Folies d’octobre

Manifestation spontanée ou manip ? Alger bruisse de rumeurs en ce mois d’octobre. Comme si un retour à 1988 était possible.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 16 octobre 2014)

Les policiers qui ont participé aux différentes actions de protestation de cette semaine sont, au mieux, coupables d’une mauvaise réaction face à un état de déliquescence avancé des institutions. Soumis à la pression des évènements, contraints à un rythme de travail très exigeant, subissant de nombreuses privations, ils ont réagi à l’algérienne, faisant ce qui est dans l’air du temps : grève et marche de protestation. Ce faisant, ils ont enfreint la loi, oubliant la nature de leur travail et la particularité de leur mission. Pour des hommes chargés de faire respecter la loi, le glissement est dangereux. Particulièrement quand le principal slogan qu’ils brandissaient concerne le départ de leur patron, le général Hamel.

Dans un pays normal, ce geste des policiers aurait été perçu comme un acte hautement démocratique. Ce n’est pas le cas en Algérie, où il traduit plutôt un cran de plus dans la déliquescence des institutions, et dans la non gestion des affaires de l’Etat. Car la police algérienne a déjà subi, par le passé, des épreuves d’une rare gravité. L’assassinat de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, par un de ses assistants, en a constitué le summum. Comment en effet parler de sécurité dans un pays où le patron de la police est assassiné dans son bureau par un de ses assistants ? On était revenu à la grande tradition de l’odjak, dont les membres tuaient le Dey pour pousser un des leurs à sa place.

Mais l’assassinat de M. Tounsi était un acte individuel, une sorte de règlement de comptes impliquant deux personnes. Cette fois-ci, il s’agit d’un acte collectif, proche de la mutinerie. C’est une partie de l’institution qui affirme sa désobéissance, alors qu’elle est en train de devenir progressivement le pilier du régime, et que le pays connait une tension politique et sociale d’une rare intensité.

Le précédent de la police communale

Dans un passé récent, l’Algérie avait déjà vécu une situation proche, lorsque des éléments de la garde communale avaient organisé une grande démonstration de force, avec une marche entre Blida et Alger. Là encore, des revendications, assez simples, n’avaient pas été satisfaites, poussant le mouvement à la radicalisation et à la surenchère. Jusqu’à la goutte qui a fait déborder le vase. Ce qui permet de dire, à priori, qu’un pouvoir qui n’a su ni résoudre la crise à Ghardaïa, ni clore l’affaire des fusils confisqués à leurs propriétaires, ni recycler les gardes communaux, peut parfaitement se montrer suffisamment aveugle pour ne pas voir le feu couver parmi les siens.

Ceci, évidemment, si le mouvement d’humeur des policiers se limitait à une simple affaire de mauvaise gestion, ce qui n’est as évident. Car en Algérie, le pire n’est jamais à exclure. Les commentaires sur les réseaux sociaux l’ont clairement montré : peu de gens croient à une manifestation « spontanée » qui aurait résulté d’un ras-le-bol. A l’inverse, beaucoup privilégient cette bonne vieille théorie du complot, qui s’est durablement imposée dans le paysage politique algérien.

Les éléments qui étaient cette thèse sont nombreux. Le général Hamel est l’un des hommes de confiance du président Abdelaziz Bouteflika. Son nom a même été avancé comme un possible successeur du chef de l’Etat. L’offensive tous azimuts attribuée au président Bouteflika contre le DRS devait forcément renforcer le pouvoir de la DGSN, avec le risque de voir le général Hamel devenir, à terme, plus puissant que le général Toufik Mediène, patron du DRS. Le jour même où commençaient les actions de protestation des éléments de la DGSN, un site Internet annonçait le retrait des colonels du DRS qui exerçaient dans les ministères, et qui faisaient souvent office de ministre bis.

Un grand perdant : l’Algérie

Ces ingrédients de complot sont très présents dans les analyses. S’ils devaient se confirmer, ils révèleraient que la situation est encore plus grave que ce qu’on peut imaginer. Ils montreraient tout simplement que des groupes au sein du pouvoir sont prêts à toutes les extrémités pour avancer leurs pions, ou pour maintenir leurs positions. Ils n’hésiteraient pas à mettre en péril des institutions aussi sensibles pour arriver à leurs fins, face à un président de la République qui a n’a pas hésité à recourir à des décisions extrêmes, humiliant les institutions et piétinant la constitution, pour rester au pouvoir.

