Coup de colère de Abderrezak Mokri, qui ne croit plus à la réforme de l’intérieur du pouvoir

Abderrezak Mokri ne croit plus à une transition avec le pouvoir. Il pique un coup de colère et s’en prend au FFS et à l’ancien premier ministre Mouloud Hamrouche, à qui il reproche d’être bons « pour le travail de charité mais pas pour la politique ».

Abed Charef

Le président du MSP, Abderrezak Mokri, s’est vivement attaqué mercredi au pouvoir et à « ceux qui croient encore qu’il est possible d’aller à une transition négociée ». Réagissant au refus de ses anciens alliés de l’alliance présidentielle d’admettre les partis de l’opposition au sein des instances de l’Assemblée Nationale, et du rejet d’une proposition de loi sur les associations présentées par « l’alliance verte », une coalition de partis islamistes, le chef du MSP affirme qu’il s’agit là de « signes forts pour ceux qui prêtent encore au pouvoir de bonnes intentions ».

«Il n’y pas de place à la réforme de l’intérieur du pouvoir », affirmé, tranché, M. Mokri. « Le pouvoir n’a pas l’intention d’élargir le champ des libertés », et « il n’est pas disposé à libérer la société civile ». Sur un autre plan, le pouvoir agrée les partis « pour préserver des équilibres favorables », dit-il. Ces partis sont, du reste, contrôlés par le biais du trafic électoral, ajoute-t-il, avant de s’en prendre à ceux qui défendent l’idée d’une transition dans laquelle le pouvoir serait associé.

«Certains de nos amis ne sont pas encore guéris de la maladie qui les pousse à se rapprocher du pouvoir », écrit M. Mokri, sans citer nommément ces partenaires. Ces alliés persistent dans leur démarche « malgré l’échec du pouvoir à assurer le développement du pays, malgré l’ampleur de la corruption, malgré le gaspillage des richesses du pays, et malgré la menace contre le présent l’avenir du pays », ajoute-t-il. Pour lui, beaucoup de ceux qui veulent amener le pouvoir à négocier « sont animés de bonnes intentions ». Toutefois, « ils sont bons pour le travail humanitaire et la charité, mais ils ne sont pas qualifiés pour la politique », dit-il.

Nostalgie

L’idée d’une transition négociée est défendue par de nombreux acteurs politiques, notamment par le FFS et l’ancien premier ministre Mouloud Hamrouche, qui a appelé l’armée à déclencher un processus de changement. M. Mokri semble d’ailleurs faire allusion à Hamrouche, en affirmant que «certains sont nostalgiques de stratégies de changement dépassées par le temps, et qui ne sont plus défendables ». D’autres ont rejoint cette démarche « par mimétisme, ou par manque de confiance en eux », dit-il cette fois à propos du FFS, et d’autres « parce qu’ils ont perdu des privilèges  matériels».

Pour M. Mokri, le pouvoir a donné « une preuve irréfutable qu’il n’est pas qualifié pour diriger le pays, et qu’il est impossible de faire confiance à ses prétentions de mener des réformes ». En refusant la présence de l’opposition dans les structures de l’APN, le pouvoir a montré qu’il « ne croit pas au consensus », qu’il « n’hésite pas à recours au trafic », qu’il est hostile à toute idée de contrôle, malgré la domination écrasante des partis du pouvoir au sein du parlement.

Coup de colère

M. Mokri accuse le bureau de l’Assemblée Nationale d’avoir trafiqué un procès-verbal de réunion au sein de l’APN. Un représentant de « l’Alliance verte » avait affirmé la volonté de la coalition d’intégrer ou réintégrer les structures de l’APN, alors que le procès-verbal de la réunion indique un choix opposé, selon le chef du MSP. « Peut-on encore compter faire quelque chose pour le pays, en jouant l’apaisement » face à un tel pouvoir, se demande M. Mokri.

Ce coup de colère de M. Mokri intervient au lendemain du refus de la présidence de l’Assemble Nationale d’accorder des postes de vice-présidents et de président de commissions aux élus de l’Alliance verte, alors que le règlement intérieur du parlement prévoit clairement une participation de l’opposition à différentes structures, y compris au profit de partis à faible représentation. Mais il traduit aussi l’exaspération de M. Mokri, arrivé à la tête du parti il y a un an, et qui se trouve pris au piège de l’opposition, alors que son parti a toujours vécu à l’ombre du pouvoir, participant au gouvernement pendant deux décennies, sans interruption.

Au centre d’une initiative destinée à regrouper l’opposition au sein d’une coalition qui veut se présenter comme alternative au pouvoir, M. Mokri a joué un rôle central dans l’organisation de la conférence de Zéralda, en juin, durant laquelle l’opposition avait convenu d’agir de manière coordonnée face au pouvoir. Le gouvernement n’a cependant pas répondu à cette offre, poursuivant son propre agenda comme si rien ne s’était passé.

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L’allégeance a tué les ministres

Les ministres ? Il n’y en a plus. Ils ont été remplacés par des fonctionnaires dociles et sans relief. Et ils ne décident désormais de rien. Ils s’en remettent « à qui de droit ».

