir d’excuses recevables. Mais là encore, aucun argument ne tient: un homme qui assume cette fonction reste ministre des affaires même en slip de bain, et M. Messahel, qui navigue au cœur du pouvoir depuis plus de quarante ans ne peut se laisser aller à la colère.

Calendrier défavorable au Maroc

Pendant que la polémique enflait, la partie marocaine accueillait avec délice toute cette agitation. Car le Maroc était confronté à un calendrier très délicat. Rabat devait, coup sur coup, gérer le premier anniversaire de la contestation dans le Rif, préparer la tournée que devait effectuer dans la région l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara Occidental, et trouver une parade à la participation de la RASD au sommet Europe-Afrique, qui pourrait constituer une consécration pour les Sahraouis.

En ébullition depuis une année, le Rif menaçait de basculer dans une nouvelle étape d’une contestation qui ne faiblissait pas. C’est d’autant plus évident que le Roi Mohamed VI a été contraint de limoger trois ministres, dont celui de l’intérieur.

En outre, le retour de la question sahraouie au premier plan de l’actualité onusienne a toujours constitué un moment de crispation dans les relations algéro-marocaines. La tournée de M. Horst Kohler à la mi-octobre, ne pouvait échapper à cette règle. Pour le Maroc, c’était d’autant plus inquiétant que le calendrier pouvait s’emballer, lors du sommet Afrique-Europe prévu à Abidjan. Les tentatives maladroites de la Côte d’Ivoire de ne pas inviter la RASD a ajouté un élément de tension supplémentaire.

Main de l’étranger

Sur ces entrefaites, intervient M. Messahel. Voulait-il, par des propos très durs, augmenter la pression sur le Maroc, en montrant ses muscles avant le sommet d’Abidjan, tout en faisant mine de défendre les choix économiques du gouvernement algérien? A-t-il envisagé l’éventualité que le Maroc récupère ses déclarations sortie à son profit ? Toujours est-il que le ministre des affaires étrangères a offert une porte de sortie inespérée au Maroc, qui a saisi ses déclarations comme une bouée de sauvetage.

C’est de bonne guerre, pourrait-on dire. Comme le nationalisme algérien est largement bâti sur un sentiment anti-français, le nationalisme marocain se nourrit abondamment de l’adversité algérienne. Rien n’est plus utile au Maroc, en temps de crise, qu’une initiative algérienne considérée comme hostile. Elle permet d’évacuer la pression, en essayant de ressouder l’unité nationale.

La main de l’étranger peut ainsi se révéler très utile. Celle de M. Messahel a été salutaire pour le Maroc ces dernières semaines. Mais comme pour l’Algérie, cela permet de se détourner momentanément des vrais problèmes, pas de les résoudre.
PS: y’a une erreur signalée par plusieurs lecteurs. Le ministre marocain de l’intérieur n’a pas été limogé

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Quand Novembre débloquait l’histoire

En histoire, il n’y a pas de blocage absolu. Et l’impasse politique actuelle n’est ni la première, ni plus la dangereuse dans l’histoire récente de l’Algérie. Mais c’est la plus complexe, car elle demande une ingénierie très sophistiquée.

Abed Charef (Sur le site du Quotidien d’Oran, jeudi 2 novembre 1994: http://bit.ly/2iUm2XY)

Depuis un siècle, l’Algérie a traversé trois grands cycles de son histoire récente. Ces cycles, qui ont duré une trentaine d’années chacun, correspondent en gros à une génération, et se sont tous terminés par une impasse. Chaque cycle a permis au pays de faire d’immenses progrès, mais les générations qui se sont succédées n’ont pas su gérer les résultats de leur propre action. Elles n’ont pas réussi à adapter leurs idées et leur action aux nouvelles données, provoquant des ruptures dans la douleur.

  1. Elaboration de l’idée nationale

Le premier cycle de cette histoire de l’Algérie depuis un siècle peut être considéré comme celui de la naissance et de l’élaboration  de l’idée nationale algérienne moderne. Il va des années 1920 à 1954. L’idée d’un Etat national algérien moderne, dans les frontières actuelles, est née et s’est imposée. Cet Etat national envisagé était supérieur à toutes les formes d’organisation connues jusque-là, qu’il s’agisse des organisations tribales, des royaumes ou des pouvoirs locaux, ou encore des systèmes d’alliance-allégeance à une puissance externe. L’aboutissement en sera la formule contenue dans la déclaration du 1er novembre 1954: « restauration de l’état algérien démocratique et social», ces deux derniers mots étant inconnus des mouvements de résistance antérieurs.

Il est difficile de dire dans quelle mesure l’Emir Abdelkader, parti d’une moubayaa (allégeance) locale, dans sa forme traditionnelle, a réussi à dépasser ce cadre étroit pour organiser la lutte dans un cadre national plus large. La vision de l’Emir a considérablement évolué entre son intronisation à la tête de la résistance et l’apogée de cette même résistance, et même plus tard, quand, dans l’exil, il observait l’évolution d’un monde qui se modernisait au nord en soumettant le sud. Sa pensée politique a tracé une trajectoire, mais elle n’a pas débouché sur une vision accomplie, élaborée et aboutie. Il a fallu attendre les hommes modernes du 20ème siècle pour franchir ce pas et formuler clairement le projet.

Le poids de Messali Hadj

Messali Hadj a joué un rôle essentiel dans l’émergence de l’idée nationale moderne. Ce n’est pas un hasard si sa pensée s’est forgée dans l’exil : la société algérienne traditionnelle, trop archaïque, n’était pas en mesure d’offrir le cadre de réflexion et d’organisation adéquat pour faire face à la puissance du système colonial. Il fallait d’autres contacts, d’autres idées, d’autres formes d’organisation et de lutte pour espérer s’élever au niveau de l’ennemi et espérer le battre.

Dans une première moitié du 20ème siècle parsemée de drames  et bouillonnante d’idées, Messali a donc réussi à mobiliser en dehors des cadres traditionnels. Il a clairement puisé dans les idées et concepts des lumières, y compris quand il se laissait déborder par le populisme. Malgré certaines sympathies et solidarités naturelles dans une sphère arabo-islamique en miettes, il a refusé de suivre les idées de la Nahdha qui faisait son chemin ailleurs, encore moins celles d’un islam plus rigoureux qui s’implantait dans certaines parties d’Orient.

Mais s’il a eu ce rôle central dans la formulation de l’idée nationale jusqu’en 1954, non seulement Messali Hadj n’a pas fait le 1er novembre, mais le 1er novembre s’est fait malgré lui, presque contre lui. C’est que Messali avait lancé une dynamique qui avait fini par le dépasser, et que lui-même ne comprenait pas. Il ne se rendait pas compte que le succès de son action, et celle du mouvement national de manière plus large, avait fait de lui un homme devenu inutile, voire encombrant, quand de nouvelles générations ont émergé, avec de nouvelles méthodes, de nouveaux instruments, une nouvelle manière de faire.