A ce stade, l’exercice le plus facile consisterait à se demander si, en fin de compte, il s’agit d’un coup de gueule des policiers, ou s’il s’agit d’une nouvelle manipulation alimentant la guerre des clans. On pourrait même aller plus loin : s’il s’avère que c’est une manipulation, qui assumerait la responsabilité d’un éventuel dérapage ? Faudra-t-il l’imputer au président Bouteflika et à son entêtement à se maintenir à se maintenir au pouvoir, à n’importe quel prix ? Ou bien faudra-t-il l’imputer à ses adversaires, qui n’hésiteraient pas à mettre en péril les institutions ?

Mais tout ceci est inutile. Car quel que soit l’explication avancée, ras-le-bol, manipulation imputée à Bouteflika ou à ses adversaires, le résultat serait le même : c’est l’Algérie et ses institutions qui paieront le prix.

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Folies d’octobre

Manifestation spontanée ou manip ? Alger bruisse de rumeurs en ce mois d’octobre. Comme si un retour à 1988 était possible.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 16 octobre 2014)

Les policiers qui ont participé aux différentes actions de protestation de cette semaine sont, au mieux, coupables d’une mauvaise réaction face à un état de déliquescence avancé des institutions. Soumis à la pression des évènements, contraints à un rythme de travail très exigeant, subissant de nombreuses privations, ils ont réagi à l’algérienne, faisant ce qui est dans l’air du temps : grève et marche de protestation. Ce faisant, ils ont enfreint la loi, oubliant la nature de leur travail et la particularité de leur mission. Pour des hommes chargés de faire respecter la loi, le glissement est dangereux. Particulièrement quand le principal slogan qu’ils brandissaient concerne le départ de leur patron, le général Hamel.

Dans un pays normal, ce geste des policiers aurait été perçu comme un acte hautement démocratique. Ce n’est pas le cas en Algérie, où il traduit plutôt un cran de plus dans la déliquescence des institutions, et dans la non gestion des affaires de l’Etat. Car la police algérienne a déjà subi, par le passé, des épreuves d’une rare gravité. L’assassinat de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, par un de ses assistants, en a constitué le summum. Comment en effet parler de sécurité dans un pays où le patron de la police est assassiné dans son bureau par un de ses assistants ? On était revenu à la grande tradition de l’odjak, dont les membres tuaient le Dey pour pousser un des leurs à sa place.

Mais l’assassinat de M. Tounsi était un acte individuel, une sorte de règlement de comptes impliquant deux personnes. Cette fois-ci, il s’agit d’un acte collectif, proche de la mutinerie. C’est une partie de l’institution qui affirme sa désobéissance, alors qu’elle est en train de devenir progressivement le pilier du régime, et que le pays connait une tension politique et sociale d’une rare intensité.

Le précédent de la police communale

Dans un passé récent, l’Algérie avait déjà vécu une situation proche, lorsque des éléments de la garde communale avaient organisé une grande démonstration de force, avec une marche entre Blida et Alger. Là encore, des revendications, assez simples, n’avaient pas été satisfaites, poussant le mouvement à la radicalisation et à la surenchère. Jusqu’à la goutte qui a fait déborder le vase. Ce qui permet de dire, à priori, qu’un pouvoir qui n’a su ni résoudre la crise à Ghardaïa, ni clore l’affaire des fusils confisqués à leurs propriétaires, ni recycler les gardes communaux, peut parfaitement se montrer suffisamment aveugle pour ne pas voir le feu couver parmi les siens.

Ceci, évidemment, si le mouvement d’humeur des policiers se limitait à une simple affaire de mauvaise gestion, ce qui n’est as évident. Car en Algérie, le pire n’est jamais à exclure. Les commentaires sur les réseaux sociaux l’ont clairement montré : peu de gens croient à une manifestation « spontanée » qui aurait résulté d’un ras-le-bol. A l’inverse, beaucoup privilégient cette bonne vieille théorie du complot, qui s’est durablement imposée dans le paysage politique algérien.

Les éléments qui étaient cette thèse sont nombreux. Le général Hamel est l’un des hommes de confiance du président Abdelaziz Bouteflika. Son nom a même été avancé comme un possible successeur du chef de l’Etat. L’offensive tous azimuts attribuée au président Bouteflika contre le DRS devait forcément renforcer le pouvoir de la DGSN, avec le risque de voir le général Hamel devenir, à terme, plus puissant que le général Toufik Mediène, patron du DRS. Le jour même où commençaient les actions de protestation des éléments de la DGSN, un site Internet annonçait le retrait des colonels du DRS qui exerçaient dans les ministères, et qui faisaient souvent office de ministre bis.