Abed Charef

 

C’est un ministre de la République qui s’exprime de la radio. M. Noureddine Bedoui, ministre de la formation professionnelle, en l’occurrence. Il a annoncé, mardi, la tenue d’assises de son secteur pour bientôt, en vue d’adopter des recommandations décisives pour l’avenir de cette branche. Que fera t-il de ces recommandations ? Il a promis de les transmettre « à qui de droit ». M. Bedoui a ajouté qu’il attend des « professionnels » du secteur qu’ils donnent «les grandes orientations». « Les professionnels, c’est d’abord les gestionnaires du monde économique » et « les pédagogues », a t-il dit, ajoutant, dans un aveu cruel de vérité: « je ne suis que ministre de la formation professionnelle ».

Ce discours est étonnant. Un ministre, pensait-on, est un haut responsable qui, dans le cadre des choix politiques du gouvernement, définit une démarche pour son secteur et la met à exécution. C’est un homme qui a des opinions politiques, avec une vision précise de l’action gouvernementale. Il mène une action en cohérence avec celle des autres départements, pour assurer l’harmonie de l’exécutif. A ce titre, il fait des choix, procède à des arbitrages, décide de nominations, et tente d’influer sur l’action du gouvernement de manière à ce qu’elle serve ses idées et les intérêts de son parti.

Un ministre est donc un homme qui assume les choix politiques de son camp, les défend, et les met à exécution. Et quand le vent est contraire, il se bat, défend ses idées et son camp. Quitte à y laisser des plumes. Au vu de ce qui se passe dans le monde, ce schéma est le moins mauvais de tous. Il permet d’établir une certaine transparence et un minimum de cohérence dans la gestion de la cité.

Inconsistance

Mais l’Algérie a inventé un autre de type de ministre. Des hommes sans idée politique, sans épaisseur, sans conviction, sans cap. Ils sont guidés par le seul souci d’arriver au sommet, et de s’y maintenir. Quel que soit le prix, et quels que soient les enjeux. Ils n’assument pas la responsabilité de leur action. Ils ne sont comptables devant aucune institution. Seul celui qui les a nommés, président de la république, premier ministre ou parrain du clan, a le droit de leur donner des orientations ou de les sanctionner. Eux-mêmes ne se sentent pas concernés par une quelconque responsabilité : tant que le chef est satisfait de leur action, ils se considèrent sur la bonne voie.

Dans ce monde, la seule règle, c’est l’allégeance. La seule norme, c’est l’obéissance. Le ministre peut porter des habits islamistes, nationalistes, laïcs, peu importe. Il peut aussi bien mettre un turban et effectuer la « Omra » à chaque fois qu’il est réprimandé, pour oublier l’affront, ou se réfugier à Paris quand il est en difficulté ; il lui suffit de ne rien dire quand il est en disgrâce, et une fois rappelé, se mettre à genoux, renouveler son allégeance, pour être de nouveau admis dans la cour.

Cela débouche sur des situations hors normes. Avec des hommes qui ont dérouté les Algériens par leur attitude, leur inconsistance, alors qu’ils sont arrivés au sommet des responsabilités. Abdelaziz Belkhadem, puissant secrétaire général du FLN, considéré comme possible successeur du président Abdelaziz Bouteflika, s’est retrouvé exclu, trainé dans la boue, puis rappelé auprès du chef de l’Etat, avant d’être remercié comme un malpropre. Ahmed Ouyahia, celui qui symbolisait l’arrogance du pouvoir, a lui aussi été éjecté, puis rappelé dans des conditions tout aussi humiliantes. Comme M. Belkhadem, il était revenu juste à temps pour témoigner que le président Bouteflika était en mesure de diriger le pays. Il reste, avec Amar Saïdani, dans les grâces du président Bouteflika, mais il a perdu toute crédibilité. Les parrains de MM. Belkhadem et Ouyahia doivent se demander aujourd’hui s’ils ne se sont pas trompés sur leur compte.

Combines et politiques

Faut-il évoquer M. Sellal ? Faut-il rappeler M. Chakib Khelil ? Et tous ces hommes qui vivaient de petites combines, en la confondant avec la politique?

Le résultat est affligeant. Cette méthode de sélection pour diriger des personnes supposées gérer les affaires du pays est impitoyable. Elle ne laisse passer aucun homme politique ayant des idées et des projets, et convaincu de la nécessité de les appliquer. Bien au contraire, elle introduit une sorte de concurrence, une surenchère pour trouver les hommes les plus malléables, les plus insignifiants, ceux qui ont le plus d’aptitudes à prouver leur docilité et à trahir.

Dans un tel contexte, un ministre n’est plus ce dirigeant portant un projet et prenant sa part de responsabilité au sein d’une équipe qui gère un pays. C’est un petit exécutant, une sorte de petit fonctionnaire soucieux de ne pas faire vagues, tirant de petits privilèges de son poste, et s’en remettant « à qui de droit » pour décider à sa place. Y compris quand il s’agit de choses aussi simples que l’organisation la formation professionnelle.