Première impasse

La démarche de Messali était arrivée à une impasse. Jusque-là, le mouvement national s’était cantonné dans le cadre légal qu’offrait le système colonial. La création et le développement de l’OS ont constitué une première tentative, avortée, de s’émanciper du cadre de la lutte légale. Les déboires de l’OS ont montré les limites de la démarche. Est-ce pour échapper à ce débat de fond que Messalistes et centralistes se sont écharpés sur des questions qui, à postériori, paraissent totalement incongrues ?

Passer d’une action pacifique légale à une méthode violente en rupture totale avec le passé constituait un choix que Messali n’a pas pu faire au moment opportun. Ses conflits avec le comité central du MTLD ont provoqué une stagnation, voire une régression du mouvement national, alors que la conjoncture paraissait favorable à un dépassement des contraintes de l’époque. L’irruption d’une nouvelle équipe a permis de changer l’équation : on allait sur un autre terrain, avec d’autres objectifs et d’autres méthodes. C’est ainsi que le 1er novembre a créé une dynamique qui a rapidement permis de rendre caducs tout ce qui était antérieur : thèmes politiques, conflits, objectifs, etc. le 1er novembre a ainsi permis de dépasser une impasse par le haut.

 

  1. Concrétisation de l’idée nationale

Le second cycle de cette histoire de l’Algérie moderne commence en 1954 et s’achève en octobre 1988. Il dure lui aussi un peu plus de trente ans. Un tiers de siècle. C’est le cycle de la concrétisation de l’idée nationale, et il se termine lui aussi par une impasse.

C’est une époque qui débute dans la violence. La répression coloniale s’exprime sans limite, laissant des traumatismes qui vont durer des décennies : en cette fin octobre 2017, un fils de chahid est toujours à la recherche de la photo de son père, dont il ne connait pas le visage.

Le 1er novembre affiche ses objectifs. Il est donc possible d’établir des bilans d’étape. Le congrès de la Soummam donne plus de contenu au projet, avant que la création du GPRA, le 22 septembre 1958, ne donne une concrétisation partielle mais formelle aux objectifs fixés. L’indépendance, en 1962, constitue le grand moment de cette étape, car l’objectif considéré comme le plus important est atteint.

Débordement inattendu

Dans la foulée, le 1er novembre provoque quelque chose d’immense. Dire que la guerre de libération a dépassé ses initiateurs est un euphémisme. Elle est devenue un symbole du sacrifice pour la liberté et la justice, un symbole des luttes des pauvres et des faibles contre les riches et puissants. Elle a acquis une sympathie qui a dépassé tout ce qu’il était possible d’imaginer, y compris dans la société et chez les intellectuels du pays colonisateur.

Mais l’indépendance n’était qu’une étape. Il restait à construire l’Etat « démocratique et social dans le cadre des principes de l’Islam », et de concrétiser l’idéal maghrébin, également énoncé par la déclaration du 1er novembre.

Et c’est à ce moment que l’Algérie s’est trouvée face à elle-même, à ses contradictions et à ses limites. La génération qui avait combattu pour l’indépendance avait fini par sacraliser la force, seule moyen d’atteindre ses objectifs. La formule de Abdelhamid Mehri prend tout son sens : ceux qui ont prix les armes en 1954 avaient raison ; par la suite, on a pensé que ceux qui ont les armes ont raison. Les pouvoirs qui s’imposent par les armes se pensent donc naturels, populaires et légitimes.

L’Etat du possible

D’autant plus que dans cette Algérie post-62, il fallait construire un Etat. Ceux qui s’en sont chargés ne pouvaient naturellement le concevoir que dans cette optique. Un ancien haut responsable me rappelait cette évidence à la fin des années 1980. « Le pays colonisateur était un pays de multipartisme. Ceux qui le soutenaient aussi. Par contre, ceux qui nous ont soutenu, de l’Egypte à la Tunisie, en passant par la Chine et les anciens pays de l’est, étaient tous des pays de système de parti unique. Pour nous, il était naturel que le système de parti unique offrait de meilleures garanties », disait-il.

Situation aggravante, l’Algérie avait une expérience paradoxale de la vie partisane. Elle ne connaissait que celle de l’époque coloniale, évoquée avec mépris. Elle n’avait pas non plus l’expérience et les traditions d’un véritable Etat. Les hommes appelés à diriger le pays se sont formés dans l’opposition. Ils avaient réussi à détruire le système colonial, mais beaucoup d’entre eux se sont formés dans l’adversité, dans la violence et la guerre. Ils n’avaient pas le profil idéal de bâtisseurs.

Cela donne les tâtonnements de l’après-indépendance. La génération des pionniers de la lutte armée est rapidement écartée (Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem, Rabah Bitat, Ben Tobbal, Hocine Aït-Ahmed, Abdelhamid Boussouf, Mohamed Khider), Messali est oublié. Des institutions de type populaire sont mises en place, mais elles montrent rapidement leurs limites. Elles ne sont plus en mesure d’encadrer la société. Celle-ci, précisément, explose. La scolarisation massive, l’amélioration du niveau de vie, l’offre de travail, l’exode rural créent une société nouvelle.

Le pays change de société

Ce qui pouvait constituer une évolution normale d’une société pauvre vers une société stratifiée, avec l’émergence d’entrepreneurs capitalistes, d’une classe moyenne et d’une bureaucratie d’Etat, est perçu comme une profonde injustice, voire une trahison. Cela parait d’autant plus justifié que le discours officiel reste inspiré d’un socialisme formel et d’un égalitarisme hérité du mouvement national.

Les grandes mesures populaires de l’après-indépendance ont permis d’entretenir une dynamique de progrès social dans un pays où tout était à construire et où l’ascenseur social fonctionnait bien. Mais la machine s’est progressivement grippée, poussant à des tentatives cycliques de révision, notamment sous Chadli Bendjedid. Ce fut la restructuration des entreprises au début des années 1980, la révision de la charte nationale en 1985, puis les réformes économiques à partir de 1987. Mais là encore, tout était pensé dans le cadre d’un système du pari unique, alors que celui-ci constituait précisément le verrou qui empêchait d’aller vers des solutions. C’était de nouveau l’impasse, que la rue va faire sauter une nouvelle fois, en octobre 1988. Elle a, formellement, imposé un nouveau cadre d’organisation, le multipartisme, avec ses corollaires que sont la liberté d’expression, de pensée, d’organisation, d’entreprendre, etc.

 

  1. Le cycle des fausses solutions

 

En cette année 2017, l’Algérie est à la fin du troisième cycle de son histoire moderne entamée il y a un siècle. Abordé dans la douleur, ce nouveau cycle a permis au pays d’entrevoir les formidables promesses de la démocratie, avant d’expérimenter, une à une, toutes les fausses solutions qu’il est permis d’envisager.

Avec les libertés, l’Algérie a découvert le débat, la différence, la presse privée. Une nouvelle génération politique a émergé, introduisant des concepts innovants : société civile, laïcité, reconnaissance formelle des Droits de l’Homme, Etat de droit, etc. Il y avait, surtout, au bout, cette possibilité de voter librement, voire de postuler librement au pouvoir.