Un grand perdant : l’Algérie

Ces ingrédients de complot sont très présents dans les analyses. S’ils devaient se confirmer, ils révèleraient que la situation est encore plus grave que ce qu’on peut imaginer. Ils montreraient tout simplement que des groupes au sein du pouvoir sont prêts à toutes les extrémités pour avancer leurs pions, ou pour maintenir leurs positions. Ils n’hésiteraient pas à mettre en péril des institutions aussi sensibles pour arriver à leurs fins, face à un président de la République qui a n’a pas hésité à recourir à des décisions extrêmes, humiliant les institutions et piétinant la constitution, pour rester au pouvoir.

A ce stade, l’exercice le plus facile consisterait à se demander si, en fin de compte, il s’agit d’un coup de gueule des policiers, ou s’il s’agit d’une nouvelle manipulation alimentant la guerre des clans. On pourrait même aller plus loin : s’il s’avère que c’est une manipulation, qui assumerait la responsabilité d’un éventuel dérapage ? Faudra-t-il l’imputer au président Bouteflika et à son entêtement à se maintenir à se maintenir au pouvoir, à n’importe quel prix ? Ou bien faudra-t-il l’imputer à ses adversaires, qui n’hésiteraient pas à mettre en péril les institutions ?

Mais tout ceci est inutile. Car quel que soit l’explication avancée, ras-le-bol, manipulation imputée à Bouteflika ou à ses adversaires, le résultat serait le même : c’est l’Algérie et ses institutions qui paieront le prix.

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Folies d’octobre

Manifestation spontanée ou manip ? Alger bruisse de rumeurs en ce mois d’octobre. Comme si un retour à 1988 était possible.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 16 octobre 2014)

Les policiers qui ont participé aux différentes actions de protestation de cette semaine sont, au mieux, coupables d’une mauvaise réaction face à un état de déliquescence avancé des institutions. Soumis à la pression des évènements, contraints à un rythme de travail très exigeant, subissant de nombreuses privations, ils ont réagi à l’algérienne, faisant ce qui est dans l’air du temps : grève et marche de protestation. Ce faisant, ils ont enfreint la loi, oubliant la nature de leur travail et la particularité de leur mission. Pour des hommes chargés de faire respecter la loi, le glissement est dangereux. Particulièrement quand le principal slogan qu’ils brandissaient concerne le départ de leur patron, le général Hamel.

Dans un pays normal, ce geste des policiers aurait été perçu comme un acte hautement démocratique. Ce n’est pas le cas en Algérie, où il traduit plutôt un cran de plus dans la déliquescence des institutions, et dans la non gestion des affaires de l’Etat. Car la police algérienne a déjà subi, par le passé, des épreuves d’une rare gravité. L’assassinat de l’ancien DGSN, Ali Tounsi, par un de ses assistants, en a constitué le summum. Comment en effet parler de sécurité dans un pays où le patron de la police est assassiné dans son bureau par un de ses assistants ? On était revenu à la grande tradition de l’odjak, dont les membres tuaient le Dey pour pousser un des leurs à sa place.

Mais l’assassinat de M. Tounsi était un acte individuel, une sorte de règlement de comptes impliquant deux personnes. Cette fois-ci, il s’agit d’un acte collectif, proche de la mutinerie. C’est une partie de l’institution qui affirme sa désobéissance, alors qu’elle est en train de devenir progressivement le pilier du régime, et que le pays connait une tension politique et sociale d’une rare intensité.

Le précédent de la police communale

Dans un passé récent, l’Algérie avait déjà vécu une situation proche, lorsque des éléments de la garde communale avaient organisé une grande démonstration de force, avec une marche entre Blida et Alger. Là encore, des revendications, assez simples, n’avaient pas été satisfaites, poussant le mouvement à la radicalisation et à la surenchère. Jusqu’à la goutte qui a fait déborder le vase. Ce qui permet de dire, à priori, qu’un pouvoir qui n’a su ni résoudre la crise à Ghardaïa, ni clore l’affaire des fusils confisqués à leurs propriétaires, ni recycler les gardes communaux, peut parfaitement se montrer suffisamment aveugle pour ne pas voir le feu couver parmi les siens.

Ceci, évidemment, si le mouvement d’humeur des policiers se limitait à une simple affaire de mauvaise gestion, ce qui n’est as évident. Car en Algérie, le pire n’est jamais à exclure. Les commentaires sur les réseaux sociaux l’ont clairement montré : peu de gens croient à une manifestation « spontanée » qui aurait résulté d’un ras-le-bol. A l’inverse, beaucoup privilégient cette bonne vieille théorie du complot, qui s’est durablement imposée dans le paysage politique algérien.