Un homme politique disait récemment qu’en Algérie, il y a des ministres mais pas de gouvernement, comme il y a des députés mais pas de parlement. En fait, la situation est encore plus grave. Des ministres n’hésitent plus à reconnaitre qu’ils ne représentent rien. Qu’ils doivent tout « à qui de droit », et que pour toute décision, aussi insignifiante soit-elle, ils s’en remettent « à qui de droit ».

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Les responsables du secteur des céréales hors-jeu, la production chute de 30%

Des responsables du secteur des céréales annonçaient une « bonne récolte » en 2014, et prévoyaient une augmentation de la production de 15%. La baisse a atteint 30%. L’Algérie a produit la moitié de ce qu’a récolté le Maroc.

Abed Charef

 

La chute brutale de la production algérienne de céréales en 2014 a révélé la fragilité du secteur, tout en soulignant l’urgence de passer à un autre modèle basé sur l’irrigation d’appoint. Les chiffres révèlent aussi les déclarations fantaisistes des responsables du secteur, dont les prévisions, systématiquement exagérées, frisent le ridicule.

Selon le ministre de l’agriculture, Abdelouahab Nouri, la production de céréales s’est élevée en 2014 à 34 millions de quintaux, le résultat le plus faible depuis une décennie. En 2013, année de faible production, l’Algérie avait tout de même récolte 49 millions de tonnes de céréales, ce qui représente tout de même 30% de plus que 2014. La récolte de 2014 représente à peine la moitié de celle de 2009, année record, lorsque l’Algérie avait réalisé une production de 61 millions de quintaux. A titre de comparaison, le Maroc a produit 68 millions de quintaux, soit exactement le double de la production algérienne, selon le ministre marocain de l’agriculture Aziz Akhannouch.

Ces résultats contredisent totalement les déclarations faites à la mi-mai par Mr Mohamed Belabdi, directeur général de l’AOIC (Organisme interprofessionnel des céréales), principal opérateur du secteur. M. Belabdi affichait alors un optimisme déroutant, affirmant qu’il s’attendait à « une hausse remarquable de la production au niveau national », grâce aux «bonnes conditions climatiques». On était pourtant au début de l’été, à un moment où on n’attend plus de pluies. M. Belabdi gère un organisme qui importe autour de trois milliards de dollars par an.

Des chiffres fantaisistes

Quelques mois plus tôt, un responsable du ministère de l’agriculture n’hésitait pas à annoncer une hausse de 15% de la production, alors que l’automne 2013 avait été marqué par un déficit pluviométrique important.

Plus prudent, M. Nouri s’est contenté de signaler des problèmes dans certaines régions, sans aller plus ploin. Le ministre de l’agriculture semblait échaudé par les chiffres de l’an passé, qu’il avait été contraint de revoir à la baisse peu après sa nomination, tant les résultats annoncés par son prédécesseur semblaient exagérés. En 2013, M. Saïd Barkat avait annoncé une récolte de 56, puis 52 millions de quintaux, avant que son successeur n’annonce 49 millions de quintaux. C’était la première fois depuis cinq ans que la production franchissait vers le bas le seuil des 50 millions de quintaux, alors que l’ancien ministre de l’agriculture annonçait une augmentation de la production agricole de 13% par an pendant trois années successives.

M. Nouri s’est contenté d’un strict minimum, affirmant que la baisse de la production de 2014 «est due essentiellement aux conditions climatiques caractérisées par un manque de pluviométrie». Avec ce résultat, l’Algérie couvre à peine un tiers de sa consommation annuelle en céréales. Le pays avait déjà importé l’équivalent de sa production durant les six premiers mois de l’année en cours. Pour le premier trimestre, les importations étaient déjà en hausse de 22% par rapport à 2013, selon le centre des statistiques de la douane. Sur les cinq premiers mois de l’année en cours, elles ont atteint 30 millions de quintaux, pour une valeur de 970 millions de dollars. Ces importations proviennent essentiellement de France, avec une moyenne oscillant entre 40 et 50 millions de quintaux par an.

Une véritable catastrophe

Le chiffre de 34 millions de quintaux, même s’il est lui aussi sujet à caution, révèle en fait une véritable catastrophe pour l’agriculture algérienne. Non seulement les importations vont exploser en volume et en valeur (100 millions de quintaux pour 3,16 milliards de dollars en 2013), mais tout le système de production des céréales est désormais en cause.

Selon des statistiques officielles, 3.5 millions d’hectares ont été consacrés aux céréales, ce qui donne une moyenne nationale de dix quintaux à l’hectare. Mais comme la production à l’hectare dépasse les 30 quintaux, avec des pointes au-dessus de 50 quintaux dans de nombreuses régions, cela suppose que des rendements dérisoires sont atteints dans certaines zones, alors que superficies importantes ont été purement et simplement abandonnées. Selon une vieille tradition des régions steppiques, en cas de sécheresse, les éleveurs des régions steppiques préfèrent sacrifier les céréales et transformer les superficies qui leur sont consacrées en pâturage pour sauver le bétail.