Après un moment d’hésitation, les appareils politique, militaire, administratif et sécuritaire ont donné l’impression de jouer le jeu. Ils ont accompagné le mouvement, l’armée se retirant formellement du FLN et le président Chadli Bendjedid acceptant de nommer un ministre de la défense, lequel se rendait au parlement défendre le budget de son ministère. L’Algérie était sur le point de basculer vers une démocratie élective « normale ».

Le dérapage islamiste

Mais c’était compter sans la présence encombrante celle de l’islamisme politique. Celui-ci promettait d’instaurer une dictature théologique pour remplacer un pouvoir autoritaire finissant. Les incertitudes du moment – manque de crédibilité du FLN, absence de confiance, crise économique, impatience de la société et des oppositions, conjoncture internationale in certaine-, ont fait basculer l’expérience démocratique la plus prometteuse du monde arabe vers une quasi-guerre civile.

Le pays a alors plongé dans une violence inouïe, sept années de larmes et de sang, ponctuées par des massacres aux portes d’Alger. Il en sortait par une tentative de réconciliation loin d’être parfaite, mais qui offrait l’immense avantage d’éliminer l’essentiel de la violence.

Le système s’était de son côté reconstitué autour de l’appareil militaire et sécuritaire, et sortait relativement renforcé de l’épreuve. Ce qui permet au pays d’aborder le nouveau siècle dans des conditions nettement meilleures, car l’islamisme politique était définitivement disqualifié. Son influence au sein de la société était devenue marginale.

Et dérapage du pouvoir

Cette fois-ci, le dérapage viendra du pouvoir. Croyant que sa victoire militaire sur l’islamisme lui permettait tout, il s’est enfermé dans une logique de clientélisme et de prédation qui a exclu des pans entiers de la société. Des digues morales et éthiques ont sauté. L’abondance financière de la décennie 2004-2013 a favorisé une corruption à grande échelle, couplée, fait aggravant, à une impunité dont bénéficient des dirigeants haut placés.

Le pays fonctionne alors à l’heure des scandales : Khalifa, Sontrach, Chakib Khelil, l’autoroute est-ouest, etc. Les contrats donnent lieu à une incroyable gabegie. Les transferts illicites atteignent des sommets, jusqu’à 30 pour de la valeur des importations, selon un ministre en poste. La gouvernance atteint le point zéro.

Cette descente aux enfers s’accompagne d’une dérive politique encore plus désastreuse. Le président Bouteflika change la constitution pour briguer un troisième mandat en 2009. Il se porte candidat pour un quatrième mandat en 2014 alors qu’il n’est même en mesure de parler, ni de se mouvoir, depuis un AVC dont il a été victime en avril 2013. Des cercles de courtisans, mais aussi des cercles d’intérêts économiques très puissants se forment et se consolident autour de lui, captant les contrats, les importations et l’argent public.

La chute brutale du prix du pétrole révèle l’ampleur de la crise. Non seulement le pays ne dispose pas d’institutions viables, mais il n’est plu capable d’organiser une riposte réfléchie, comment le montrent les années Sellal. Les milieux d’affaires montrent leur puissance avec l’affaire Tebboune. En un mo comme en cent, le pays est dans l’impasse.

Dans la négociation ou dans la douleur ?

Dans l’immédiat, la situation parait bloquée. Par défaut, le pays semble s’orienter vers un absurde cinquième mandat. Cela parait d’autant plus plausible qu’à défaut de pouvoir construire du nouveau, le pouvoir a fait preuve d’une rare habileté à détruire toutes les alternatives. De plus, il a le soutien d’une grande partie des puissances d’argent et de nombreuses clientèles du pouvoir.

Est-il possible, pour autant, d’envisager une sortie de cette impasse par le haut ? La plus souhaitable serait une élection présidentielle libre démocratique. En l’état actuel des institutions du pays, cette alternative est exclue. L’Algérie n’est pas en mesure d’organiser des élections crédibles.

Une sortie raisonnable pourrait être envisagée sous la forme d’une solution négociée, pour établir de nouvelles règles du jeu. Elle est portée notamment par le FFS, qui a admis l’impossibilité de faire plier le pouvoir et de faire table rase du passé.

D’autres partis, sans être certains de leur force, veulent une confrontation avec le pouvoir. Ils accueilleraient favorablement un coup de pouce de l’armée qui, à défaut de destituer le président Bouteflika, pourrait montrer des signes qu’elle se désolidarise d’un catastrophique cinquième mandat.

Toutes ces questions demeurent posées, alors que le pays a franchi des étapes importantes dans sa modernisation. L’Algérie sait aujourd’hui ce qui n’est plus possible : un pouvoir totalitaire, islamiste ou militaire, un système sans légitimité, un pouvoir incapable d’offrir au pays une place dans le monde moderne.

A contrario, plus personne ne conteste l’idée d’un système démocratique respectueux des libertés fondamentales, ouvert sur le monde moderne, fondé sur le vote libre, l’égalité des chances et l’Etat de droit. Cela parait suffisant pour construire un consensus et envisager une sortie de l’impasse par le haut.

Il reste à trouver l’ingénierie nécessaire pour s’y lancer, et conclure en beauté un siècle de l’histoire moderne du pays. Ce serait aussi le meilleur moyen de léguer aux nouvelles générations pays assaini, débarrassé des contentieux et des tares du passé. Mais en tout état de cause, il n’y a pas de blocage absolu dans l’histoire d’un pays. La sortie se fera. Dans la négociation ou dans la violence. Le tout sera de savoir combien de temps le pays va mettre pour sortir de l’impasse actuelle, et quel sera le prix à payer.

En Algérie, le discours sur les énergies renouvelables ne se renouvelle pas

En Algérie, le discours sur les énergies renouvelables ne se renouvelle pas

 

Les ministres changent, les discours et les méthodes non. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, très attendu sur les énergies renouvelables, a reproduit les même discours convenu, sans aucune innovation.

Abed Charef (maghrebemergent.info)

Les énergies renouvelables patinent dangereusement en Algérie. Le discours des officiels sur la transition énergétique ne se renouvelle pas non plus. Ce qui fait office de programme se résume à une série de lieux communs, de banalités et de déclarations d’intention, sans effet sur la réalité économique du pays.

Le 7ème salon des énergies Energies renouvelables (ERA 2017), qui se tient à Oran du 23 au 25octobre au Palais des Conventions à Oran, l’a largement confirmé. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, et la ministre de l’Environnement et de la transition énergétique, Fatima Zerouati, s’y contentés de discours de convenance, sans relief ni innovation. Le programme des Energies renouvelables, élaboré en 2011, a été révisé et été érigé en priorité nationale lors d’un conseil des ministres de mai 2015, a rappelé M. Guitouni, qui affirme vouloir « maintenir les objectifs » initiaux en vue de parvenir à 4.000 mégawatts à l’horizon 2020 et 45 à 51 gigawatts à 2030.