Les éléments qui étaient cette thèse sont nombreux. Le général Hamel est l’un des hommes de confiance du président Abdelaziz Bouteflika. Son nom a même été avancé comme un possible successeur du chef de l’Etat. L’offensive tous azimuts attribuée au président Bouteflika contre le DRS devait forcément renforcer le pouvoir de la DGSN, avec le risque de voir le général Hamel devenir, à terme, plus puissant que le général Toufik Mediène, patron du DRS. Le jour même où commençaient les actions de protestation des éléments de la DGSN, un site Internet annonçait le retrait des colonels du DRS qui exerçaient dans les ministères, et qui faisaient souvent office de ministre bis.

Un grand perdant : l’Algérie

Ces ingrédients de complot sont très présents dans les analyses. S’ils devaient se confirmer, ils révèleraient que la situation est encore plus grave que ce qu’on peut imaginer. Ils montreraient tout simplement que des groupes au sein du pouvoir sont prêts à toutes les extrémités pour avancer leurs pions, ou pour maintenir leurs positions. Ils n’hésiteraient pas à mettre en péril des institutions aussi sensibles pour arriver à leurs fins, face à un président de la République qui a n’a pas hésité à recourir à des décisions extrêmes, humiliant les institutions et piétinant la constitution, pour rester au pouvoir.

A ce stade, l’exercice le plus facile consisterait à se demander si, en fin de compte, il s’agit d’un coup de gueule des policiers, ou s’il s’agit d’une nouvelle manipulation alimentant la guerre des clans. On pourrait même aller plus loin : s’il s’avère que c’est une manipulation, qui assumerait la responsabilité d’un éventuel dérapage ? Faudra-t-il l’imputer au président Bouteflika et à son entêtement à se maintenir à se maintenir au pouvoir, à n’importe quel prix ? Ou bien faudra-t-il l’imputer à ses adversaires, qui n’hésiteraient pas à mettre en péril les institutions ?

Mais tout ceci est inutile. Car quel que soit l’explication avancée, ras-le-bol, manipulation imputée à Bouteflika ou à ses adversaires, le résultat serait le même : c’est l’Algérie et ses institutions qui paieront le prix.

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Rumeurs et incertitudes d’un mandat de trop

La course est lancée. Mais la rumeur a une longueur d’avance sur l’info, qui ne rattrapera jamais son retard.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 9 octobre 2014)

Ahmed Ouyahia se fait très discret. Aussi discret que le président Abdelaziz Bouteflika, dont il est officiellement directeur de cabinet. M. Ouyahia a été chargé par le chef de l’Etat de coordonner les travaux de révision de la constitution, ce qui l’a amené à recevoir personnalités du pouvoir et de l’opposition, avant de préparer un rapport destiné au chef de l’Etat. Un travail de simple greffier en chef, la décision finale revenant au président Bouteflika, à qui il reviendra de trancher sur les grands choix que devra consacrer la nouvelle constitution.

Après le cérémonial des rencontres avec les hommes politiques, M. Ouyahia a disparu. Mais pouvait-il en être autrement? L’ancien chef du RND se trouve, en fait, dans une position très délicate. Il n’a aucune marge de manœuvre. Il n’est pas maitre de la décision, et il ne peut strictement rien faire sans l’aval du chef de l’Etat. Il doit adapter son rythme de travail à celui de M. Bouteflika, et se contenter de gérer les affaires courantes, en se roulant les pouces, sans jamais commettre d’impair. Il sait que la moindre erreur se paierait très cher. Le souvenir de M. Abdelaziz Belkhadem, son ancien voisin de bureau à la présidence, nommé tout comme lui à la veille de la présidentielle d’avril dernier, avant d’être banni il y a un mois, est là pour le rappeler.

M. Ouyahia est également embarrassé par son projet de constitution. Non parce qu’il se pose des questions sur ce qu’il faut y mettre -ceci ne relève pas de son ressort-, ni parce qu’il hésite sur ce qu’il faut retenir des propositions de l’opposition -celle-ci n’a été appelée que pour le fun-. Non. M. Ouyahia est embarrassé parce qu’il a forcément des doutes sur l’utilité de la révision de la constitution, et parce qu’il ne connaît pas le calendrier du chef de l’Etat. Et, surtout, parce qu’en l’état actuel du fonctionnement du pouvoir, personne n’est en mesure de lui apporter les précisions souhaitées. Ce qui le contraint à naviguer à vue, pour s’engager dans un projet dont il ne connait ni l’agenda, ni le contenu final.

Absences

Seul réconfort pour M. Ouyahia, l’absence du président Bouteflika est plus pesante que la sienne. Car quand on parle de vide politique, d’absence, d’article 88, de vacance du pouvoir, c’est le chef de l’Etat qui est visé en premier lieu. C’est sa responsabilité qui est en cause. Pas celle de M. Ouyahia, qui veut bien être utile, mais n’y parvient pas. Car M. Ouyahia n’est visiblement pas en mesure de combler le vide politique causé par l’absence du chef de l’Etat. Ce n’est ni son rôle, ni son tempérament. Il n’a pas la carrure.