Une consommation difficile à évaluer

Autre controverse, celle concernant les importations. Au début de l’année, l’agence APS, citant l centre des statistiques de douanes, faisait état de 10 millions de quintaux importés en 2013, ce qui donnerait une consommation totale annuelle de 150 millions de quintaux. D’autres sources font état d’une consommation de 80 à 100 millions de quintaux de céréales. La production de 2014 représenterait donc 15 à 30% de la consommation, selon les chiffres retenus. Avec un tel écart dans les statistiques, il devient difficile de faire des évaluations précises.

L’incertitude sur ces chiffres n’est pas liée à la difficulté d’évaluer l’autoconsommation, une partie de la production étant conservée par les producteurs pour leurs propres besoins, mais par une tendance de l’administration à embellir les chiffres.

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Un calife sur facebook

John Kerry est à Baghdad. François Hollande s’y rendra vendredi. Mais pas pour accomplir la prière du vendredi avec le calife Abou Bakr El-Baghdadi

Abed Charef

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry s’est félicité, mardi soir sur tweeter, de la formation d’un nouveau gouvernement irakien. Il a émis le souhait que cet exécutif soit « inclusif », pour intégrer de nouvelles forces, et faire face ainsi à la menace de l’Etat islamique proclamé en Irak et en Syrie, le fameux Daech. Aussitôt après, John Kerry a d’ailleurs annoncé qu’il allait se rendre au Proche-Orient pour coordonner la guerre contre ce califat qui vient d’apparaitre, et qui est désormais considéré comme la première menace dans la région.

Cet enchainement d’évènements recèle tout de même quelques curiosités. L’Etat islamique, d’inspiration wahabite, est considéré comme une menace par tous les pays de la région, y compris l’Arabie Saoudite, Etat wahabite par excellence. Les autres pays de la région, qui affichent peu ou prou de la même obédience, se sentent tout aussi menacés. A un point tel qu’un analyste comme Abdelbari Atouane estime que le Daech est perçu, dans toute la région, comme la première menace. Exactement ce que dit Barak Obama.

Mais d’où vient ce Daech ? La réponse est renversante : d’une volonté occidentale d’en finir coûte que coûte avec le régime syrien de Bachar Al-Assad ! Etats-Unis, Arabie Saoudite, France et Grande Bretagne, relayés par le Qatar, ont fourni, depuis le début du printemps arabe, armes et encadrement à l’opposition syrienne pour combattre le pouvoir établi à Damas. Une opposition démocratique éphémère, rapidement balayée par les islamistes radicaux, qui se sont retrouvés à la tête d’un immense arsenal, et qui ont fait jonction avec la résistance irakienne.

Américains et Français, qui affirment un empressement remarquable aujourd’hui pour combattre ce Daech, sont-ils aussi stupides pour avoir créé hier les ennemis d’aujourd’hui? Difficile de le croire. D’autant plus que leur histoire récente est émaillée de processus similaires, qui montrent comment un engrenage peut déraper pour déboucher sur des situations inattendues. Les Etats-Unis ont ainsi littéralement créé Oussama Ben Laden, avant qu’il ne se retourne contre eux, dans l’apocalypse du 11 septembre.

Engrenages et dérapages

Les Français, qui avaient l’habitude de relever le manque de discernement américain en Afghanistan et en Irak, ont vécu récemment deux expériences similaires. En Libye, la chute de Maammar Kadhafi face à une opposition « démocratique et pacifique » a débouché sur un chaos, favorable à l’émergence d’un pouvoir islamiste radical. Washington a même perdu un ambassadeur dans ce bourbier libyen. Au Mali, la rébellion touareg du MNLA a été doublée par Ansar Eddine et le MUJAO, organisations jihadistes proches d’Al-qaïda.

Ces dynamiques avaient toutes les chances de se répéter en Syrie, pour s’étendre en Irak. Malgré cela, les pays occidentaux ont fait le choix de pousser ces pays à la guerre civile, et d’alimenter le conflit, en fournissant des armes à l’une des deux parties, après avoir demandé aux pays « amis » d’alimenter en armes le camp adverse.

Tout ceci donne l’impression d’un jeu, dont les victimes sont irréelles. C’est même un jeu très drôle, avec des clowns, des Pieds Nickelés, de méchants rois et d’affreux vizirs, qui créent ou dirigent des Etats, dans le sang et la souffrance, avant que le bon soldat occidental ne vienne y mettre de l’ordre ; ce bon prophète occidental qui apporte la civilisation et fait triompher le bien contre le mal, en matant des barbares rétifs à la civilisation.

Prophète ? Bien sûr. L’un d’eux, Ronald Reagan, a inventé l’empire du mal, il y a trente ans, et a créé Rambo pour le combattre, un Rambo qui, dans une de ses aventures, se battait avec les ancêtres des taliban, quand ceux-ci était des hommes de liberté. Plus récemment, un autre, George Bush, a eu l’idée lumineuse de lancer la guerre du Bien contre le Mal. Il a détruit un pays, fait plus d’un million de morts, pour entrer dans la postérité.