Comment y parvenir ? M. Guitouni maintient le cap chimérique énoncé par un de ses éphémères prédécesseurs, Nouredine Bouterfa. Il veut « réussir l’option industrielle », c’est-à-dire produire des énergies renouvelables qui s’appuieraient sur des équipements produits en Algérie. M. Bouterfa voulait que cette condition soit énoncée dans l’appel d’offres. Il est parti, mais l’appel d’offres, annoncé comme imminent il y a un an, est toujours à l’état de projet.

Langue de bois et nouveautés

M. Guitouni semble s’orienter vers les mêmes choix que son prédécesseur, quand il affirme que le succès du renouvelable en Algérie impose au gouvernement « deux conditions de succès ». Selon lui, il faut « mettre en place une véritable action économique orientée vers la réalisation du projet », et ne pas se contenter d’importer les équipements. « Pas question », affirme-t-il, tranché, sur ce second point.

Mais concrètement, M. Guitouni n’a fait aucune annonce. Ni procédures, ni financements, ni incitations bancaires, ni formules de rachat de l’énergie. Rien. Le particulier ou l’investisseur qui veut s’équiper en renouvelable doit se débrouiller seul, dans le magma de la règlementation et des contraintes de la bureaucratie algérienne.

Cela limite fortement les possibilités pour le renouvelable. Un ingénieur chinois affirme clairement : « il n’y a rien ; tout est flou ». Selon lui, il est « impossible de concevoir un projet d’énergie renouvelable dans les conditions actuelles ». Il faut « réunir un minimum de conditions », notamment connaitre « les conditions d’achat de l’électricité, les conditions de financement et les conditions d’investissement », dit-il.

« Devenir leader et exportateur »

Le ministère de l’Energie n’en est pas encore là. Face aux besoins très complexes du secteur, il est contraint de se limiter à des tâches primaires, comme « recenser les sites à haut potentiel », les seules actions qu’il semble en mesure de mener à bien.

Cela réduit considérablement les opportunités de recours l’énergie renouvelable. L’écart entre le prix de l’énergie conventionnelle et celle renouvelable reste si important que seules quelques niches très réduites peuvent être intéressantes. Un installateur algérien les énumère, mais il a vite fit le tour : de petites installations isolées, pour lesquelles un investissent classique serait trop lourd en raison de leur éloignement, par exemple.  Autrement, lui-même, pourtant installeur, conseille à ses clients de s’adresser à Sonelgaz pour une alimentation électrique classique. C’est tout dire.

Cela suffit montrer tout le côté superficiel du discours officiel sur la question. Mais cela n’empêche pas M. Guitouni d’affirmer avec un aplomb étonnant, qu’en matière de renouvelable, l’Algérie veut être « leader » en équipements et en production d’énergie, et devenir exportatrice de panneaux solaires.

Le 5ème mandat n’est pas une fatalité

En cette veille de 1er novembre, le métier de chroniqueur est devenu pénible : il contraint à dire comment le cinquième mandat veut être imposé comme une fatalité.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 octobre 2017)

Les digues continuent de tomber, l’une après l’autre. Répondant on ne sait à quels impératifs, Ahmed Ouyahia a accéléré le mouvement cette semaine. Le commis de l’Etat, le haut fonctionnaire légaliste, le bureaucrate discipliné a disparu. Il n’y a désormais plus qu’un homme de pouvoir pris dans un engrenage infernal, navigant entre clans et réseaux, essayant d’expliquer ou de justifier ce que, en d’autres temps, il aurait considéré comme un reniement total.

La proximité avec les forces de l’argent ? Il l’assume. Il ne se demande plus, comme il faisait naguère, si cet argent est légitime, fondé sur du travail ou s’il est gris. Il est vrai que le gouvernement a déjà abdiqué avant lui, sous Abdelmalek Sellal, lorsqu’il a prononcé une amnistie de fait en fermant les yeux, pourvu que les détenteurs d’argent acceptent de déposer leur fortune à la banque.

Chakib Khelil ? Victime d’une « grande injustice », selon M. Ouyahia. Ce que révèle la presse italienne et suisse, les auditions de la justice italienne, les déclarations de hauts responsables de l’entreprise italienne ENI, les accusations portées par le procureur général d’Alger, les révélations sur la accointances avec Farid Bedjaoui, tout ceci est insignifiant, inexistant face à la vérité révélée par M. Ouyahia qui, fut en d’autres temps, ministre de la justice.

On parle entre soi

L’amnistie fiscale ? M. Ouyahia y est favorable. Normal, dirait-on : il a été éradicateur intégral avant de devenir un chantre de la réconciliation, il a rédigé la loi de finances 2009 avant de passer au libéralisme sans limites. Le tout étant, naturellement, classé sous un label fourre-tout, l’application du programme du président de la République.

A peine M. Ouyahi prend-il parfois le soin de dire qu’il parle en tant que chef d’un parti, le RND, non comme premier ministre. Mais quand ce chef de parti est le premier ministre en fonction, et leader, de fait, de la majorité gouvernementale, il devient évident que M. Ouyahia déroule la feuille de route de l’exécutif. Lequel exécutif semble mandaté pour mener l’Algérie à l’échéance 2019

Car dans cet exercice, M. Ouyahia ne parle pas aux Algériens. Il s’adresse à l’Algérie qui compte, celle de ses partenaires du pouvoir, cercles, réseaux, groupes d’intérêt, et tout ce qui constitue le pouvoir, formel ou informel, pour leur expliquer le contenu du deal en préparation pour 2019.

Enfermement

Ce deal relève d’une vision qui renforce clairement l’enfermement du pays. Dans tous les domaines. Sur le plan militaire et sécuritaire, on verrouille la frontière avec un dispositif qui occupe l’essentiel des préoccupations du chef d’état-major de l’armée ; on multiplie les obstacles pour l’entrée des « autres » en Algérie, qu’ils soient migrants ou investisseurs. Quitte à se répéter, on renforce le sentiment de la citadelle assiégée.

La politique étrangère complète parfaitement ces choix. M. Abdelkader Messahel ne parle plus de diplomatie ni de politique régionale et internationale, mais de sécurité. Les managers algériens se plaignent, à raison, de l’absence de diplomatie économique : la diplomatie algérienne, fondamentalement sécuritaire, ne sait pas faire le reste.

Au plan interne, les choix économiques sont vus sous l’angle strictement sécuritaire : commet concéder aux Algériens certains « acquis », comme les subventions et les soutiens de prix, pour éviter l’émeute, et comment assurer un minimum de croissance, de préférence au profit des « amis du moment ». Cela laisse évidemment de côté les questions centrales se rapportant aux changements nécessaires, à la démocratie, à la gouvernance, aux profondes réformes économiques devenues vitales pour le pays.