Qui pourrait le faire ? M. Sellal, peut-être. Celui-ci a mené la campagne électorale, multipliant les bourdes, mais personne ne lui en a tenu rigueur, car il était dans son rôle. Mais aujourd’hui, il est clair qu’il n’a pas la densité nécessaire pour être celui qui, en l’absence du chef de l’Etat, incarnerait le pouvoir.

Ce qui rend encore plus pesante l’absence de M. Bouteflika. Celui-ci ne s’est pas manifesté depuis plusieurs semaines. Il n’ pas réagi à l’affaire Hervé Gourdel, ce ressortissant français, assassiné par des terroristes fin octobre. C’est d’ailleurs le premier ministre Abdelmalek Sellal qui avait parlé au téléphone avec le président François Hollande, enfreignant règles et traditions protocolaires sur lesquelles un Président Bouteflika valide aurait été très sourcilleux.

Trêve

Au final, l’absence du chef de l’Etat a été comblée par une habituée de la vie politique algérienne,  la rumeur. Celle-ci s’est réveillée avant l’Aïd, avant de des propager ensuite sur un terrain particulièrement favorable, Internet et les réseaux sociaux. Sans surprise, des sites et blogs, connus ou non, ont commencé à relayer les mêmes rumeurs, répercutant à l’infini des informations impossibles à vérifier. Un scénario qui se poursuivra jusqu’à la prochaine apparition publique du chef de l’Etat. Mais au bout de quelques jours de répit, le même scénario se répètera, encore et encore.

Sans surprise, ces rumeurs sont en train de confirmer le contenu au quatrième mandat. On n’y parlera pas de projet politique, d’ambitions économiques, encore moins de débats sur la place de l’Algérie dans le monde. Le quatrième mandat sera dominé par les rumeurs qui meubleront de longues périodes d’attente, elles-mêmes entrecoupées par des apparitions plus ou moins longues, mais toujours pénibles, du chef de l’Etat ; des apparitions durant lesquelles on comptera les mots que M. Bouteflika aura prononcés, et on décortiquera les gestes qu’il aura effectués. La position de la main du chef de l’Etat sera plus commentée qu’une décision économique, et sa manière de saisir une tasse de café transformera nombre d’Algériens en spécialistes de la lecture dans le marc de café.

Ce jeu est aussi inutile que malsain. Il manque cruellement d’éthique. L’évoquer, c’est remuer le couteau dans la plaie. Même si le quatrième mandat lui-même est une profonde blessure, et un acte totalement dénué d’éthique.

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Rumeurs et incertitudes d’un mandat de trop

La course est lancée. Mais la rumeur a une longueur d’avance sur l’info, qui ne rattrapera jamais son retard.

Abed Charef (le Quotidien d’Oran, 09 octobre 2014)

Ahmed Ouyahia se fait très discret. Aussi discret que le président Abdelaziz Bouteflika, dont il est officiellement directeur de cabinet. M. Ouyahia a été chargé par le chef de l’Etat de coordonner les travaux de révision de la constitution, ce qui l’a amené à recevoir personnalités du pouvoir et de l’opposition, avant de préparer un rapport destiné au chef de l’Etat. Un travail de simple greffier en chef, la décision finale revenant au président Bouteflika, à qui il reviendra de trancher sur les grands choix que devra consacrer la nouvelle constitution.

Après le cérémonial des rencontres avec les hommes politiques, M. Ouyahia a disparu. Mais pouvait-il en être autrement? L’ancien chef du RND se trouve, en fait, dans une position très délicate. Il n’a aucune marge de manœuvre. Il n’est pas maitre de la décision, et il ne peut strictement rien faire sans l’aval du chef de l’Etat. Il doit adapter son rythme de travail à celui de M. Bouteflika, et se contenter de gérer les affaires courantes, en se roulant les pouces, sans jamais commettre d’impair. Il sait que la moindre erreur se paierait très cher. Le souvenir de M. Abdelaziz Belkhadem, son ancien voisin de bureau à la présidence, nommé tout comme lui à la veille de la présidentielle d’avril dernier, avant d’être banni il y a un mois, est là pour le rappeler.