Régression

Mais chez nous, ce n’est guère mieux, avec ces dirigeants d’un autre temps, d’un autre âge. Des dirigeants que même nos pays n’auraient pas acceptés il y a un demi-siècle, ce qui montre toute la régression que subissent ces pays du sud. Imaginons en effet qu’on est en 1970, ou en 1980. Imaginons qu’un homme politique, dans un discours en flammé, annonce qu’il a l’intention de se proclamer roi d’Afrique du Nord, ou calife de Baghdad, ou encore Amir El-Mouminine de l’Afrique noire. Au mieux, on penserait que l’homme a un peu forcé sur la bouteille, ou qu’il a fumé un joint de trop. Au pire, on penserait que c’est un c’est un dangereux fêlé, qui risque d’emmener des foules inconscientes dans sa folle aventure.

C’est pourtant ce qui s’est passé ces dernières années. Et ce n’est pas l’apanage de l’Islam, même si les islamistes se taillent la part du lion dans les dérives récentes. En Afrique centrale, et bien avant boko Haram, un prédicateur un peu zélé, ou fêlé, a créé l’armée du Seigneur, comme d’autres avaient créé le parti de Dieu (Hizbollah). Un dirigeant africain s’est proclamé Roi des Rois, un autre vient d’annoncer la création d’un Etat islamique aux confins du Nigeria et du Cameroun, pendant qu’un descendant de Haroun Errachid décidait de proclamer la naissance d’un califat à Baghdad.

C’est avec ces hommes que nos pays sont entrés dans le nouveau siècle, celui de la révolution des TIC. Et c’est à eux que John Kerry s’est adressé par le biais de Twitter, un mode de communication que certains d’entre eux considèrent haram. Ce n’est pas le choc des civilisations dont parlait Samuel Hutchington, mais c’est un vrai choc pour un monde où le conflit entre Ali et Mouaouia n’est pas encore tranché.

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A l’impossible, le gouvernement algérien n’est pas tenu

Les entreprises publiques vont aller à une nouvelle restructuration. Et de nouvelles illusions.

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, jeudi 11 septembre 2014)

 

Les lecteurs du Quotidien d’Oran vont finir par se lasser. Ou être pris par le doute. A force de lire les mêmes analyses critiques portant sur les mêmes décisions, ils risquent de croire que les chroniqueurs et analystes du journal leur fourguent le même papier depuis des années. En cette période où les gens peinent encore à se défaire l’insouciance des vacances, ils peuvent même se demander si certains écrits ne sont pas réchauffés pour être servis à des lecteurs mal concentrés, par des chroniqueurs peu inspirés, ou en mal d’idées.

Pourtant, ce n’est pas l’analyste qui se répète. C’est l’actualité qui se répète, avec les mêmes décisions qui reviennent, alors qu’elles ont déjà montré leurs limites, même si le nouvel arrivant tente de les présenter sous un visage nouveau. Comme si l’Algérie avait délibérément décidé de tourner en rond, répétant les mêmes erreurs, qui suscitent les mêmes critiques acerbes. Les analystes apparaissent dès lors comme des gens aigris, comme s’ils étaient animés par une hargne inextinguible et une animosité maladive contre tout ce qui vient du gouvernement.

De quoi s’agit-il cette fois-ci ? D’une décision du ministre de l’industrie, Abdessalam Bouchouareb, qui veut restructurer le secteur public, en créant une dizaine de grands groupes. Pour les profanes, la décision est très bien emballée. Il s’agit, affirme le ministre, de « promouvoir les conditions idéales pour assurer le décollage des groupes et la cohérence de leur stratégie ». Les nouveaux groupes devront présenter une « taille critique », avec « des synergies et des complémentarités », ainsi qu’un « potentiel de développement sur le marché national et international ». La nouvelle organisation aura de nombreux avantages, comme « la réduction des paliers organiques » et « des structures de décision simplifiées ».

Côté cour

Voilà pour le côté marketing. Mais sur le terrain, la nouvelle organisation prendra un autre aspect, qui consistera peut-être à changer l’appellation, pour faire oublier les SGP (sociétés de participation de l’Etat), et à réduire les groupes de dix-huit à une dizaine, en fusionnant quelques-uns et en opérant des transferts entre d’autres. L’opération absorbera pendant plusieurs mois toute l’énergie des entreprises en question, même si le ministère affirme qu’elle se fera graduellement pour « ne pas entraver l’activité industrielle des entreprises publiques ».

Mais dans le fond, rien ne changera. Les entreprises seront toujours gérées de la même manière bureaucratique, obéissant aux mêmes injonctions, sans être tenues à des résultats économiques ou financiers. Leurs dirigeants seront toujours sous la tutelle des ministres. Ils écouteront docilement les discours du ministre en exercice, comme ils écouteront celui du prochain, tout en poursuivant leurs petites combines pour rester en poste ou monter dans la hiérarchie en grade.

Seul M. Bouchouareb pourra afficher, dans son bilan, une action destinée à redynamiser le secteur. Des spécialistes bien rémunérées vont expliquer, aujourd’hui, comment cette décision va relancer la production industrielle. Un commentateur de la télévision un peu zélé a d’ores et déjà parlé de « révolution ». Les mêmes experts reviendront, dans quelques mois, ou quelques années, quand M. Bouchouareb ne sera plus en poste, expliquer pourquoi ça n’a pas marché. Comme la fois précédente.