Eviter le cataclysme

En se plaçant dans cette optique, le pouvoir, dont M. Ouyahia est l’expression la plus visible, exclut toute idée d’évolution. Ce pouvoir cherche des arrangements, pas des solutions. Il ne tente, à aucun moment, de résoudre des questions qui vont se reposer dans un mois, dans un an, dans cinq ans. Tout le monde sait que la gestion des APC est un échec. Mais on reconduit les mêmes mécanismes et les mêmes méthodes qui ont débouché sur des APC défaillantes. Le gouvernement veut même créer de l’enthousiasme autour des élections, alors qu’il en connait les limites.

Cette vision étriquée de la gestion des affaires du pays est assise sur un socle d’intérêts. Toute remise en cause, même partielle, devient dangereuse pour les équilibres internes du pouvoir, comme l’a prouvé l’expérience Tebboune. Un changement de fond est dès lors perçu comme un cataclysme. Même un changement mineur est vu comme une menace potentielle, car on ne sait jusqu’où il peut mener.

C’est dire que, pour les cercles composant le pouvoir, le cinquième mandat est perçu comme la solution la moins risquée, et la plus facile à mettre en œuvre : il suffit de ne rien faire pour l’imposer. Une vérité cruelle ; d’autant plus cruelle qu’on est obligé d’évoquer cette fatalité à la veille d’un 1er novembre.

Mais le 1e novembre a précisément appris aux Algériens qu’il n’y a pas de fatalité.

Sonatrach prisonnière du boulet Ould Kaddour

Affaiblie, ligotée, Sonatrach est pourtant appelée à redevenir une grande compagnie. Un défi impossible à relever.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 octobre 2017)

Sonatrach est devenue une immense administration ; une pieuvre bureaucratique, incapable d’avancer, d’innover, d’assumer une charge qui semble désormais hors de sa portée. La première compagnie africaine en termes de chiffre d’affaires, premier contributeur au budget de l’Etat algérien, premier pourvoyeur du pays en devises, première force de frappe économique, n’a ni l’organisation, ni le dynamisme, ni le savoir-faire nécessaires pour être ce géant qu’elle a toujours prétendu être.

Ce n’est pas un cadre poussé à la retraite ou un opposant en mal de notoriété qui le dit. C’est le PDG de la compagnie lui-même, Abdelmoumène Ould Kaddour. Dans une sortie très remarquée, pour l’une de ses toutes premières interventions publiques depuis sa nomination controversée, M. Ould Kaddour a reconnu ce qui circulait depuis longtemps dans les milieux spécialisés, et que l’opinion soupçonnait vaguement, à savoir que Sonatrach vivait sur sa rente de notoriété plutôt que sur son capital management.

Mais le mal était, en fait, un secret de polichinelle. Car quand une compagnie consomme six patrons en moins d’une décennie, cela signifie clairement qu’elle connait un sérieux problème de management. Pire encore : les scandales Chakib Khelil et Mohamed Meziane, laisseront des traces pour de longues années encore. A un point tel que Mourad Preure, consultant en énergie, affirme ne pas « connaitre une compagnie qui a connu une crise aussi longue et qui soit encore de ce monde ».

Une notoriété écornée

De l’extérieur, Sonatrach garde cependant un préjugé favorable. Pour peu que… L’économiste Tayeb Hafsi, un apôtre de l’initiative privée, affirme ainsi que « si elle était libérée, Sonatrach pourrait créer des richesses plus grandes que le pétrole lui-même ». Certes, pour le moment, cette entreprise est « devenue une administration », où « il n’ya plus de savoir-faire ». Mais cette « réalité » que décrit le patron de la compagnie « n’est pas de la responsabilité des gens qui sont à Sonatrach », estime M. Hafsi. Elle relève, selon lui, « de la responsabilité de l’Etat qui a imposé un mode de fonctionnement ».

Mourad Preure, va plus loin. Il estime que même si elle a « du retard à rattraper », un euphémisme pour parler des déboires de la compagnie, le principal atout de Sonatrach réside dans son management, pas dans ses réserves. Selon lui, « la puissance de l’Algérie repose sur Sonatrach, sur sa capacité à assurer les équilibres énergétiques à long terme et assurer transition énergétique ». De manière plus générale, il affirme que « la puissance pétrolière des pays producteurs ne repose pas sur leurs réserves mais sur la compétitivité de leurs compagnies ».

Défaillances

Pour l’heure, Sonatrach n’en est pas là. En énumérant les actions que la compagnie devrait engager, M. Preure pointe, en fait, ce qui fait défaut à Sonatrach. Celle-ci doit « se renforcer pour se mouvoir dans la compétition internationale », mener des « actions d’organisation et de formation », et, « forcément », envisager « un changement de gouvernance » pour développer « ses capacités technologiques et managériales. En un mot comme en cent, elle doit « revoir en profondeur son système de management ».

A ce défaut de gouvernance, s’ajoute un sérieux déficit d’image, particulièrement à l’international. Et ce ne sont pas les déclarations d’intention sur la révision de la loi sur les hydrocarbures et les velléités de se lancer dans l’exploitation du gaz de schiste qui vont ramener la sérénité. L’absence de crédibilité des différents ministres qui se sont succédés introduit un doute supplémentaire : qui se souvient de M. Salah Khebri, ministre de l’Energie quand Sonatrach était dans la tourmente ? M. Noureddine Bouterfa, très médiatisé il y a un an après la réunion de l’OPEP qui avait amorcé un redressement du prix du pétrole, a lui aussi disparu et, avec lui, son projet de 4.000 mégawatts d’énergie renouvelable dont l’appel d’offres devait être lancé début 2017. Personne ne sait ce qu’est devenu ce projet.

Probité

Sur ce, arrive M. Ould Kaddour. Le sulfureux manager paraissait le moins indiqué pour restaurer la crédibilité de Sonatrach. Il n’est pas légitime pour mener à bien cette tâche. Il a en effet purgé une peine de prison pour une obscure affaire d’espionnage. Si l’accusation était fondée, il aurait du disparaitre du paysage économique. S’il a été condamné alors qu’il était innocent, il aurait fallu le réhabiliter publiquement, lui présenter des excuses, et définir les responsabilités de cette affaire pour éventuellement punir ceux qui l’auraient enfoncé gratuitement. On n’en est pas là.

Mais en l’état actuel des choses, même s’il fait un diagnostic technique correct sur l’état de la compagnie, M. Ould Kaddour n’est pas légitime pour la redresser. Comment vont le considérer ses interlocuteurs étrangers qui vont négocier avec Sonatrach ? Comment fera-t-il pour mobiliser un encadrement qui le regarde, disons, avec scepticisme ? Comment va-t-il obtenir l’adhésion de cadres encore assommés par les affaires Khelil, Meziane et BRC ? Quel crédit vont lui accorder les Algériens qui, à tort ou raison, sont hostiles à l’exploitation du gaz de schiste ?