M. Ouyahia est également embarrassé par son projet de constitution. Non parce qu’il se pose des questions sur ce qu’il faut y mettre -ceci ne relève pas de son ressort-, ni parce qu’il hésite sur ce qu’il faut retenir des propositions de l’opposition -celle-ci n’a été appelée que pour le fun-. Non. M. Ouyahia est embarrassé parce qu’il a forcément des doutes sur l’utilité de la révision de la constitution, et parce qu’il ne connaît pas le calendrier du chef de l’Etat. Et, surtout, parce qu’en l’état actuel du fonctionnement du pouvoir, personne n’est en mesure de lui apporter les précisions souhaitées. Ce qui le contraint à naviguer à vue, pour s’engager dans un projet dont il ne connait ni l’agenda, ni le contenu final.

Absences

Seul réconfort pour M. Ouyahia, l’absence du président Bouteflika est plus pesante que la sienne. Car quand on parle de vide politique, d’absence, d’article 88, de vacance du pouvoir, c’est le chef de l’Etat qui est visé en premier lieu. C’est sa responsabilité qui est en cause. Pas celle de M. Ouyahia, qui veut bien être utile, mais n’y parvient pas. Car M. Ouyahia n’est visiblement pas en mesure de combler le vide politique causé par l’absence du chef de l’Etat. Ce n’est ni son rôle, ni son tempérament. Il n’a pas la carrure.

Qui pourrait le faire ? M. Sellal, peut-être. Celui-ci a mené la campagne électorale, multipliant les bourdes, mais personne ne lui en a tenu rigueur, car il était dans son rôle. Mais aujourd’hui, il est clair qu’il n’a pas la densité nécessaire pour être celui qui, en l’absence du chef de l’Etat, incarnerait le pouvoir.

Ce qui rend encore plus pesante l’absence de M. Bouteflika. Celui-ci ne s’est pas manifesté depuis plusieurs semaines. Il n’ pas réagi à l’affaire Hervé Gourdel, ce ressortissant français, assassiné par des terroristes fin octobre. C’est d’ailleurs le premier ministre Abdelmalek Sellal qui avait parlé au téléphone avec le président François Hollande, enfreignant règles et traditions protocolaires sur lesquelles un Président Bouteflika valide aurait été très sourcilleux.

Trêve

Au final, l’absence du chef de l’Etat a été comblée par une habituée de la vie politique algérienne,  la rumeur. Celle-ci s’est réveillée avant l’Aïd, avant de des propager ensuite sur un terrain particulièrement favorable, Internet et les réseaux sociaux. Sans surprise, des sites et blogs, connus ou non, ont commencé à relayer les mêmes rumeurs, répercutant à l’infini des informations impossibles à vérifier. Un scénario qui se poursuivra jusqu’à la prochaine apparition publique du chef de l’Etat. Mais au bout de quelques jours de répit, le même scénario se répètera, encore et encore.

Sans surprise, ces rumeurs sont en train de confirmer le contenu au quatrième mandat. On n’y parlera pas de projet politique, d’ambitions économiques, encore moins de débats sur la place de l’Algérie dans le monde. Le quatrième mandat sera dominé par les rumeurs qui meubleront de longues périodes d’attente, elles-mêmes entrecoupées par des apparitions plus ou moins longues, mais toujours pénibles, du chef de l’Etat ; des apparitions durant lesquelles on comptera les mots que M. Bouteflika aura prononcés, et on décortiquera les gestes qu’il aura effectués. La position de la main du chef de l’Etat sera plus commentée qu’une décision économique, et sa manière de saisir une tasse de café transformera nombre d’Algériens en spécialistes de la lecture dans le marc de café.

Ce jeu est aussi inutile que malsain. Il manque cruellement d’éthique. L’évoquer, c’est remuer le couteau dans la plaie. Même si le quatrième mandat lui-même est une profonde blessure, et un acte totalement dénué d’éthique.

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Le FMI fait un diagnostic sans complaisance de l’économie algérienne

Quelques satisfécits, et une longue liste de tares. La délégation du FMI, qui a séjournée avant l’Aïd en Algérie, fait un bilan sans complaisance des problèmes de l’économie algérienne.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 8 octobre 2014)

L’Algérie devrait réaliser une performance exceptionnelle en 2014, avec une croissance hors hydrocarbures de 7.1%. Ce résultat remarquable, s’appuyant sur un niveau d’endettement quasi-nul et des réserves de change de 190 milliards de dollars, ne pourra éviter au pays de connaitre un déficit des comptes extérieurs, pour la première fois depuis vingt ans, selon le FMI. Ce qui montre tous les paradoxes d’une économie algérienne pleine de contrastes, avec, d’un côté, un volet très confortable lié aux grands équilibres macro-économiques, et de l’autre côté, une gestion primaire, comme le confirment la faible efficacité économique, l’impact quasi-nul des investissements sur la diversification de l’économie, encore trop dépendante des hydrocarbures, et un retard considérable dans les réformes nécessaires pour édifier une économie performante.