A chacun sa restructuration

Car restructurer est une vieille pratique algérienne. Commencée par Abdelhamid Brahimi dans les années 1980, la première grande restructuration devait ramener les entreprises publiques à une taille plus modeste, pour en faire des entités gérables. Elle a absorbé d’immenses budgets, avant de dévoiler des résultats surprenants : il y avait plus de bureaucrates, plus de problèmes, une responsabilité plus diluée, mais moins d’efficacité.

Après l’expérience des fonds de participation, Belaïd Abdessalam a fait table rase de tout ce qui avait entrepris auparavant, en remettant toutes les entreprises sous tutelle. Redevenues de simples administrations, elles ont changé de nom, pour s’appeler holding, puis Société de participation de l’Etat, mais avec la même logique de gestion : soumise à l’autorité d’une tutelle ministérielle pesante, elles n’étaient plus tenues par des résultats, malgré le discours sur l’établissement de «contrats de performances ». Avec le plan d’ajustement structurel établi en collaboration avec le FMI, elles ont appris à licencier. Mais une fois l’abondance financière revenue, elles ont de nouveau eu recours à des recrutements inutiles. Car entretemps, Abdelaziz Belkhadem, alors premier ministre, a porté le coup de grâce, en rétablissant une tutelle complète de l’administration sur l’entreprise, avant que M. Abdelhamid Temmar n’apporte sa touche, plus proche du folklore que du management.

Chaque opération de réorganisation a coûté des sommé colossales. Les entreprises qui étaient renflouées continuaient à perdre allègrement de l’argent. Les managers, prenant prétexte de la pénalisation des actes de gestion, se maintenaient dans une prudence extrême, abusant des privilèges de leurs postes, quand ils ne versaient pas dans la corruption, mais ne prenaient jamais de risques.

Décalage

Dans ce cheminement, la seule vraie réforme est celle de la fin des années 1980. L’objectif alors n’était pas de changer d’appellation, ou de tutelle, ou de dirigeants, mais d’aller vers un nouveau modèle de gestion des entreprises. Celle-ci devait être débarrassée de toute tutelle, et devenir un outil soumis aux règles économiques, avec de nouveaux managers, capables d’innover, de signer des contrats, de trouver des financements bancaires et de nouer des alliances, internes ou à l’international.

L’expérience a avorté, et un quart de siècle plus tard, les entreprises sont au plus bas. Elles ont l’argent, et c’est tout. Elles ont perdu le savoir, le marché, l’organisation, l’esprit de compétition, et les capacités de négociation. Elles ont aussi perdu leurs capacités managériales, et ne savent plus ce qu’est l’innovation. Elles sont arrivées à une évidence : l’argent est nécessaire, mais pas suffisant pour créer des entreprises.

Celles-ci ont besoin d’autre chose. Elles ont, aujourd’hui, besoin d’un changement total du mode de gestion. Elles doivent entrer dans la modernité, avec un Etat de droit, et un environnement législatif adapté et respecté. Mais ceci ne sera pas suffisant. Elles doivent aller à la mondialisation, avec tout ce que cela implique : innover, nouer de nouvelles alliances, s’organiser pour reconquérir une part du marché interne et tenter d’aller à l’international. Elles ont besoin de fonctionner comme Toyota, General Electric ou Samsung. Sans injonction, ni tutelle d’un ministre.

Ceci, le gouvernement algérien ne peut pas l’assurer. Il ne peut même pas l’imaginer.

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Albert Ebossé renvoie l’Algérie en Afrique

L’Algérie a longtemps minimisé son appartenance africaine. L’affaire Ebossé l’y ramène dans la douleur.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 28 août 2014)

Au-delà de l’émotion, un drame permet souvent de mesurer l’état d’une société. De sentir ses pulsions profondes et de mesurer les mutations en cours, celles déjà achevées et d’autres, balbutiantes. La mort du footballeur camerounais Albert Ebossé n’a pas dérogé à la règle. Elle a donné aux Algériens un nouvel aperçu de ce qu’est devenue leur société. En bien et en mal.

En bien d’abord. Les Algériens ont fait preuve d’une grande dignité à l’annonce de ce drame. Un sentiment de honte, de culpabilité, a envahi la plupart des gens. Les Algériens ont été choqués par le sentiment d’injustice que représentait la mort d’un étranger, un jeune sportif dans la force de l’âge, mais surtout par ce côté bête et stupide de l’acte ; un acte gratuit, inutile, sans aucun intérêt. Il y avait aussi un sentiment de culpabilité envers un homme, un invité qu’on n’a pas su protéger. Certes, Albert Ebossé gagnait beaucoup d’argent, mais c’est un homme qui était venu vendre son talent, et il a perdu la vie à l’âge de 26 ans.