Il y a, en Algérie, des postes de responsabilité dont les titulaires ne doivent souffrir d’aucune entache. Aucun doute ne doit entourer leur probité. Ils ne doivent offrir aucune prise, ne présenter aucun soupçon, aucun doute, concernant leur passé et leur gestion.

Celui de PDG de Sonatrach en fait partie.

Derrière les formules rassurantes, une inquiétante réalité économique

 « Financement non conventionnel » ou « planche à billets » : ce simple choix de mots révèle la volonté du gouvernement de bien emballer ses actions, sans souci du contenu.

Abed Charef

(Sur le site du Quotidien d’Oran, mardi 17 octobre 2017: http://bit.ly/2gMlBuY)

 

Le gouvernement algérien réalise de véritables prouesses pour trouver de jolies formules destinées à occulter des échecs répétés, des décisions contestables ou des bilans indéfendables. Et comme la situation se dégrade rapidement, qu’elle devient ingérable, mettant l’exécutif au pied du mur, les communicateurs sont obligés de faire vite. Une formule chasse l’autre, dans un mouvement infini, qui met le gouvernement dans la situation d’un cyclise épuisé mais condamné à continuer de pédaler, car s’il s’arrête, il tombe.

Le ministre des finances, M. Abderrahmane Raouia, est brillamment entré dans ce jeu. Lundi dernier, il a affirmé que le gouvernement va mettre en place des moyens rigoureux pour lutter contre l’inflation que pourrait générer le « financement non conventionnel » de l’économie. « Nous allons établir un ensemble de paramètres pour éviter ces dérives », a déclaré M. Raouia à l’APS. Le mot « paramètres » est rassurant car il renvoie à un souci de rigueur, de rationalité et de transparence des règles mises en place.

Auparavant, M. Raouia avait annoncé qu’une commission serait installée au ministère des finances pour contrôler le « financement non conventionnel de l’économie ». La même commission devait être installée initialement à la présidence de la république. Mais ce cafouillage est insignifiant par rapport aux enjeux.

Belles formules

Pourquoi M. Raouia et le Premier ministre Ahmed Ouyahia insistent-ils sur le rôle salutaire de cette commission ? Tout simplement parce qu’ils savent que leur argumentaire est fragile : ils viennent de dessaisir la Banque d’Algérie de ces prérogatives, et ils veulent convaincre qu’une petite commission qu’ils vont créer, composée de fonctionnaires qu’ils vont nommer, va empêcher les débordements! En procédant comme il l’a fait, M. Ouyahia promet d’installer des digues pour contenir les flots charriés par une inondation qu’il a lui-même provoquée, en dynamitant le barrage qui se trouvait en amont ! Car malgré l’érosion continue de ses pouvoirs, la Banque centrale demeurait gardienne de certains dogmes et attributs, dont celui de lutter contre l’inflation.

Dans l’intervalle, le gouvernement aura réussi à imposer dans le jargon financier la belle trouvaille que constitue le « financement non conventionnel », qui peut être tout aussi bien désigné par la formule « création monétaire », ou plus vulgairement par celle de « planche à billets ». L’élégance des mots ne peut occulter l’indigence de la décision , même quand M. Raouia promet que l’opération sera rigoureusement encadrée et soumise à un suivi continu ».

Le précédent Benkhalfa

L’ancien ministre des finances Abderrahmane Benkhalfa avait fait encore mieux en matière de mots. Il avait présenté une abdication gratuite face à l’argent sale comme une prouesse économique. Pour tenter de combler le gouffre du déficit budgétaire, il avait invité les détenteurs d’argent inavouable à le déposer auprès des banques en contrepartie du paiement d’une amende forfaitaire de sept pour cent. Il avait baptisé une vulgaire opération de blanchiment d’argent sous l’appellation pompeuse de retour à la « conformité fiscale ».

Pour quel résultat ? Le gouvernement n’a pas établi de bilan précis. Les sommes récoltées sont cependant restées dérisoires par rapport à ce qui était attendu, et par rapport aux besoins de l’économie du pays. Le résultat est terrible : malgré une abdication morale, le gouvernement s’étant engagé fermer les yeux face à la provenance d’un argent douteux, la récolte a été insignifiante.

Abdication morale

Dès lors, le signal émis est d’une extrême gravité. Le gouvernement signifie clairement aux détenteurs d’argent qu’il est prêt à toutes les compromissions pour éviter la banqueroute. Et s’il en fallait une preuve supplémentaire, M. Ouyahia l’a fournie aux Algériens lors de la présentation de son plan d’action devant le Parlement. Il a en effet déclaré qu’à défaut de recourir à la planche à billets, fonctionnaires et députés risquaient de ne pas percevoir leurs salaires et indemnités du mois de novembre.

Comment tenir un discours pareil et prétendre, dans le même temps, attirer des investisseurs nationaux et étrangers ? Cela revient à proposer à la location une maison qui est en train de brûler. M. Ouyahia ne semble pas s’en rendre compte. Il est obsédé par autre chose. Il garde un œil sur le prix du baril, un autre sur le thermomètre social, seuls indicateurs significatifs à ses yeux.

Dialogue et monologue

Malgré ses choix, le gouvernement redoute une contestation qui remettrait en cause l’édifice précaire mis en place. Il cherche donc l’adhésion de nouvelles forces politiques et sociales à sa démarche. Il invite au dialogue. L’offre a été formulée officiellement par M. Ouyahia lors de ses interventions devant le Parlement.

Mais pour M. Ouyahia, le dialogue a une signification bien précise. Il implique que le gouvernement parle et les autres écoutent, et approuvent. Au moment où il lançait son offre de dialogue, l’exécutif a déjà pris les décisions que lui impose son agenda politique, et en avait entamé l’application. Il demandait aux autres de prendre le train en marche, pour appuyer sa démarche. En ce sens, dialoguer se limite à « enrichir » la démarche du gouvernement, comme au bon vieux temps du parti unique, non à la remettre en cause, encore moins à proposer des alternatives.

Du reste, M. Ouyahia déteste les alternatives. Pour lui, tout est là : le financement non conventionnel n’est pas « une option », mais « un impératif ». Là encore, un simple jeu de mots.

La presse algérienne, ce qu’il en reste et ce qu’on en attend: un tapis pour le 5ème mandat

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http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/la-nouvelle-feuille-de-route-des-m-dias-alg-riens-un-cinqui-me-mandat-pour-bouteflika

Tout sur le financement non conventionnel

Tout sur le financement non conventionnel

Une polémique sur le financement non conventionnel a surgi dès le retour de M. Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement. De quoi s’agit-il ?

Abed Charef

Les deux chambres du parlement ont adopté cette semaine la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, qui ouvre la voie au « financement non conventionnel » de l’économie. Cette mesure, assurent ses promoteurs, « ne sera pas à l’origine d’une augmentation des dépenses ». Elle « n’aura pas non plus pour effet d’accentuer le taux d’inflation », et le gouvernement « n’aura recours à cette formule qu’après épuisement de toutes les ressources traditionnelles ». Du reste, c’est une méthode banale, utilisée « un peu partout dans le monde », dit-on.