Selon M. Zeid Zidane, qui a dirigé une délégation du FMI fin septembre-début octobre en Algérie, le taux de croissance devrait se situer au-dessus de 4% en 2014. Mais la croissance hors hydrocarbures devrait dépasser les sept pour cent, un chiffre digne de pays émergent. M. Zeidane a aussi égrené les points positifs de l’économie algérienne : une inflation quasi-nulle, autour de 1.4%, une dette interne supportable et une dette externe très faible, et des réserves de changes représentant trois années d’importation.

En outre, la croissance a été « solide ces dernières années », alors que le chômage était « réduit de manière importante ». Il n’y a donc « pas de préoccupation à court et moyen terme ». Quant au secteur bancaire, M. Zidane le trouve « solide », ce qui le pousse à déclarer que les experts du FMI sont « très satisfaits de cette évolution ».

Manque d’initiative

Côté jardin, la situation est toutefois peu brillante. Avec une première évidence : les résultats positifs obtenus ne découlent pas de choix hardis du gouvernement ou d’une bonne gestion, mais d’un facteur qui échappe totalement au gouvernement, l’embellie financière obtenue grâce à la flambe des prix des hydrocarbures, qui a permis une injection massive d’argent dans l’économie.

Pour le reste, M. Zeidane a été sans complaisance. Il a indiqué que « pour la première fois depuis presque vingt ans, les comptes courants extérieurs seront déficitaires » en 2014. Parallèlement à cela, le pays reste tributaire des hydrocarbures pour 98% de ses recettes en devises, et les résultats obtenus «restent en dessous du potentiel de l’économie algérienne ». Résumant le manque d’initiative des autorités algériennes, il a affirmé que « beaucoup de réformes structurelles restent à mener ».

 

Il a aussi relevé un manque de flexibilité du marché de l’emploi, et une inadéquation entre la formation et les besoins du marché. Quant aux tares du secteur financier, elles sont nombreuses. « La profondeur financière reste très faible », a t-il dit, précisant que « le niveau de crédit a l’économie, comparativement au PIB », reste faible. « Quand on le compare aux autres pays, on reste très en deçà des standards internationaux ».

Contrastes

Le contenu de la croissance pose lui aussi problème. Celle-ci est tirée par le bâtiment et les services, alors que dans le domaine industriel, qui constitue le gros des importations, les résultats demeurent faibles. Les dépenses, quant à elles, sont « au-dessus des moyens » du pays, « à cause de l’accélération dépenses publiques ». Selon lui, cette politique « n’est pas soutenable à long terme ». Il préconise donc de « revenir à une situation budgétaire plus saine ».

L’inflation é été contenue à un seuil très bas en 2014, au-dessous de 1.5%. Mais ceci est le résultat de subventions massives, non d’une rigueur budgétaire. Les subventions s’élèvent à 25 milliards de dollars.

Pourquoi ce contraste entre des indicateurs rassurants et d’autres plus qu’alarmants? M. Zidane ne donne pas de réponse. Il affirme pourtant que les responsables algériens sont très au fait des faiblesses de l’économie. « Dans tous nos échanges avec les autorités, nous percevons clairement une très forte connaissance des enjeux, et une très bonne compréhension de ce qu’il faut faire pour à la fois assurer la stabilité court et moyen termes, et construire l’avenir » de l’Algérie, dit-il.

Cela n’empêche pas d’énumérer les recommandations du FMI aux autorités algériennes, des réformes que le gouvernement n’a pas voulu ou su mener. Il recommande de « faire de la consolidation budgétaire », de « mobiliser plus de revenus hors hydro carbures » et de « maitriser la dépense publique ». Au-delà, il suggère au gouvernement algérien de se doter d’une « stratégie de la demande qui permettre de limiter la croissance des importations » et de « diversifier les exportations ». Pour M. Zidane, « l’aisance » financière actuelle doit être « utilisée pour réfléchir au long terme ». Une phrase qui revient souvent dans le discours officiels algérien, mais qui s’arrête au stade du discours et de l’intention.

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Le FMI fait un diagnostic sans complaisance de l’économie algérienne

Quelques satisfécits, et une longue liste de tares. La délégation du FMI, qui a séjournée avant l’Aïd en Algérie, fait un bilan sans complaisance des problèmes de l’économie algérienne.