Mais à l’inverse de cette réaction saine de celui que, par commodité, on appellera l’Algérien moyen, il y avait tous les artifices et les jeux des officiels, qui ont réagi d’abord pour se protéger, de peur d’être désignés comme les bouc-émissaires de cette affaire. Mohamed Raouraoua ? Il dénonce. Mahfoudh Kerbadj ? Le Président de la JSK Moh Cherif Hannachi ? Ils dénoncent eux aussi. Ils réagissent comme s’ils étaient totalement étrangers au dossier, comme si les bévues qu’ils accumulent depuis des années et la gestion approximative du football n’avaient aucun impact sur l’extension de la violence dans les stades.

Une société « Daech »

Leur attitude confirme ce décalage entre l’Algérie réelle et l’Algérie institutionnelle. Un divorce total, en fait, très bien symbolisé par Mohamed Raouraoua. Côté cour, M. Raouraoua est un homme important dans le dispositif du pouvoir algérien ; il a réussi à s’introduire dans les réseaux du football international, au point d’obtenir l’organisation de la coupe d’Afrique 2017 peu après la mort d’Ebossé ; côté jardin, il apparait comme un intrigant, un personnage vivant de combines et de complots, maitrisant d’abord l’art de survivre quelles que soient les conditions. Une sorte de Amar Ghoul du football, aussi habile sur son terrain que Abdelaziz Bouteflika dans les affaires de pouvoir. Mais habile juste pour organiser des complots et déjouer les pièges qui lui sont tendus, non pour concevoir de grands projets et les réaliser.

Ce côté combinard qu’on trouve au sein du pouvoir a son pendant au sein de la société, dont une frange a basculé dans une sorte de monde « Daech », qu’il s’agisse de hooliganisme, de violence dans les quartiers péri-urbains, ou de la pratique religieuse. Tout un pan de l’Algérie a basculé dans des pratiques absurdes, avec ses codes, ses leaders, ses modèles. Omar Ghrib, Chakib Khelil, Abdelaziz Bouteflika, Rachid Nekkaz, Abdelmalek Sellal, Amar Ghoul, beaucoup de personnages publics algériens sont devenus de véritables caricatures, vivant dans des mondes qui ont tellement dérivé qu’ils n’ont plus rien à voir avec leur point de départ.

Le résultat est effrayant. On meurt sur les stades, mais on meurt encore plus autour des stades et en allant vers le stade. Durant la saison écoulée, un chroniqueur sportif a recensé une quinzaine de supporters morts durant le trajet menant au stade. On meut aussi dans des combats absurdes parce qu’on n’appartient pas à la même houma, au même quartier, ou au même village. On meurt presque par désouvrement.

Pays d’immigration

Autre mutation d’envergure, l’Algérie n’est plus seulement un pays dont les ressortissants sont maltraités à l’étranger. C’est aussi une société qui maltraite les étrangers qui y séjournent. Elle a pris l’habitude de dénoncer les comportements racistes dont sont victimes ses ressortissants à l’étranger ; aujourd’hui, ce sont ses propres citoyens qui commettent des actes infâmes contre des gens fuyant la guerre et la misère pour trouver refuge en Algérie.

C’est une réalité avec laquelle il faudra vivre : durant la prochaine décennie, l’Algérie accueillera un à deux millions de subsahariens, plus si le pays connait la prospérité et la sécurité. Des spécialistes n’hésitent pas à parler de cinq millions d’ici 2030 si l’instabilité persiste dans la région du Sahel et qu’en même temps, l’Algérie réussit son décollage économique. Le Sahara, qui a longtemps constitué une sorte de barrière naturelle, se transforme progressivement en un trait d’union d’une grande densité, attirant les habitants d’un Sahel à l’avenir très incertain.

Avec la mer au nord, la frontière marocaine fermée à l’ouest, la barrière naturelle du désert au sud, et des frontières tunisienne et libyenne qui paraissaient peu attrayantes, l’Algérie a longtemps vécu enfermée sur elle-même. Le terrorisme a aggravé la situation. Aujourd’hui, le pays ne connait pas les étrangers, et ne sait pas comment traiter avec eux. Comment se comportera l’Algérie avec ces subsahariens remontant vers le nord, et avec tous ces mouvements de population d’est en ouest, particulièrement si la frontière marocaine est ouverte un jour?

L’Algérie a raté de nombreux virages par le passé, parce qu’elle n’avait pas anticipé. Elle risque de rater le prochain, si elle ne s’y prépare pas. Pourtant, c’est là que se joue son avenir : devenir un pays central pour la moitié nord de l’Afrique. Elle ne peut le devenir que si elle devient ville centrale du Maghreb et aussi capitale du Sahel, une sorte de nouveau Paris pour les ressortissants africains. Cela passe par l’accueil des populations de ces régions dans des conditions dignes, en les intégrant dans les circuits économiques et sociaux. Car qu’on le veuille ou non, l’affaire Ebossé nous a rappelé une évidence : l’Algérie est en train de replonger dans son environnement géographique africain, qui va peser sur son avenir.