Ces formules, abondamment répétées, ont servi d’argumentaire au gouvernement de M. Ahmed Ouyahia face aux multiples critiques contre le recours à la planche à billets. Le premier ministre et le ministre des finances Abderrahmane Raouia ont aussi assuré qu’une commission sera créée afin de surveiller cette opération, « exceptionnelle » « et limitée dans le temps ». Elle s’étalera sur cinq ans seulement. Mais que valent ces arguments, en fait?

Surenchère sur l’inflation

Le point le plus souvent évoqué dans la controverse actuelle concerne l’impact du financement non conventionnel sur l’inflation et le pouvoir d’achat. Alors que des opposants affichaient leur crainte d’une inflation à deux chiffres, MM. Ouyahia et Raouia se sont voulus rassurants. M. Raouia a affirmé que l’inflation sera contenue dans la limite de 5.5% en 2017 et 2018, avant de reculer à 3,5% en 2020.

Auparavant, Saïd Maherzi, vice-gouverneur de la Banque d’Algérie, que rien, à priori, ne forçait à se mêler de cette question, a assuré que «le financement non conventionnel ne devrait pas se répercuter par une explosion de l’inflation ».

Comment M. Raouia va-t-il tenir ce pari, alors que le gouvernement va injecter des liquidités sans contrepartie productive? Quand le pays disposait encore de réserves du FRR, l’inflation s’était établie à 4.8% en 2015, et 6.5% à juin 2017. Comment, avec la dégradation survenue depuis, et celle attendue, espérer une baisse de l’inflation ? Le simple bon sens devrait pousser à un peu de prudence, qui ne semble pas être la qualité première de M. Raouia.

Le discours du ministre des finances n’a visiblement aucune assise économique. Il est juste destiné à rassurer les Algériens. Le gouvernement n’a qu’une maitrise extrêmement réduite pour contenir l’inflation. Certes, il dispose encore de certains leviers ; il peut toujours maintenir à leur niveau d’il y a dix ou vingt ans les prix de certains produits administrés (lait, pain, eau, etc.), mais son action provoquera des distorsions supplémentaires, sans rien changer aux fondamentaux de l’économie algérienne.

Fonds réservés à l’investissement ?

M. Raouia a encore assuré, devant le Conseil de la Nation, que le financement non conventionnel sera « exclusivement employé pour financer des projets d’investissement ». Une formule creuse, pour ne pas dire plus. Pour le gouvernement, il y a les recettes et les dépenses. Le reste, c’est de la démagogie, ou un simple tour de passe-passe destiné à donner le chantage, quand ce n’est pas du mensonge.

D’anciens gouvernements s’étaient avancés sur des questions similaires. M. Abderrahmane Benkhalfa avait ainsi affirmé que les fonds collectés lors du fameux programme de conformité fiscale et l’emprunt obligataire devaient eux aussi servir à financer l’investissement. Quels investissements ? Où sont-ils ? Même si le gouvernement avait l’intention de le faire, il ne pourrait pas.

Règles et transparence

Prenant le relais de M. Ouyahia, M. Fayçal Tadinit, directeur général du Trésor, a déclaré que le financement non conventionnel est « une technique financière connue, qui a fait ses preuves dans certaines circonstances ». Ce qu’il dit n’est pas faux. Mais les conditions dans lesquelles agissent les uns et les autres ne sont pas comparables. Comparer l’économie algérienne à celle des Etats-Unis, avec ses règles, sa transparence, ses contre-pouvoirs, sa diversité, ses acteurs, relève de la supercherie. En Europe, les règles sont encore plus contraignantes, avec un déficit budgétaire plafonné à trois pour cent et constamment surveillé par Bruxelles.

Limiter le financement non conventionnel à une période de cinq ans n’a pas de sens non plus dans un pays qui a prouvé le peu de crédit qu’il accorde au droit. Hier, le gouvernement faisait un discours sur la capacité de l’Algérie à faire face à la crise « grâce aux mesures prises dans le cadre du programme de son Excellence le président de la République». Aujourd’hui qu’il est au pied du mur, il fait d’’autres promesses impossibles à tenir. Mais comme MM. Sellal, Tebboune et d’autres avant lui, M. Ouyahia n’a pas de comptes à rendre. Il peut affirmer ce qu’il veut.

Contre-pouvoirs

MM. Ouyahia et M. Raouia ont promis qu’une commission serait installée à la présidence de la république, ou auprès du gouvernement, pour contrôler l’opération du financement non conventionnel. Il est absurde d’affirmer qu’un gouvernement crée une commission qui va le contrôler. Le gouvernement préparera lui-même le rapport de la commission en question, et celle-ci l’endossera pour féliciter le l’exécutif.

Mais chemin faisant, M. Ouyahia détruit la Banque centrale. Il lui retire le peu de pouvoirs qui lui restaient, comme l’obligation de veiller sur la valeur du dinar et de lutter contre l’inflation. La nouvelle mouture de la loi sur la monnaie et le crédit transforme la Banque centrale en un simple guichet au service du trésor. Tout le reste relève de la méconnaissance des choses, de l’irresponsabilité, ou du mensonge pur et simple.

A ce stade, on reste dubitatif face à un ultime argument avancé par M. Raouia lors de son passage devant le Conseil de la Nation. Il a déclaré que le recours au financement non conventionnel ne sera effectif qu’après l’épuisement de toutes les autres possibilités.  Quelles sont ces possibilités ? Comment le gouvernement va-t-il les exploiter ? C’est le fond du problème, que la polémique en cours a totalement occulté.

Occulter le fond du problème

En plaçant le débat sur un volet technique, voire polémique, le gouvernement a occulté la question essentielle, celle de la responsabilité du président Abdelaziz Bouteflika et de ses gouvernements successifs dans la situation actuelle. Comment un pays qui disposait naguère de réserves de change de près de 200 milliards de dollars, et d’un fond de régulation de réserves (FRR) de plus de 70 milliards de dollars (en septembre 2011), comment un tel pays a-t-il pu se retrouver dans l’incapacité de payer les salaires des fonctionnaires en cette fin 2017, selon les propres aveux de M. Ouyahia lui-même ? Qui est comptable de cette situation ? Un pouvoir responsable d’une telle débâcle peut-il encore prétendre gérer le pays ?

Les causes de l’échec sont simples. Le gouvernement n’a pas engagé les réformes nécessaires quand il le fallait, notamment quand la situation financière du pays le permettait. Il a même adopté une attitude suicidaire, avec des contre-réformes dangereuses, qui ont aggravé le problème quand la situation s’est retournée.

M. Raouia parle aujourd’hui d’un « train de réformes » qu’il faudrait mener pour « rationnaliser les dépenses publiques, élargir l’assiette fiscale et lutter contre la fraude fiscale ». C’est de la langue de bois financière qu’ont répétée tous les ministres de Bouteflika, sans jamais avancer sur ce terrain. Des mots creux. Aussi creux que la monnaie qui sera imprimée dans le cadre du financement non conventionnel. Mais aujourd’hui comme hier, ceux qui les prononcent sont certains de leur impunité. Ce qui leur permet de présenter une « rokia financière » pour de l’innovation, selon la formule de M. Mourad Goumiri.