Abed Charef (Le Quotidien d’Oran, 8 octobre 2014)

L’Algérie devrait réaliser une performance exceptionnelle en 2014, avec une croissance hors hydrocarbures de 7.1%. Ce résultat remarquable, s’appuyant sur un niveau d’endettement quasi-nul et des réserves de change de 190 milliards de dollars, ne pourra éviter au pays de connaitre un déficit des comptes extérieurs, pour la première fois depuis vingt ans, selon le FMI. Ce qui montre tous les paradoxes d’une économie algérienne pleine de contrastes, avec, d’un côté, un volet très confortable lié aux grands équilibres macro-économiques, et de l’autre côté, une gestion primaire, comme le confirment la faible efficacité économique, l’impact quasi-nul des investissements sur la diversification de l’économie, encore trop dépendante des hydrocarbures, et un retard considérable dans les réformes nécessaires pour édifier une économie performante.

Selon M. Zeid Zidane, qui a dirigé une délégation du FMI fin septembre-début octobre en Algérie, le taux de croissance devrait se situer au-dessus de 4% en 2014. Mais la croissance hors hydrocarbures devrait dépasser les sept pour cent, un chiffre digne de pays émergent. M. Zeidane a aussi égrené les points positifs de l’économie algérienne : une inflation quasi-nulle, autour de 1.4%, une dette interne supportable et une dette externe très faible, et des réserves de changes représentant trois années d’importation.

En outre, la croissance a été « solide ces dernières années », alors que le chômage était « réduit de manière importante ». Il n’y a donc « pas de préoccupation à court et moyen terme ». Quant au secteur bancaire, M. Zidane le trouve « solide », ce qui le pousse à déclarer que les experts du FMI sont « très satisfaits de cette évolution ».

Manque d’initiative

Côté jardin, la situation est toutefois peu brillante. Avec une première évidence : les résultats positifs obtenus ne découlent pas de choix hardis du gouvernement ou d’une bonne gestion, mais d’un facteur qui échappe totalement au gouvernement, l’embellie financière obtenue grâce à la flambe des prix des hydrocarbures, qui a permis une injection massive d’argent dans l’économie.

Pour le reste, M. Zeidane a été sans complaisance. Il a indiqué que « pour la première fois depuis presque vingt ans, les comptes courants extérieurs seront déficitaires » en 2014. Parallèlement à cela, le pays reste tributaire des hydrocarbures pour 98% de ses recettes en devises, et les résultats obtenus «restent en dessous du potentiel de l’économie algérienne ». Résumant le manque d’initiative des autorités algériennes, il a affirmé que « beaucoup de réformes structurelles restent à mener ».

 

Il a aussi relevé un manque de flexibilité du marché de l’emploi, et une inadéquation entre la formation et les besoins du marché. Quant aux tares du secteur financier, elles sont nombreuses. « La profondeur financière reste très faible », a t-il dit, précisant que « le niveau de crédit a l’économie, comparativement au PIB », reste faible. « Quand on le compare aux autres pays, on reste très en deçà des standards internationaux ».

Contrastes

Le contenu de la croissance pose lui aussi problème. Celle-ci est tirée par le bâtiment et les services, alors que dans le domaine industriel, qui constitue le gros des importations, les résultats demeurent faibles. Les dépenses, quant à elles, sont « au-dessus des moyens » du pays, « à cause de l’accélération dépenses publiques ». Selon lui, cette politique « n’est pas soutenable à long terme ». Il préconise donc de « revenir à une situation budgétaire plus saine ».

L’inflation é été contenue à un seuil très bas en 2014, au-dessous de 1.5%. Mais ceci est le résultat de subventions massives, non d’une rigueur budgétaire. Les subventions s’élèvent à 25 milliards de dollars.

Pourquoi ce contraste entre des indicateurs rassurants et d’autres plus qu’alarmants? M. Zidane ne donne pas de réponse. Il affirme pourtant que les responsables algériens sont très au fait des faiblesses de l’économie. « Dans tous nos échanges avec les autorités, nous percevons clairement une très forte connaissance des enjeux, et une très bonne compréhension de ce qu’il faut faire pour à la fois assurer la stabilité court et moyen termes, et construire l’avenir » de l’Algérie, dit-il.

Cela n’empêche pas d’énumérer les recommandations du FMI aux autorités algériennes, des réformes que le gouvernement n’a pas voulu ou su mener. Il recommande de « faire de la consolidation budgétaire », de « mobiliser plus de revenus hors hydro carbures » et de « maitriser la dépense publique ». Au-delà, il suggère au gouvernement algérien de se doter d’une « stratégie de la demande qui permettre de limiter la croissance des importations » et de « diversifier les exportations ». Pour M. Zidane, « l’aisance » financière actuelle doit être « utilisée pour réfléchir au long terme ». Une phrase qui revient souvent dans le discours officiels algérien, mais qui s’arrête au stade du discours et de l’intention.

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