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Lutte contre la violence dans les stades : des mesures techniques banalisées

Avant de penser à innover dans la lutte contre la violence dans les stades, il faut d’abord prendre les mesures très classiques : bonne organisation, surveillance des tribunes, etc.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 26 août 2014)

C’est une image horrible, qu’on voit à chaque fin de match de football en Algérie : des policiers en tenue courent, à partir de la touche, pour converger vers l’arbitre, et le protéger contre d’éventuelles agressions de joueurs ou de dirigeants. Une image horrible, qui doit disparaitre, parce que les policiers n’ont rien à faire sur un terrain de football, où doit régner une immunité sportive suffisante pour protéger arbitres, joueurs et dirigeants.

Ce n’est pas une vue de l’esprit. Il suffit simplement de voir ce qui se fait ailleurs, pour savoir comment certains pays, confrontés à la violence dans les stades, ont procédé pour obtenir des succès indéniables. Pour protéger l’arbitre, il suffit de placer une caméra sur lui, jusqu’à ce qu’il sorte du stade. Et il suffira de sanctionner l’auteur de toute agression conformément à la loi et à la règlementation pour que se réinstaure l’immunité naturelle de l’arbitre. Aucun joueur n’est assez fou pour agresser un arbitre et risquer une suspension de deux ans. Aucun dirigeant sérieux, sachant qu’il encourt une sanction grave, n’osera lever la main sur lui, particulièrement s’il sait que la FAF refusera d’alléger la peine.

De telles décisions pour lutter contre la violence dans les stades sont possibles. Elles sont faciles à prendre, si elles sont précédées par un préalable, celui du respect des règles à tous les niveaux. Elles exigent toutefois des dirigeants modernes, capables d’innover, de tirer profit des expériences d’autres pays, qui ont radicalement transformé leurs stades, devenus des lieux de plaisir, de convivialité et de bonne humeur après avoir été des terrains de guerre entre supporters d’équipes ennemies.

Parmi ces mesures, il y a les classiques, comme l’installation de caméras pour surveiller les tribunes et les abords du stade. Aujourd’hui, le coût de cet équipement est devenu dérisoire. Une fois installé, ce dispositif peut ne pas être utilisé réellement, car son simple effet dissuasif peut suffire. Et le supporter qui osera jeter une bouteille d’eau sur la pelouse en sachant qu’il est filmé mérite d’aller en prison. Le dispositif de surveillance des tribunes peut, et doit être inclus dans la fiche technique des stades, au moins pour l’équipe nationale et la Ligue1, par exemple.

Logique sécuritaire

Il y aussi des conditions d’organisation qui sont source de violence, ou de désordre. Un éditorialiste, choqué par la violence autour du stade Chaker de Blida il y a un an, lors du match Algérie – Burkina-Faso, relevait que la FAF continue de vendre les billets des matches de l’équipe nationale comme dans les années 1970. Pas de recours aux nouvelles technologies, pas de vente par internet, une foule immense qui se presse devant le stade le jour J, provoquant débordements, marché noir, et des supporters qui dénoncent la participation des éléments des services de sécurité à l’alimentation du marché noir des billets ! Populisme oblige, le billet, était vendu à 500 dinars. Il était possible de le vendre à 1.500 dinars, juste pour consacrer la différence aux frais d’organisation !

Le prix du billet constitue à lui seul un casse-tête sécuritaire. S’il est légitime que tout le monde souhaite assister aux matches de l’équipe nationale, il n’est pas juste qu’une partie des Algériens en soient exclus à cause de la violence, du mauvais état des tribunes, de la mauvaise organisation et de la talibanisation des stades. 500 dinars le billet pour un match de l’équipe nationale, c’est un niveau ridicule, mais qui crée une atmosphère insupportable. Aucun dirigeant du football n’irait acheter son billet dans ces conditions. Pourtant, ils considèrent normales la situation que génèrent leurs décisions, y compris la violence, les passe-droits, le marché noir, etc.

Réduire le hooliganisme

Et puis, pourquoi continuer de se voiler les yeux ? Les principales décisions autour des matches de football sont prises par les services de sécurité, pas par les clubs. Contrairement à ce qui se dit depuis des années, la domiciliation de l’équipe nationale au stade Chaker de Blida n’est pas due simplement au mauvais état du terrain (une aubaine pour délocaliser l’équipe), mais aussi à des questions sécuritaires, la foule du stade du 5 juillet étant considérée comme plus difficile à gérer. Il faudrait donc que les raisons sportives et économiques reprennent le pas sur les données sécuritaires.

A l’inverse, la sécurité au sens large est souvent occultée. Ainsi, le stade d’El-Harrach a été déclaré inapte en raison de l’état de la tribune. Pourtant, une entreprise privée a fermé la rue mitoyenne du stade, ce qui supprime une issue de secours éventuelle en cas d’incident grave, ce qui constitue une menace évidente pour des milliers de supporters.

Autre mesure, encore plus avancée, pour éliminer la violence : établir des relations entre supporters de différentes équipes. Des supporters, organisés en comités, peuvent recevoir ceux des équipes adverses, et réciproquement, ce qui permet de nouer des relations d’une grande densité.

Une fois des mesures de ce genre prises de manière coordonnée, il sera possible de réduire à sa vraie dimension le hooliganisme pur. Et de le réduire. Mais là, on est dans la fiction, pas dans le monde Kerabdj-Raouraoua.

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