L’Univers a un nouveau centre : Noureddine Boukrouh

Noureddine Boukrouh a accusé Ali-Yahia Abdennour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyellès de «forfaiture politique et morale ».

Abed Charef

 

Peut-on s’opposer à un éventuel cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika ? Oui, à condition de demander l’aval de M. Noureddine Boukrouh. Ou, au moins, de rappeler que l’idée vient de l’ancien ministre du commerce, initiateur de la proposition, et qu’à ce titre, il a un droit de préemption et un devoir de veille, pour que l’idée ne soit pas dénaturée, ni utilisée à d’autres buts.

Trois personnalités qui ont compté dans la vie politique du pays durant la seconde moitié du dernier siècle l’ont appris à leurs dépens. Ali-Yahia Abdennnour, Ahmed Taleb Ibrahimi et l’ancien général Rachid Benyellès, ont été accusés d’avoir « plagié » M. Boukrouh. Les trois hommes, sentant que l’idée d’un désastreux cinquième mandat du président Bouteflika commence à se mettre en place, ont publié une déclaration commune pour lancer une alerte. « Trop, c’est trop », ont-ils dit, appelant entre autres l’armée à se démarquer des cercles qui se sont accaparés du pouvoir. « A défaut d’accompagner le changement qui s’impose et de participer à l’édification d’une République véritablement démocratique », l’armée devrait « se démarquer de manière convaincante du groupe qui s’est emparé indûment du pouvoir et entend le conserver en laissant croire qu’il a le soutien de cette même institution », écrivent ces anciens hauts responsables aux itinéraires très divers.

Violence outrancière

M. Boukrouh leur répond par une salve d’une incroyable violence. Sur sa page facebook, il exprime son « indignation » face à ce qu’il considère comme une attitude « mesquine » ; il les accuse de commettre une « forfaiture politique et morale », et les invite à « se taire ».

Répondant ensuite à des critiques qui estiment inapproprié de s’attaquer à des personnalités qui émettent la même opinion que lui, M. Boukrouh persiste et signe. Il s’agit de faussaires qui s’approprient les idées des autres, dit-il. La preuve de leur couardise est, selon lui, évidente: ces trois personnalités n’ont décidé de rendre publique leur déclaration qu’après « s’être bien assurés que le chemin était ouvert, sécurisé, qu’il n’existait pour eux aucun risque de représailles après les salves tirées contre moi par le Ministère de la Défense nationale, le premier ministère, les présidents des deux chambres du Parlement, sans parler des aboiements d’une presse aux ordres et autres coups bas ».

M. Boukrouh en profite pour rappeler son initiative du 16 septembre 2017. « Personne ni aucune formation n’a pris jusqu’ici l’initiative de sonner le rassemblement non pas des partis qui ne s’uniront jamais, mais de la nation », écrit-il. Selon lui, « les trois ont commis une forfaiture, un vol, plus pour saboter l’idée que pour la voir réussir ».

Récidive

Ce type d’attitude n’est pas nouveau chez M. Boukrouh, qui a une très haute idée de sa pensée, de ses écrits, et de la place qu’il devrait occuper dans l’histoire du pays. Oubliant qu’il a été ministre avec le président Abdelaziz Bouteflika, il a utilisé des mots choquants pour parler du chef de l’Etat, n’hésitant pas à dire que c’est un « malade mental ».

Plusieurs polémiques l’ont également opposé à M. Saïd Saadi. Invité à assister au premier congrès du RCD, en décembre 1989, il avait, peu après l’ouverture des travaux, improvisé un point de presse pour dire que le RCD lui avait piqué son programme! Il avait alors créé un incident alors qu’il était simple invité.

Il y a un mois, M. Boukrouh avait soutenu, mordicus, qu’il avait réuni les candidats à la présidentielle de 1995, dont Saïd Saadi, pour les inviter à se retirer pour protester contre la décision de Liamine Zeroual de briguer la magistrature suprême. Trois années plus tard, il avait participé à la cabale contre le président Zeroual, et il reste convaincu qu’il a joué un rôle essentiel pour pousser Zeroual à la démission.

Mégalomanie

Chez les anciens du PRA (Parti du Renouveau Algérien), qu’il a créé lors de l’ouverture de la fin des années 1980, les avis sont d’une extrême violence. Zoheir Hamedi, un ancien cadre du parti, est tranché : il le qualifie d’imposteur. « J’ai eu la malheureuse occasion de voir comment il se faisait manipuler par le général Toufik. Il a vendu le parti pour des promesses de postes et de sièges à l’assemblée. Il a fermé les yeux à la fraude électorale des élections législatives de juin 1997. J’en suis personnellement témoin », écrit-il, ajoutant que « c’est une personne dépourvue d’honneur et de principes ».

Sur les réseaux sociaux, c’est un autre aspect de la personnalité de Noureddine Boukrouh qui est commenté : son « absence de modestie » pour les uns, sa « mégalomanie » et son égo démesuré » pour les autres. Ce qu’il est écrit dans les débats montre cette incroyable opinion qu’il a de lui-même. Les trois « attendent que je publie pour piquer dessus comme des vautours », et présenter « leur chapardage pour de la création intellectuelle », écrit-il. Pour affirmer son courage, il ajoute que les trois « n’auraient jamais tenu ce langage en premier, en s’exposant ». Et il assène une sentence définitive : « ceux qui trouvent que la façon d’agir des trois est bonne ne discernent plus entre le voleur et le volé, entre le vrai et le mensonger, entre la dignité et l’indignité ».

A lire M. Boukrouh, on comprend que l’Algérie a désormais un nouveau Danube de la pensée, et que l’Univers a un nouveau centre.

Boukrouh à Ali-Yahia, Taleb et Benyellès: Vos gueules, les vieux!

Boukrouh à Ali Yahia, Taleb et Benyellès: Vos gueules, les vieux!

 

Noureddine Boukrouh n’utilise pas ces mots, mais c’est tout comme.

Le penseur-intellectuel-éclaireur-sauveur de la patrie a publié, dimanche 8 octobre 2017, sur sa page facebook, un texte infâme à l’adresse de Ali Yahia Abdennour, Ahmed Taleb Ibrahimi et Rachid Benyllès.

http://bit.ly/2yQi6Kx

Il leur reproche d’ignoré sa grande initiative destinée sortir le pays de la crise. En publiant une déclaration commune (http://bit.ly/2y1O0qQ), ils auraient même pour objectif de torpiller son initiative au lieu de la soutenir.

L’ancien ministre de Bouteflika s’adresse aux trois hommes sur un ton incroyable, leur reprochant de l’avoir « plagié » de manière « mesquine ». Il les accuse de « forfaiture intellectuelle et morale« , pas moins.